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  • il y a 10 minutes
Ce jeudi 24 septembre, Gilles Moëc, chef économiste du Groupe AXA, a abordé la secousse des marchés mondiaux liée à la hausse des taux, la rencontre prévue aujourd’hui entre Donald Trump et Xi Jinping, ainsi que le coût élevé du pari industriel sur l’IA, dans l’émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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00:01BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Et pendant ce temps, les tensions obligataires demeurent.
00:06Hier, on a eu un véritable orage obligataire qu'on a vécu en direct dans BFM Bourse à partir de
00:1016h.
00:11Effectivement, ça nous a tous impressionné et on reste sur des niveaux très élevés.
00:14Le 10 ans américain est à 5,1% cet après-midi, toujours sur des plus hauts de 2007.
00:17Gilles Mouek est avec nous, chef économiste du groupe AXA.
00:20Bonjour Gilles.
00:21On est ravis de vous retrouver.
00:22Alors, on va essayer de comprendre en détail ce qui est en train de se jouer sur le marché obligataire.
00:25D'abord, question simple, on est à des plus hauts de 2007 sur le 10 ans américain, 5,1%.
00:29Le 10 ans allemand est à plus de 3,5%.
00:30Est-ce que la croissance peut perdurer avec des niveaux de taux comme cela ?
00:36D'une certaine manière, la raison pour laquelle les taux sont aussi élevés aujourd'hui,
00:40c'est précisément parce que la croissance est résiliente.
00:42Et ça, c'est quand même un peu la surprise de ces derniers mois,
00:45où malgré le choc énergétique qui est quand même massif,
00:49on a pour l'instant plutôt des nouvelles rassurantes du côté de la croissance.
00:53Aux États-Unis, on s'en doutait grâce à la révolution AI.
00:57En Europe, c'était quand même beaucoup plus surprenant,
00:59à tel point qu'hier, le CDE a révisé à la hausse ses estimations de croissance pour 2026.
01:04Donc, pour l'instant, ça tient, avec très peu de signes de transmission de l'augmentation des taux
01:10au comportement du secteur privé.
01:13Par exemple, en Europe, on continue à avoir plutôt une accélération de la distribution de crédit aux entreprises.
01:18Donc, pour l'instant, ça tient.
01:19Effectivement, la question, c'est 2027.
01:21Et à partir de quel moment, après avoir passé des mois, plusieurs trimestres,
01:27dans des conditions financières qu'on peut considérer comme restrictives,
01:30on va effectivement arriver à un ralentissement de la croissance.
01:33Mais quelque part, c'est ce qui est recherché.
01:36Parce qu'on est dans une phase où les banques centrales remontent les taux
01:39et que, malheureusement, il n'y a pas de surprise.
01:41Si vous voulez avoir un impact sur l'inflation,
01:45dans le cadre d'un choc d'offres, la seule solution, c'est de ralentir la demande.
01:49Oui. Et du coup, vous vous attendez désormais.
01:51On parlait déjà ces derniers mois de hausses de taux, plusieurs hausses de taux.
01:55Est-ce qu'on est dans un cycle de hausses de taux désormais ?
01:57Est-ce qu'on se dit ça ?
01:58Le marché commence à anticiper de la part de la Fed trois, voire quatre hausses de taux en un an.
02:03Ça me paraît peut-être un peu beaucoup.
02:05Tout précisément à cause des effets de retour sur la croissance et sur l'inflation sous-jacente.
02:11Mais nous, on a effectivement une hausse supplémentaire de la Fed au mois de décembre,
02:16avec le risque que ça se produise dès le mois d'octobre.
02:18Parce que toute la communication qui nous vient aujourd'hui de la Fed,
02:22elle va dans le même sens.
02:23C'est-à-dire qu'on a eu des prévisions des membres du FOMC
02:27qui étaient cohérentes avec une poursuite de la hausse de taux.
02:30On a pour l'instant très peu de signes du ralentissement,
02:34justement de la demande qui permettrait d'espérer un freinage de l'inflation sous-jacente.
