- il y a 4 mois
Ce jeudi 4 septembre, la fébrilité des marchés obligataires mondiaux, caractérisée par l'envolée des taux longs dans un contexte de guerre commerciale, a été abordée par Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Allianz Trade, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Anna Boata, directrice de la recherche économique chez Allianz Trade, en effet, qui était avec nous pour débuter cette émission.
00:08Merci d'être avec nous, Anna Boata. On en parlait dans le sommaire de cette émission.
00:13La France qui va émettre de la dette à long terme tout à l'heure, ça sera à 11 heures, des échéances longues.
00:20Néanmoins, le marché obligataire se stabilise depuis hier, après une petite poussée mardi.
00:25Le 10 ans français tente de s'accrocher à la barre des 3,5%.
00:28Bon, quand on se compare, on ne se console pas, mais est-ce qu'on se désole ?
00:32Parce qu'au final, ce sont l'ensemble des taux qui progressent.
00:35Même les taux au Japon, encore cette nuit, ont progressé.
00:39Oui, effectivement. En fait, on est dans un scénario où les marchés regardent très attentivement les tendances budgétaires.
00:46Donc on sait qu'aujourd'hui, il n'y a pas que la France, il y a le Royaume-Uni, les États-Unis, le Japon.
00:50Des pays qui ont des ratios de dette publique très élevés, au-dessus de 110%, voire plus pour le Japon, au-dessus de 200% du PIB.
00:58Et qui sont dans une phase de consolidation budgétaire.
01:02Et on sait que cette consolidation budgétaire a un coût sur la croissance, forcément.
01:06Dans un environnement de guerre commerciale, les taux de croissance sont quand même très faibles.
01:10On parle aujourd'hui des taux de croissance d'un demi-point, un point au maximum.
01:14Et donc, clairement, il n'y a pas de marge de manœuvre, vraiment, pour pouvoir faire cette consolidation budgétaire.
01:20Et on sait, on est dans des impasses politiques, dans la plupart des cas, où les gouvernements à place n'arrivent pas vraiment à passer des budgets très ambitieux.
01:29Et c'est justement le cas de la France.
01:31Et je voulais juste faire un point là-dessus.
01:34Le mal, quelque part, est déjà fait.
01:35Puisque depuis le début de l'année, on a un coût de l'incertitude sur la croissance française d'environ 0,2 point.
01:41Si on rajoute la guerre commerciale, en fait, on aurait pu avoir une croissance du PIB cette année à 1.
01:46Mais en fait, on est à peu près à 0,5.
01:49Donc, c'est sûr qu'il y a des conséquences déjà visibles.
01:51Les consommateurs sont plus inquiets, ils épargnent plus que ce qu'ils dépensent.
01:56Les entreprises n'investissent pas, puisque les taux élevés ont aussi un impact sur les taux bancaires
02:01et sur leur capacité à vraiment financer une dette qu'ils auraient pu prendre pour investir.
02:08Et dans ce contexte-là, une profitabilité aussi qui se dégrade,
02:12puisque l'activité de leur chiffre d'affaires, elle est quand même encore très faible.
02:16Donc, effectivement, on est dans un environnement où le marché est très attentiste.
02:20Ce n'est pas tant que ça les taux courts, mais ce sont vraiment les taux longs.
02:23Puisqu'on sait que c'est une histoire de longue haleine, si je peux dire comme ça.
02:27À court terme, la BCE peut éventuellement encore baisser des taux.
02:31Peut-être pas dans l'immédiat, mais peut-être en 2026.
02:34Mais on voit bien que c'est plutôt une histoire de courbe qui se repentifie très rapidement.
02:41Et une histoire des taux longs.
02:43Et effectivement, ça va pèser sur la charge de l'intérêt et sur le déficit public de la France
02:49à venir.
02:50Donc, ça veut dire que plus les taux d'intérêt à long terme, les 10 ans ou plus, montrent,
02:55plus on doit payer sur notre charge de la dette et plus on doit faire des efforts budgétaires
02:59pour arriver à ce fameux 4,6% du PIB de déficit public l'année prochaine.
03:05C'est un petit peu un cercle vicieux.
03:07Au moment où la BCE va prendre la parole, puisque ça sera dans une semaine pile,
03:11ça sera jeudi prochain, le 11 septembre.
03:14Que peut faire la BCE par rapport à cela ?
03:15J'imagine que c'est un peu tôt pour elle pour communiquer pour l'instant.
03:17– Oui, ils essayent de rassurer.
03:21En même temps, on a eu quelques gouverneurs de la BCE, que ce soit Isabelle Schnabel
03:26ou Christine Lagarde, qui nous rassurent sur la situation française,
03:30dans le sens où il n'y a pas besoin pour la BCE d'intervenir,
03:35puisque les niveaux ne sont pas insoutenables.
03:37Il faut quand même se rappeler que l'Italie a bien connu des spreads
03:40par rapport aux obligations au coût de la dette allemande,
03:44le fameux spread Bund, OAT Bund, et pour eux, sur la dette italienne,
03:48d'environ 200 points de base, voire plus.
03:50Aujourd'hui, le spread français, il est à 80.
