BSMART était présent le 27 novembre à Bercy, au Ministère de l’Économie et des Finances, à l’occasion de la 5ᵉ édition du Sommet de l’Inclusion Économique organisé par la Fondation Mozaïk.
Charles Lantieri, DG Délégué chez FDJ United, a participé à l’événement aux côtés de nombreux leaders et dirigeants d’entreprises et d’institutions. Nous lui avons posé quelques questions sur sa vision de l’inclusion et sur les engagements qu’il porte autour de cet enjeu essentiel pour notre société.
00:00FDJ United s'engage depuis plus de 30 ans sur le sujet de l'inclusion, avec sa fondation notamment.
00:13Quel regard portez-vous sur votre réaction sur ce terrain ?
00:15Ce que je vois d'abord, c'est que les besoins sont de plus en plus grands sur le terrain, effectivement.
00:20Il y a beaucoup plus de gens qui sont en situation de vulnérabilité ou en voie d'exclusion.
00:25Et donc, il y a une nécessité d'agir pour remédier à cette question.
00:28Ce que je vois aussi, c'est qu'il y a de plus en plus d'associations, de plus en plus de volontaires qui sont engagés pour résoudre ce type de problème.
00:36Et donc, que les entreprises ont un rôle à jouer dans ce domaine en s'associant à ces acteurs de terrain pour les aider à travailler à la résolution de ces problèmes et pour y contribuer aussi directement.
00:48Donc, je crois que ça, c'est le premier point qui est extrêmement important.
00:52Ce que l'on peut dire aussi, c'est que ce monde des intervenants se professionnalise de plus en plus.
01:00Et c'est aussi le sens de la relation entre les associations qui agissent sur le terrain et les entreprises qui les aident.
01:07C'est de professionnaliser ces activités, c'est de travailler sur le résultat que l'on obtient, d'évaluer ces méthodes de façon à avoir une action de plus en plus efficace.
01:18Et l'entreprise a un rôle de plus en plus important à jouer et elle joue un rôle de plus en plus important en la matière.
01:25Au-delà des chiffres, quel est le préjugé le plus tenace que vous avez dû vaincre en interne et en externe chez vos parties prenantes pour que l'emploi de personnes handicapées devienne une vraie opportunité collective ?
01:34Alors, ce que l'on peut constater, ce que j'ai constaté moi quand on a commencé à travailler sur cette question du handicap,
01:39c'est que pour les managers notamment, mais aussi parfois leurs équipes, l'idée de dire nous allons accueillir une personne en situation de handicap était une idée qui n'allait pas de soi.
01:49C'est une idée qui consistait à se dire qu'est-ce que nous avons fait de mal d'une certaine manière, parfois on entendait ça,
01:55pour avoir à accueillir une personne handicapée qui va créer un ralentissement dans notre activité,
02:02qui va nous poser un certain nombre de problèmes qui n'étaient pas d'ailleurs formulés, puisqu'il n'y en avait pas en réalité.
02:07Et donc on a travaillé à former les managers, à former les équipes, à former les collaborateurs eux-mêmes.
02:13Parce que beaucoup de collaborateurs, en réalité, pour certains d'entre eux, étaient en situation de handicap, mais ne le disaient pas.
02:18Et donc il fallait qu'ils le disent, il fallait que leurs collègues puissent se dire, ah bah oui, tu es en situation de handicap,
02:23et néanmoins, ça se passe très bien, nous travaillons très bien, et tu as la même productivité, la même valeur ajoutée que nous.
02:29Et donc travailler sur ces espèces de préjugés que nous avions, qui étaient des préjugés multiples en réalité,
02:34et qui ont permis d'inverser complètement la tendance.
02:36C'est-à-dire que maintenant, non seulement cette question n'existe plus,
02:39mais les équipes qui accueillent des personnes en situation de handicap sont des équipes qui en sont fières.
02:43Elles en sont fières parce qu'elles se disent, voilà, moi, nous, ça prouve qu'on est dans l'inclusion,
02:48on est dans une manière de travailler qui permet de faire en sorte que la diversité s'exprime au sein de l'équipe.
02:53Ça nous apporte des choses, et d'une certaine manière, ça permet aussi aux personnes qui sont en situation de handicap
02:58d'être elles-mêmes en situation de contribuer le mieux possible,
03:05et sans cacher les problèmes d'adaptation du poste de travail ou autre qu'elles peuvent avoir de temps en temps.
03:09Et ça, c'est quelque chose qu'on a encore pu mesurer lorsque, cette année, on a travaillé sur les troubles dys,
03:17qui est aussi un handicap qui touche beaucoup de gens, je crois que c'est 6 à 8% de personnes qui sont touchées par les troubles dys.
03:24Et quand on a travaillé sur ce sujet, qu'on a formé nos managers, qu'on a édité un guide sur le sujet,
03:29on a vu arriver des personnes qui ne s'étaient pas déclarées pour dire merci parce que je n'osais pas le dire
03:34et j'avais les plus grandes difficultés dans mon travail à m'adapter, à déployer une énergie phénoménale
03:40pour ne pas faire voir que j'avais ce type de problème.
03:42Maintenant, je sais que je peux le faire valoir, je sais que j'ai des outils que l'on me donne pour y arriver.
03:47Et même au-delà de ça, on a des parents qui ont des enfants dans ces situations,
03:52qui se disent oui, il y a un avenir dans l'entreprise pour mon enfant, et ça, c'est quelque chose de très positif.
03:57Est-ce qu'il y a un ROI pour FDG United dans tout ça ?
04:00Si oui, quels sont les bénéfices directs liés à votre engagement sur le terrain pour aller chercher des talents parfois invisibles ?