02:39Donc quand j'écoute les membres du FOMC qui sont assez éloquents depuis quelques jours,
02:45on a plutôt le sentiment qu'ils considèrent que la politique monétaire,
02:49à ce stade aux Etats-Unis, n'est toujours pas suffisamment restrictive.
02:51Et alors hier, dans les PMI américains,
02:53ce qui nous a surpris d'abord, c'est le niveau, la réaccélération de cette PMI,
02:56vraiment assez incroyable.
02:57Et le discours de la S&P Global, justement, qui publie ces chiffres
03:01et qui expliquait hier dans son analyse des PMI
03:04qu'on avait effectivement une accélération de l'inflation,
03:07mais aussi dans les services et aussi les effets sur les salaires.
03:11Est-ce que vous voyez effectivement se mettre en place cette boucle
03:14contre laquelle luttent les banquiers centraux, prix-salaire désormais ?
03:18Là, pour le coup, je pense que c'est un peu tôt pour le dire,
03:20parce qu'effectivement, il y a quelques données d'enquête qui pourraient l'indiquer,
03:25mais je me méfie un peu du message des PMI depuis quelques temps.
03:29On a eu quelques erreurs de prévision, entre guillemets,
03:32en suivant de trop près les PMIs.
03:35Et quand je regarde, par exemple, les dernières données
03:38sur l'évolution des salaires qui nous viennent du BLS,
03:43on n'a pas du tout d'accélération des salaires.
03:45On a même plutôt une tendance à ralentissement depuis quelques mois.
03:49Donc je pense que c'est vraiment trop tôt pour dire
03:50que cette spirale prix-salaire, elle est aujourd'hui à l'œuvre.
03:54Mais c'est très précisément ce que semble craindre la Fed.
03:58Et ça explique pourquoi on a cette orientation finalement
04:01assez au-quiche de la part de la Fed.
04:03Je ne pense pas que ce phénomène soit déjà en route.
04:08Alors Gilles, un petit coup d'œil sur quand même l'événement du moment,
04:11à savoir la visite de l'homme le plus puissant du monde
04:15chez Donald Trump, Xi Jinping.
04:18Trêve commerciale, coopération sur l'IA
04:21au point que les deux pays vont construire un téléphone rouge
04:24entre les deux nations pour travailler sur d'éventuels problèmes
04:27de protection ou de sécurité autour de l'intelligence artificielle.
04:32Est-ce qu'il n'y a pas une sorte de petite lune de miel
04:34qui est en train de se nouer entre les deux hommes ?
04:36En tout cas, il y a une détente et elle est bienvenue
04:40parce que la situation est déjà suffisamment compliquée
04:43sur le tirage politique sans avoir en plus à prendre en compte
04:46une exacerbation de la rivalité ciné-américaine,
04:49éventuellement un problème sur Taïwan
04:51et éventuellement une nouvelle marche dans les guerres commerciales.
04:55Donc ça, c'est plutôt une bonne nouvelle.
04:57Et c'est pour l'instant une impression,
04:59mais sur énormément de points importants pour la politique américaine,
05:04aujourd'hui, leur stratégie marque le pas.
05:08Si on reprend un certain nombre d'objectifs que s'étaient donnés
05:11de l'administration américaine en revenant au pouvoir début 2024,
05:15on nous parlait de faire baisser les taux d'intérêt,
05:18c'est quand même l'inverse qui s'est produit,
05:20on nous parlait de réduire le déficit commercial américain,
05:24ça ne se produit pas,
05:26on nous parlait de résoudre la question budgétaire américaine
05:29et c'est plutôt l'inverse qui est en train de se produire.
05:31Donc j'ai l'impression que face à ces difficultés,
05:35on a peut-être un choix de la part de l'administration américaine,
05:38pour reprendre l'expression anglaise,
05:40on choisit un peu ces batailles,
05:41c'est-à-dire qu'on ne peut plus mener une espèce de guerre tous azimuts
05:45sur des théâtres d'opérations très différents.
05:49Donc là, sur la relation avec la Chine,
05:51clairement, je crois qu'il y a une volonté de qu'elle mène de jeu.
