00:01BFM Bourses, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:06C'est jeudi, c'est BCE, édition spéciale et dispositif spécial évidemment pour BFM Bourses.
00:12On rejoint immédiatement Gilles Mouèque d'AXA à Londres. Bonjour Gilles.
00:16Bonjour.
00:17Alors, journée un petit peu spéciale et qui sera sans doute marquante, Christine Lagarde,
00:22qui annonce donc officiellement son départ de la présidence de la BCE début février.
00:28On parlera après de la décision sur les taux et du statu quo, il n'y a pas de souci.
00:32Mais effectivement, c'est la nouvelle frappante du jour.
00:37Elle confirme donc ce qui circulait quand même en termes d'informations officieuses depuis quelques semaines.
00:44J'allais poser une question toute bête.
00:46Qu'est-ce que ça dit de la BCE ?
00:48Qu'est-ce que ça dit du bilan de Christine Lagarde et de sa trajectoire à la tête de l
00:53'institution ?
00:55Moi, je ne pense pas qu'on puisse lire le bilan de Christine Lagarde à l'aune de ses décisions
01:01d'arrêter son mandat avant son terme.
01:05D'abord, on est simplement à un an du terme normal sur huit ans.
01:13Ensuite, Christine Lagarde, elle a fait face à des chocs massifs pour la BCE.
01:18Et je trouve que, grosso modo, elle y a fait face de manière tout à fait agile.
01:25On a tendance à l'oublier quand même, mais la BCE a eu à gérer le Covid,
01:30qui était un choc totalement inusité.
01:34La BCE, opérationnellement, avait les mêmes problèmes que tout le monde à l'époque.
01:38C'est-à-dire qu'on avait des gens disséminés un peu partout en Europe,
01:41qui essayaient de se joindre avec des systèmes vidéo à l'époque pas nécessairement très performants.
01:46Et la BCE a fait tenir la machine en 2020.
01:51Et ça, on pourra déjà lui en tenir crédit.
01:54Je pense que ça a été un test très important et qui lui est arrivé quasiment au tout début de
01:58son mandat.
01:59Donc moi, c'est un des éléments que je retiendrai de son mandat, la gestion d'une crise,
02:03qui était d'une nature différente de la crise souveraine à laquelle Mario Draghi a été confronté,
02:08mais une crise opérationnellement très difficile à gérer.
02:12Puis le deuxième élément, c'est que, et ça c'est complètement symétrique de Draghi,
02:17Draghi a eu à gérer une phase très longue, où c'était essentiellement les risques de déflation qui dominaient.
02:24Et Christine Lagarde a eu à gérer le retour dans l'inflation.
02:29Et on pourra disserter à l'infini sur peut-être un certain décalage dans la réponse au début du choc
02:35inflationniste,
02:35mais elle y a répondu avec une fonction de réaction finalement assez bien comprise par tout le monde.
02:41Et si elle part au mois de février, moi je fais le pari que ça coïncidera peut-être avec à
02:48peu près la fin du cycle,
02:50de ce cycle de politique monétaire, moi j'attends encore une hausse de taux de leur part au mois de
02:55décembre,
02:56il y aura peut-être encore une juste après la fin de son mandat,
02:59mais elle aura, je pense, conduit quasiment la totalité d'un cycle de politique monétaire sous son mandat.
03:08Non, c'est évident, et puis de toute manière, sur le plan de son bilan, si bilan y a à
03:14faire,
03:14elle fait assez d'unanimité sur l'action qu'elle a pu avoir.
03:17C'est vrai qu'il y avait eu un tout petit faux pas au début,
03:20et qui était précisément une histoire de taux souverain face aux situations budgétaires.
03:26Je ne suis pas là pour régler vos histoires de spread, disait-elle aux différentes autorités,
03:32ça concernait davantage l'Italie à ce moment-là.
03:34Elle finit quand même son mandat avec un problème qui reste récurrent depuis le début,
03:40qui est celui de la gestion des budgets.
03:42Oui, tout à fait, mais c'est aussi sous son mandat que finalement,
03:48l'instrument probablement le plus, pas le plus facile, mais le moins difficile à manier
03:55pour venir en aide à un pays budgétairement en difficulté,
03:59à savoir le TPI, a été mis en place en 2022.
04:03Et justement, peut-être à la suite de la réalisation par l'ABCE et par Christine Lagarde elle-même,
04:09que les instruments dont on disposait à l'époque, par exemple en 2018-2019,
04:14où ce fameux faux pas a pu se produire, n'était pas disponible.
04:18Il fallait en créer d'autres.
04:20Et c'est assez intéressant que finalement, aujourd'hui,
04:23ce ne sera pas sa dernière conférence de presse,
04:25mais c'était une conférence de presse marquante,
04:27parce que ça coïncidait avec l'annonce de son départ.
04:30Eh bien justement, elle a mentionné, vers la fin de la conférence de presse,
04:34elle a rappelé à tout le monde l'existence des instruments
04:37dont dispose aujourd'hui l'ABCE pour gérer une crise obligataire.
