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  • il y a 6 mois
Ce vendredi 5 septembre, Frederic Genevrier, analyste financier chez AlphaValue, en charge d'AlphaBlunt!, s'est penché sur la gouvernance des équipes dirigeantes de Pernod Ricard et Kering dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00À 9h20, comme tous les jours, nous parlons de valeur dans Good Morning Market, avec le plaisir ce matin d'accueillir en plateau Frédéric Genevrier.
00:08Bonjour Frédéric Genevrier, merci d'accompagner sur BFM Business, vous êtes analyste financier chez Alpha Value, en charge de Alpha Blunt.
00:16Analyste financier, forcément vous regardez les résultats des sociétés qui sont publiés, mais vous, vous regardez également beaucoup ce qui se passe du côté des management, du côté des pilotes, du côté des équipes dirigeantes.
00:28Comment aujourd'hui les équipes dirigeantes arrivent à donner un cap à leurs entreprises ?
00:33Oui, c'est l'angle que l'on privilégie, on considère qu'au-delà des prévisions de résultats qui animent mécaniquement le marché financier quotidiennement,
00:43on regarde nous, plus particulièrement, ce qu'on appelle la gouvernance, parce qu'on considère qu'à moyen long terme, elle a un impact plus performant, plus pertinent, disons, sur la performance et la valorisation des sociétés.
00:56Ceci étant, on distingue bien ce que classiquement les gens appellent la gouvernance, qu'à l'intérieur, disons, de la gouvernance, on distingue bien ce qui concerne les grands équilibres
01:05et l'organisation du conseil d'administration, qui a un impact assez homéopathique, en fait, sur la valorisation,
01:10et on le distingue bien de la gouvernance opérationnelle qui est constituée par l'analyse des équipes dirigeantes et vraiment, effectivement, des comités exécutifs ou directions générales,
01:20qui sont des gens qui sont là 365 jours dans la société et qui ont un impact, notamment sur la dynamique stratégique, mais également sur la performance,
01:28beaucoup plus lisible pour un observateur extérieur que ce qui se passe dans les conseils d'administration.
01:32Et pour illustrer tout cela, nous allons parler de deux sociétés, deux sociétés familiales qui sont en difficulté quand on regarde leurs cours de bourse,
01:39Kering, moins 70% depuis les plus hauts, et puis dans un instant, nous allons parler de Pernod Ricard, qui a vu son titre également divisé par deux.
01:46Quand vous regardez Kering, c'est un dossier un petit peu difficile, on verra l'Assemblée Générale qui va se tenir la semaine prochaine,
01:54nouveau management qui arrive, Luca Dimeo qui va être nommé directeur général la semaine prochaine,
01:59avec la famille Pinault qui essaye de trouver un relais de croissance pour Gucci notamment.
02:04Tout à fait, si on veut être un peu caricatural, il y a eu une zone d'alerte probablement qui s'est développée entre juillet 2023,
02:14et puis la nomination très récente de Luca Dimeo.
02:18La première fois, il est probable que Kering aura un directeur général de plein exercice.
02:25Donc ça, c'est quand même très très important.
02:28Et quand plus la dynamique que veut imprimer l'actionnaire du portefeuille ou de la feuille de route que devra piloter, effet, Luca Dimeo.
02:36Donc en fait, la crise est liée probablement à un problème de gouvernance majeur,
02:43qui n'est pas liée à Gucci, mais plutôt aux investissements qu'a fait François-Henri Pinault à partir de 2022,
02:51puisque en fait la base de capital engagée a progressé de quasiment 75%,
02:55on est passé de 14 milliards à 24 milliards d'actifs immobilisés, et ce n'était pas du Gucci.
03:02Donc le problème de Luca Dimeo probablement sera la gestion du non-Gucci.
03:07Gucci, effectivement, a sa propre dynamique.
03:09Il va peut-être falloir rééquilibrer la dynamique de cette société, mais ce n'est pas le problème essentiel.
03:15Le problème essentiel, c'est que Kering était une simple holding et pas un groupe de luxe.
03:20Et son souci, probablement, est d'en faire authentiquement un groupe de luxe à terme.
03:26Parce qu'aujourd'hui, la promenatique sera probablement plutôt financière.
03:30Vous n'achetez pas une société de luxe en achetant éventuellement Kering aujourd'hui,
03:33vous achetez une société en phase de restructuration.
