00:00Avec Frédéric Gennevrier, analyste financier chez Alpha Value en charge d'Alpha Blunt.
00:04Merci beaucoup d'être avec nous Frédéric Gennevrier.
00:07Avec vous on va faire un focus sur le secteur du luxe et plus particulièrement sur Kering et sur LVMH.
00:14Deux géants du luxe français, familiaux, puisqu'ils sont détenus en bonne partie par des familles.
00:20Et aujourd'hui il y a pas mal de questions concernant les successions, concernant la gouvernance à venir sur ces deux groupes.
00:26Bon, concernant aujourd'hui le groupe Kering, aujourd'hui ça va un peu mieux en bourse.
00:31Le titre a repris plus de 50% depuis cet été et la nomination de Luca Dimeo.
00:38Néanmoins la route sera encore longue, c'est-à-dire que le redressement du groupe va prendre, allez, peut-être au moins 2, 3, 4 ans peut-être.
00:45Oui, il prendra probablement 3, 4, 5 ans.
00:49C'est une rupture profonde en fait, l'arrivée de Luca Dimeo.
00:53Avant, elle fait suite à une crise financière, à une crise stratégique profonde.
00:583, 4 ans, oui, 5 ans probablement.
01:02On va attendre effectivement les premières déclarations de Luca Dimeo,
01:06à la fois sur la dynamique de Kering et sur la place que prend Kering à l'intérieur du groupe Artemis, Pino.
01:14Vous évoquiez le caractère successoral et familial qui entoure les deux sociétés que sont LVMH et Kering.
01:22Chez Kering, cette dimension est prégnante.
01:26Parce que contrairement à une société comme LVMH, où on peut considérer que Bernard Arnault passe,
01:32ou passe, et a toujours passé 100% de son temps sur LVMH,
01:38qui représente l'essentiel de sa fortune et de son engagement actionnarial.
01:43Dans le cas de Kering, Kering a une société holding au-dessus, Artemis,
01:48qui elle-même a une activité industrielle très très large,
01:51et qui, probablement, nécessitait autant de temps pour François-Henri Pino,
01:59à consacrer à Artemis, qu'à consacrer à Kering.
02:02Donc c'était une concentration de sa capacité managériale extrêmement lourde
02:07et qui a probablement pesé sur la contre-performance, au moins depuis 2023,
02:14et probablement depuis 2017-2018, sur la performance du groupe Kering.
02:19Donc on est sur des dynamiques qui sont assez profondément différentes.
02:24Et donc, quand on attend la dynamique stratégique que va véhiculer Luca Demeo,
02:29il faudra probablement s'intéresser aussi, à la place que va prendre,
02:33à l'intérieur de cette stratégie, la position d'Artemis,
02:37qui lui-même a des actifs, par exemple, dans le luxe,
02:39et qui lui-même a des actifs assez significatifs.
02:42Et donc demain, on peut imaginer que les actifs, les marques détenues par Artemis,
02:47rejoignent Kering ?
02:48Ou non, ça c'est peu probable ?
02:51Je ne sais pas, en fait.
02:53Enfin, il y a des probabilités, admettons que John Battovali ou Courrèges
02:56puissent éventuellement avoir une plus grande légitimité
03:00à l'intérieur d'un groupe de luxe,
03:02que pourrait être éventuellement le Kering reformaté par Luca Demeo.
03:06Mais pour l'instant, on n'en sait rien, en fait.
03:08Mais ce qui est important, c'est la pression que fait subir, en fait,
03:13cette construction de François Pinault, qui est le fondateur, en fait.
03:21Tout à l'heure, vous évoquiez effectivement les problèmes successoraux.
03:24François Pinault est sur un échec, celui de son fils, François-Henri,
03:29qui a reconnu, parce que c'est un grand atout de reconnaître ses échecs.
03:33En se retirant, il a reconnu ses échecs.
03:36On n'est pas du tout dans la même problématique avec Bernard Arnault,
03:39qui, lui, n'a pas encore engagé, il a le temps,
03:42n'a pas encore engagé la succession.
