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  • il y a 3 mois
Ce mercredi 29 octobre, Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersingéco, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin. Ils sont revenus sur la victoire de Javier Milei aux élections de mi-mandat en Argentine et les défis structurels auxquels il doit faire face. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Annalisa Capellini me rejoint sur ce plateau. Nous recevons Sylvain Bersinger, économiste et fondateur du cabinet Bersinger Co.
00:06Bonjour Sylvain, ravi de vous retrouver aujourd'hui. On va parler de cette victoire de Ravière-Méleil en Argentine aux élections de mi-mandat.
00:14Le parti de Ravière-Méleil qui a largement remporté ses législatives avec 40,7% des voix au niveau national.
00:23L'une des premières conséquences de cette victoire législative, le taux d'emprunt de l'Argentine à échéance dix ans a drastiquement baissé suite à ce résultat.
00:33Il y a eu plein de signes comme ça après ce résultat qui conforte finalement Ravière-Méleil dans son poste.
00:40Oui, alors qu'il conforte en tout cas à court terme.
00:41Après à long terme, je ne sais pas si tout est gagné.
00:44Effectivement, il y avait des faiblesses sur le Pesso, sur la dette publique argentine, sur la bourse, sur l'ensemble des indicateurs financiers de l'Argentine.
00:51Ça fait comme un bol d'air, là.
00:53Voilà, ça fait un bol d'air, notamment parce que Trump avait conditionné son aide, je mets les guillemets à aide parce que c'était une aide un peu étrange, à une victoire ou non.
01:01Il avait dit, si vous perdez les élections, peut-être que je retirerai ce swap de 20 milliards qu'il avait annoncé.
01:07Et donc c'est vrai que pour Ravière-Méleil, il y a un bol d'air.
01:09Il avait perdu des élections locales un peu plus tôt dans l'automne.
01:12Et donc on sentait qu'il était contesté, que les péronistes peut-être pourraient revenir au pouvoir.
01:16Donc là, voilà, il renforce son assise et ça a permis une certaine stabilisation des indicateurs financiers d'Argentine.
01:23Après, voilà, ça peut être une accalmie de courte durée parce qu'il y a encore des défis structurels assez importants dans ce pays.
01:29Annalisa ?
01:29En réalité, ce que vous dites, c'est qu'effectivement, ça permet de reprendre un tout petit peu le souffle, mais que ça ne change pas les problèmes structurels.
01:36Vous avez publié une analyse.
01:37Le titre, c'est l'Argentine est de nouveau dans une situation économique critique.
01:41On a vraiment l'impression que c'est cyclique.
01:43Comment vous l'expliquez ?
01:44Oui, alors, vous savez que l'Argentine, ça fait, je dirais, près d'un siècle qu'ils vont de crise en crise, de défauts en crise de change.
01:50C'est un pays très intéressant parce que c'est à peu près le seul pays à avoir été prospère il y a un peu plus d'un siècle
01:55et qui, aujourd'hui, est classé dans les pays, disons, en développement.
01:58Il y a très peu de pays qui ont suivi cette trajectoire, en fait.
02:01Et la difficulté, quand vous avez comme ça accumulé pendant des décennies ou même pendant un siècle des crises successives,
02:06c'est que tout le monde attend la prochaine crise.
02:07Et donc, les marchés, les investisseurs ou même les épargnants, personne ne vous donne le bénéfice du doute.
02:13Donc, à la moindre turbulence, tout le monde va sortir ses pesos, les changer en dollars, votre monnaie s'effondre et vous avez des problèmes.
02:18Là ou dans d'autres pays, en fait, l'ensemble des agents économiques seraient plus patients, seraient plus attentifs.
02:24Donc, cette accumulation de crises passées est un problème aujourd'hui pour l'Argentine.
02:29Et ce qui fait qu'à la moindre turbulence, et on l'a vu là au début de l'automne, à la moindre turbulence, il y a des fuites de capitaux, le peso pèse,
02:37et on sent cette crise de change poindre.
02:40Donc, là, c'est vrai qu'il y a un bol d'air avec la victoire électorale de Ravier Mileï.
02:45Mais quand on voit la trajectoire de l'Argentine, quand on voit qu'il n'y a pratiquement pas de croissance,
02:49Ravier Mileï a mené une politique d'austérité à la tronçonneuse, qui a perdu des effets, mais qui a aussi des effets négatifs.
02:54Il y a des grosses échéances de remboursements qui vont arriver en 2026.
02:57Donc, voilà, je pense que l'Argentine n'est vraiment pas sortie du bois.
02:59La question, c'est est-ce que le but, le vrai but de Ravier Mileï, c'est bien de sortir le pays de cette crise économique ?
03:05Alors, je ne sais pas exactement quelle est sa vision de l'économie, puisqu'il a une politique, on le sait, assez fantasque,
03:11le personnage est assez original, assez brutal dans la coupe des dépenses publiques.
