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  • il y a 5 heures
Ce mardi 23 juin, Samy Chaar, chef économiste chez Lombard Odier & Cie, a abordé l'état de l'économie britannique dix ans après le Brexit, la résistance des taux face à la démission de K. Starmer, l'amélioration de l'activité économique de la zone euro en juin, et le vote du Parlement européen en faveur de l'euro numérique, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Samy Char nous rejoint parce que c'est un anniversaire aujourd'hui.
00:06Bonjour Samy, chef économiste pour Lombardier et compagnie.
00:09Bonjour, joyeux anniversaire.
00:10Le Brexit, en fait le vote du Brexit, c'était il y a 10 ans, jour pour jour,
00:15les Britanniques votaient en faveur du Brexit.
00:17Bon, on a un peu de recul maintenant, on a 10 ans de recul.
00:19Comment vous le voyez ce Brexit ? Quel bilan économique on peut en tirer ?
00:24Oui, il y a des anniversaires qui sont quand même un peu plus heureux que celui-ci.
00:27Pour les Britanniques, la réalité, c'est que rien n'a été gagné à travers ce Brexit.
00:32L'émigration ne s'est pas calmée, elle a juste changé de nature.
00:37La croissance économique est un peu en deçà de ce qu'elle aurait pu être sans le Brexit.
00:43L'activité commerciale est un peu en deçà de ce qu'elle aurait pu être,
00:47encore une fois avec des relations plus proches avec les pays de l'Union européenne.
00:53Donc effectivement, aucun gain économique notable sur les dix dernières années.
00:58Et surtout, le problème, c'est que les Britanniques sont passés d'un État à être dans l'Union européenne
01:04à un autre État, finalement, qui n'est pas défini.
01:07C'est-à-dire qu'il n'y a pas de vrai projet économique pour les Britanniques aujourd'hui.
01:11Ils n'ont pas remplacé l'Union européenne par autre chose.
01:13Et donc, ça fait beaucoup de frustration pour les Britanniques,
01:16qui est une forme de stagnation et de poison lent pour les Britanniques
01:22qu'ils continuent de digérer année après année.
01:25Par contre, il y a une inflation de Premier ministre.
01:26On va être à sept premiers ministres en dix ans au Royaume-Uni,
01:29avec la démission hier de Keir Starmer.
01:31Sept premiers ministres en dix ans, c'est du jamais vu en quasiment deux siècles.
01:35Son principal rival, enfin celui qui va lui succéder en fait, Andy Burnham,
01:39n'a pas l'air d'inquiéter spécialement le marché.
01:41Le dix ans britannique, depuis l'annonce de la démission de Keir Starmer,
01:43ne s'est pas vraiment tendu. Comment vous l'expliquez ?
01:45Oui, le sentiment, c'est qu'un Premier ministre de plus
01:48ne changera rien à l'affaire, Guillaume.
01:50Parce que la réalité, c'est que l'économie britannique
01:53est une économie qui a des besoins.
01:55Elle a des besoins dans un monde qui change,
01:57des besoins de sécurité économique,
02:00des besoins en termes d'énergie, des besoins en termes de défense,
02:03des besoins en termes d'infrastructure,
02:04des besoins en termes d'environnement médical, scolaire, etc.
02:10Donc, elle a beaucoup de besoins, cette économie britannique,
02:12mais au fond, elle n'a pas beaucoup de moyens.
02:16Et quand vous êtes dans un environnement
02:18où vous avez des besoins économiques
02:19et vous n'avez pas de moyens,
02:21vous êtes obligé de faire des choix très très forts.
02:25Parce qu'il va falloir favoriser certaines choses
02:28par rapport à d'autres.
02:29Et donc, vous pouvez avoir un Premier ministre
02:30qui essaye de le faire,
02:32ça va faire beaucoup de mécontents,
02:33vous pouvez changer ce Premier ministre
02:34pour un autre Premier ministre,
02:36mais enfin, ça ne change pas l'équation.
02:37La réalité, c'est qu'il y a de gros besoins,
02:39il n'y a pas de moyens,
02:40il va falloir faire des choix extrêmement drastiques
02:42pour cette économie-là.
02:43Et le sentiment, c'est que les Britanniques
02:46ne sont pas prêts à accepter cette espèce de réalité.
02:49Et donc, un Premier ministre après un autre Premier ministre,
02:51ça ne changera rien.
02:52Et donc, les actifs ont intégré le fait
02:54qu'il n'y a pas la capacité aujourd'hui
02:56de vraiment se relever
02:59de ce qu'a été le Brexit ces dix dernières années.