03:36Et donc, on attend beaucoup d'informations, notamment à l'occasion de cette Assemblée Générale,
03:40mais plus largement probablement lors de la publication des premiers chiffres trimestriels
03:45qui auront lieu, je pense, en octobre.
03:48Les premiers éléments qui permettront effectivement de connaître la dynamique de ce groupe
03:52sous la férule de Luca Dimeo.
03:55Et quand vous regardez la gouvernance actuelle, avec bien sûr la présidence de François-Henri Pinault,
04:01comment vous l'analysez, cette gouvernance ?
04:02Est-ce que vous estimez qu'elle est équilibrée, qu'elle est compétente face à la hauteur de la tâche ?
04:07La gouvernance actuelle, elle est en phase de rééquilibrage.
04:10Si j'avais regardé celle qu'on a vue jusqu'à présent, on dirait que, je serais caricatural aussi,
04:16Bernard Arnault, il pense du matin au soir à LVMH.
04:20Je pense que François-Henri Pinault ne pensait pas, du jour au lendemain, du jour et nuit, à Kering.
04:25Il pensait aussi à Artemis.
04:27La société Holding, qui elle-même a une activité industrielle, notamment dans le luxe,
04:32et dans lesquelles il a fait des investissements également importants.
04:36Non seulement il y a les 10 milliards engagés sur la partie Kering, sur la période que j'ai évoquée,
04:41mais il y avait également les 3 milliards engagés sur la partie Artemis en 2023, sur le périmètre américain.
04:46Donc il avait un emploi du temps qui était probablement beaucoup trop plein
04:52et qui ne permettait pas de consacrer toute son énergie, éventuellement sa gestion financière,
04:57toute son énergie, sa gestion financière, au bénéfice de Kering.
05:00Du côté de Pernod Ricard, là aussi, on a un actionnaire qui est familial,
05:06avec un groupe qui est dirigé par Alexandre Ricard, qui est président directeur général,
05:10qui doit faire face à un ralentissement du segment des spiritueux,
05:15à la guerre commerciale avec les Etats-Unis,
05:17avec un ralentissement de la consommation en Chine,
05:19des changements d'habitude du consommateur chinois.
05:22On l'a vu la semaine dernière, des résultats qui sont stables,
05:25mais néanmoins qui ne sont plus records, loin de là,
05:27et un groupe qui est obligé de se restructurer.
05:30Manifestement, Alexandre Ricard a pris la mesure de cet environnement.
05:34Si on regarde simplement la gouvernance opérationnelle,
05:37la manière dont effectivement s'inscrit l'organisation du comité exécutif
05:40dans la dynamique stratégique du groupe,
05:42les changements importants ont eu lieu en 2023, en septembre.
05:45À ce moment-là, effectivement, il a rationalisé son comité exécutif,
05:51et notamment, il a embauché pour la première fois un manager extérieur au groupe
05:56pour être directeur des opérations.
05:58À cette époque-là, la direction des opérations était pilotée par Hélène de Tissot,
06:02qui était la directrice financière,
06:03mais qui avait également les opérations en charge.
06:07C'était une organisation un peu de holding.
06:08Avec les changements qui ont été engagés en septembre 2023,
06:13le groupe s'est un peu plus ouvert sur l'environnement concurrentiel de son secteur.
06:18Et aujourd'hui, on a une meilleure visibilité,
06:22parce qu'effectivement, il est assez probable que le programme d'ajustement
06:26qui va se prolonger jusqu'en 2028,
06:28qui représente un milliard de gains effectifs vendus par la société aujourd'hui,
06:32s'appuie sur l'action de Maria Dicaro, qui est la jeune femme qui a été recrutée de l'extérieur entre 2023
06:39pour piloter les opérations du groupe.
06:42Et comment vous regardez ce milliard de coûts ? Parce qu'il va falloir le faire quand même.
06:45Ce n'est pas anodin.
06:46Oui, mais il est assez... Alors moi, c'est difficile.
06:49On a vu des progrès importants déjà sur l'année 2024-2025,
06:53qui ont été présentés la semaine dernière.
06:54Oui, c'est ça en fait qui est surprenant.
06:56C'est-à-dire qu'ils ont déjà beaucoup fait,
06:57et là, ils annoncent encore un milliard de réductions de coûts.
06:59Oui, ils ont beaucoup fait, mais ils avaient probablement beaucoup de retard.
