Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 19 minutes
Ce jeudi 29 octobre, Gilles Moëc, chef économiste du groupe AXA, a abordé l’officialisation du départ de Christine Lagarde à la tête de la BCE le 7 février, le choix de son successeur, le maintien des taux directeurs de l’institution, ainsi que la perte de terrain de l’euro face au dollar en 2026, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:01BFM Bourses, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:06C'est jeudi, c'est BCE, édition spéciale et dispositif spécial évidemment pour BFM Bourses.
00:12On rejoint immédiatement Gilles Mouèque d'AXA à Londres. Bonjour Gilles.
00:16Bonjour.
00:17Alors, journée un petit peu spéciale et qui sera sans doute marquante, Christine Lagarde,
00:22qui annonce donc officiellement son départ de la présidence de la BCE début février.
00:28On parlera après de la décision sur les taux et du statu quo, il n'y a pas de souci.
00:32Mais effectivement, c'est la nouvelle frappante du jour.
00:37Elle confirme donc ce qui circulait quand même en termes d'informations officieuses depuis quelques semaines.
00:44J'allais poser une question toute bête.
00:46Qu'est-ce que ça dit de la BCE ?
00:48Qu'est-ce que ça dit du bilan de Christine Lagarde et de sa trajectoire à la tête de l
00:53'institution ?
00:55Moi, je ne pense pas qu'on puisse lire le bilan de Christine Lagarde à l'aune de ses décisions
01:01d'arrêter son mandat avant son terme.
01:05D'abord, on est simplement à un an du terme normal sur huit ans.
01:13Ensuite, Christine Lagarde, elle a fait face à des chocs massifs pour la BCE.
01:18Et je trouve que, grosso modo, elle y a fait face de manière tout à fait agile.
01:25On a tendance à l'oublier quand même, mais la BCE a eu à gérer le Covid,
01:30qui était un choc totalement inusité.
01:34La BCE, opérationnellement, avait les mêmes problèmes que tout le monde à l'époque.
01:38C'est-à-dire qu'on avait des gens disséminés un peu partout en Europe,
01:41qui essayaient de se joindre avec des systèmes vidéo à l'époque pas nécessairement très performants.
01:46Et la BCE a fait tenir la machine en 2020.
01:51Et ça, on pourra déjà lui en tenir crédit.
01:54Je pense que ça a été un test très important et qui lui est arrivé quasiment au tout début de
01:58son mandat.
01:59Donc moi, c'est un des éléments que je retiendrai de son mandat, la gestion d'une crise,
02:03qui était d'une nature différente de la crise souveraine à laquelle Mario Draghi a été confronté,
02:08mais une crise opérationnellement très difficile à gérer.
02:12Puis le deuxième élément, c'est que, et ça c'est complètement symétrique de Draghi,
02:17Draghi a eu à gérer une phase très longue, où c'était essentiellement les risques de déflation qui dominaient.
02:24Et Christine Lagarde a eu à gérer le retour dans l'inflation.
02:29Et on pourra disserter à l'infini sur peut-être un certain décalage dans la réponse au début du choc
02:35inflationniste,
02:35mais elle y a répondu avec une fonction de réaction finalement assez bien comprise par tout le monde.
02:41Et si elle part au mois de février, moi je fais le pari que ça coïncidera peut-être avec à
02:48peu près la fin du cycle,
02:50de ce cycle de politique monétaire, moi j'attends encore une hausse de taux de leur part au mois de
02:55décembre,
02:56il y aura peut-être encore une juste après la fin de son mandat,
02:59mais elle aura, je pense, conduit quasiment la totalité d'un cycle de politique monétaire sous son mandat.
03:08Non, c'est évident, et puis de toute manière, sur le plan de son bilan, si bilan y a à
03:14faire,
03:14elle fait assez d'unanimité sur l'action qu'elle a pu avoir.
03:17C'est vrai qu'il y avait eu un tout petit faux pas au début,
03:20et qui était précisément une histoire de taux souverain face aux situations budgétaires.