03:53Certes, c'est un niveau élevé et c'est un niveau qui est probablement au-dessus
03:57de la valeur juste, comme ce qu'on peut appeler fair value de la dette française,
04:01puisqu'on a ce coût politique et cette incertitude sur l'ajustement.
04:07Mais nous, on ne pense pas que la BCE va tout de suite agir
04:09puisqu'ils veulent garder des marges de manœuvre
04:11pour une situation qui peut s'empirer.
04:14Il ne faut pas oublier que, bon, certes, on a le vote de confiance indique,
04:17on a ce qui va suivre, mais on a aussi des décisions de notation,
04:21des agences de notation qui sont, pour la plupart, probablement déjà dans le spread actuel à 80,
04:29mais on peut aller à 90, voire à 100, en fonction des scénarios.
04:34Mais ce qu'on a pu remarquer par le passé, c'est qu'effectivement,
04:38la BCE a besoin d'un choc beaucoup plus fort,
04:40un choc qui met le bon fonctionnement du marché et la liquidité à mal,
04:45avec des chocs de contagion, finalement.
04:47Imaginons que le spread français va au-delà de 120, 150 points de base.
04:53Évidemment, le spread italien va augmenter aussi d'environ la moitié, probablement, de ce chiffre.
04:59Et donc là, la BCE peut intervenir.
05:01Premièrement, dans l'immédiat, il pourrait réduire le quantitative tightening,
05:07donc la rapidité à laquelle ils vendent, ou en tout cas, ils ne rachètent plus la dette qui arrive à maturité,
05:14pour réduire leur bilan.
05:16Donc ça, c'est environ 40 milliards d'euros par mois.
05:20Et rien que ça, ça peut donner un petit souffle au spread, environ 20 à 30 points de base.
05:25Donc ça, c'est une première chose très facile à faire,
05:27que d'ailleurs, probablement, la Banque d'Angleterre va aussi faire à l'automne,
05:30et que la Fed, la Banque Centrale Américaine, a déjà commencé à faire au mois de mai.
05:35Donc effectivement, on a ce premier levier.
05:37Le deuxième levier, si vraiment on va avec des spread au-dessus de 150 points de base,
05:42bon ben là, on parle de retour au quantitative easing, de rachat de la dette française,
05:46le fameux TPI, c'est un outil, en fait, de gestion d'une crise de liquidité et de dette,
05:53qui n'a jamais été mis en place.
05:55Donc c'est vrai qu'ils essayent de réduire l'ambition,
05:58ou en tout cas les attentes de marché, quant à l'utilisation de cet outil,
06:01qui, lui, est un outil un peu d'utilisation en dernier ressort.
06:05Oui, pour l'instant, on en est très loin.
06:06Ça sera beaucoup de discours pour rassurer et faire patienter les marchés,
06:11pour qu'on puisse garder l'esprit de français entre 80 et 90 points de base.
06:16Dernière question, Anna Boata, concernant la guerre commerciale.
06:18On se souvient, c'était il y a un mois, en plein cœur de l'été,
06:21Donald Trump avait un petit peu tordu le bras aux Européens,
06:24avec un tarif de 15%.
06:26Un mois après, que donnent vos données chez Allianz Trade ?
06:30Quelles sont les conséquences de ce tarif de 15% par rapport aux dernières semaines,
06:33et puis aussi les conséquences à venir, d'un point de vue macroéconomique ?
06:38Oui, c'est un niveau de tarif qui, finalement, est un petit peu entre deux.
06:43Ce n'était pas le scénario central qui était plutôt 10%,
06:46et ce n'est pas du tout le scénario à la baisse, le downside,
06:50puisque ça aurait pu aller entre 30 et 50%.
06:52Donc, on se réjouit de ce point de vue, surtout sur l'automobile.
06:56Mais le problème, c'est qu'en fait, si on met ce 15% en place,
07:01avec les exemptions qu'il y a, parce qu'aujourd'hui, la pharma, par exemple,
07:06n'est pas du tout taxée, l'automobile est toujours taxée à 25 et pas à 15,
07:10les sémiconducteurs ne sont pas encore taxés, mais ils peuvent être taxés à 15.
07:14Donc, il y a beaucoup, beaucoup de détails dans cet accord de commerce entre les États-Unis et l'Europe.
07:20On a quand même un impact de 0,3 point de croissance sur l'Union européenne,
07:26et pour la France, environ 5 milliards d'euros potentiels de perte à l'exportation.
07:31Donc, ça veut dire qu'en fait, même si on a un accord qui enlève un petit peu d'incertitude,
07:35qui n'est pas trop mal, parce qu'il est proche du scénario central,
07:40il faut vraiment diversifier les exportations pour éviter les pertes sèches
07:45pour les exportateurs européens et français.
07:47Et la façon la plus simple, selon nous, c'est évidemment d'augmenter les exportations intra-européennes.
07:54Une augmentation de seulement 1% des exportations intra-européennes
07:58pourrait compenser ces pertes dues à la guerre commerciale.
08:02Donc, ce n'est pas quelque chose qui est insurmortable.
08:05C'est gérable, en effet.
08:06Merci beaucoup, Anna Boata, pour ces éclairages.
08:08Je rappelle que vous êtes directrice de la recherche économique chez Allianz Trade.
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