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  • il y a 9 minutes
Alain Bokobza, responsable mondial de la Stratégie d'allocation d'actifs chez Société Générale CIB, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce jeudi 15 octobre. Il parle de la croissance mondiale et des obligations souveraines, qui sont sous pression, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le grand entretien aujourd'hui, c'est Alain Bocobza qui est avec moi.
00:03Bonjour Alain Bocobza, vous êtes responsable mondial de la stratégie d'allocation d'actifs
00:07chez Société Générale CIB.
00:10Et ce qui va être très intéressant, je parlais à l'instant de guerre des chiffres,
00:14d'un institut qui donne des chiffres et puis qui nous dit que la croissance ça va pas
00:17et puis un autre va nous dire le contraire à 0,1% près.
00:21Vous, vous êtes spécialiste de l'allocation d'actifs,
00:24j'aimerais bien savoir ce que vous avez comme chiffre sur le quatrième trimestre
00:28pour dresser un petit peu une image de ce qui nous attend dans les mois qui viennent
00:33en termes de croissance, de consommation, d'inflation, le tableau général si vous pouvez.
00:39Alors si on parle de la croissance mondiale, la croissance mondiale, elle a été robuste,
00:46elle va rester robuste parce que les politiques publiques un peu partout dans le monde
00:50restent expansionnistes, particulièrement aux Etats-Unis, mais un peu partout dans le monde,
00:54même les Allemands se mettent à faire des déficits publics, les Japonais sont entrés dans la danse
00:59avec Madame Takeishi, et les investissements privés pour rénover les infrastructures,
01:06pour faire de la souveraineté, de l'indépendance énergétique, évidemment de l'intelligence artificielle,
01:11vous avez la dépense publique et la dépense privée, qui les deux sont des soutiens à la croissance.
01:16Donc il y a beaucoup d'incertitudes, ça peut partir dans les deux sens,
01:20mais le scénario central quelque part, c'est une poursuite de la croissance,
01:24là on se projette en 2027, à des rythmes qui sont largement au-dessus de ce qu'on a pu
01:29connaître
01:29depuis 15 ou 20 ans. Donc ça c'est un élément très important, ça veut dire aussi,
01:33compte tenu des tensions qu'on a sur les marchés de matières premières, sur les marchés de l'énergie,
01:38il y a deux guerres quand même qui perturbent beaucoup les marchés des produits raffinés,
01:42ça veut dire que si la croissance est un peu au-dessus de la moyenne de long terme,
01:45l'inflation l'est aussi. Et là on a vu des impacts sur certains prix de marché,
01:50mais en tout cas la tendance générale, c'est d'être relativement confortable
01:54sur la croissance attendue l'an prochain, on arrive à la fin de l'année 26,
01:57qui a été globalement bonne, je ne parle pas de la France qui est beaucoup de facteurs idiosyncratiques,
02:02mais globalement en Europe la croissance a accéléré dans le courant du deuxième trimestre,
02:06l'Allemagne a accéléré, entraînant beaucoup de pays européens dans sa foulée.
02:11Voilà, donc sur ce côté-là, je dirais, on a la dispersion sur les prévisions qui peut être importante,
02:19parce qu'il y a des chocs qu'on peut prendre ou pas,
02:22mais les prévisions, je dirais, les plus normatives sont une poursuite de la croissance en 2027,
02:28peut-être un rythme un petit peu plus bas qu'en 2026, mais qui reste confortable.
02:31L'inflation qui reste à la hausse, notamment l'inflation américaine, on l'a vu,
02:353,7% sur un an pour le mois de septembre, l'inflation est très portée,
02:41notamment par les prix de l'énergie, on l'a vu, ça, ça ne va pas forcément s'arranger,
02:45les matières premières augmentent également.
02:48Dans ce contexte, vous, comment, vous l'avez dit, il y a beaucoup d'incertitudes,
02:51comment vous, vous choisissez d'allouer vos actifs,
02:54et comment vous faites évoluer cette stratégie-là ?
