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  • il y a 7 minutes
Jean-Marie Paugam, directeur général adjoint de l'Organisation mondiale du commerce, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mercredi 30 septembre. Ils sont revenus sur la situation du commerce mondial et son impact sur l'OMC, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Jean-Marie Pogam, bonjour. Vous êtes directeur général adjoint de l'OMC.
00:04Donald Trump a déclenché une guerre commerciale à son arrivée au pouvoir pour faire baisser le déficit américain.
00:09Vous diriez que le commerce mondial se porte comment et quel impact cette guerre commerciale a-t-elle eu sur
00:14l'OMC ?
00:16Alors le commerce mondial, il se porte mieux que prévu, puisque lorsque cette guerre commerciale a été déclenchée,
00:23on avait des prévisions assez pessimistes, on pensait qu'il y aurait un effet très récessif sur le commerce mondial.
00:27Il y a eu un effet récessif, mais il a été compensé par un facteur inattendu qui est le boom
00:31de l'IA.
00:32Et vous savez, ces centaines de milliards d'investissements qu'on voit dans le monde,
00:35ça se traduit en commerce et notamment dans tous les biens qui sont les sous-jacents, si vous voulez, de
00:41l'infrastructure de l'IA.
00:43Donc les ordinateurs, les terres rares, les processeurs, etc.
00:47Ça, ça fait à peu près 42% cette année et l'an dernier à peu près la moitié de
00:52la dynamique du commerce.
00:53Résultat, le commerce a été bien meilleur que ce qu'on pensait en 2025, plus 4,6.
00:58Et comme par ailleurs, la plupart des pays du monde ont choisi de ne pas rentrer dans une logique de
01:05représailles croisées avec les États-Unis,
01:08le commerce est mieux porté que ce qu'on avait projeté initialement.
01:13Cette guerre commerciale, elle va avoir un impact, puisque vous avez établi plusieurs scénarii et ses conséquences sur le PIB
01:19mondial, si cela devait durer ?
01:21Alors, cette guerre commerciale, pour le moment, elle a essentiellement un impact, non pas sur le niveau du commerce mondial,
01:26qui reste très dynamique,
01:27sur le commerce des biens, mais en particulier sur l'autre composante qui est la composante des services, qui va
01:31encore plus vite.
01:32Donc, il va très bien, merci, le commerce mondial.
01:35Pour le moment, je ne vous dis pas que c'est forcément pérenne, s'il y a une bulle de
01:39l'IA ou quelque chose se ralentit.
01:42Par contre, il y a un mouvement de reformatage, je ne sais pas comment bien le dire, réorientation des flux
01:49commerciaux.
01:50On le voit, par exemple, très directement entre États-Unis et Chine, qui sont les deux protagonistes principaux des tensions,
01:56où je crois que les importations américaines en provenance de Chine représentées 21% il y a deux ans, ne
02:03représentent plus que 9%.
02:04Donc, la politique de Donald Trump, elle, elle a ce résultat bilatéral.
02:08Par ailleurs, il y a de la dynamique dans le commerce asiatique qui compense et qui réoriente une partie des
02:14flux.
02:14À l'heure où le multilatéralisme peut être mis en cause par certaines grandes puissances, justement,
02:20les gouvernances mondiales, comme l'ONC, comme l'ONU, est-ce qu'elles ont encore un sens ?
02:25Pour l'ONU, par exemple, on a vu une forme d'impuissance, quand même, lors de l'Assemblée Générale, la
02:30semaine dernière.
02:31Alors, l'OMC, oui, elle reste vitale pour l'ensemble du commerce et pour les entreprises, d'ailleurs, qui le
02:35redécouvrent,
02:35parce qu'on nous avait un peu oublié l'OMC.
02:37Vous savez, c'est un peu comme votre service informatique.
02:39Tant que l'ordinateur marche, vous n'y pensez pas.
02:42Mais si ça tombe en panne, vous y pensez.
02:44Il y a eu des problèmes, il y a des tensions, on y reviendra sans doute.
02:47Mais 72% du commerce mondial, aujourd'hui, se déroule suivant les termes de l'OMC.
02:50Ça veut dire quoi ?
02:51Ça veut dire un mot à retenir, c'est la non-discrimination.
02:54Les pays s'engagent à se traiter de manière égale les uns avec les autres.
02:59Et ça, ça apporte une sécurité aux entreprises dans leurs opérations de commerce et d'investissement,
03:03qui est fondamentale.
