00:04On vient de parler des difficultés que traverse la profession infirmière.
00:08Camille, tu as recueilli le témoignage de Sandrine, qui a choisi de se reconvertir.
00:12Qu'est-ce qui l'a amené à prendre cette décision ?
00:14Pour Sandrine, on peut plutôt parler de frustration que de déception.
00:18Pour poser le contexte, être infirmière n'a jamais été une vocation pour Sandrine.
00:23Le métier lui est plutôt tombé dessus, quand même l'expliquer.
00:25Mais au fur et à mesure, elle s'y est très vite retrouvée avec des valeurs qui lui étaient propres.
00:30Prendre soin des autres, écouter, accompagner.
00:32Finalement, ça lui correspondait plutôt bien.
00:34Après trois ans de formation, elle est passée par plusieurs services.
00:37De la clinique au libéral, en passant par la psychiatrie en secteur fermé et en EHPAD.
00:43Elle a brassé large le spectre de la profession.
00:46Au fil des années, c'est surtout cette frustration que j'évoquais qui s'est installée.
00:51Pas un désamour du métier, comme vous le précisiez avant.
00:54Mais plutôt la frustration de ne pas pouvoir l'exercer et de ne pas avoir le temps de l'exercer,
00:59du moins comme elle le voulait.
01:02J'ai beaucoup travaillé avec les personnes âgées.
01:05Et c'est vrai que quand elles commencent à raconter des petites anecdotes de leur vie, des choses comme ça,
01:13on a envie d'être présent.
01:15Mais on est, par exemple, dans un soin.
01:19Et donc, ce soin, vu qu'ils ne sont pas tout seuls dans l'établissement,
01:24en général, une infirmière pour 30, 40, voire 50 patients,
01:30on ne peut pas prendre le temps avec ces personnes-là.
01:34Or, ils ont besoin de ce temps pour se sentir mieux, se sentir à l'aise.
01:41Et parfois, c'est plus important de rester avec la personne et discuter de tout ça sur le long terme,
01:50finalement, que de traiter une plaie, de traiter une douleur ou quelque chose comme ça.
01:58Ce que les autorités ne comprennent pas vraiment, c'est qu'on a besoin de plus de temps avec les
02:04gens.
02:04C'est un métier humain et qui demande d'être présent physiquement, moralement.
02:13Donc, être infirmière, pour Sandrine, ne se limite pas à prodiguer des soins.
02:18C'est aussi être physiquement présente pleinement auprès des patients.
02:22Mais ça, vous l'avez évoqué également précédemment.
02:27Surtout dans le contexte d'une population vieillissante
02:29où le personnel infirmier, finalement, sont les premiers acteurs de proximité
02:33des populations fragiles et isolées.
02:37Ils sont au contact de la maladie, de la mort, parfois de la fin de vie,
02:40qui sont des sujets très complexes à aborder
02:42et qui nécessitent un accompagnement.
02:45Du moins, c'est le point sur lequel Sandrine insistait beaucoup.
02:48Comme c'est notre quotidien, on pense qu'on n'a pas besoin forcément d'être accompagné
02:54ou c'est quelque chose qui passe.
02:56Mais on rentre aussi dans l'intimité des patients, dans leurs problèmes familiaux.
03:05Même si on nous dit de laisser nos propres problèmes à la porte de la personne
03:11ou à la porte de la clinique dans laquelle on va évoluer,
03:17c'est se dissocier.
03:20C'est un vrai travail.
03:23Et parfois, on voit beaucoup d'infirmiers libéraux
03:28ou d'infirmiers tout courts qui arrivent jusqu'au burn-out
03:31parce qu'ils sont très, très investis dans leur métier
03:35et portent énormément.
03:39Donc, voilà, il y a forcément des conséquences.
03:43Le métier d'infirmier n'est pas un métier anodin.
03:46Derrière le témoignage de Sandrine, la question qu'elle pose,
03:49c'est peut-être qui prend soin de ceux qui prennent soin des autres ?
03:53Charlotte, je me tourne vers vous.
03:54En tant qu'ancienne infirmière, est-ce que vous rejoignez Sandrine
03:57sur ce besoin et ce manque d'accompagnement ?
04:01Oui, complètement.
04:02C'est vrai qu'on est vite perdu quand on se lance en tant qu'infirmière
04:05sur les voies d'évolution après infirmière.
04:09On a l'impression qu'on peut être infirmière à l'hôpital, en libéral
04:12et après, quoi d'autre, on ne sait pas trop.
04:13Et c'est vrai que du coup, assez vite, on est perdu.
