00:007h44 sur BFM Business et sur MC Live. Le grand entretien aujourd'hui c'est avec Benoît Coquart.
00:04Bonjour, vous êtes le directeur général de Legrand. Vous venez de publier vos résultats avec un bénéfice net en hausse
00:10de 6,7%
00:11et un chiffre d'affaires, on le disait avec Étienne Braque il y a quelques instants, au-dessus des 10%.
00:16Vous êtes un spécialiste des infrastructures électriques et c'est assez rare quand même désormais de voir dans le CAC
00:2140
00:21des boîtes qui publient un chiffre d'affaires au-dessus des 10%. C'est tiré notamment par les data centers.
00:26Oui, alors c'est effectivement 13% de croissance en 2025, hors change, avec deux moteurs.
00:31Le premier, c'est les acquisitions, on en parlera peut-être, avec Legrand fait régulièrement des acquisitions de sociétés complémentaires.
00:38Le deuxième moteur qui tire beaucoup la croissance organique, c'est les centres de données.
00:41Pour vous donner un chiffre, sur les 13% de croissance, on fait quasiment 8% de croissance organique
00:46et ça vient essentiellement des centres de données.
00:48Avec un développement partout dans le monde, en France notamment, mais aussi aux Etats-Unis.
00:52Le gros du marché, pour les centres de données, reste aux Etats-Unis.
00:55On fait deux tiers de notre chiffre d'affaires dans les centres de données aux Etats-Unis.
00:58C'est le marché qui croit le plus vite.
01:00Mais on a aujourd'hui une présence mondiale dans ce domaine-là.
01:03Donc je ne crois pas qu'il y a un pays le grand, la France comprise,
01:06dans lequel on n'est pas un dispositif commercial et technique
01:09en support de nos clients sur ce marché-là,
01:11qui est un marché qui est amené à enregistrer des croissances encore très importantes.
01:15Aux Etats-Unis, pas d'inquiétude sur la question des droits de douane,
01:18pas d'inquiétude sur le niveau du marché américain, toujours dynamique ?
01:22Le marché, encore une fois, pour la partie data center, est très dynamique.
01:26Pour la partie bâtiment, elle est un peu plus mou.
01:29Les droits de douane, c'est derrière nous.
01:30C'était plutôt un sujet 2025 que 2026.
01:33On a eu à payer 140 millions de dollars de droits de douane supplémentaires
01:38et qu'on a intégralement compensé dans nos comptes.
01:41Alors soit par des mesures de relocalisation de notre chaîne de production,
01:46soit en faisant un petit peu de prix aux Etats-Unis.
01:49Donc ça a eu un impact nul sur nos comptes.
01:52Et vous dites que c'est derrière nous.
01:53Pourtant, vous allez repayer la facture, elle continue d'être toujours là.
01:57Les droits de douane, ça court.
01:58Elle est toujours là, mais les droits de douane additionnels
02:00qui vont peser sur nos comptes 2026, c'est une vingtaine de millions de dollars.
02:04Donc le gros du sujet, il est déjà passé.
02:06Alors d'autres pourraient venir.
02:07Ensuite, ce qui est, je crois, important, c'est que Legrand a démontré en 25
02:10que quelle que soit la situation douanière, on a la faculté de s'adapter.
02:14Et vous avez vu les résultats qui sont sortis ce matin.
02:16On a une marge de très bon niveau, complètement en ligne avec nos attentes.
02:20Donc on a complètement absorbé cet impact-là.
02:22Sur le développement des data centers, notamment aux Etats-Unis,
02:25il y a des inquiétudes sur les infrastructures énergétiques
02:28avec une sorte de concurrence entre la consommation des individus,
02:33puis les data centers et les entreprises.
02:35On parle même de certains data centers qui ne sont pas reliés à de l'énergie,
02:39qui attendent en fait.
02:40Est-ce que là, vous avez une inquiétude sur le fait que les infrastructures énergétiques
02:43suivent le développement de l'intelligence artificielle ?
02:45Alors ça suivra, je pense.
02:47Ensuite, il y a aujourd'hui des réponses technologiques
02:49pour rendre les data centers plus économes en énergie.
02:52Et Legrand, quasiment la moitié de le cheat-affaire fait dans les data centers
02:55est fait avec des solutions qui permettent de faire de l'économie d'énergie.
02:58Donc je crois que la solution, c'est plus de capacités énergétiques,
03:02aux Etats-Unis et ailleurs.
03:04Elles sont en train d'être construites.
03:07Mais également, avoir des data centers qui soient équipés de solutions
03:09qui les rendent beaucoup moins gourmands.