03:02– Samy, il y a un indicateur,
03:05enfin, une série d'indicateurs
03:06qui restent quand même étonnants,
03:08ce sont ces PMI européens
03:09qui se retrouvent au plus haut
03:11depuis trois mois sur le mois dernier,
03:13alors qu'on a beaucoup d'économistes
03:14qui prédisent peut-être un début
03:16de stagflation, de récession,
03:18enfin, que les mots sont plus tabous.
03:20Et là, pour autant,
03:21on a des perspectives
03:23qui sont quand même relativement positives.
03:26– Oui, alors moi, je suis plutôt en ligne
03:28avec le message que nous passent
03:30ces indicateurs-là.
03:31C'est ni une question de stagnation,
03:33ni une question de stagflation,
03:35c'est une question de normalisation.
03:36On vient de vivre un choc.
03:37Il y a eu un choc énergétique,
03:39vous allez me dire,
03:40un choc de plus au Moyen-Orient.
03:43Il semble que maintenant,
03:45le détroit d'Hormuz va réouvrir,
03:46qu'on va avoir un peu plus de flux
03:47qui va passer là.
03:48Le prix du pétrole est passé
03:50de quasiment 120 il y a quelques semaines
03:54à moins de 80 aujourd'hui.
03:56Et ça, ça se reflète
03:57donc dans ces indicateurs-là.
03:59Si vous regardez les composantes
04:02de ces indicateurs,
04:03on sent que la composante prix
04:04est en train de baisser,
04:06donc moins de pression sur les prix.
04:07Avec encore une fois,
04:09cette guerre au Moyen-Orient
04:10qui semble se dissiper,
04:11c'est-à-dire un petit peu trop tôt
04:13pour complètement valider cette idée-là,
04:15mais enfin,
04:16les choses semblent être sur la bonne voie.
04:18Eh bien, évidemment,
04:19la confiance des entreprises,
04:20et peut-être à terme,
04:22la confiance des consommateurs,
04:23est plutôt à la hausse.
04:24Donc, voilà,
04:26la crise moyenne orientale
04:27était une crise qui était négative
04:28pour la croissance
04:29et qui avait tendance
04:30à ramener de l'inflation.
04:31Eh bien, si on retourne cette crise,
04:33eh bien, on se retrouve
04:34dans l'effet inverse,
04:35un peu moins d'inflation,
04:36un peu plus de confiance
04:37et de croissance.
04:38C'est ce que nous disent
04:38les chiffres du jour
04:39et ça me paraît cohérent
04:40avec ce qui se passe.
04:42Samy, toujours à propos de cette zone euro,
04:44parce qu'on a démarré sur le Brexit,
04:45maintenant la zone euro
04:45qui envoie des signaux plus favorables
04:47grâce à la chute des cours du Pétro,
04:48ça fait du bien,
04:49on le sent dans les indices PMI.
04:50Il y a quand même des questions
04:52sur la souveraineté,
04:53notre souveraineté européenne.
04:54Les Britanniques ont répondu
04:55à ces enjeux par le Brexit
04:56il y a 10 ans,
04:57on voit ce que ça donne,
04:58le bilan économique
04:59est franchement pas convaincant.
05:01Et ici en Europe,
05:02on se demande comment on arrivera
05:03à la garantir
05:04de notre future souveraineté,
05:05y compris en matière monétaire.
05:06Et là-dessus,
05:07la BCE, elle a une solution.
05:08En tout cas, elle avance sa solution,
05:09c'est l'euro numérique.
05:10Il se trouve que le Parlement européen
05:11a voté tout à l'heure
05:12en faveur de cet euro numérique,
05:14alors qu'aux États-Unis,
05:15au contraire,
05:16Washington,
05:17l'administration Trump,
05:18refuse tout dollar numérique.
05:20Qu'est-ce qui peut expliquer
05:21ces deux écoles de pensée ?
05:22Est-ce que l'Europe,
05:23effectivement,
05:23a raison d'aller vers l'euro numérique
05:25plutôt que, par exemple,
05:26vers d'autres solutions ?
05:28Oui, probablement.
05:29Je trouve que c'est intéressant.
05:31On comparait les Britanniques
05:32avec le reste de l'Europe.
05:34On sent que les Britanniques
05:35sont aujourd'hui coincés,
05:36ils ont des besoins,
05:38parce qu'ils n'ont pas de moyens.
05:39On a souvent tendance à penser
05:40que c'est exactement la même chose
05:41pour l'Europe.
