00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Et pendant ce temps, mesdames, messieurs, l'Allemagne revient.
00:06Gilles Mouek vient nous parler effectivement de la dynamique allemande,
00:08chef économiste du groupe Axéa. Bonjour Gilles.
00:11Bonjour.
00:11On a eu une bonne nouvelle sur l'industrie il y a quelques jours.
00:13Aujourd'hui, ce sont les exportations, les exports augmentent en mai,
00:16les exports allemands augmentent en mai à un plus haut de 2022.
00:19Que se passe-t-il sur l'économie allemande ?
00:22Alors d'abord, c'est vrai que sur les données conjoncturelles,
00:24on a plutôt des modes de surprise, on a eu des bonnes commandes à l'industrie,
00:27on a eu une bonne production industrielle, comme vous le dites, sur le mois de mai,
00:29on a de bonnes exportations et il ne semble pas que ce soit un accident
00:33parce que le mois précédent était également plutôt bon.
00:38Donc une bonne série.
00:40Et ça, on peut le relier au fait qu'on a un secteur manufacturier global
00:45qui finalement a très bien résisté, alors même qu'il était soumis à deux chocs majeurs,
00:50le choc de la guerre commerciale l'année dernière et cette année,
00:53le choc des coûts d'énergie qui impactent plutôt quand même spécifiquement le manufacturier.
00:58Et donc l'Allemagne, nation manufacturière s'il en est, en bénéficie.
01:03Et pour moi, ça va au-delà des données conjoncturelles.
01:07Moi, je trouve qu'on ne parle pas assez du plan de la coalition qui a été dévoilée la semaine
01:13dernière,
01:13qui complète très bien pour moi la relance budgétaire qui, elle, avait été annoncée en 2025
01:19et qui a un peu de peine à monter en régime,
01:21mais qui devrait à terme provoquer un vrai redémarrage de la demande en Allemagne.
01:26Et là, on a un ensemble de mesures qui, prises isolément, ne sont pas nécessairement révolutionnaires,
01:31mais il y a un tel effet de masse, il y a une telle cohérence aussi entre les mesures,
01:36par exemple, de libéralisation du marché du travail, de débureaucratisation de la prise de décision,
01:42de réforme des retraites également,
01:43qui, à mon avis, envoie un message de Berlin au reste de l'Europe,
01:48qui est un message plutôt positif.
01:50On passe énormément de temps à se lamenter sur la difficulté européenne à progresser.
01:55Tout n'est pas dans les mêmes Bruxelles.
01:57Et là, du côté de Berlin, je trouve qu'on a plutôt des bons messages.
02:00Oui, et ça se traduit effectivement.
02:02Que fait le DAX aujourd'hui ?
02:03Il gagne 0,5% dans la moyenne des autres marchés européens.
02:05Hier, les minutes de la Fed, ça y est, on les a lues, les premières de l'ère Walsh.
02:08Qu'est-ce que vous en retenez ?
02:09Plutôt une Fed à leur statut quo, bien sûr,
02:11mais une Fed prête à aller vers une baisse,
02:13ou plutôt, finalement, vers une hausse de taux pour la suite ?
02:16Le doigt est quand même plutôt sur la détente.
02:19On le savait avec le fameux dot de plot,
02:22les prévisions individuelles des membres du FOMC.
02:26On avait 9 sur 19 qui prévoyaient une hausse de taux pour 2026.
02:29On retrouve ce biais dans les discussions du FOMC,
02:34dans les discussions des minutes.
02:35Et ce que je trouve extrêmement intéressant aussi,
02:37c'est l'analyse des risques inflationnistes pour 2026.
02:42On a les risques habituels, des chocs exogènes,
02:46le choc énergétique aujourd'hui avec la situation dans le Golfe,
02:49la question de l'absorption du choc tarifaire de l'année dernière,
02:52mais aussi de plus en plus une vraie discussion de l'impact inflationniste,
02:55de l'accélération d'investissement en IA.
02:58Ça s'apprend complètement contre-pied de la position de Kevin Walsh
03:02pendant sa campagne électorale,
03:04je puis dire pour devenir le patron de la Fed,
03:06qui lui disait que les risques, ce serait plutôt un choc désinflationniste.
03:10Et donc, quelque part, le FOMC a trouvé une nouvelle raison de stresser sur l'inflation.
03:15Alors, il faut être nuancé.
03:18Les minutes montrent également que s'il devait y avoir ralentissement de l'inflation
03:22dans la seconde moitié de l'année,
03:23il pourrait de nouveau contempler des baisses de taux.
