00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Samy Char nous rejoint parce que c'est un anniversaire aujourd'hui.
00:06Bonjour Samy, chef économiste pour Lombardier et compagnie.
00:09Bonjour, joyeux anniversaire.
00:10Le Brexit, en fait le vote du Brexit, c'était il y a 10 ans, jour pour jour,
00:15les Britanniques votaient en faveur du Brexit.
00:17Bon, on a un peu de recul maintenant, on a 10 ans de recul.
00:19Comment vous le voyez ce Brexit ? Quel bilan économique on peut en tirer ?
00:24Oui, il y a des anniversaires qui sont quand même un peu plus heureux que celui-ci.
00:27Pour les Britanniques, la réalité, c'est que rien n'a été gagné à travers ce Brexit.
00:32L'émigration ne s'est pas calmée, elle a juste changé de nature.
00:37La croissance économique est un peu en deçà de ce qu'elle aurait pu être sans le Brexit.
00:43L'activité commerciale est un peu en deçà de ce qu'elle aurait pu être,
00:47encore une fois avec des relations plus proches avec les pays de l'Union européenne.
00:53Donc effectivement, aucun gain économique notable sur les dix dernières années.
00:58Et surtout, le problème, c'est que les Britanniques sont passés d'un État à être dans l'Union européenne
01:04à un autre État, finalement, qui n'est pas défini.
01:07C'est-à-dire qu'il n'y a pas de vrai projet économique pour les Britanniques aujourd'hui.
01:11Ils n'ont pas remplacé l'Union européenne par autre chose.
01:13Et donc, ça fait beaucoup de frustration pour les Britanniques,
01:16qui est une forme de stagnation et de poison lent pour les Britanniques
01:22qu'ils continuent de digérer année après année.
01:25Par contre, il y a une inflation de Premier ministre.
01:26On va être à sept premiers ministres en dix ans au Royaume-Uni,
01:29avec la démission hier de Keir Starmer.
01:31Sept premiers ministres en dix ans, c'est du jamais vu en quasiment deux siècles.
01:35Son principal rival, enfin celui qui va lui succéder en fait, Andy Burnham,
01:39n'a pas l'air d'inquiéter spécialement le marché.
01:41Le dix ans britannique, depuis l'annonce de la démission de Keir Starmer,
01:43ne s'est pas vraiment tendu. Comment vous l'expliquez ?
01:45Oui, le sentiment, c'est qu'un Premier ministre de plus
01:48ne changera rien à l'affaire, Guillaume.
01:50Parce que la réalité, c'est que l'économie britannique
01:53est une économie qui a des besoins.
01:55Elle a des besoins dans un monde qui change,
01:57des besoins de sécurité économique,
02:00des besoins en termes d'énergie, des besoins en termes de défense,
02:03des besoins en termes d'infrastructure,
02:04des besoins en termes d'environnement médical, scolaire, etc.
02:10Donc, elle a beaucoup de besoins, cette économie britannique,
02:12mais au fond, elle n'a pas beaucoup de moyens.
02:16Et quand vous êtes dans un environnement
02:18où vous avez des besoins économiques
02:19et vous n'avez pas de moyens,
02:21vous êtes obligé de faire des choix très très forts.
02:25Parce qu'il va falloir favoriser certaines choses
02:28par rapport à d'autres.
02:29Et donc, vous pouvez avoir un Premier ministre
02:30qui essaye de le faire,
02:32ça va faire beaucoup de mécontents,
02:33vous pouvez changer ce Premier ministre
02:34pour un autre Premier ministre,
02:36mais enfin, ça ne change pas l'équation.
02:37La réalité, c'est qu'il y a de gros besoins,
02:39il n'y a pas de moyens,
02:40il va falloir faire des choix extrêmement drastiques
02:42pour cette économie-là.
02:43Et le sentiment, c'est que les Britanniques
02:46ne sont pas prêts à accepter cette espèce de réalité.
02:49Et donc, un Premier ministre après un autre Premier ministre,
02:51ça ne changera rien.
02:52Et donc, les actifs ont intégré le fait
02:54qu'il n'y a pas la capacité aujourd'hui
02:56de vraiment se relever
02:59de ce qu'a été le Brexit ces dix dernières années.
