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  • il y a 10 heures
Ce jeudi 9 juillet, Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA, a abordé l'augmentation des exportations en Allemagne, les divergences sur la trajectoire des taux de la Fed, et le départ anticipé de Christine Lagarde de la BCE, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Et pendant ce temps, mesdames, messieurs, l'Allemagne revient.
00:06Gilles Mouek vient nous parler effectivement de la dynamique allemande,
00:08chef économiste du groupe Axéa. Bonjour Gilles.
00:11Bonjour.
00:11On a eu une bonne nouvelle sur l'industrie il y a quelques jours.
00:13Aujourd'hui, ce sont les exportations, les exports augmentent en mai,
00:16les exports allemands augmentent en mai à un plus haut de 2022.
00:19Que se passe-t-il sur l'économie allemande ?
00:22Alors d'abord, c'est vrai que sur les données conjoncturelles,
00:24on a plutôt des modes de surprise, on a eu des bonnes commandes à l'industrie,
00:27on a eu une bonne production industrielle, comme vous le dites, sur le mois de mai,
00:29on a de bonnes exportations et il ne semble pas que ce soit un accident
00:33parce que le mois précédent était également plutôt bon.
00:38Donc une bonne série.
00:40Et ça, on peut le relier au fait qu'on a un secteur manufacturier global
00:45qui finalement a très bien résisté, alors même qu'il était soumis à deux chocs majeurs,
00:50le choc de la guerre commerciale l'année dernière et cette année,
00:53le choc des coûts d'énergie qui impactent plutôt quand même spécifiquement le manufacturier.
00:58Et donc l'Allemagne, nation manufacturière s'il en est, en bénéficie.
01:03Et pour moi, ça va au-delà des données conjoncturelles.
01:07Moi, je trouve qu'on ne parle pas assez du plan de la coalition qui a été dévoilée la semaine
01:13dernière,
01:13qui complète très bien pour moi la relance budgétaire qui, elle, avait été annoncée en 2025
01:19et qui a un peu de peine à monter en régime,
01:21mais qui devrait à terme provoquer un vrai redémarrage de la demande en Allemagne.
01:26Et là, on a un ensemble de mesures qui, prises isolément, ne sont pas nécessairement révolutionnaires,
01:31mais il y a un tel effet de masse, il y a une telle cohérence aussi entre les mesures,
01:36par exemple, de libéralisation du marché du travail, de débureaucratisation de la prise de décision,
01:42de réforme des retraites également,
01:43qui, à mon avis, envoie un message de Berlin au reste de l'Europe,
01:48qui est un message plutôt positif.
01:50On passe énormément de temps à se lamenter sur la difficulté européenne à progresser.
01:55Tout n'est pas dans les mêmes Bruxelles.
01:57Et là, du côté de Berlin, je trouve qu'on a plutôt des bons messages.
02:00Oui, et ça se traduit effectivement.
02:02Que fait le DAX aujourd'hui ?
02:03Il gagne 0,5% dans la moyenne des autres marchés européens.
02:05Hier, les minutes de la Fed, ça y est, on les a lues, les premières de l'ère Walsh.
02:08Qu'est-ce que vous en retenez ?
02:09Plutôt une Fed à leur statut quo, bien sûr,
02:11mais une Fed prête à aller vers une baisse,
02:13ou plutôt, finalement, vers une hausse de taux pour la suite ?
02:16Le doigt est quand même plutôt sur la détente.
02:19On le savait avec le fameux dot de plot,
02:22les prévisions individuelles des membres du FOMC.
02:26On avait 9 sur 19 qui prévoyaient une hausse de taux pour 2026.
02:29On retrouve ce biais dans les discussions du FOMC,
02:34dans les discussions des minutes.
02:35Et ce que je trouve extrêmement intéressant aussi,
02:37c'est l'analyse des risques inflationnistes pour 2026.
02:42On a les risques habituels, des chocs exogènes,
02:46le choc énergétique aujourd'hui avec la situation dans le Golfe,
02:49la question de l'absorption du choc tarifaire de l'année dernière,
02:52mais aussi de plus en plus une vraie discussion de l'impact inflationniste,
02:55de l'accélération d'investissement en IA.
02:58Ça s'apprend complètement contre-pied de la position de Kevin Walsh
03:02pendant sa campagne électorale,
03:04je puis dire pour devenir le patron de la Fed,
03:06qui lui disait que les risques, ce serait plutôt un choc désinflationniste.
03:10Et donc, quelque part, le FOMC a trouvé une nouvelle raison de stresser sur l'inflation.
03:15Alors, il faut être nuancé.
