00:01BFM Bourse, l'éco du monde.
00:04Et Sylvain Bersager nous rejoint, économiste pour BSI et Bersin Géco.
00:07Bonjour Sylvain, ravi de vous retrouver.
00:09Bonjour, avec plaisir.
00:09On va parler des taux français dans un instant, on est toujours à plus de 5%.
00:12On semble ancré au-delà des 5%.
00:14D'abord les PMI de la zone euro qui ont été publiés,
00:16donc le moral des milieux d'affaires ici en zone euro,
00:19ils ralentissent, ils se dégradent un peu, mais restent en expansion en octobre malgré tout.
00:24Oui, alors ils se dégradent, je dirais qu'on s'y attendait un petit peu,
00:27vu le contexte conjoncturel avec toujours les difficultés au Moyen-Orient,
00:32le pétrole qui reste élevé, les difficultés d'approvisionnement,
00:36toujours ce choc énergétique.
00:37On ne s'attendait pas à ce que les indicateurs conjoncturels s'améliorent
00:40et je crains malheureusement que ça ne s'améliore pas non plus dans les mois prochains.
00:43Donc voilà, dans un contexte morose, on le savait,
00:46ça fait partie d'un indicateur supplémentaire qui vient confirmer cette tendance.
00:50Oui, et la France dans tout ça, le problème c'est qu'au milieu de cette tendance
00:53effectivement de ralentissement ou de légère perte de confiance en zone euro,
00:56il y a un point noir, c'est la France, voilà.
00:58Il se trouve qu'on n'avait pas anticipé, mais la France passe en contraction au mois d'octobre.
01:04Oui, mais la France actuellement, c'est un peu la lanterne rouge de l'Europe.
01:08Vous parliez des taux à l'instant et on va en reparler.
01:10Malheureusement, je pense qu'on va en parler encore pendant des mois,
01:12mais on le voit que sur les aides publiques, c'est clairement la France
01:15qui est un peu dans l'œil du cyclone.
01:18Et si on regarde la croissance, ou même les derniers chiffres,
01:22même les derniers indicateurs conjoncturels,
01:24les chiffres de croissance sur le premier semestre,
01:26globalement, c'est la France qui a la traîne en Europe.
01:30Et puis on le voit aussi avec le contexte social, le contexte politique,
01:33les incertitudes qu'il y a autour du budget, autour des élections.
01:36Donc on sait que malheureusement, c'est la France qui est un peu à la traîne actuellement en zone euro.
01:39Et encore une fois, ça se vérifie dans les indicateurs conjoncturels.
01:42– Oui, et l'indicateur de confiance de l'enquête PMI qui a été publiée,
01:46qui interroge cet indicateur de confiance explicitement les entreprises
01:49sur leurs prévisions les 12 prochains mois,
01:52eh bien il chute, il chute cet indicateur de confiance
01:53à son plus bas niveau pour la France depuis 6 ans et demi.
01:56C'est-à-dire l'ampleur des craintes des milieux d'affaires et des chefs d'entreprise,
02:00alors que l'élection, en tout cas, est dans 6 mois,
02:03et la campagne ne fait elle que commencer.
02:04On voit que les débats budgétaires à l'Assemblée sont compliqués,
02:07le volet sécurité sociale, la partie recette a été rejetée,
02:12si bien que l'examen du plan de sécurité sociale pour la sécurité sociale
02:17va revenir au Sénat à son niveau initial.
02:19Bref, on n'avance pas, et ce soir Moody's doit actualiser la note de la France,
02:23sans doute la dégrader d'ailleurs.
02:24Est-ce que cette dégradation attendue de la note de la France va compter
02:27ou finalement Moody's prendra acte de ce que le marché a déjà acté depuis longtemps ?
02:34Moi, je trouve que depuis plusieurs années déjà, en France et dans d'autres pays,
02:37les agences de notation arrivent souvent un petit peu après la bataille.
02:40C'est-à-dire que vous avez des évolutions macroéconomiques,
02:43des évolutions sur les marchés financiers,
02:44et ensuite les agences de notation viennent acter le fait
02:47que les choses s'améliorent ou se dégradent, en l'occurrence se dégradent.
02:50La théorie économique qu'on apprend sur les bancs de la fac, c'est un petit peu l'inverse.
02:54C'est un peu que les agences donnent une information
02:55et que les marchés réagissent à cette information,
02:58mais on voit depuis plusieurs années que les taux souvent ne bougent pas vraiment
03:01quand il y a des décisions d'agence, que ce soit la hausse ou la baisse.