03:26Je ne suis pas là pour régler vos histoires de spread, disait-elle aux différentes autorités,
03:32ça concernait davantage l'Italie à ce moment-là.
03:34Elle finit quand même son mandat avec un problème qui reste récurrent depuis le début,
03:40qui est celui de la gestion des budgets.
03:42Oui, tout à fait, mais c'est aussi sous son mandat que finalement,
03:48l'instrument probablement le plus, pas le plus facile, mais le moins difficile à manier
03:55pour venir en aide à un pays budgétairement en difficulté,
03:59à savoir le TPI, a été mis en place en 2022.
04:03Et justement, peut-être à la suite de la réalisation par l'ABCE et par Christine Lagarde elle-même,
04:09que les instruments dont on disposait à l'époque, par exemple en 2018-2019,
04:14où ce fameux faux pas a pu se produire, n'était pas disponible.
04:18Il fallait en créer d'autres.
04:20Et c'est assez intéressant que finalement, aujourd'hui,
04:23ce ne sera pas sa dernière conférence de presse,
04:25mais c'était une conférence de presse marquante,
04:27parce que ça coïncidait avec l'annonce de son départ.
04:30Eh bien justement, elle a mentionné, vers la fin de la conférence de presse,
04:34elle a rappelé à tout le monde l'existence des instruments
04:37dont dispose aujourd'hui l'ABCE pour gérer une crise obligataire.
04:41Évidemment, tout le monde sait bien que ces instruments existent,
04:44mais le fait même qu'elle ait choisi de rappeler leur existence aujourd'hui,
04:48c'était une forme d'intervention verbale qui reste encore assez subtile,
04:53mais qui indique bien que l'ABCE n'est pas aveugle
04:57et, je pense, saura répondre à la crise obligataire
05:01si jamais elle devait s'accentuer.
05:03Donc je trouve que c'est intéressant qu'elle le mentionne
05:06à cette conférence de presse très marquante,
05:10à un instrument dont elle est à l'origine.
05:13Encore une fois, il est arrivé en 2022.
05:16Oui, effectivement, très intéressant.
05:17Et sur ces questions budgétaires, finalement,
05:19ça rejoint la question naturelle qui va lui succéder.
05:24Et justement, on a parmi les favoris et les pressentis
05:30deux candidats, un candidat espagnol
05:32qui est plutôt dans le camp, on va dire, des colombes, entre guillemets,
05:36et un candidat, si j'ai bonne mémoire, néerlandais
05:40qui est plutôt dans le camp des durs.
05:42Donc ça va encore être une lutte acharnée
05:44pour savoir qui aura la parole dans le prochain cycle monétaire,
05:48à savoir les accommodants, les orthodoxes,
05:50ceux qui savent tenir leur budget
05:51et ceux qui ont besoin d'aide, quoi, en gros.
05:56Oui, mais la distribution autour de la moyenne
05:59au sein du Conseil des gouverneurs
06:01ou au sein des gens qui pourraient prétendre
06:04à la succession de Christine Lagarde
06:06est quand même assez limitée en termes de positionnement.
06:09Il ne faut pas exagérer.
06:12Le contraste entre Clasnot, d'un côté,
06:15ancien gouverneur de la Banque Nationale des Pays-Bas,
06:18et Pablo Hernández de Cosses, ancien gouverneur de la Banque d'Espagne.
06:22Effectivement, Clasnot, historiquement, est plutôt du côté des faucons.
06:27Pablo Hernández de Cosses est plutôt du côté des colombes.
06:30Mais on parle dans les deux cas de vieux routiers de la politique monétaire
06:36qui, dans les deux cas, ont été capables
06:38de converger vers le centre de gravité du Conseil
06:43lorsqu'ils y siégeaient.
06:45Donc, voilà, c'est vrai que ce sont deux options un peu différentes.
06:49Mais, voilà, dans les deux cas,
06:52on laisserait les clés à des gens
06:55dont on peut supposer quand même un certain pragmatisme.