03:45Mais à la différence de chez Kering,
03:47les Arnault ont placé leurs enfants à des postes clés,
03:49aujourd'hui, dans la galaxie LVMH,
03:52alors qu'aujourd'hui, du côté des enfants de François-Henri Pinault,
03:54il y a un peu plus de doutes, en tout cas,
03:56il y a pas mal de questions sur la succession.
03:59Alors, il y a un doute complet,
04:01parce que, manifestement,
04:03la confiance qui alimentait la nomination de François-Henri Pinault
04:08n'est plus là.
04:10Son frère et sa sœur lui avaient fait conscience,
04:12la confiance pour la gestion opérationnelle du groupe.
04:15Il n'a pas été le directeur général à la hauteur.
04:18Donc, lui, se retire.
04:20Chez Bernard Arnault, c'est différent.
04:22Il y a une logique.
04:23Bernard Arnault est un homme, probablement,
04:25son histoire le traduit,
04:27très avisé,
04:28et donc, il est équilibré en une stratégie
04:32à la fois patrimoniale,
04:36donc, il essaie de savoir, effectivement,
04:38quelle est la construction
04:40ou l'alliance de ses enfants
04:41qui peuvent diriger l'actif patrimonial,
04:45et concomitamment,
04:47il joue également la dynamique managériale.
04:49C'est-à-dire qu'il est à la fois
04:50en train de se poser la question,
04:52probablement,
04:53des capacités de sa fille et de ses fils,
04:56mais également,
04:57la montée en puissance
04:58de certains managers purement professionnels.
05:01Du côté de LVMH,
05:02comment vous regardez la situation ?
05:04Il y a eu pas mal de changements
05:05ces dernières semaines.
05:06Encore un, la semaine dernière,
05:07avec notamment le PDG de Louis Vuitton,
05:10Pietro Beccari,
05:11qui prend désormais en charge
05:12l'ensemble de la division LVMH Fashion Group.
05:15Il succède ainsi à Sydney Toledano.
05:18Dans le même temps,
05:19il y a également tous les enfants Arnaud
05:20qui ont des postes clés,
05:22que ce soit dans la montrée et joaillerie,
05:25que ce soit du côté, bien sûr,
05:27de Louis Vuitton,
05:28du côté, bien sûr,
05:28d'Antoine Arnaud
05:29qui chapeaute pas mal d'activités.
05:31Aujourd'hui,
05:32comment vous voyez cette relève
05:33l'après, Bernard Arnaud ?
05:35On n'a pas d'éléments.
05:36On n'a pas d'éléments objectifs,
05:38en fait,
05:39comme je voulais vous évoquer.
05:40On a à la fois la montée en puissance
05:42de certains managers.
05:43Vous évoquiez le cas de Pietro Beccari,
05:46qui, lui,
05:47est manifestement l'homme fort
05:50du dispositif opérationnel du groupe.
05:52Il est désormais à la tête
05:53de près de 50%,
05:56voire plus,
05:57du chiffre d'affaires du groupe.
05:59Donc,
05:59c'est l'homme le plus important,
06:01à côté de Stéphane Bianchi,
06:02qui est le directeur des opérations.
06:04Tous les autres,
06:05en termes opérationnels,
06:06ont des entités
06:07beaucoup plus petites,
06:09beaucoup moins significatives
06:10par rapport aux opérations.
06:12Ensuite,
06:13effectivement,
06:13il y a la période de test
06:14des enfants.
06:15Donc,
06:16chacun peut s'amuser,
06:17entre guillemets,
06:17le terme n'est pas péjoratif.
06:19On peut effectivement
06:20être attentif
06:21aux déclarations
06:24ou à la stratégie
06:24de Frédéric Arnaud,
06:26de Guillaume,
06:27de Alexandre,
06:28éventuellement de Jean.
06:30On peut voir éventuellement
06:30également ce qui va se passer
06:32entre Delphine,
06:33qui est toujours
06:34au comité exécutif du groupe,
06:35éventuellement à Antoine.
06:37C'est très difficile.
06:39Et en fait,
06:39si on reste purement analytique,
06:41on a vraiment l'impression
06:43aujourd'hui qu'il y a deux lignes
06:44que suit M. Bernard Arnaud.