03:02– Samy, il y a un indicateur,
03:05enfin, une série d'indicateurs
03:06qui restent quand même étonnants,
03:08ce sont ces PMI européens
03:09qui se retrouvent au plus haut
03:11depuis trois mois sur le mois dernier,
03:13alors qu'on a beaucoup d'économistes
03:14qui prédisent peut-être un début
03:16de stagflation, de récession,
03:18enfin, que les mots sont plus tabous.
03:20Et là, pour autant,
03:21on a des perspectives
03:23qui sont quand même relativement positives.
03:26– Oui, alors moi, je suis plutôt en ligne
03:28avec le message que nous passent
03:30ces indicateurs-là.
03:31C'est ni une question de stagnation,
03:33ni une question de stagflation,
03:35c'est une question de normalisation.
03:36On vient de vivre un choc.
03:37Il y a eu un choc énergétique,
03:39vous allez me dire,
03:40un choc de plus au Moyen-Orient.
03:43Il semble que maintenant,
03:45le détroit d'Hormuz va réouvrir,
03:46qu'on va avoir un peu plus de flux
03:47qui va passer là.
03:48Le prix du pétrole est passé
03:50de quasiment 120 il y a quelques semaines
03:54à moins de 80 aujourd'hui.
03:56Et ça, ça se reflète
03:57donc dans ces indicateurs-là.
03:59Si vous regardez les composantes
04:02de ces indicateurs,
04:03on sent que la composante prix
04:04est en train de baisser,
04:06donc moins de pression sur les prix.
04:07Avec encore une fois,
04:09cette guerre au Moyen-Orient
04:10qui semble se dissiper,
04:11c'est-à-dire un petit peu trop tôt
04:13pour complètement valider cette idée-là,
04:15mais enfin,
04:16les choses semblent être sur la bonne voie.
04:18Eh bien, évidemment,
04:19la confiance des entreprises,
04:20et peut-être à terme,
04:22la confiance des consommateurs,
04:23est plutôt à la hausse.
04:24Donc, voilà,
04:26la crise moyenne orientale
04:27était une crise qui était négative
04:28pour la croissance
04:29et qui avait tendance
04:30à ramener de l'inflation.
04:31Eh bien, si on retourne cette crise,
04:33eh bien, on se retrouve
04:34dans l'effet inverse,
04:35un peu moins d'inflation,
04:36un peu plus de confiance
04:37et de croissance.
04:38C'est ce que nous disent
04:38les chiffres du jour
04:39et ça me paraît cohérent
04:40avec ce qui se passe.
04:42Samy, toujours à propos de cette zone euro,
04:44parce qu'on a démarré sur le Brexit,
04:45maintenant la zone euro
04:45qui envoie des signaux plus favorables
04:47grâce à la chute des cours du Pétro,
04:48ça fait du bien,
04:49on le sent dans les indices PMI.
04:50Il y a quand même des questions
04:52sur la souveraineté,
04:53notre souveraineté européenne.
04:54Les Britanniques ont répondu
04:55à ces enjeux par le Brexit
04:56il y a 10 ans,
04:57on voit ce que ça donne,
04:58le bilan économique
04:59est franchement pas convaincant.
05:01Et ici en Europe,
05:02on se demande comment on arrivera
05:03à la garantir
05:04de notre future souveraineté,
05:05y compris en matière monétaire.
05:06Et là-dessus,
05:07la BCE, elle a une solution.
05:08En tout cas, elle avance sa solution,
05:09c'est l'euro numérique.
05:10Il se trouve que le Parlement européen
05:11a voté tout à l'heure
05:12en faveur de cet euro numérique,
05:14alors qu'aux États-Unis,
05:15au contraire,
05:16Washington,
05:17l'administration Trump,
05:18refuse tout dollar numérique.
05:20Qu'est-ce qui peut expliquer
05:21ces deux écoles de pensée ?
05:22Est-ce que l'Europe,
05:23effectivement,
05:23a raison d'aller vers l'euro numérique
05:25plutôt que, par exemple,
05:26vers d'autres solutions ?
05:28Oui, probablement.
05:29Je trouve que c'est intéressant.
05:31On comparait les Britanniques
05:32avec le reste de l'Europe.
05:34On sent que les Britanniques
05:35sont aujourd'hui coincés,
05:36ils ont des besoins,
05:38parce qu'ils n'ont pas de moyens.
05:39On a souvent tendance à penser
05:40que c'est exactement la même chose
05:41pour l'Europe.
05:42Mais au fait,
05:42ce n'est pas forcément vrai.