05:52Oui, et donc Donald Trump et Xi Jinping
05:55qui semblent effectivement convenir de,
05:56oui, une concurrence sur l'IA,
05:58mais une concurrence avec des limites,
06:00une concurrence raisonnable.
06:01Et en matière commerciale,
06:03alors deux mois de plus de trêve,
06:04la trêve commerciale n'a été prolongée que de deux mois, Gilles.
06:07Alors bien sûr, c'est positif, c'est mieux que rien,
06:09mais enfin deux mois,
06:10ce n'est pas un grand signe de confiance non plus.
06:12Ça permet d'enjamber des midterms,
06:14ce qui est probablement l'effet recherché à court terme.
06:17Effectivement, parce que si la trêve commerciale venait à s'arrêter,
06:20les prix aux États-Unis notamment augmenteraient,
06:23ce qui concentrait davantage encore les électeurs.
06:26Dernière question,
06:27on parlait effectivement de la rivalité entre Américains et Chinois sur l'IA.
06:31Il se trouve que le Wall Street Journal a publié un graphique assez incroyable
06:34qui montre le pari industriel de l'IA,
06:36le pari le plus coûteux de l'histoire américaine.
06:38Les dépenses dans les infrastructures de l'IA
06:40représentent, seront d'ici 2032,
06:423,6% du PIB américain.
06:44C'est du jamais vu,
06:45même à la fin du 19e,
06:46quand les États-Unis ont bâti leur réseau de chemin de fer,
06:49qu'il fallait bien relier l'Est et l'Ouest du pays,
06:51on était à 2,2% d'investissement du PIB, 2,2.
06:54Là, on sera à 3,6 rien que pour l'IA.
06:55Ce serait donc du jamais vu.
06:57Comment vous regardez ça ?
06:58D'abord, il y a un papier dans le Grand Continent
07:00qui a été écrit au mois de juillet sur une question très similaire.
07:04J'invite vos lecteurs à le regarder.
07:06C'est en français en plus.
07:09Mais blague à part,
07:11moi, ce qui me frappe surtout,
07:13c'est que c'est la première fois
07:15dans l'histoire moderne
07:16qu'on a une telle vague d'innovations technologiques
07:20qui produit un tel effort d'investissement,
07:23alors même qu'en face,
07:25on a des besoins de financement énormes des finances publiques.
07:27C'est la première fois que ça se produit.
07:29Parce que pour reprendre les exemples du Wall Street Journal,
07:32quand on fait la révolution ferroviaire
07:35dans la deuxième moitié du XIXe siècle,
07:37dès la fin de la guerre de sécession aux États-Unis,
07:40il n'y a plus de déficit public.
07:41Il n'y a pas besoin de financer l'État.
07:43Lorsqu'on fait la révolution de l'électrification
07:46dans les années 1910-1920,
07:48à l'exception de la période de la Première Guerre mondiale,
07:51il n'y a pas besoin de financement des États.
07:53Lorsqu'on fait la gigantesque expansion économique
07:56des années 60 dans l'ensemble du monde développé,
07:59il y a à l'époque plutôt des politiques budgétaires orthodoxes
08:02et il n'y a pas d'énormes besoins de financement public.
08:05Je crois que c'est ça, vraiment aussi,
08:07la singularité de la période actuelle.
08:09C'est qu'on a ce besoin d'investissement énorme
08:13qui entre en compétition
08:14avec un besoin de financement public.
08:16– Effectivement, puis les enjeux de sécurité en plus
08:19autour de l'IA.
08:19Il y a une IA américaine d'OpenAI
08:21qui a espionné l'Australie.
08:22En fait, un agent autonome d'OpenAI
08:24a infiltré un site internet gouvernemental australien
08:26au mois de juin.
08:28Un incident qualifié d'inacceptable
08:30par le Premier ministre australien,
08:31on en reparlera tout à l'heure.
08:33Et alors, OpenAI n'a prévenu l'Australie
08:35que là, en ce mois de septembre,
08:36c'est-à-dire trois mois après l'effet.
08:37Ça aussi, c'est l'objet de la polémique.
08:38Merci de nous avoir accompagné, Gilles.
08:40Gilles Mouec avec nous
08:41depuis les bureaux d'AXA à Londres.
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