03:05Et si vous voulez, là, on n'a pas besoin de Moody's ou des agences de notation
03:08pour voir qu'il y a un sujet sur la dette publique française.
03:10Vous l'avez dit, les taux dépassent 5%.
03:11On a une grosse hausse, un gros écartement du spread.
03:14Donc je pense que les agents de notation, comme c'est maintenant un peu le cas,
03:18vont arriver après coup pour nous dire
03:20qu'il y a un problème sur la dette publique française,
03:21que tout le monde sait déjà.
03:22Et pour vous, ce sera quoi la vie de la France avec des taux à 5%
03:25si l'on reste à 5, mais pourquoi pas plus d'ailleurs,
03:27ou peut-être une détente qu'on espère ?
03:29Sait-on jamais des bonnes surprises ? On n'est jamais à l'abri de bonnes surprises.
03:31Mais voilà, dans un monde à 5% ou plus, ce sera quoi la France ?
03:36Le problème, c'est qu'au vu de notre niveau de déficit et de dette,
03:415%, ça ne va pas pouvoir tenir très longtemps.
03:43Parce qu'après, vous avez un effet boule de neige qui va se mettre en place
03:45avec des charges d'intérêt.
03:46Alors, ce n'est pas instantané, parce que la dette publique,
03:48elle est sur une maturité assez longue.
03:50Elle ne se renouvelle pas tous les ans.
03:52Mais on est sur des niveaux qui, à mon avis, ne sont pas tenables à long terme.
03:56Parce qu'après, les charges d'intérêt vont entraîner en elles-mêmes
03:59un creusement du déficit.
04:02Donc, on est dans une situation qui, je trouve, clairement inquiétante.
04:09Évidemment, c'est très lié à la situation politique.
04:11Il faudra voir le résultat de l'élection présidentielle
04:14pour y voir plus clair.
04:16Mais vu les derniers sondages et les programmes des candidats
04:18qui sont au plus haut dans les sondages,
04:20on comprend qu'il y ait une certaine inquiétude
04:22des marchés financiers et des milieux d'affaires.
04:24– La BCE devrait sans doute relever ses taux.
04:26Alors, peut-être la semaine prochaine,
04:28décision politique monétaire jeudi prochain,
04:30ou peut-être lors de la réunion suivante.
04:32Mais on est toujours sur un cycle plutôt de resserrement monétaire de la BCE.
04:34Est-ce que si la BCE, effectivement, poursuit ses hausses de taux,
04:37quelque part, elle ne va pas, comment dire,
04:42faire mourir, c'est beaucoup dire.
04:43Enfin, voilà, rendre l'Europe malade de ses propres hausses de taux
04:47qui, pourtant, ses hausses de taux sont supposées être vertueuses.
04:49Est-ce que la BCE ne cherche pas à être trop vertueuse face à l'inflation,
04:52alors qu'il y a des États comme la France et même l'Italie
04:54qui sont en grande difficulté sur le marché obligataire ?
04:56Vincent.
04:58– C'est vrai que là, la question de la hausse de taux, à mon avis,
05:01elle se pose.
05:02À mon avis, ce n'est pas une bonne idée d'augmenter les taux maintenant.
05:04C'est vrai qu'il y a un peu d'inflation,
05:06mais qui est une inflation avant tout énergétique.
05:08Quand on regarde les derniers chiffres, par exemple, de l'inflation en France,
05:10c'est l'énergie qui flambe et le reste, pour l'instant,
05:12alors voilà, après, il peut y avoir des effets de second tour,
05:14mais pour l'instant, les autres composants de l'inflation
05:16restent quand même très contrôlés.
05:19Augmenter les taux, quand il y a quand même une France
05:20qui est au bord d'une crise des finances publiques
05:22avec des taux qui ont beaucoup augmenté
05:24et des risques sur des pays, vous l'avez dit, l'Italie,
05:27voilà, je pense qu'il ne faut pas non plus faire un zèle excessif.
05:30Il vaut mieux un point de plus d'inflation pendant un an ou deux
05:33et éviter des grosses turbulences sur les marchés obligataires,
05:38les marchés de la dette souveraine.
05:41Voilà, c'est plutôt mon sentiment.
05:43Après, est-ce que la BCE suivra cette voie-là ? Je ne sais pas.
05:45Merci Sylvain, Bercinget, jeudi prochain,
05:48décision politique monétaire de la BCE,
05:49juste après la fête, ce sera mercredi la fête.
05:51Bon après-midi, Sylvain.
05:52La BCE suivra cette voie-là.