04:16On se dit, mais comment est-ce que je peux prendre soin différemment ?
04:19Comment est-ce que je peux respecter mes besoins en tant que professionnel ?
04:22Parfois, ça va être par rapport au rythme de travail
04:26ou travailler à l'écran sur nous, c'est compliqué
04:27par rapport à la situation familiale, aux horaires.
04:30Parfois, les horaires de nuit, ce n'est plus possible
04:32par rapport à sa santé, tout simplement.
04:34Au fait de se dire qu'en libéral, par exemple,
04:36en fait, c'est quand même, on est chef d'entreprise
04:39et tout le monde n'est pas, alors je ne vais pas dire capable,
04:41et tout le monde n'a pas envie, n'aime pas ça,
04:43en fait, ne veut pas faire du libéral.
04:44Donc, on se dit, mais comment est-ce que je peux,
04:46qu'est-ce que je peux faire d'autre ?
04:47Et le problème, c'est que très vite, on s'enferme
04:49et on se dit, en fait, je ne sais pas quoi faire.
04:50Et du coup, là, c'est là qu'on a envie de faire
04:52complètement autre chose et quitter le métier.
04:54Et en fait, c'est trop dommage parce qu'on a un niveau licence.
04:57Maintenant, on peut faire des masters, on peut évoluer,
04:59on peut faire des passerelles.
05:00Il y a beaucoup de choses qui sont possibles, en fait.
05:02Et c'est vrai que les établissements ne nous accompagnent pas assez
05:04à l'hôpital sur comment est-ce que tu peux évoluer
05:06quand tu es infirmière et que tu veux changer, tout simplement, en fait.
05:10Donc, voilà, c'est pour ça que, du coup,
05:11j'ai créé un bien de compétences pour les infirmières
05:13pour aider en priorité à évoluer au sein de leur métier.
05:17Parce que plus de la moitié veulent évoluer dans leur métier, en fait.
05:21Ne le savent pas forcément, mais au final,
05:23c'est ce qui découle finalement des bilans la majorité du temps.
05:27Et justement, John Pint, est-ce qu'il y a déjà des leviers
05:31qui ont été mis en place pour améliorer le quotidien
05:34des infirmiers et des infirmières ?
05:35Oui, je crois que c'est important aussi
05:37d'avoir parfois une image un peu positive de l'avenir
05:39et d'avoir un peu d'espoir.
05:41Je crois que ça, c'est réellement important.
05:42On le voit, ces nouvelles compétences
05:44ont amené plus d'autonomie à la profession.
05:47Et en libéral, ça va rapidement prendre du sens.
05:50C'est-à-dire qu'un patient qui se présente avec une plaie,
05:53avant, on avait besoin d'une prescription médicale
05:55qui devait être bien rédigée.
05:56On devait attendre qu'un médecin ait vu le patient,
05:59fait sa prescription.
06:00Là, l'infirmier va être complètement autonome.
06:01C'est-à-dire qu'il pourra prendre en charge rapidement le patient
06:04sans attendre une prescription médicale,
06:06pourra prescrire des examens complémentaires
06:08sans attendre une prescription médicale.
06:10Donc ça, c'est des éléments qui vont fluidifier
06:12le parcours du patient.
06:13Donc ça sert aussi au patient.
06:15Mais pour l'infirmier, c'est moins de stress
06:16parce qu'il a cette autonomie.
06:18Alors, c'est un peu de stress pour l'instant
06:19parce que c'est, mais est-ce que j'en ai la compétence ?
06:22Est-ce que je vais prendre la responsabilité ?
06:24Mais pour autant, dans le parcours des patients
06:26et dans le quotidien des infirmiers,
06:28ça va faciliter les choses.
06:30Pareil, on est en train de travailler
06:31sur des outils d'aide à la facturation
06:33pour que les infirmiers soient aidés dans leur facturation
06:37et qu'il n'y ait plus d'erreurs,
06:40ou en tout cas qu'il y en ait beaucoup moins,
06:41et donc moins de stress des contrôles de l'assurance maladie.
06:43Donc il y a tous ces éléments-là
06:45sur lesquels on est en train de travailler
06:46et qui devraient assez rapidement être mis
06:49au service de la profession.
06:51Merci beaucoup, merci Camille, pour cette chronique.
06:54Merci à nos deux invités,
06:56Charlotte Kerbrat, fondatrice de Charlotte K,
06:58et John Pint, président du SNIL.
07:00On passe tout de suite à la pépite santé.
07:02Sous-titrage Société Radio-Canada