03:26Mais oui, on sent bien que le biais est plutôt un biais inquiet.
03:30Et on n'a aucun sentiment de tolérance, entre guillemets, de la Fed
03:35en cas de dérapage par système d'inflation.
03:38Oui, mais Gilles, du coup, les objectifs d'inflation,
03:40ces fameux sacro-sains de cibles,
03:43que ce soit du côté de la BCE ou de la Fed, d'ailleurs,
03:46du côté de la Fed, ça ne pourrait pas être appelé à grimper ?
03:48Peut-être de 2 à plus, 3% ?
03:52C'est une question qui revient régulièrement.
03:54Et mon sentiment là-dessus n'a jamais varié,
03:57qui est que ça n'est jamais le bon moment de le faire.
03:59C'est-à-dire qu'on peut considérer que pour des raisons théoriques
04:03parfaitement justifiables,
04:05on devrait relever l'objectif d'inflation.
04:07Il y a des gens pour qui j'ai un immense respect
04:09qui ont cette position,
04:11Olivier Blanchard, par exemple, en France.
04:14Mais à chaque fois que la question se pose en pratique,
04:17j'ai toujours peur de l'impact de marché.
04:18C'est-à-dire que si aujourd'hui la Fed nous dit
04:21finalement le bon objectif d'inflation,
04:23ce n'est pas 2, c'est 3,
04:24pour moi, la réaction naturelle immédiate du marché,
04:27ce serait d'aller pousser les taux d'intérêt à long terme vers le haut.
04:31Et donc, je ne suis pas certain qu'on gagnerait énormément
04:34à faire ce mouvement-là.
04:37Ce serait un exercice de communication
04:39extrêmement difficile à maintenir.
04:42Et je pense que ce serait aussi en contradiction
04:44avec le message qui a été donné par KFNW à son arrivée.
04:48Il a voulu rassurer très nettement
04:50sur son engagement sur la stabilité des prix.
04:55Aller accroître l'objectif de l'inflation,
04:58ce serait quand même prendre cet engagement
05:00complètement contre-pied.
05:01Donc voilà, je comprends l'intérêt théorique,
05:04mais en pratique, ça me paraît très difficile à mettre en œuvre.
05:06Dernière question concernant cette fois la BCE.
05:08Christine Lagarde a ouvert la porte
05:09à se retirer plus vite que prévu,
05:12quitter son mandat, le laisser pour participer.
05:14Pourquoi pas la présidentielle française ?
05:16En tout cas, apporter une voix européenne, a-t-elle expliqué,
05:18au débat de la présidentielle française.
05:20Bon, quel message s'enverrait ?
05:22Comment vous voyez la chose ?
05:23L'impact potentiel sur les rapports de force
05:25au sein de la BCE, Gilles ?
05:27En fait, la question de la succession de Christine Lagarde
05:30est déjà très engagée depuis assez longtemps,
05:33parce qu'on aurait potentiellement une accélération
05:37si jamais elle devait y mettre fin rapidement.
05:39Je note quand même que dans ses interviews,
05:41elle dit qu'elle ne partirait pas,
05:43en tout cas c'était mal exclu,
05:44qu'elle ne partirait pas si la situation restait agitée
05:47et que donc on attendrait un rappel de stabilité
05:51de la part du patron de la BCE.
05:53Or, les temps que nous connaissons restent des temps troublés,
05:56donc je ne suis pas sûr qu'elle ait envie nécessairement
06:00de quitter la BCE très rapidement.
06:01Mais on sent très bien que la campagne électorale
06:04est déjà en marche.
06:06On a deux grands candidats,
06:08Kassnot et Pablo Hernández de Coz.
06:12Le calendrier peut changer,
06:13mais les fondamentaux restent les mêmes.
06:16Est-ce que Kassnot, qui est vécu comme un faucon,
06:21a suffisamment mis d'eau dans son vin, entre guillemets,
06:25pour être acceptable pour des pays de tradition monétaire plus coulante,
06:30ou est-ce que quelqu'un comme Hernández de Coz,
06:32qui aujourd'hui est à la BRI,
06:34incarnerait mieux une BCE un peu plus pragmatique ?
06:39L'état du débat ne changerait pas
06:41si le calendrier, lui, devait changer.
06:43Gilles Mouet, groupe AXA, chef économiste du groupe AXA.
06:45Merci beaucoup de nous avoir accompagnés aujourd'hui, Gilles.
06:47Merci beaucoup.
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