07:02Il faut se remettre en mémoire le fait que la société avait été un peu bousculée
07:06par des investisseurs américains, notamment Elliot, il y a 4-5 ans,
07:11en prétextant un retard en matière de compétitivité opérationnelle,
07:16notamment par rapport à des groupes comme Diageo.
07:18C'est le leader.
07:19Le leader.
07:20C'était probablement... Il y avait probablement des bonnes raisons,
07:22puis il y avait un peu plus... Il y avait de l'activisme authentique
07:25de la part de l'investisseur américain,
07:27mais il y avait probablement une lecture très concrète.
07:30Je citerai un autre exemple sur cet aspect gouvernance.
07:35Alexandre Ricard est rentré au conseil d'administration de L'Oréal il y a 4 ans.
07:41En 2023, il a fait rentrer à son conseil d'administration Max Coed,
07:45qui est le directeur général de McCain, un groupe américain, canadien plus exactement.
07:49Et puis là prochainement, il va faire rentrer Albert Battini,
07:52Valeti, qui est un ancien manager de Suntory, un Libanais,
07:56qui a une très bonne connaissance du marché américain.
07:58Suntory, c'est un groupe japonais, c'est notamment la maison mère d'Orangina.
08:01Ils sont présents dans les sodas.
08:03Donc le groupe s'ouvre.
08:05Historiquement, le conseil d'administration,
08:07c'était plutôt des grands managers français,
08:09plus éventuellement la famille.
08:11Là, on donne l'impression effectivement de s'ouvrir à l'environnement concurrentiel.
08:15Alexandre Ricard n'est pas le seul
08:17à connaître les produits de consommation au sein du conseil.
08:20C'est plutôt rassurant sur la dynamique future.
08:22Et pour vous, en tant qu'analyste financier,
08:24tout ça, c'est des signaux à regarder de près ?
08:26Puisque c'est vrai que tout ce que vous nous dites là,
08:28on n'en parle pas vraiment,
08:29les sociétés communiquent un peu dessus,
08:30mais ça ne fait pas la une.
08:32Ce ne sont pas les éléments prioritaires en termes de communication.
08:34Tout à fait. Ce n'est pas prioritaire,
08:36mais ça donne l'orientation de la dynamique stratégique à 2-3 ans après.
08:39Et ce sont des signaux plutôt favorables
08:43qui nous incitent effectivement à avoir une lecture assez optimiste
08:48de la dynamique dans laquelle se trouve Pernault,
08:50ce qui n'empêchera pas la direction générale
08:52de penser à l'après non alcoolisé, par exemple.
08:54Une fois que le groupe sera restructuré, rationalisé,
08:57il faudra probablement s'intéresser
09:00à d'autres aspects du développement.
09:02Dernière question.
09:03Est-ce que sur le cas de Pernault-Ricard
09:04ou est-ce que sur le cas de Kering,
09:05on peut dire que le fait d'avoir un actionnaire familial,
09:07ça privilégie le long terme ?
09:08Parce qu'on a vu que parfois,
09:09ce n'était pas forcément le cas, loin de là.
09:10Vous avez deux cas effectivement qui s'opposent
09:12d'une certaine manière.
09:13Et voir éventuellement Pernault-Ricard
09:15a donné des signaux un peu ambivalents
09:17de temps en temps sur cette notion-là.
09:19Donc non, il faut regarder société par société.
09:22Parfois, c'est une solidité offerte éventuellement un peu plus.
09:27Et là, dans le cas de Pernault-Ricard,
09:28ils sont sur du court terme ou sur du long terme ?
09:30Parce que quand ils maintiennent le dividende inchangé
09:31alors que les résultats baissent, le premier...
09:34Ils sont sur du long terme.
09:36Parce que manifestement, la famille s'est légèrement
09:38enfoncée dans le capital en 2023 et 2024.
09:42Opportunément, puisqu'ils ont par ailleurs
09:44fait un mauvais arbitrage sur leur titre à ce moment-là.
09:47Mais la famille a donné des signes d'engagement.
09:49La présence d'Alexandre-Ricard est un élément.
09:53Mais également, l'engagement de la famille
09:54dans le capital en est un autre.
09:56Donc eux, ils sont plutôt effectivement engagés sur le long terme.
09:58Merci beaucoup, Fred Genevrier, de nous avoir accompagnés ce matin
10:01pour faire un focus sur la gouvernance de ces deux sociétés,
10:04Kering et Pernault-Ricard.
10:05Je rappelle que vous êtes analyste financier
10:07chez Alpha Value, en charge de AlphaBund.
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