04:06Il y a plusieurs questions derrière ça, mais ça revient toujours à la même chose.
04:09C'est finalement, nous sommes une entreprise d'un côté, une entreprise cotée en bourse d'ailleurs,
04:13avec des objectifs de croissance, de rentabilité et in fine de création de valeur.
04:18Et ça, ça fait partie du travail de l'entreprise.
04:22Mais nous sommes aussi une entreprise qui a une histoire, qui a une raison d'être.
04:27Et cette histoire, c'est l'histoire que tout le monde connaît maintenant, je crois.
04:33C'est l'histoire des gueules cassées en 1933, qui étaient des exclus de la société d'une certaine manière.
04:39Ils avaient été gravement blessés, ils avaient la face, ils étaient dévisagés en fait.
04:42Ils avaient du mal à s'intégrer, ils avaient créé la Loterie Nationale, ce qui leur a permis de s'intégrer dans la société.
04:47Donc on était déjà dans une histoire d'inclusion dès 1933.
04:50Et donc aujourd'hui, c'est la fondation qui a pris le relais des actions opérationnelles en la matière.
04:57Mais en réalité, tout ça, ce sont les deux faces de la même pièce.
05:01Parce que lorsque la fondation agit pour l'intégration des personnes en situation de voie d'exclusion ou vulnérable,
05:11lorsque l'entreprise y contribue, en réalité, on contribue à faire en sorte que la société aille mieux.
05:16Quand la société va mieux, ça donne un cadre de stabilité pour une entreprise, pour lui permettre de se développer.
05:23Donc c'est une question de soutenabilité.
05:25Alors vous parliez de ROI.
05:26Le ROI, il est là déjà.
05:28Il est dans la soutenabilité de notre activité économique, de notre modèle d'entreprise.
05:32Et ça, je crois que c'est très important.
05:33Et au-delà de ça, en matière de ROI, à travers la fondation, nous mesurons directement l'impact que nous avons sur la société, sur nos bénéficiaires.
05:44Et ce que l'on a pu mesurer très récemment, là encore, c'est que pour 1 euro que dépense la fondation, le bénéfice pour la société est de 3,7 euros.
05:51Donc on a vraiment un enjeu à ce que nous puissions continuer à nous investir sur ce type de sujet.
05:57Après, vous aviez une autre question qui était la question d'aller vers ce que vous appelez les invisibles, aller finalement vers ces talents qui sont présents, qui sont prêts à travailler et qui néanmoins n'accèdent pas à l'entreprise.
06:12Eh bien, nous, nous avons modestement en tant qu'employeur, là je vais évoquer le sujet en tant qu'employeur, nous avons un peu plus de 3 000 personnes qui sont employées en France, donc ce sont un petit employeur.
06:22Néanmoins, chacun à son niveau peut faire des choses en la matière.
06:25Donc nous formons nos managers, nous formons nos recruteurs, parce que c'est d'abord là que ça se situe, à la question du recrutement et du management des personnes qui viennent par exemple des quartiers,
06:39qui ont une culture différente ou qui ont une caractéristique type handicap différent, ces invisibles dont vous parlez, de façon à permettre de travailler sur les enjeux de discrimination,
06:50qui sont des enjeux légaux d'abord, mais qui sont aussi des enjeux de société, donc le cadre légal, mais aussi les enjeux qui sont associés pour la société et pour l'entreprise.
06:59Les biais, je crois que ça c'est très important, de travailler sur les biais, de travailler sur les stéréotypes.
07:04Nous avons tous des stéréotypes et donc il faut pouvoir expliquer à chacun, faire prendre conscience plus exactement à chacun ce que sont les stéréotypes qu'il a en tête,
07:13pour les déconstruire et lui permettre d'avancer dans la façon d'accueillir des personnes invisibles, pour reprendre votre expression,
07:22et puis les bonnes pratiques évidemment, de façon à avoir cette capacité à les recruter et à les accueillir dans le temps.
07:28La deuxième chose que nous faisons aussi, je dirais, c'est l'aller vers, c'est-à-dire qu'il ne faut pas que l'entreprise attende que les candidats se manifestent,
07:36il faut aussi que l'entreprise aille vers les candidats potentiels.
07:40Et ça, ça prend plusieurs formes, c'est l'organisation de rencontres, le recrutement d'alternants, des événements comme celui-ci,
07:50aujourd'hui évidemment est extrêmement propice à la rencontre entre l'entreprise et des candidats éventuels, mais aussi il faut commencer plus tôt.
07:57Par exemple avec les stages de troisième, les stages de seconde, accueillir des personnes qui ne sont pas seulement les enfants des collaborateurs,
08:04pour le dire de manière assez simple, mais qui sont surtout des enfants qui viennent des lycées, des collèges,
08:11qui sont dans des quartiers dans lesquels vivent ces invisibles.
08:14Merci infiniment. Si les participants devaient repartir avec une seule conviction après ce sommet, laquelle souhaiteriez-vous que ce soit ?
08:21Moi je crois que la conviction c'est que tout le monde a sa capacité à agir pour que la société aille mieux,
08:28et quand je dis tout le monde, c'est les individus, les associations et les entreprises,
08:33et les entreprises ont en réalité un rôle fondamental à jouer,
08:37parce qu'en fait, je dirais qu'il y a deux facteurs essentiels de cohésion dans la société,
08:42c'est l'éducation et c'est l'emploi.
08:44Et l'emploi, ça relève vraiment de l'entreprise, donc les entreprises sont mobilisées, mais elles doivent continuer à se mobiliser.
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