06:46Il y a une ligne managériale,
06:47donc il fait monter en puissance
06:48effectivement des experts.
06:50Et puis,
06:51effectivement,
06:51il s'interroge sur la place
06:52que peut prendre ses enfants
06:54ou sa succession
06:54à la fois dans le patrimoine
06:57et dans la gestion opérationnelle.
06:59Il n'est pas dit aujourd'hui
07:00que ce sera
07:00Guillaume,
07:02Alexandre,
07:03Frédéric
07:03ou un autre
07:04qui dirigera le groupe.
07:05Ils auront de toute manière
07:06une position importante
07:07dans la gestion du patrimoine.
07:08Je note,
07:09enfin je dois apporter éventuellement
07:12ce complément d'information
07:13que Bernard Arnaud
07:14a conforté sa position au capital
07:16encore tout au long de l'année 2025.
07:19Il a investi pratiquement
07:20un milliard d'euros
07:21depuis le mois de janvier
07:23pour consolider sa part au capital.
07:25Et donc désormais,
07:26il est bien au-delà des 50%.
07:28Il est très proche.
07:29Alors il est au-delà des 50%
07:31pour les droits de vote.
07:32Il est très très proche
07:33des 50%
07:35dans les droits en capital.
07:36Donc effectivement,
07:39il continue à avoir
07:40une stratégie patrimoniale
07:41et non seulement
07:42d'être le dirigeant,
07:43le fondateur,
07:44mais également
07:44une stratégie vraiment patrimoniale.
07:47Donc c'est en fait,
07:47on peut être partagé en fait.
07:49Et dans le monde
07:49des analystes financiers,
07:51ça rassure aujourd'hui
07:51ce type de gouvernance,
07:53cette méthode ?
07:54Celle de Bernard Arnaud ?
07:55Oui.
07:56Oui, parce que pour l'instant,
07:57je pense que le marché
07:58considère que le père fondateur
08:01est toujours là,
08:03que son rôle stratégique
08:04est important.
08:05toutes les opérations,
08:07il y a une dissociation
08:08de fait en fait,
08:08dans le groupe,
08:10ce qui n'était plus le cas
08:11depuis la mise à l'écart
08:12de Jean-François Pallu
08:14chez Kering.
08:16En fait,
08:16la date de rupture,
08:18si on regarde la gouvernance,
08:19chez Kering,
08:21c'est juillet 2023.
08:23Les raisons pour les...
08:23On ne comprend pas
08:24la mise à l'écart,
08:25on ne la comprend pas.
08:26La communication
08:28et l'organisation
08:29de la mise à l'écart
08:30de Jean-François Pallu
08:31est totalement étonnante.
08:33Mais effectivement,
08:35pour revenir sur votre question
08:36sur Bernard Arnault,
08:38oui,
08:38le marché accepte
08:40le tutora
08:41et la dynamique
08:42de Bernard Arnault.
08:43Il ne considère pas
08:44qu'aujourd'hui,
08:46l'homme est sortant.
08:47Un peu comme
08:48vous évoquiez tout à l'heure
08:49le cas de
08:50Essilor Luxottica,
08:53Leonardo de Vecchio
08:54a piloté le groupe
08:56jusqu'à sa mort,
08:57quasiment,
08:58et avant un terrain
08:58avancé.
08:59Et la gestion stratégique
09:01était son périmètre.
09:04On peut considérer
09:05aujourd'hui
09:05que le marché
09:06accepte la totalité
09:07de la gestion stratégique
09:08de Bernard Arnault.
09:09On est pris par le temps
09:10mais c'était très intéressant
09:11de faire ce focus
09:12non pas sur des résultats
09:13mais un petit peu
09:13sur la gouvernance
09:14de ces groupes familiaux.
09:16Merci beaucoup
09:16Frégue Genevrier
09:17de nous avoir accompagné
09:18ce matin,
09:18analyste financier
09:19chez Alpha Value
09:20en charge d'Alpha Blonde
09:21pour faire donc un focus
09:22sur Kering
09:23mais également
09:23sur LVMH
09:25ce matin.
09:25Merci à tous.
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