03:11Mais est-ce qu'on peut avoir un décalage ?
03:12C'est-à-dire qu'à un moment donné, des data centers
03:13qui attendent une centrale nucléaire ?
03:14Bien sûr, mais aujourd'hui, ça dépend des pays.
03:17Mais dans la plupart des pays, vous avez plusieurs mois,
03:19voire plus d'une année d'attente pour pouvoir vous raccorder au réseau.
03:23Mais les capacités, elles vont venir.
03:25Et d'ailleurs, je souligne que ce n'est pas un problème tellement qu'on connaît en France,
03:29puisqu'on exporte un tiers de notre électricité.
03:34Donc aujourd'hui, on a en France une électricité abondante, décarbonée, pas chère,
03:40disponible pour permettre aux data centers de s'implanter.
03:43Mais puisque vous, vous êtes le bout de la chaîne, en fait,
03:44parce que vous arrivez une fois que le data center doit être relié électriquement,
03:48vous n'avez pas d'inquiétude aujourd'hui sur le développement de l'intelligence artificielle
03:52où on a des craintes parfois sur le fait que ça ne déroule pas en termes de ROI ?
03:55Vu que vous, vous êtes la fin de la chaîne, comment vous regardez ça ?
03:57Alors, on n'a pas d'inquiétude du tout sur le marché des data centers.
04:00On a fait quasiment 40% de croissance sur ce marché-là en 2025.
04:03Il va continuer à être galopé très fort en 2026, 2027, 2028.
04:09En ce qui concerne ensuite le sujet de
04:11est-ce qu'on croit fondamentalement à l'intelligence artificielle ?
04:14La réponse est oui.
04:15La réalité, c'est qu'aujourd'hui, les entreprises et les particuliers
04:18utilisent encore très peu l'intelligence artificielle.
04:20Et quand on voit les gains de productivité qu'on peut faire
04:22en codage de software, en fabrication, en services appréhentes, etc.,
04:27et qu'on utilise encore l'intelligence artificielle à peut-être 1% de ses possibilités,
04:31je crois que le plus beau est encore devant nous.
04:32Donc, il y a beaucoup de choses qui vont arriver
04:34et qui demanderont d'avoir des infrastructures digitales pour les supporter.
04:37En France, vous voyez sortir de terre les projets.
04:41On attend 5 data centers.
04:42Ça avait été annoncé l'année dernière.
04:43Je crois qu'on en attend plus que ça.
04:45Mais il y a effectivement des gigaprojets qui arrivent.
04:47Alors nous, vous l'avez dit, on est en bout de cycle.
04:50Nos produits sont installés quelques mois avant l'ouverture des data centers.
04:53Donc, on le verra dans nos comptes en 27, 28, mais pas tout de suite.
04:59Il faut d'abord que les data centers soient construits,
05:01que les permis soient obtenus, que le raccordement au réseau se fasse, etc.
05:03Mais ça va venir et moi, je suis très excité par le potentiel
05:08que je vois en France et en Europe d'ailleurs sur les data centers.
05:11Aujourd'hui, c'est peut-être 20, 25% du marché mondial.
05:14Mais il n'y a aucune raison pour que ce marché-là
05:16ne croise pas à des rythmes très soutenus en Europe.
05:18– Et on est dans une grosse séquence compétitivité entre Anvers
05:21et le sommet qui aura lieu aujourd'hui entre les chefs d'État européens.
05:25Quand je vous entends, je n'ai pas l'impression que vous êtes concerné.
05:28C'est-à-dire que vous, tout se passe bien, vous n'avez pas de…
05:31– Bien sûr, on aimerait plus de simplification.
05:33Il y a eu un grand débat en ce moment sur le MACF,
05:35la taxe cabale aux frontières.
05:36On fait partie de ceux qui disent attention
05:38parce que ça renchérit le coût d'un certain nombre de matières.
05:42Donc, ça renchérit le coût de production.
05:43Donc, ça nous rend moins compétitifs à l'export.
05:45C'est un vrai sujet.
05:45Bon, mais je crois aussi qu'on n'assiste peut-être pas suffisamment
05:50sur les atouts de l'Europe.
05:52Voilà, l'électricité abondante et décarbonée qu'on a en France,
05:56le staff formé et compétent qu'on a en France,
05:59les marchés de destination qui sont importants et significatifs.
06:01Donc, on a aussi des atouts.
06:03Et je comprends parfaitement les industriels qui se sont exprimés hier.