06:58Je sais, par exemple, que Clasnot dit maintenant explicitement,
07:02et c'est rare pour un responsable de politique publique,
07:05dit explicitement « je me suis trompé ».
07:07Il le dit « j'ai été trop tardif en réagissant
07:12et en décidant de soutenir, en fait,
07:17les instruments non conventionnels de l'ABCE
07:19qui avaient été mis en place par Medraghi.
07:20Il a fait son mea culpa ».
07:22Donc, oui, ce sont des options un peu différentes,
07:25mais il ne faut pas quand même exagérer la distance entre ces deux candidats.
07:28Mais, vous disiez qu'on est peut-être à l'aube
07:31d'un nouveau cycle de stratégie et de politique monétaire
07:34de la part de l'ABCE.
07:35Est-ce que vous pensez qu'il peut,
07:37c'est une institution qui a quand même beaucoup de mal à bouger,
07:40aussi bien dans ses...
07:41Il y a les mandats, bien sûr,
07:43mais il y a aussi la tradition et l'action en matière monétaire,
07:47qui est quelque chose d'assez structurel, on va dire,
07:51et qui ne change pas trop.
07:51Maintenant, est-ce qu'il pourrait y avoir quelques grammes de changements
07:56et qui seraient, justement, une sorte d'arbitrage des attitudes
08:01des pays envers la gestion de leur budget ?
08:04Parce que c'est le discours de Mario Draghi,
08:07depuis le début de son mandat,
08:08qui disait « mais vous allez peut-être faire un petit peu quelque chose
08:10pour des faux déficits ».
08:11Enfin, ça devient dingue.
08:12Il le martelait à chaque réunion.
08:14Christine Lagarde l'a fait aussi régulièrement.
08:16Est-ce que vous pensez que ça va être peut-être un peu plus au centre
08:19de l'action de la BCE à l'avenir, ça ?
08:22En tout cas, sur le plan technique,
08:24parce qu'il y a toujours des grands aspects de plomberie
08:27dans ce que fait une banque centrale et dans le cas de la BCE,
08:31il va falloir que la BCE prenne une décision
08:33sur la taille de son bilan en marche normale.
08:37C'est-à-dire qu'on arrive à la fin d'un cycle,
08:40parce qu'on a remonté les taux,
08:42on est aujourd'hui sur un taux probablement neutre
08:44ou légèrement restrictif, comme on voudra,
08:47on a entamé la normalisation du bilan de la BCE.
08:53Et la question suivante pour la BCE,
08:55c'est doit-on continuer à réduire la taille du bilan
08:59et donc à faire revenir dans le marché
09:02une masse quand même assez importante de dettes publiques
09:07ou est-ce qu'on considère que pour la bonne marche
09:11de la politique monétaire,
09:13on serait plutôt enclin à maintenir un bilan
09:16relativement élevé pour non pas permettre tout et n'importe quoi
09:21en termes de politique budgétaire en Europe,
09:23mais en tout cas pour éviter de provoquer,
09:25de créer des problèmes là où il y en a déjà suffisamment.
09:28Ça, ce serait un débat qui va quand même arriver assez vite
09:30pour la BCE.
09:32Et c'est vrai que selon les options,
09:34selon les choix personnels qui vont être faits
09:36dans les mois qui viennent par le Conseil européen,
09:38on peut avoir des petites différences d'accroche.
09:42Très intéressant.
09:44Bon, on va quand même peut-être parler du sujet
09:47entre guillemets principal,
09:49enfin concernant la BCE,
09:50c'est sa décision sur les taux.
09:52Donc là, on a un plan de vol qui est assez balisé,
09:56un petit peu comme pour la Fed.
09:58On peut prévoir peut-être une action en fin d'année
10:01et éventuellement au début d'année prochaine,
10:03aux alentours de mars.
10:04Peut-être que ce sera même des décisions un petit peu synchro
10:08de la part des deux institutions monétaires.