02:58Alors, l'inflation, elle est aux Etats-Unis, largement dessus ce qu'on peut connaître en Europe,
03:05aussi parce qu'ils ont mené une politique protectionniste, ça s'appelle les tarifs,
03:09et quand on met des tarifs, les exportateurs, pour certains d'entre eux,
03:12avaient du pouvoir de prix, ont pu monter les prix,
03:15et donc que payent les consommateurs et les industriels américains.
03:18Et vous avez aussi un allègement fiscal, ils ont eu des baisses d'impôts cette année,
03:22alors que la croissance était déjà importante,
03:25alors qu'ils avaient des tarifs qui étaient une pression inflationniste,
03:28et ils ont fait des baisses d'impôts qui ont rajouté,
03:30ils sont sur des rythmes, suivant les calculs,
03:32entre 6 et 8% de déficit budgétaire aux Etats-Unis pour cette année,
03:36c'est des rythmes gigantesques,
03:38qui rajoutent de la croissance, qui rajoutent de la demande,
03:40et donc qui rajoutent de l'inflation.
03:42Donc, en aucune façon, on ne pouvait rêver aux Etats-Unis
03:45d'un rythme d'inflation raisonnable, entre guillemets,
03:48il est important,
03:49avec un nouvel encadrement par la Banque centrale américaine,
03:53la Réserve fédérale,
03:54qui en début d'année était attendue à baisser ses taux d'intérêt,
03:57et qui est en phase de remonter à vitesse douce.
04:00D'accord ? On ne parle pas de gigantesques mouvements
04:02qu'on a pu connaître en 2022-2023,
04:05mais la Banque centrale européenne devra continuer,
04:08à rythme modéré, à monter ses taux d'intérêt,
04:10donc ça viendra à terme à ralentir un peu le taux de croissance.
04:13On est en surchauffe aujourd'hui.
04:15Donc, aux Etats-Unis, on a un rythme de PIB nominal
04:18à 6,5% en ce moment,
04:20donc en ralentis, ce sera plutôt une bonne nouvelle.
04:22La surchauffe provoque des déséquilibres
04:25qui sont en kikinant,
04:27et ça a provoqué ce qu'on a connu depuis le début de l'année,
04:30quand vous avez un rythme de croissance nominal important,
04:33des taux d'intérêt sur les marchés obligataires
04:35qui ont violemment monté,
04:37et comme les profits attendus
04:39pour les publications d'entreprises
04:42ont été révisés à la hausse,
04:43en début d'année, on attendait autour de 15%
04:46sur la croissance des profits des entreprises américaines.
04:48Aujourd'hui, on est à plus de 32.
04:50En Europe, on attendait autour de 10%,
04:53on est à 22.
04:54La croissance qui est plus forte que prévue
04:56et l'inflation qui est plus forte que prévue
04:58est favorable aux croissances des profits des entreprises.
05:01Donc, on a connu depuis le début de l'année,
05:03dans les allocations d'actifs,
05:06une réallocation en provenance des obligations d'État
05:09vers les actifs dérisqués,
05:11que sont les obligations privées des entreprises
05:14et les marchés d'action.
05:15Ça, c'est quelque chose qui est très clair
05:16dans un contexte, c'était la première question,
05:19dans laquelle la croissance nominale du PIB mondial
05:22est relativement forte.
05:24Vous parliez de la BCE,
05:27les différents budgets des pays de l'Union européenne
05:29vont être scrutés, celui de la France en particulier,
05:32avec les discussions qui ont commencé.
05:34Christine Lagarde dit que tout repose
05:36sur les politiques budgétaires.
05:38Quelle est votre analyse par rapport à cette situation-là ?
05:44On voit d'un côté
05:47la nécessaire implication des finances publiques
05:50dans le thème de la réindustrialisation,
05:53dans le thème de la souveraineté,
05:55dans le thème de l'indépendance énergétique,
05:57dans le thème de la protection militaire
06:00par rapport à un agresseur à Moscou
06:02qui est là et qui a des frontières
06:04quelque peu longues avec le reste de l'Europe.
06:06Donc ça, ça nécessite une intervention
06:08des finances publiques qui n'est pas petite.