04:41Évidemment, tout le monde sait bien que ces instruments existent,
04:44mais le fait même qu'elle ait choisi de rappeler leur existence aujourd'hui,
04:48c'était une forme d'intervention verbale qui reste encore assez subtile,
04:53mais qui indique bien que l'ABCE n'est pas aveugle
04:57et, je pense, saura répondre à la crise obligataire
05:01si jamais elle devait s'accentuer.
05:03Donc je trouve que c'est intéressant qu'elle le mentionne
05:06à cette conférence de presse très marquante,
05:10à un instrument dont elle est à l'origine.
05:13Encore une fois, il est arrivé en 2022.
05:16Oui, effectivement, très intéressant.
05:17Et sur ces questions budgétaires, finalement,
05:19ça rejoint la question naturelle qui va lui succéder.
05:24Et justement, on a parmi les favoris et les pressentis
05:30deux candidats, un candidat espagnol
05:32qui est plutôt dans le camp, on va dire, des colombes, entre guillemets,
05:36et un candidat, si j'ai bonne mémoire, néerlandais
05:40qui est plutôt dans le camp des durs.
05:42Donc ça va encore être une lutte acharnée
05:44pour savoir qui aura la parole dans le prochain cycle monétaire,
05:48à savoir les accommodants, les orthodoxes,
05:50ceux qui savent tenir leur budget
05:51et ceux qui ont besoin d'aide, quoi, en gros.
05:56Oui, mais la distribution autour de la moyenne
05:59au sein du Conseil des gouverneurs
06:01ou au sein des gens qui pourraient prétendre
06:04à la succession de Christine Lagarde
06:06est quand même assez limitée en termes de positionnement.
06:09Il ne faut pas exagérer.
06:12Le contraste entre Clasnot, d'un côté,
06:15ancien gouverneur de la Banque Nationale des Pays-Bas,
06:18et Pablo Hernández de Cosses, ancien gouverneur de la Banque d'Espagne.
06:22Effectivement, Clasnot, historiquement, est plutôt du côté des faucons.
06:27Pablo Hernández de Cosses est plutôt du côté des colombes.
06:30Mais on parle dans les deux cas de vieux routiers de la politique monétaire
06:36qui, dans les deux cas, ont été capables
06:38de converger vers le centre de gravité du Conseil
06:43lorsqu'ils y siégeaient.
06:45Donc, voilà, c'est vrai que ce sont deux options un peu différentes.
06:49Mais, voilà, dans les deux cas,
06:52on laisserait les clés à des gens
06:55dont on peut supposer quand même un certain pragmatisme.
06:58Je sais, par exemple, que Clasnot dit maintenant explicitement,
07:02et c'est rare pour un responsable de politique publique,
07:05dit explicitement « je me suis trompé ».
07:07Il le dit « j'ai été trop tardif en réagissant
07:12et en décidant de soutenir, en fait,
07:17les instruments non conventionnels de l'ABCE
07:19qui avaient été mis en place par Medraghi.
07:20Il a fait son mea culpa ».
07:22Donc, oui, ce sont des options un peu différentes,
07:25mais il ne faut pas quand même exagérer la distance entre ces deux candidats.
07:28Mais, vous disiez qu'on est peut-être à l'aube
07:31d'un nouveau cycle de stratégie et de politique monétaire
07:34de la part de l'ABCE.
07:35Est-ce que vous pensez qu'il peut,
07:37c'est une institution qui a quand même beaucoup de mal à bouger,
07:40aussi bien dans ses...
07:41Il y a les mandats, bien sûr,
07:43mais il y a aussi la tradition et l'action en matière monétaire,
07:47qui est quelque chose d'assez structurel, on va dire,
07:51et qui ne change pas trop.
07:51Maintenant, est-ce qu'il pourrait y avoir quelques grammes de changements
07:56et qui seraient, justement, une sorte d'arbitrage des attitudes
08:01des pays envers la gestion de leur budget ?
08:04Parce que c'est le discours de Mario Draghi,
08:07depuis le début de son mandat,
08:08qui disait « mais vous allez peut-être faire un petit peu quelque chose
08:10pour des faux déficits ».
08:11Enfin, ça devient dingue.
08:12Il le martelait à chaque réunion.
08:14Christine Lagarde l'a fait aussi régulièrement.
08:16Est-ce que vous pensez que ça va être peut-être un peu plus au centre
08:19de l'action de la BCE à l'avenir, ça ?
08:22En tout cas, sur le plan technique,
08:24parce qu'il y a toujours des grands aspects de plomberie
08:27dans ce que fait une banque centrale et dans le cas de la BCE,
08:31il va falloir que la BCE prenne une décision
08:33sur la taille de son bilan en marche normale.
08:37C'est-à-dire qu'on arrive à la fin d'un cycle,
08:40parce qu'on a remonté les taux,
08:42on est aujourd'hui sur un taux probablement neutre
08:44ou légèrement restrictif, comme on voudra,
08:47on a entamé la normalisation du bilan de la BCE.