03:04Parce que vous le savez, dès qu'une entreprise est en situation d'incertitude,
03:08soit elle se retient d'investir ou de commercer, soit elle tarifie ce risque.
03:12Et donc, vous avez une perte de valeur.
03:15Donc, l'OMC assure ça, et ça fonctionne plutôt bien,
03:19puisque, comme vous le voyez, le commerce continue à progresser.
03:22La deuxième chose que fait l'OMC, c'est un rôle d'amortisseur de crise.
03:25C'est-à-dire, quand vous avez un choc externe,
03:28l'OMC va commencer une surveillance des mécanismes d'alerte
03:32pour dire au pays, n'aggravez pas les conséquences de ce choc
03:35en prenant en plus des politiques commerciales restrictives.
03:38On a eu plein d'exemples dans les années récentes.
03:42La crise du Covid, il y avait un problème de biens sanitaires,
03:46de masques, de biens sanitaires pour se protéger.
03:49Donc, tous les pays voulaient garder leurs biens pour leur population.
03:51Ça risquait d'aggraver la pénurie.
03:53Là-dessus, on a joué un rôle.
03:54Le commerce s'est réouvert et s'est rentré.
03:57Mais là, on voit quand même que Donald Trump,
03:58il a déclenché cette guerre commerciale.
04:00Ça crée des tensions avec la Chine, avec l'Europe, avec le Canada.
04:04Est-ce que ce n'est pas l'OMC de taper du poing sur la table
04:07et de faire le gendarme, finalement, auprès des États-Unis ?
04:11L'OMC n'a pas de pouvoir autonome.
04:13Ce n'est pas comme si vous comparez à l'Union européenne.
04:16Par exemple, vous avez la Commission qui peut faire le gendarme,
04:18dire aux États, vous n'avez pas agi conformément aux traités.
04:21Il n'y a pas de supranational comme ça au sein de l'OMC.
04:25Par contre, de la surveillance et de l'alerte,
04:28on fait du « monitoring », du suivi des mesures.
04:31Et on le fait.
04:32Et on dit aujourd'hui, d'ailleurs, on est à un niveau historiquement très élevé,
04:36en partie par les mesures américaines,
04:38mais pas que à cause des mesures américaines,
04:40historiquement très élevé de mesures restrictives au commerce.
04:42Pas forcément du protectionnisme absolu.
04:44Il y a des questions de sécurité, il y a des questions d'environnement,
04:47il y a des questions de compétitivité industrielle.
04:48Tout ça se mélange.
04:51Là où on a joué un rôle d'amortisseur de choc,
04:53y compris vis-à-vis de ce choc qu'était la guerre commerciale engagée par le président Trump,
04:58vient justement du fait que la plupart des pays ont choisi d'absorber ce choc
05:02plutôt que de rentrer dans une logique de représailles.
05:06Et on en pense qu'on en veut du point de vue politique ou du point de vue juridique,
05:10mais du point de vue économique, c'était la meilleure solution.
05:12Parce que c'est ce qui a gardé l'économie mondiale en fonctionnement aussi dynamique que possible
05:19par rapport à ce choc exogène.
05:22Mais justement, ça, ça a provoqué des droits de douane,
05:25ça a provoqué des mesures protectionnistes.
05:27Que répond l'OMC à ça ?
05:28Ce n'est pas dans votre logique, ça ?
05:31Les Américains justifient ça par une règle qui existe à l'OMC,
05:36qui s'appelle la sécurité nationale.
05:38Est-ce qu'ils utilisent cette règle à bon escient ?
05:40C'est aux autres pays de le dire.
05:42Par exemple, la Chine leur a intenté une dispute sur ces fondements-là.
05:48Donc on va voir les résultats.
05:50Maintenant, ça crée une perturbation, bien sûr, du commerce mondial.
05:58C'est une perturbation qui vient d'un des pays les plus importants,
06:01évidemment la plus grande d'économie.
06:03Mais c'est 13% du commerce mondial.
06:05Donc, loin de moi de les minimiser.
06:07Les États-Unis sont fondateurs du système.
06:09Ils sont une des puissances les plus innovantes.
06:11Mais ça n'est que 13% du commerce mondial.
06:13Donc vous avez tout le reste qui fonctionne quand même
06:17avec une adhésion qui ne se dément pas de la part du reste des membres.
06:20On voit que le baromètre d'expansion transatlantique
06:23a fait un état des lieux du commerce entre les États-Unis et l'Europe
06:28qui reste attractif.
06:31Donc les États-Unis restent attractifs pour les Européens.