06:10Et on a vu l'Allemagne
06:12changer de braquet
06:13où pendant 15 ans,
06:15ils ont appliqué leurs règles d'or
06:17sans dépenser du tout,
06:18en réduisant leurs dettes.
06:19Et finalement, on voit qu'ils doivent
06:21se réinvestir dans tous ces thèmes-là.
06:23En matière de politique énergétique,
06:25la France a un projet
06:26qui est beaucoup plus constructif,
06:28beaucoup plus solide.
06:29On est exportateur net d'électricité
06:31alors qu'ils sont importateurs.
06:32On a beaucoup d'avantages.
06:33On critique beaucoup la France
06:34mais qu'il y a une infrastructure
06:36de transport en matière d'énergie
06:38qui est plus avancée
06:39que ce qu'on peut observer
06:40et bien plus solide,
06:42équilibrée que ce qu'on peut connaître en Allemagne.
06:43Donc l'Allemagne a des investissements
06:45à réaliser sur son industrie automobile
06:47qui avait beaucoup parié sur la Chine
06:49dont les ventes en Chine
06:51sont en baisse de 20%.
06:52Donc on voit des restructurations
06:54qui vont nécessiter durablement
06:56une intervention des finances publiques.
06:58Donc là, il y a de la demande
06:58qui vient et l'Allemagne a les moyens
07:02pendant 10-15 ans
07:03de faire une politique publique de dépense
07:05qui va être largement au-dessus
07:07de ce qu'on a connu depuis 15 ans.
07:08Maintenant, pour les pays
07:09qui ont des grands déséquilibres fiscaux,
07:12quand on est au-dessus de 5%,
07:14c'est le cas du Royaume-Uni
07:15qui va présenter le 28 octobre prochain
07:18son plan pour l'année à venir.
07:20Il va falloir qu'il fasse attention.
07:21Pour la France qui a des déficits fiscaux
07:24au-delà et largement au-delà
07:25de 5% du PIB,
07:27il y a des limites atteintes
07:28quand on a des ratios de dettes sur PIB
07:30largement au-delà de 100% du PIB.
07:32On doit contenir en deçà de 5%
07:34et viser à terme ce qu'on appelle
07:36un excédent primaire,
07:37c'est-à-dire, en dehors des intérêts
07:39de la dette,
07:40de ne plus avoir de déficit.
07:41Donc là, c'est des enjeux.
07:43Pour ces pays qui ne respecteraient pas
07:46ce type d'objectif,
07:47les marchés obligataires vont rester
07:49particulièrement fragiles.
07:50Donc il ne faut pas, absolument pas,
07:52ne pas répondre à cette question
07:53dans les mois qui viennent, évidemment.
07:55Et on a vu dans le débat
07:56de politique intérieure
07:58en vue de l'élection présidentielle
07:59d'avril 2027,
08:01que tous les grands candidats
08:04commencent à se positionner
08:06sur la trajectoire fiscale
08:08qu'ils mettraient en place.
08:09C'est nouveau.
08:10Il y a eu d'autres élections présidentielles,
08:12la dernière et celle d'avant,
08:14dans lesquelles le débat
08:15sur le plan budgétaire,
08:16le débat sur la nature
08:18des réformes du système de retraite
08:19qu'il faut mettre en place
08:20n'étaient pas au cœur
08:21du débat économique.
08:22Donc là, on a vu un déplacement.
08:25On verra comment il se traduira
08:26post-élection
08:27pour celui ou celle
08:28qui gagnera l'élection.
08:29Mais on voit un déplacement
08:31du débat
08:32qui est prometteur
08:33sur l'intérêt
08:34que portent ces dirigeants futurs
08:36à la bonne gestion
08:37des finances publiques
08:38et de la dette souveraine française.
08:40C'est vrai, ça constitue une avancée.
08:41C'est vrai qu'on l'a dit
08:42sur ce plateau.
08:42Merci beaucoup Alain Boconza
08:43d'être venu nous voir ce matin,
08:45responsable mondial
08:45de la stratégie d'allocation
08:46d'actifs chez Société Générale.
08:49CIB
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