00:00Avec une entreprise ce matin qui veut financer les innovations de rupture avec nous.
00:03Bonjour Jean Schmitt.
00:04Bonjour.
00:05Merci d'être sur le plateau de BFM Business,
00:07président cofondateur de Jol Capital, Anthony Morel, avec nous également pour vous interroger.
00:11Jol, société de capital développement, vous avez lancé un fonds à 600 millions d'euros
00:16pour financer les innovations de rupture, je le disais.
00:19Votre particularité, en tout cas l'une de vos particularités,
00:21c'est que vous vous appuyez sur des fonds souverains pour aider à financer ces innovations.
00:26C'est vrai qu'on a de façon inhabituelle un grand nombre de fonds souverains qui ont investi dans le fonds.
00:32Alors c'est un fonds qui a une taille, le premier closing est à 600 millions d'euros,
00:36il va être plus grand que ça in fine.
00:38Et c'est vrai qu'on a fédéré un certain nombre de fonds souverains asiatiques, européens,
00:43qui ont décidé de mettre de l'argent via Jolt dans des sociétés de deep tech européennes.
00:49On a qui dans les fonds souverains européens ? Parce que l'Europe n'est quand même pas pionnière là-dedans.
00:52Les français, les allemands, d'autres.
00:56Alors il y en a certains qui ne souhaitent pas être mentionnés, mais un certain nombre.
01:00Et puis coréens, japonais, singapouriens, du côté asiatique.
01:05Quand on dit deep tech, à quoi on pense ?
01:08On pense à l'intelligence artificielle, on pense au quantique.
01:10Donc deep tech, c'est les technologies de rupture.
01:13Mais est-ce que c'est plus que ça ? Dans quel domaine vous allez investir plus précisément ?
01:17Oui, il y a les grands domaines. C'est les domaines où on estime qu'un grand coup de couteau, ça va tuer.
01:22Mais il y a les mille petits coups de couteau qui sont aussi importants.
01:25C'est toutes les petites innovations qu'on fait en semi-conducteur, en médical, en matériaux, etc.
01:29Une boîte de deep tech, c'est une boîte dont le business est basé sur une propriété intellectuelle originale.
01:38Et c'est ça qu'il faut voir. Il y en a dans plein de domaines.
01:41Et sur les semi-conducteurs, par exemple, ça veut dire qu'en Europe, on pourrait avoir des usines de semi-conducteurs ?
01:46On a les moyens d'aller concurrencer Nvidia ? Ce serait possible dans quelques années ?
01:50Alors, on n'est pas du tout condamné à rester une colonie de l'Asie et des Etats-Unis, absolument.
01:56On pourrait décider de faire notre propre usine à 2 nanomètres. Ça coûte 12 milliards.
02:00Mais on n'a pas les savoir-faire, ce n'est pas juste une question d'argent.
02:03Alors, à l'IMEC en Belgique ou au Léti, on a le savoir-faire pour se lancer ce genre de choses.
02:09Ça prendra 4-5 ans. Les Japonais l'ont fait avec Rapidus.
02:12En 4 ans, ils sont passés de rien à des puces qui commencent à sortir.
02:16Donc, j'ai beaucoup entendu d'objections à ça, mais elles ne tiennent pas tellement.
02:21Quel est le degré de maturité des entreprises que vous repérez, que vous accompagnez, que vous allez financer ?
02:28Alors, nous, on s'est obsédé depuis maintenant 15 ans à regarder toujours la même chose,
02:33des sociétés entre 10 et 50 millions de chiffre d'affaires, donc qui ne sont pas des start-up.
02:38Oui, parce que les start-up, elles ont les financements en France. Il n'y a pas vraiment de problème à ce niveau-là.
02:42En France, en Europe, au Japon, en Corée, c'est la même chose.
02:44On a rattrapé notre retard en matière de venture capital.
02:48En revanche, pour la partie croissance, le gap avec les États-Unis ne fait qu'augmenter.
02:54Et là, il faut absolument résoudre ce problème, puisque sinon, on pousse un tas de start-up en face de nous.
03:00Puis, quand elles arriveront à leur stade de croissance, il n'y aura pas de capto.
