00:00Et nous recevons ce matin Jean-Louis Martin, économiste et chercheur associé sur l'Amérique latine à l'IFRI.
00:05Merci beaucoup d'être avec nous dans la matinale de l'économie.
00:08Bonjour, on parle de la Bolivie ce matin.
00:10Rodrigo Paz a été élu président le 19 octobre, 54,6% des voix.
00:16On parlait hier avec Annalisa Capellini de la bonne réaction des marchés au succès de Ravier Milei en Argentine,
00:23aux législatives demi-mandats.
00:25Là, les marchés n'ont pas répondu du tout de la même manière à l'élection de Rodrigo.
00:30Paz, pourquoi ?
00:32D'abord parce que c'est un petit pays.
00:34L'impact de cette élection, il est important en Bolivie, mais beaucoup moins pour le reste du monde.
00:40La Bolivie a un peu plus de 12 millions d'habitants.
00:44Un PIB qui est de l'ordre de, je crois que c'est un peu moins de 60 milliards de dollars.
00:49C'est un petit pays relativement pauvre, y compris par rapport au reste de l'Amérique latine.
00:55On a un PIB par habitant qui est de l'ordre de 11 000 dollars en parité de pouvoir d'achat,
01:01c'est-à-dire en éliminant les effets pris.
01:03La moyenne de l'Amérique latine est à 21 000, donc on est quand même dans un pays relativement pauvre,
01:12assez isolé, sans accès à la mer.
01:17Donc oui, un pacte assez faible sur le reste du monde, ça n'est pas étonnant.
01:21Mais quand même, cette nouveauté de changement de côté aux élections.
01:28Annalisa ?
01:28En effet, pour la Bolivie, c'est la fin de 20 ans de socialisme.
01:31Rodrigo Paz a parlé d'un capitalisme pour tous.
01:34Qu'est-ce qui va changer concrètement, surtout pour les entreprises ?
01:38Alors, le socialisme bolivien a connu aussi, lui, plusieurs phases.
01:45C'est-à-dire, il y a eu l'époque de Morales où, là, il y a eu des mesures de fond prises,
01:55en particulier pour rééquilibrer le pays de manière un peu moins défavorable aux populations indiennes.
02:03Parce que c'est aussi un pays qui est un peu double, c'est-à-dire, vous avez une partie andine qui est très indienne
02:08et plus pauvre que la majorité du pays, et la partie est, qui sont des plaines, en fait,
02:17vers la grande ville qui s'appelle Santa Cruz, qui ressemble beaucoup plus au Brésil avec de l'agro-exportation.
02:26Et Morales, qui était un Indien des hauts plateaux, a fait des efforts pour essayer de rééquilibrer un petit peu le pays.
02:35Après, ça, c'est un peu parti dans tous les sens et c'est devenu une sorte de socialisme rentier
02:42avec des distributions de subventions.
02:46et ça s'est traduit par des graves problèmes économiques qui sont, je pense, la principale raison du basculement politique.
02:57C'est le pays dans une crise économique tout à fait sérieuse.
03:00Détaillez-nous quelques gros problèmes économiques du pays.
03:03D'abord, le pays est en récession en ce moment.
03:07Quand on est le plus pauvre de la région, ça veut dire qu'on ne rattrape pas les autres.
03:12L'inflation a fortement progressé.
03:17Ils sont aujourd'hui à autour de 15% d'inflation, ce qui n'est pas à l'Argentine, mais ce qui est quand même beaucoup trop.
03:25Il n'y a plus de devise, ce qui se traduit par des difficultés d'importation, par un marché noir de la devise.
03:34Écoutez, c'était en train de mal tourner le FMI, dont les avis peuvent être quelques fois discutés,
03:43mais là, il était quand même très clair, la situation n'était pas soutenable.
03:47Et c'est ce qui a fait que le parti au pouvoir depuis 20 ans, le MAS,
03:53qui en plus était divisé parce qu'il y a eu un candidat dissident
03:56qui a fait d'ailleurs beaucoup mieux que le candidat officiel
03:59qui lui a fait 3% des voix aux élections présidentielles.
