00:00Et c'est Paul Chollet qui est avec nous par téléphone afin de nous aider, de nous éclairer sur ces statistiques françaises.
00:06Chef économiste chez Crédit Mutuel Arkea et membre du comité stratégique de BSI Economics.
00:11Bonjour Paul Chollet, merci de nous accorder quelques minutes ce matin.
00:15La croissance du troisième trimestre en France a été confirmée à 0,5%.
00:20L'INSEE également qui détaille un petit peu ses chiffres d'inflation.
00:23Une inflation qui est toujours en deçà des 1%. Nous sommes exactement à 0,8% en harmonisé sur le mois de novembre.
00:31Oui, bonjour Etienne. Écoutez, merci pour cette invitation.
00:34En effet, l'inflation en France, même au sens français, ressort à 0,9% contre 1% attendu.
00:39Et vous l'avez dit, 0,8% au sens européen.
00:42Donc c'est vraiment pas la France qui freine la BCE dans ses baisses de taux.
00:46Vous savez que la BCE est en pause. Le mandat de la BCE, c'est 2%.
00:50Nous en France, donc cette inflation aux normes européennes 0,8%.
00:53Donc la BCE, au sens français, pourrait baisser ses taux directeurs en décembre,
00:57mais elle ne le fera pas, vous le savez, puisque globalement, au niveau de la zone euro, l'inflation est de 2%.
01:01Donc oui, concentrons-nous sur la France.
01:04Cette inflation qui se modère, c'est plutôt une bonne nouvelle, notamment à l'approche des fêtes de Noël.
01:11Pour autant, quand on regarde le chiffre du PIB, là aussi, vous avez plutôt des bonnes nouvelles ce matin,
01:17puisque la croissance française est confirmée en progression de 0,5% au troisième trimestre.
01:21L'acquis de croissance pour l'ensemble de l'année est de 0,8%.
01:25Donc avec une croissance allée de 0,2, 0,3 points au quatrième trimestre, on pourrait faire 0,9% de croissance cette année.
01:31Donc un chiffre au-delà des prévisions récentes, notamment de la Banque de France, qui était de 0,7%.
01:37Et puis surtout, dans le détail de ce PIB, de ce 0,5%, ce qu'on voit, c'est que la demande interne repart un petit peu.
01:44On a une progression de la demande interne qui contribue de 0,3 points à ce 0,5%.
01:49Et finalement, ce qu'on avait en première estimation, c'était des variations du commerce extérieur,
01:54entre stock et commerce extérieur, qui étaient très nettes.
01:56Et elles sont un petit peu moins nettes dans cette révision du PIB.
02:01Et donc globalement, vous l'avez dit, le chiffre est plutôt positif.
02:03– Quand vous regardez les données de l'emploi, ça résiste plutôt bien également.
02:08Comment expliquer cette résilience de la France dans un contexte quand même assez incertain au niveau mondial
02:14et encore plus en France, avec notamment un climat politique qui est quand même assez chahuté ?
02:19– Alors oui, là aussi, c'est assez intéressant de voir que l'emploi résiste.
02:23C'est aussi à mettre en perspective quelque part avec les marges, le taux de marge des entreprises.
02:29Vous l'avez vu ce matin, de nouveau, une publication plutôt positive,
02:33dans le sens où le taux de marge des entreprises rebondit un petit peu au troisième trimestre.
02:37Et là aussi, il faut, je crois, analyser l'évolution des défaillances d'entreprises
02:41au regard de ce qui s'est passé ces dernières années, des aides garanties par l'État,
02:45les prêts garantis par l'État, qui ont finalement permis à des entreprises de ne pas faire défaut,
02:50ce qu'on appelle les entreprises zombies, entre 2020 et 2022.
02:54Et aujourd'hui, ces entreprises bien font défaut et donc conduisent les faillites
02:58à un niveau exceptionnellement élevé en France.
03:00Mais quand on regarde plus dans le détail, finalement, les faillites qui sont davantage liées à la conjoncture,
03:05donc ces entreprises qui, in fine, font faillite parce que la croissance est trop molle,
03:09eh bien, il n'y en a pas tant que ça.
03:10Donc certes, le chiffre de faillite est très, très, très élevé,
03:13mais on ne détruit pas tant d'emplois que ça en ce moment en France.
03:17Donc ça aussi, c'est plutôt une bonne nouvelle.
03:19Et ça vient expliquer qu'on est finalement un petit rebond de la consommation.
03:22Et on le voit encore ce matin.
03:23D'ailleurs, on a eu les données de conso qui ont été publiées, elles aussi, à 8h45.
03:28Et sur un mois, la consommation rebondit de 0,4%.
03:31Le chiffre attendu, c'était 0,2 dans les services,
03:34comme d'ailleurs dans les biens manufacturés ce matin.
03:36Donc c'est une bonne nouvelle.