10:10Mais globalement, on n'est pas du tout dans le même contexte
10:14et notamment dans le même contexte de croissance,
10:17que ce soit les États-Unis et nous.
10:19Oui, mais je trouve que le discours de la BCE
10:23est quand même plus clair, plus facile à suivre
10:26que celui de la Fed.
10:28Et ce n'est pas toujours le cas.
10:30Mais là, je pense qu'on est dans cette situation-là
10:32parce que Christine Lagarde, par exemple,
10:35a utilisé plusieurs fois l'expression
10:37« la direction du voyage est claire »
10:40pour télégraphier de manière assez nette
10:43que oui, on va probablement vers une nouvelle hausse de taux
10:46au mois de décembre.
10:48Et Christine Lagarde a également été assez claire
10:51sur sa qualification de ce qui se passe aujourd'hui
10:56sur le marché.
10:56Elle a dit « il y a un durcissement des conditions financières ».
10:59dans la zone euro.
11:00Et ça a un impact sur l'inflation et sur la croissance.
11:03Si vous écoutez ce que Kevin Walsh a dit
11:06sur les mêmes sujets hier,
11:08c'était un peu plus difficile à suivre.
11:11C'est-à-dire que, comme il est maintenant fidèle à son approche,
11:14qui est qu'il refuse toute forme de « forward guidance »,
11:17il refuse de guider le marché.
11:20Et donc, même si la conclusion qu'on pouvait tirer
11:23de la conférence de presse de la Fed hier,
11:26c'était « oui, probablement, on va avoir une hausse de taux
11:28au mois de décembre », voilà.
11:30La communication a été plus claire,
11:32moins sibylline du côté de la BCE aujourd'hui.
11:36Et je pense que c'était assez intéressant de dire explicitement,
11:40« ben voilà, nous avons discuté la possibilité
11:45de remonter les taux dès cette fois-ci dit,
11:47et nous avons choisi, compte tenu du niveau d'incertitude,
11:51de nous donner du temps. »
11:54C'était finalement assez transparent sur l'état du débat
11:57à l'intérieur du Conseil des gouverneurs,
11:59alors que le même message de la Fed hier, c'était,
12:04bon, gros, on a deux membres du FAMC
12:06qui ont voté contre la décision de la majorité
12:08et qui ont choisi une hausse des taux immédiates.
12:11Voilà, je trouve qu'on a une communication
12:13de la part de Francfort qui est assez claire,
12:16qui est assez facile à suivre,
12:17et je trouve que le marché ne s'est pas beaucoup trompé aujourd'hui.
12:20Dernière question, Gilles Mouèque,
12:23coïncidence, Christine Lagarde va quitter
12:25la présidence de la BCE avec un euro à 1,11,
12:28exactement dans l'état où elle l'a trouvé.
12:30C'est une coïncidence ou il y a quelque chose
12:34d'un petit peu parlant là-dedans ?
12:36Non, je pense que c'est une coïncidence,
12:38mais comme je suis atteint par le biais de confirmation,
12:41je vous dirais que ça résume un des points
12:44que je faisais au tout début,
12:45qui est que Christine Lagarde a fait un cycle
12:47de politique monétaire entière.
12:49Et elle rend la valeur de l'euro
12:52là où elle l'a trouvé en entrant.
12:53Elle a fait du passage de risque d'inflation
12:57à plutôt un risque d'inflation,
13:00et on a un euro-dollar au niveau
13:02où elle l'a trouvé en entrant.
13:04Plutôt intéressant comme symbole.
13:06Merci beaucoup, beaucoup Gilles Mouec d'AXA
13:08d'avoir été avec nous pour commenter
13:09cette journée spéciale de la BCE.
13:12Et donc, la grosse nouvelle du jour,
13:14Christine Lagarde qui confirme
13:15qu'elle quittera la présidence
13:17de la Banque Centrale Européenne
13:18le 7 février prochain.

Recommandations