06:06Il faut aussi qu'on fasse, nous, industriels,
06:09parfois aussi preuve d'un peu d'optimisme
06:11et d'un discours parfois aussi positif.
06:13Mais vous avez l'impression qu'on ne regarde pas assez notre compétitivité
06:16en termes d'entreprise et de la manière dont on travaille ?
06:18On en demande trop à l'Europe ?
06:20Non, je pense qu'on a un vrai choc de compétitivité à avoir en Europe.
06:24C'est incontestable.
06:25On est un peu pris en étau entre les pays low cost
06:28et puis nos amis et alliés américains.
06:30Il faut qu'on prenne conscience de ça.
06:33Maintenant, moi, je ne suis pas un pessimiste par nature.
06:35Donc, j'ai l'impression que ce sujet-là, il est de plus en plus pris en compte.
06:38Il faut encore qu'il se déploie dans les politiques publiques.
06:40Prenons l'Europe.
06:41Il y a un certain nombre de choses qui bougent en Europe, de simplification.
06:44Voilà, donc ça va venir.
06:46L'Eurofort commence à être un sujet même à la Banque Centrale Européenne.
06:49Est-ce que pour vous, c'est un problème dans vos comptes ?
06:51Ce n'est pas un problème en ce sens qu'en règle générale, on fabrique là où on vend.
06:55Donc, voilà, on n'a pas de problème de compétitivité.
06:59On exporte de France en Europe, donc au sein de la zone euro.
07:05On fabrique beaucoup aux États-Unis pour les États-Unis.
07:07Donc, on a juste un sujet de conversion.
07:09C'est-à-dire que quand on rapatrie dans nos comptes américains,
07:12qui sont les bays en dollars, ça fait un petit peu moins d'argent.
07:13Mais on n'a pas de problème de compétitivité.
07:15Il y a quelques mois, BFM Business avait révélé que vous aviez été la cible de votre rival suisse ABB,
07:19une approche que le gouvernement français avait bloquée.
07:21Est-ce que c'est une bonne chose d'être considéré par le gouvernement français
07:24comme une entreprise stratégique ?
07:26Ou est-ce que c'est un problème pour de futurs rapprochements ?
07:30C'est un peu du passé, ça c'est un, comme on dit, c'est un cold case.
07:34Le cadavre est un peu dans le placard, là.
07:36Donc, écoutez, nous, si vous voulez, on a un projet extraordinaire
07:40qui est de transformer le petit poussé de Limoges
07:43en un géant mondial de la transition énergétique et digitale.
07:47On est au milieu de ce projet.
07:48Quand on l'a commencé, on faisait 5 milliards d'euros.
07:51Cette année, on va faire 10.
07:52En 2030, on va faire 15.
07:54Et c'est sur ça qu'on se concentre.
07:55C'est comment faire que ce projet,
07:57il soit enthousiasmant pour nos salariés,
07:59il soit enthousiasmant pour nos clients,
08:00il soit enthousiasmant pour nos actionnaires.
08:02Et c'est sur ça qu'on se concentre,
08:03et pas sur les rumeurs d'intérêt des envoies.
08:06Ma question, c'était, est-ce que c'est un problème
08:09d'être considéré comme une entreprise stratégique
08:12et de voir des opérations capitalistiques bloquées ?
08:15Je ne me sens pas complètement concerné par le sujet.
08:18Donc, est-ce que Legrand est stratégique ou pas ?
08:20Ce n'est pas à moi d'en décider.
08:22Est-ce que Legrand est une cible attractive ou pas ?
08:23Ce n'est pas à moi d'en décider.
08:24Moi, mon rôle en tant que directeur général de Legrand,
08:26c'est tracer dans la plaine
08:28et mettre en œuvre mon projet.
08:29Deux acquisitions annoncées aujourd'hui.
08:31Green Fortis, c'est un brésilien,
08:32et Kratos Industries, c'est un américain.
08:34Des cibles, là, à très court terme, ont vu d'autres ?
08:37On en a d'autres.
08:38Vous savez, on a 400 sociétés qu'on regarde régulièrement.
08:42On a fait 7 acquisitions l'année dernière.
08:44On en a déjà annoncé 2 cette année.
08:46Je ne peux pas vous dire s'il y en aura 2 de plus
08:47ou 5 de plus cette année,
08:48parce que quand on discute d'acquisition,
08:51il faut être 2 et tomber d'accord.
08:53Mais il y en aura d'autres,
08:54parce qu'on a beaucoup de discussions en cours.
08:56Merci beaucoup, Benoq Ocard est venu ce matin
08:58dans la matinale de l'économie.
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