03:38En conclusion, comment aujourd'hui vous pouvez dessiner un petit peu le tableau,
03:42l'image de la France, la carte postale,
03:44avec un taux d'épargne, on l'a vu encore cette semaine,
03:46qui est proche de plus haut historique,
03:48à un emploi qui tient plutôt bien.
03:50On détaille 0,3% en glissement annuel sur le troisième trimestre d'après l'INSEE.
03:54Et donc une inflation qui n'est pas absente,
03:56mais en tout cas qui commence très sérieusement à se tasser.
04:00La photo telle qu'on la voit, c'est quand même la résilience de l'économie française
04:04face à une crise politique qui est majeure.
04:06On aurait pu craindre que la croissance française décroche.
04:09A priori, ce n'est pas le cas.
04:10Vous avez cité le taux d'épargne,
04:11mais le taux d'épargne a baissé au troisième trimestre de 0,3 point.
04:15Donc là aussi, quelque part, c'est à mettre en lien avec des ménages
04:19qui reconsomment et qui puisent un petit peu dans leur épargne.
04:22Alors pourquoi est-ce qu'ils font ça ?
04:24Ils font ça aussi parce que les produits de placement offrent des taux d'intérêt
04:26qui sont moins avantageux avec la BCE qui baisse ces taux.
04:29Et finalement, vous avez ces ménages qui reviennent consommer
04:32et qui petit à petit réalimentent la pompe
04:34en permettant aussi aux entreprises d'avoir une augmentation de leur marge.
04:38Donc finalement, le cercle vertueux que nous économistes
04:42ont prévoyé il y a un an et qui n'est pas arrivé à cause d'une crise politique,
04:45et bien il se met petit à petit en place.
04:47Mais évidemment, la forte incertitude actuelle
04:49diminue la force de frappe de ce cercle dont je parle.
04:53L'année prochaine, il y a un pays qui est attendu au tournant dans la zone euro.
04:56C'est bien sûr l'Allemagne avec le plan de relance.
05:00Quelles sont vos perspectives, que ce soit pour l'Allemagne
05:02mais également pour la BCE ?
05:04Est-ce qu'aujourd'hui, avec une inflation qui commence à se tasser,
05:07notamment en Allemagne, en France,
05:08ça peut ouvrir la voie à une ou deux baisses de taux l'année prochaine ?
05:12Oui Etienne, alors là, vous avez bien résumé notre pensée au Crédit Mutuel Arcaire.
05:17Effectivement, nous, ce que nous anticipons,
05:19c'est que la croissance allemande l'année prochaine
05:21pourrait un petit peu plus décevoir qu'anticipée par le consensus.
05:24Une croissance relativement solide, anticipée au-dessus de 1%,
05:28alors que je le dis, mais depuis 2019,
05:31la croissance allemande n'a pas progressé.
05:33Sur les six dernières années, en niveau,
05:34vous avez aujourd'hui une stagnation de la croissance allemande.
05:37Alors certes, le déficit public allemand, l'année prochaine,
05:39devrait être de 4% contre 3% cette année,
05:42donc permettre un léger rebond de cette croissance,
05:45mais nous, nous l'anticipons bien plus léger qu'anticipé.
05:48Et de fait, du coup, Christine Lagarde, aujourd'hui,
05:50qui marque une pause dans ces baisses de taux,
05:52parce qu'elle veut voir l'impact des baisses récentes
05:55des taux directeurs de la BCE sur l'économie globale de la zone euro,
05:58donc à savoir l'Italie, l'Espagne, la France et l'Allemagne,
06:01et bien Christine Lagarde, dans quelques mois,
06:03elle pourrait revenir en arrière et dire,
06:05finalement, l'impact de ces baisses de taux
06:06n'est pas si élevé sur l'activité.
06:08Et, vous l'avez dit, l'inflation, par ailleurs,
06:11elle commence à décevoir et pourrait passer bien en dessous
06:15de la type de la BCE, je redis 2%, au premier semestre 2026.
06:19Et dans ce contexte, nous, aux côtés du Crédit Mutuel Arkea,
06:22nous anticipons deux baisses de taux de plus de la part de la BCE.
06:25Donc, son taux de dépôt passerait de 2% à 1,5%
06:29courant du premier semestre 2026.
06:32Donc, ça, c'est une vision légèrement en décalage
06:34avec le marché qui, aujourd'hui, parie toujours
06:36sur une pause prolongée de la BCE en 2026,
06:38à 2% pour le taux de dépôt.
06:40Et Christine Lagarde, bien sûr, qui sera interrogée
06:42sur ces baisses de taux lors de la prochaine réunion
06:44qui se tiendra dans 15 jours.
06:46Merci beaucoup, Paul Chollet, de nous avoir accompagné ce matin,
06:49chef économiste du Crédit Mutuel Arkea
06:51et membre du comité stratégique de BSI Economics,
06:53afin de revenir à chaud sur ces chiffres de l'INSEE
06:56qui ont été publiés ce matin.
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