05:42Mais au fait,
05:42ce n'est pas forcément vrai.
05:44L'Europe a effectivement des besoins,
05:46comme les Britanniques.
05:47En revanche,
05:47elle a beaucoup plus de moyens.
05:49Et ces moyens,
05:50ils commencent à être mis sur la table
05:52pour essayer d'avancer
05:53sur cette thématique de la souveraineté.
05:56Ça peut être énergétique,
05:57ça peut être la défense,
05:58ça peut être monétaire.
05:59Et je trouve plutôt intéressant.
06:01Mais à la fin,
06:02là où on voit le véritable engagement
06:05des blocs économiques
06:06pour la souveraineté,
06:07c'est combien de capitaux,
06:09combien d'investissements,
06:10combien d'argent
06:11on met sur la table.
06:12Et on voit là encore une fois
06:16un engagement européen
06:17qui est plus important
06:17que l'engagement britannique.
06:19Les Allemands ont leur plan,
06:20il y a quand même
06:21des résidus de fonds européens,
06:22il y a des promesses
06:22pour les entreprises.
06:23Il y a effectivement
06:24ce que vous mentionnez
06:25sur l'euro numérique.
06:27Ce n'est pas parfait,
06:28c'est peut-être balbutiant,
06:29mais le sentiment quand même,
06:30c'est que l'Europe
06:31est un peu mieux positionnée
06:33que les Britanniques
06:33sur cette question.
06:34Ah oui,
06:34que les Britanniques,
06:35et que les Américains
06:36qui choisissent plutôt
06:37les stable coins dollar
06:37entre l'euro numérique
06:38et les stable coins dollar
06:39et les stable coins d'euro,
06:40du coup, pourquoi pas
06:41privilégier les stable coins
06:42nous aussi plutôt
06:43que l'euro numérique.
06:44Vous vous êtes fait une idée
06:45là-dessus ?
06:46Vous avez une préférence
06:47ou on est encore
06:48en train d'y réfléchir
06:49parce que c'est vrai
06:50que tout ça n'est pas encore
06:50en place et que,
06:51en tout cas du point de vue
06:52des monnaies de devise
06:53numérique de Banque Centrale
06:54et que du coup,
06:54il faut peut-être
06:55laisser sa chance au produit ?
06:56Au fait,
06:57les besoins sont
06:58complètement différents.
06:58Les Américains
06:59ont un besoin de financement.
07:01C'est un pays
07:01qui a un déficit
07:02des comptes courants.
07:04C'est donc un pays
07:04qui a besoin d'attirer
07:06l'épargne mondiale.
07:07Donc,
07:07les stable coins
07:08sont effectivement
07:09un outil intéressant
07:10dans cette perspective.
07:11On oublie,
07:12mais enfin,
07:12les Européens,
07:13il y a énormément de surplus.
07:15Les déficits
07:15et les dettes publiques
07:16masquent le fait
07:17qu'il y a énormément
07:18de surplus privés.
07:19Il y a beaucoup
07:19d'épargne privée.
07:20Les comptes courants
07:20sont excédentaires en Europe.
07:22On n'a donc pas
07:23les mêmes besoins.
07:24Nous,
07:24ce qu'on doit faire,
07:25c'est investir
07:26ces capitaux-là
07:27dans l'économie européenne,
07:28dans ces secteurs stratégiques,
07:30ce que les Américains
07:32ont fait déjà
07:33il y a quelques années.
07:33Donc,
07:34les Américains
07:34ont de l'avance
07:35sur cette thématique
07:36de l'autonomie stratégique,
07:39de l'autonomie économique.
07:40Donc,
07:40le point de départ
07:41est quand même différent.
07:42Les Américains ont de l'avance,
07:43les Européens ont du retard.
07:45Nous,
07:45on a les moyens
07:46de financer des investissements,
07:48mais il faut la volonté politique
07:49et il faut le projet politique
07:51de le faire.
07:52Et c'est peut-être ça
07:52qui manque.
07:53Les Américains
07:53l'ont eu avant nous,
07:54cette volonté
07:55d'être indépendants
07:56énergétiquement,
07:58indépendants technologiquement,
07:59à nous maintenant
08:00de mettre en place
08:01ces grands plans d'investissement.
08:02Merci beaucoup
08:03de nous avoir accompagnés
08:04aujourd'hui.
08:05Samy Char
08:05pour Lombard,
08:05Rodier et compagnie.
08:06Le CAC 40,
08:07bon après-midi,
08:07Samy.
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