03:18Les minutes montrent également que s'il devait y avoir ralentissement de l'inflation
03:22dans la seconde moitié de l'année,
03:23il pourrait de nouveau contempler des baisses de taux.
03:26Mais oui, on sent bien que le biais est plutôt un biais inquiet.
03:30Et on n'a aucun sentiment de tolérance, entre guillemets, de la Fed
03:35en cas de dérapage par système d'inflation.
03:38Oui, mais Gilles, du coup, les objectifs d'inflation,
03:40ces fameux sacro-sains de cibles,
03:43que ce soit du côté de la BCE ou de la Fed, d'ailleurs,
03:46du côté de la Fed, ça ne pourrait pas être appelé à grimper ?
03:48Peut-être de 2 à plus, 3% ?
03:52C'est une question qui revient régulièrement.
03:54Et mon sentiment là-dessus n'a jamais varié,
03:57qui est que ça n'est jamais le bon moment de le faire.
03:59C'est-à-dire qu'on peut considérer que pour des raisons théoriques
04:03parfaitement justifiables,
04:05on devrait relever l'objectif d'inflation.
04:07Il y a des gens pour qui j'ai un immense respect
04:09qui ont cette position,
04:11Olivier Blanchard, par exemple, en France.
04:14Mais à chaque fois que la question se pose en pratique,
04:17j'ai toujours peur de l'impact de marché.
04:18C'est-à-dire que si aujourd'hui la Fed nous dit
04:21finalement le bon objectif d'inflation,
04:23ce n'est pas 2, c'est 3,
04:24pour moi, la réaction naturelle immédiate du marché,
04:27ce serait d'aller pousser les taux d'intérêt à long terme vers le haut.
04:31Et donc, je ne suis pas certain qu'on gagnerait énormément
04:34à faire ce mouvement-là.
04:37Ce serait un exercice de communication
04:39extrêmement difficile à maintenir.
04:42Et je pense que ce serait aussi en contradiction
04:44avec le message qui a été donné par KFNW à son arrivée.
04:48Il a voulu rassurer très nettement
04:50sur son engagement sur la stabilité des prix.
04:55Aller accroître l'objectif de l'inflation,
04:58ce serait quand même prendre cet engagement
05:00complètement contre-pied.
05:01Donc voilà, je comprends l'intérêt théorique,
05:04mais en pratique, ça me paraît très difficile à mettre en œuvre.
05:06Dernière question concernant cette fois la BCE.
05:08Christine Lagarde a ouvert la porte
05:09à se retirer plus vite que prévu,
05:12quitter son mandat, le laisser pour participer.
05:14Pourquoi pas la présidentielle française ?
05:16En tout cas, apporter une voix européenne, a-t-elle expliqué,
05:18au débat de la présidentielle française.
05:20Bon, quel message s'enverrait ?
05:22Comment vous voyez la chose ?
05:23L'impact potentiel sur les rapports de force
05:25au sein de la BCE, Gilles ?
05:27En fait, la question de la succession de Christine Lagarde
05:30est déjà très engagée depuis assez longtemps,
05:33parce qu'on aurait potentiellement une accélération
05:37si jamais elle devait y mettre fin rapidement.
05:39Je note quand même que dans ses interviews,
05:41elle dit qu'elle ne partirait pas,
05:43en tout cas c'était mal exclu,
05:44qu'elle ne partirait pas si la situation restait agitée
05:47et que donc on attendrait un rappel de stabilité
05:51de la part du patron de la BCE.
05:53Or, les temps que nous connaissons restent des temps troublés,
05:56donc je ne suis pas sûr qu'elle ait envie nécessairement
06:00de quitter la BCE très rapidement.
06:01Mais on sent très bien que la campagne électorale
06:04est déjà en marche.
06:06On a deux grands candidats,
06:08Kassnot et Pablo Hernández de Coz.
06:12Le calendrier peut changer,
06:13mais les fondamentaux restent les mêmes.
06:16Est-ce que Kassnot, qui est vécu comme un faucon,
06:21a suffisamment mis d'eau dans son vin, entre guillemets,
06:25pour être acceptable pour des pays de tradition monétaire plus coulante,
06:30ou est-ce que quelqu'un comme Hernández de Coz,
06:32qui aujourd'hui est à la BRI,
06:34incarnerait mieux une BCE un peu plus pragmatique ?
06:39L'état du débat ne changerait pas
06:41si le calendrier, lui, devait changer.
06:43Gilles Mouet, groupe AXA, chef économiste du groupe AXA.
06:45Merci beaucoup de nous avoir accompagnés aujourd'hui, Gilles.
06:47Merci beaucoup.
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