03:02Mais justement, on peut même se demander, est-ce que 600 millions, c'est suffisant ?
03:06Aujourd'hui, on parle en milliards, en dizaines de milliards, en centaines de milliards.
03:09Ce n'est pas du tout suffisant. D'ailleurs, on estime qu'on sera bien au-dessus de ça.
03:12Mais en revanche, il en faut beaucoup, comme nous.
03:15C'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir un fonds de 15 milliards et qui résout les problèmes.
03:20D'ailleurs, ça ne suffirait pas non plus.
03:21Il faut avoir 10, 15 fonds, comme nous, en Europe.
03:25Et on déplore le fait qu'il n'y en ait pas beaucoup.
03:27C'est quoi la technologie deep tech européenne qui a le potentiel, on va dire,
03:32pour devenir un monstre mondial dans les 5 ans ou 10 ans qui viennent ?
03:35Je pense qu'en semi-conducteur, on a ce qu'il faut pour créer des monstres mondiaux.
03:40Il faut investir. On est toujours choqués par les montants et on ne regarde pas les choses en face.
03:46OpenAI perd 3 milliards par mois, ça n'étonne personne.
03:50Une usine de semi-conducteurs qui donnerait une indépendance européenne en IA et en puce très avancée, c'est 12 milliards.
03:57C'est là qu'il y a beaucoup d'innovation à attendre, des petites et des grandes.
04:00Vous nous disiez pendant la pub que l'IA, le quantique, c'était un peu le vernis quand on parlait de deep tech
04:07et qu'il y avait plein d'autres choses, comme vous le disiez sur le médical, sur les semi-conducteurs,
04:10qui étaient peut-être un petit peu moins sexy, mais qui étaient en réalité probablement plus fondamentaux.
04:15Est-ce que vous pensez qu'en matière d'intelligence artificielle, par exemple, c'est déjà trop tard,
04:19c'est-à-dire pour l'investissement ? On parle beaucoup de bulles en ce moment.
04:21C'est plus le moment d'investir en réalité ?
04:25Alors ça dépend quel IA, mais oui, quand on voit une mode, c'est trop tard.
04:29C'est-à-dire que les prix sont très élevés et probablement les espoirs ont atteint des sommets,
04:33donc le désespoir va suivre rapidement.
04:36Donc il ne faut pas investir à ces moments-là, évidemment.
04:38L'IA, ce qu'on fait aujourd'hui en IA, c'est extraordinaire.
04:43Mais enfin, il n'y a aucune chance que ce qui est fait là devienne une intelligence artificielle générale.
04:48Donc on n'est pas du tout, on est très loin de l'objectif, très très loin.
04:51Donc il y a beaucoup d'innovation à attendre.
04:53Mais attention, l'IA devient très populaire parce que les positionnements de sociétés comme OpenAI, c'est du B2C.
05:00Dès que c'est B2C, il y a beaucoup d'argent en marketing.
05:02Et dès qu'il y a de l'argent en marketing, ça devient extraordinaire pour tout le monde.
05:06En B2B, c'est beaucoup moins sexy d'habitude, mais c'est là que se passe innovation.
05:11Jean-Schmidt, ce fonds, la création de ce fonds, évidemment, on le salue.
05:16On constate néanmoins qu'on a du mal aujourd'hui à s'appuyer uniquement, exclusivement sur des capitaux européens.
05:23Vous mettez en place cette particularité d'aller chercher des capitaux étrangers en vous appuyant sur des fonds souverains.
05:31Encore une fois, c'est quand même grâce aux pays asiatiques, à Singapour, à la Corée du Sud, qu'on peut financer l'innovation en Europe.
05:36Alors, l'argent asiatique représente une petite proportion de nos fonds, qui sont tout de même avec des fonds souverains.
05:44L'EIF a investi 260 millions dans ce fonds, mais vous avez trouvé également beaucoup d'assureurs, de fonds de pension,
05:54qui commencent à faire l'effort, des banques, des familles d'office, qui commencent à faire l'effort.
06:00Mais il y a beaucoup à faire encore, on est très loin.
06:02Merci beaucoup d'être venu nous parler de ça, Jean Schmitt, président cofondateur de Jeuels Capital.
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