08:53Et la question suivante pour la BCE,
08:55c'est doit-on continuer à réduire la taille du bilan
08:59et donc à faire revenir dans le marché
09:02une masse quand même assez importante de dettes publiques
09:07ou est-ce qu'on considère que pour la bonne marche
09:11de la politique monétaire,
09:13on serait plutôt enclin à maintenir un bilan
09:16relativement élevé pour non pas permettre tout et n'importe quoi
09:21en termes de politique budgétaire en Europe,
09:23mais en tout cas pour éviter de provoquer,
09:25de créer des problèmes là où il y en a déjà suffisamment.
09:28Ça, ce serait un débat qui va quand même arriver assez vite
09:30pour la BCE.
09:32Et c'est vrai que selon les options,
09:34selon les choix personnels qui vont être faits
09:36dans les mois qui viennent par le Conseil européen,
09:38on peut avoir des petites différences d'accroche.
09:42Très intéressant.
09:44Bon, on va quand même peut-être parler du sujet
09:47entre guillemets principal,
09:49enfin concernant la BCE,
09:50c'est sa décision sur les taux.
09:52Donc là, on a un plan de vol qui est assez balisé,
09:56un petit peu comme pour la Fed.
09:58On peut prévoir peut-être une action en fin d'année
10:01et éventuellement au début d'année prochaine,
10:03aux alentours de mars.
10:04Peut-être que ce sera même des décisions un petit peu synchro
10:08de la part des deux institutions monétaires.
10:10Mais globalement, on n'est pas du tout dans le même contexte
10:14et notamment dans le même contexte de croissance,
10:17que ce soit les États-Unis et nous.
10:19Oui, mais je trouve que le discours de la BCE
10:23est quand même plus clair, plus facile à suivre
10:26que celui de la Fed.
10:28Et ce n'est pas toujours le cas.
10:30Mais là, je pense qu'on est dans cette situation-là
10:32parce que Christine Lagarde, par exemple,
10:35a utilisé plusieurs fois l'expression
10:37« la direction du voyage est claire »
10:40pour télégraphier de manière assez nette
10:43que oui, on va probablement vers une nouvelle hausse de taux
10:46au mois de décembre.
10:48Et Christine Lagarde a également été assez claire
10:51sur sa qualification de ce qui se passe aujourd'hui
10:56sur le marché.
10:56Elle a dit « il y a un durcissement des conditions financières ».
10:59dans la zone euro.
11:00Et ça a un impact sur l'inflation et sur la croissance.
11:03Si vous écoutez ce que Kevin Walsh a dit
11:06sur les mêmes sujets hier,
11:08c'était un peu plus difficile à suivre.
11:11C'est-à-dire que, comme il est maintenant fidèle à son approche,
11:14qui est qu'il refuse toute forme de « forward guidance »,
11:17il refuse de guider le marché.
11:20Et donc, même si la conclusion qu'on pouvait tirer
11:23de la conférence de presse de la Fed hier,
11:26c'était « oui, probablement, on va avoir une hausse de taux
11:28au mois de décembre », voilà.
11:30La communication a été plus claire,
11:32moins sibylline du côté de la BCE aujourd'hui.
11:36Et je pense que c'était assez intéressant de dire explicitement,
11:40« ben voilà, nous avons discuté la possibilité
11:45de remonter les taux dès cette fois-ci dit,
11:47et nous avons choisi, compte tenu du niveau d'incertitude,
11:51de nous donner du temps. »
11:54C'était finalement assez transparent sur l'état du débat
11:57à l'intérieur du Conseil des gouverneurs,
11:59alors que le même message de la Fed hier, c'était,
12:04bon, gros, on a deux membres du FAMC
12:06qui ont voté contre la décision de la majorité
12:08et qui ont choisi une hausse des taux immédiates.
12:11Voilà, je trouve qu'on a une communication
12:13de la part de Francfort qui est assez claire,
12:16qui est assez facile à suivre,
12:17et je trouve que le marché ne s'est pas beaucoup trompé aujourd'hui.
12:20Dernière question, Gilles Mouèque,
12:23coïncidence, Christine Lagarde va quitter
12:25la présidence de la BCE avec un euro à 1,11,
12:28exactement dans l'état où elle l'a trouvé.
12:30C'est une coïncidence ou il y a quelque chose
12:34d'un petit peu parlant là-dedans ?
12:36Non, je pense que c'est une coïncidence,
12:38mais comme je suis atteint par le biais de confirmation,
12:41je vous dirais que ça résume un des points
12:44que je faisais au tout début,
12:45qui est que Christine Lagarde a fait un cycle
12:47de politique monétaire entière.
12:49Et elle rend la valeur de l'euro
12:52là où elle l'a trouvé en entrant.
12:53Elle a fait du passage de risque d'inflation
12:57à plutôt un risque d'inflation,
13:00et on a un euro-dollar au niveau
13:02où elle l'a trouvé en entrant.
13:04Plutôt intéressant comme symbole.
13:06Merci beaucoup, beaucoup Gilles Mouec d'AXA
13:08d'avoir été avec nous pour commenter
13:09cette journée spéciale de la BCE.
13:12Et donc, la grosse nouvelle du jour,
13:14Christine Lagarde qui confirme
13:15qu'elle quittera la présidence
13:17de la Banque Centrale Européenne
13:18le 7 février prochain.