03:15D'un côté, il a raison, l'Argentine ne pouvait pas continuer avec ses déficits publics, ses défauts tous les 10-20 ans,
03:22enfin, ce n'était pas tenable.
03:24Le problème, je trouve, de sa politique, c'est quelle est la perspective de croissance qu'il donne ?
03:28Donc là, ok, il a coupé les dépenses, le sol public est revenu à mon gros modèle équilibre, voire en excédent,
03:34mais quelle est la trajectoire de croissance ?
03:36Quelle est sa vision ? Quels seront les secteurs porteurs de la croissance argentine future ?
03:40Puisque dans les coupes sur les dépenses, il a coupé les dépenses de construction d'infrastructures,
03:44les dépenses de santé, les dépenses d'éducation, les dépenses aussi qui font la croissance de demain de l'Argentine.
03:50Donc on voit bien sa politique de la tronçonneuse, assez radicale et en partie justifiée.
03:55Le problème, c'est quelle vision de l'économie argentine y projette et quelle stratégie de croissance y projette.
04:00Parce que s'il n'y a pas de croissance de long terme, s'il n'y a pas des secteurs qui se développent,
04:05alors on peut penser à l'agriculture qui est un peu le point fort,
04:07mais ça peut être des secteurs dans les nouvelles technologies, dans l'industrie, dans plein de secteurs.
04:13Qu'est-ce qu'il a envie de développer, de porter pour l'économie argentine ?
04:16Là, on ne le voit pas.
04:17Et s'il n'y a pas de croissance durable, le pays n'arrivera pas à se développer,
04:21il retombera dans des crises successives.
04:23Donc il manque, je dirais, un peu une vision.
04:25On voit bien la tronçonneuse, on voit moins bien la vision avec Ravier Medaille.
04:27En revanche, ce qu'on voit bien, ce sont les effets déjà sur la croissance,
04:31sur la société de cette politique de la tronçonneuse.
04:34Le FMI, par exemple, a baissé ses prévisions de croissance pour l'Argentine.
04:37Il y aura des conséquences bien visibles.
04:38– Oui, elles sont déjà, on n'est pas obligé de parler au futur,
04:42parce que ça fait maintenant bientôt deux ans qu'il y a cette politique d'austérité très brutale.
04:46Bien sûr, ça a cassé la croissance, ça a des impacts sociaux très forts,
04:48ça a des impacts sur le pouvoir d'achat, sur la consommation.
04:51C'est une politique d'austérité brutale et à la tronçonneuse,
04:55qui a des effets positifs sur l'inflation et sur les finances publiques,
04:57mais évidemment des effets sociaux et économiques très brutaux.
05:01Et le risque, c'est qu'une politique d'austérité trop brutale,
05:03je dirais, elle tue un peu le malade.
05:05C'est-à-dire que vous asphyxiez tellement la croissance
05:07qu'en fait, vous impactez aussi le potentiel de croissance de long terme du pays.
05:11Et ça rejoint un peu ce que je disais.
05:12Quelle est sa vision de la croissance et du développement économique de l'Argentine ?
05:16Et c'est ça, je dirais, qui manque dans cette politique.
05:19Pour terminer, ce qui est intéressant, c'est que ça n'a pas arrêté
05:22les investissements étrangers dans le pays.
05:23Les entreprises françaises ont été séduites par Javier Milei,
05:26elles ont investi là-bas, il y a Eramet,
05:28il y a Total Energy qui se sont installées là-bas.
05:30C'est quand même intéressant.
05:32Oui, mais je ne dis pas que sa politique est 100% un échec.
05:35Après, si on regarde...
05:36Il faudrait savoir si c'est même prudent de la part des entreprises, d'ailleurs.
05:39Oui, alors de ce que je comprends des entreprises que vous citez,
05:42c'est avant tout des entreprises minières.
05:44On sait que l'Argentine, c'est un grand pays avec un sous-sol riche.
05:47Il y a des grands enjeux sur tout ce qui est terres rares.
05:49On le voit avec la Chine qui bloque ses exportations.
05:51L'Argentine, à ce niveau-là, peut être une alternative à la Chine
05:56sur tout ce qui est les minerais.
05:58Après, pour voir le sentiment global des investisseurs,
06:02je pense qu'un baromètre qui est intéressant, c'est le Pesso.
06:06Puisque quand les investisseurs arrivent, ça fait monter le Pesso.
06:08Quand ils repartent, ça le fait baisser.
06:09Et là, à l'automne, les pressions étaient plutôt à la baisse.
06:12Donc voilà, le sentiment des investisseurs, actuellement,
06:14il est quand même assez mitigé et assez prudent.
06:16On verra ce qui se passera.
06:18Merci beaucoup, Sylvain Bersinger, d'être venu nous voir économiste
06:21et fondateur du cabinet Bersinger Co.
06:23Merci d'avoir été dans la matinale de l'économie.
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