04:03C'est pour ça que la population bolivienne a voté assez massivement autre chose,
04:08parce qu'il voulait sortir de ce socialisme qui ne marchait plus.
04:13Pour autant, le FMI n'interviendra pas pour le moment.
04:16Non, mais je pense qu'il va y avoir une ouverture des négociations très vite
04:23avec la nouvelle administration PASSE.
04:26Donc je m'attends à ce que, courant 2026, il y ait un programme FMI qui se mette en place.
04:33Et la Bolivie, on a besoin à la fois pour être accompagnée
04:38dans une sorte de remise en ordre de son économie,
04:42et puis elle a aussi besoin de financement extérieur.
04:45Et là, on revient un petit peu au cas argentin,
04:47où les caisses sont vides et pour faire tourner l'économie,
04:50il faut un peu de dollars.
04:51C'est un paradoxe, Jean-Louis Martin,
04:54parce qu'en réalité, la Bolivie a des ressources naturelles plutôt présentes.
05:00On parle du gaz, notamment, qu'elle exporte beaucoup.
05:02On parle du lithium, elle a les plus grandes réserves au monde.
05:05Comment elle peut exploiter cette richesse ?
05:07Est-ce que c'est là la clé pour le redressement du pays ?
05:11Oui, ça aidera certainement.
05:15Il faut savoir l'exploiter.
05:16Oui, alors le gaz, ça peut aller assez vite,
05:19puisque c'est déjà en exploitation.
05:21Alors, il y a quelques choses à remettre en place,
05:27mais ça, ça peut aller très vite.
05:29Le lithium, c'est un petit peu plus compliqué.
05:30Il y a déjà eu des investissements,
05:32mais c'est quand même une industrie naissante.
05:36Tout n'est pas maîtrisé sur le plan technique.
05:40Il y a des difficultés techniques aussi,
05:44assez sérieuses en particulier,
05:45parce que c'est une activité qui demande beaucoup d'eau,
05:47et il se trouve que les réserves sont dans des endroits
05:50où il n'y a pas beaucoup d'eau.
05:51Ça pose des problèmes environnementaux.
05:54Et ça, il est clair que la Bolivie ne pourra pas résoudre ça tout seul.
05:58C'est-à-dire qu'il faudra des investissements étrangers.
06:01Et pour ça, il faut qu'il y ait un minimum de retour de confiance
06:05dans une stabilité économique et une politique économique soutenable.
06:10On a des chances que, enfin, les chances que ça arrive
06:14se sont améliorées avec l'élection de Rodrigo Paz.
06:19Il faut aussi, vous parliez de basculement politique,
06:24Rodrigo Paz était quand même le plus modéré
06:28des candidats d'opposition, d'une certaine manière,
06:30puisqu'il a battu au deuxième tour
06:33qui était beaucoup plus à droite que lui.
06:41Il y avait un autre candidat de droite
06:43qui est arrivé troisième au premier tour.
06:47Donc, oui, basculement, mais pas basculement radical.
06:51C'est-à-dire, je ne crois pas qu'il faille attendre en Bolivie
06:54ce qu'on a vu en Argentine,
06:57et en particulier quelque chose d'aussi bruyant.
06:59D'abord, sa personnalité paraît quand même assez différente
07:03de celle, c'est quelqu'un de beaucoup plus posé.
07:05C'est un homme du serail,
07:08c'est-à-dire son père a été président,
07:10son grand-oncle a été président,
07:12il est le troisième Paz président de la Bolivie.
07:16Et visiblement, c'est quelqu'un qui ne veut pas
07:19de révolution radicale dans le pays.
07:23Mais on va avoir des changements,
07:25plus d'ouverture aux investissements étrangers,
07:29des réformes économiques
07:31qui iront dans le sens de celles réclamées par le FMI,
07:34par exemple, fin de subvention, des choses comme ça.
07:37Merci beaucoup, Jean-Louis Martin,
07:39économiste et chercheur associé sur l'Amérique latine,
07:41à l'IFRI, d'être venu nous voir ce matin.
07:44Vous voulez y rajouter quelque chose ?
07:45Non.
07:45Merci beaucoup d'être venu sur notre plateau.
07:48Merci beaucoup.
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