05:44L'Europe a effectivement des besoins,
05:46comme les Britanniques.
05:47En revanche,
05:47elle a beaucoup plus de moyens.
05:49Et ces moyens,
05:50ils commencent à être mis sur la table
05:52pour essayer d'avancer
05:53sur cette thématique de la souveraineté.
05:56Ça peut être énergétique,
05:57ça peut être la défense,
05:58ça peut être monétaire.
05:59Et je trouve plutôt intéressant.
06:01Mais à la fin,
06:02là où on voit le véritable engagement
06:05des blocs économiques
06:06pour la souveraineté,
06:07c'est combien de capitaux,
06:09combien d'investissements,
06:10combien d'argent
06:11on met sur la table.
06:12Et on voit là encore une fois
06:16un engagement européen
06:17qui est plus important
06:17que l'engagement britannique.
06:19Les Allemands ont leur plan,
06:20il y a quand même
06:21des résidus de fonds européens,
06:22il y a des promesses
06:22pour les entreprises.
06:23Il y a effectivement
06:24ce que vous mentionnez
06:25sur l'euro numérique.
06:27Ce n'est pas parfait,
06:28c'est peut-être balbutiant,
06:29mais le sentiment quand même,
06:30c'est que l'Europe
06:31est un peu mieux positionnée
06:33que les Britanniques
06:33sur cette question.
06:34Ah oui,
06:34que les Britanniques,
06:35et que les Américains
06:36qui choisissent plutôt
06:37les stable coins dollar
06:37entre l'euro numérique
06:38et les stable coins dollar
06:39et les stable coins d'euro,
06:40du coup, pourquoi pas
06:41privilégier les stable coins
06:42nous aussi plutôt
06:43que l'euro numérique.
06:44Vous vous êtes fait une idée
06:45là-dessus ?
06:46Vous avez une préférence
06:47ou on est encore
06:48en train d'y réfléchir
06:49parce que c'est vrai
06:50que tout ça n'est pas encore
06:50en place et que,
06:51en tout cas du point de vue
06:52des monnaies de devise
06:53numérique de Banque Centrale
06:54et que du coup,
06:54il faut peut-être
06:55laisser sa chance au produit ?
06:56Au fait,
06:57les besoins sont
06:58complètement différents.
06:58Les Américains
06:59ont un besoin de financement.
07:01C'est un pays
07:01qui a un déficit
07:02des comptes courants.
07:04C'est donc un pays
07:04qui a besoin d'attirer
07:06l'épargne mondiale.
07:07Donc,
07:07les stable coins
07:08sont effectivement
07:09un outil intéressant
07:10dans cette perspective.
07:11On oublie,
07:12mais enfin,
07:12les Européens,
07:13il y a énormément de surplus.
07:15Les déficits
07:15et les dettes publiques
07:16masquent le fait
07:17qu'il y a énormément
07:18de surplus privés.
07:19Il y a beaucoup
07:19d'épargne privée.
07:20Les comptes courants
07:20sont excédentaires en Europe.
07:22On n'a donc pas
07:23les mêmes besoins.
07:24Nous,
07:24ce qu'on doit faire,
07:25c'est investir
07:26ces capitaux-là
07:27dans l'économie européenne,
07:28dans ces secteurs stratégiques,
07:30ce que les Américains
07:32ont fait déjà
07:33il y a quelques années.
07:33Donc,
07:34les Américains
07:34ont de l'avance
07:35sur cette thématique
07:36de l'autonomie stratégique,
07:39de l'autonomie économique.
07:40Donc,
07:40le point de départ
07:41est quand même différent.
07:42Les Américains ont de l'avance,
07:43les Européens ont du retard.
07:45Nous,
07:45on a les moyens
07:46de financer des investissements,
07:48mais il faut la volonté politique
07:49et il faut le projet politique
07:51de le faire.
07:52Et c'est peut-être ça
07:52qui manque.
07:53Les Américains
07:53l'ont eu avant nous,
07:54cette volonté
07:55d'être indépendants
07:56énergétiquement,
07:58indépendants technologiquement,
07:59à nous maintenant
08:00de mettre en place
08:01ces grands plans d'investissement.
08:02Merci beaucoup
08:03de nous avoir accompagnés
08:04aujourd'hui.
08:05Samy Char
08:05pour Lombard,
08:05Rodier et compagnie.
08:06Le CAC 40,
08:07bon après-midi,
08:07Samy.
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