06:34En revanche, les Américains, eux, investissent moins en Europe.
06:39Comment vous l'expliquez ?
06:41A priori, sur l'investissement, il faut prendre un peu de recul.
06:45Mais vous avez d'abord les logiques politiques.
06:47On sait qu'il y a eu des « deals » faits par le président Trump
06:51avec certaines entreprises, y compris certaines entreprises européennes.
06:54Donc forcément, ça se traduit dans les chiffres à un moment donné.
06:57Mais je pense que l'essentiel aujourd'hui,
06:58parce que c'est l'essentiel de la dynamique de l'économie mondiale
07:00et du commerce mondial, ça reste les investissements dans l'IA.
07:03Or, ces investissements, ils se produisent plutôt sur le territoire américain
07:05que sur le territoire européen à ce stade.
07:08Et c'est pour ça que les Européens, effectivement, eux,
07:12continuent à investir aux États-Unis
07:13et surtout vont chercher des fonds là-bas ?
07:16Probablement.
07:18Il y a un G20 commerce qui se tient aujourd'hui.
07:21Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
07:22Alors le G20, d'abord pour l'OMC,
07:25il y aura probablement, je l'espère,
07:26un soutien à la réforme de l'OMC,
07:28qui est un sujet important,
07:29puisque c'est une des conséquences des tensions.
07:33Aujourd'hui, nos membres veulent réformer l'organisation.
07:35On y reviendra peut-être.
07:36Il y a d'autres sujets qui sont aujourd'hui au cœur des préoccupations
07:40de beaucoup de pays du G20
07:41qui sont des questions de sécurité des approvisionnements.
07:43En particulier pour la sève de la transition écologique,
07:48qui est notamment le commerce des terres rares.
07:50Et vous savez qu'aujourd'hui, beaucoup de pays,
07:53la Chine concentre un très très grand pourcentage
07:56du raffinage des terres rares.
07:58Et plusieurs pays considèrent qu'il faut diversifier
08:00les sources d'approvisionnement pour pouvoir se sécuriser,
08:02ne pas risquer d'être le jouet de rapports de force,
08:07ou des choses comme ça.
08:08Donc ça, c'est le type de choses qui vont être débattues
08:11probablement au G20,
08:11parce que c'est une préoccupation américaine très forte.
08:14La réforme de l'OMC, vous la voyez comment ?
08:16La réforme de l'OMC, elle est en train de démarrer.
08:19Elle est fondée sur quatre grandes questions,
08:22qui sont les bonnes questions qu'ont posées nos membres.
08:24C'est un, est-ce que le système de non-discrimination
08:27est toujours à jour,
08:28ce qu'on appelle les issues, les questions fondatrices.
08:31Et là, il y a un vrai débat entre ceux qui se revendiquent
08:36de l'économie purement de marché
08:37et ceux qui considèrent qu'ils ont un mélange public-privé
08:41dans l'économie un peu différent.
08:42Vous les identifierez facilement.
08:44Il y a les mécanismes de décision,
08:46parce qu'on est une organisation qui fonctionne au consensus.
08:49Or, 166 pays ne peuvent pas toujours trouver le consensus
08:52sur tous les sujets.
08:53Il y a beaucoup d'hétérogénéité.
08:54Donc, est-ce qu'on peut laisser une partie
08:56de ceux qui veulent aller plus vite
08:58ou dans une direction faire ?
09:00Il y a l'équité des conditions concurrentielles.
09:03Ce qu'en mauvais français, on appelle le level playing field.
09:06J'ai jamais très, très bien pu traduire ça.
09:07Mais en gros, pour être sûr qu'il n'y a pas trop de subventions
09:10d'un côté et pas assez de l'autre,
09:12notamment pour le financement des secteurs d'avenir.
09:16Et puis, une très grande question,
09:17qui est celle du développement,
09:20quid du traitement des pays en développement,
09:23sachant qu'il y a 40 ans,
09:26ils étaient dans une grande catégorie homogène
09:28et aujourd'hui, ils sont très hétérogènes.
09:30Il suffit de voir, par exemple, l'émergence des BRICS,
09:32qui ont eu un sommet, je crois,
09:34il y a une quinzaine de jours à New Delhi.
09:37Donc, comment on doit adapter les disciplines ?
09:40Ça, c'est les quatre grandes questions.
09:42Nos membres commencent.
09:42Évidemment, les questions ne sont pas faciles.
09:44Donc, ils ne vont pas trouver la solution après-demain.
09:47Mais le travail est en train de se faire
09:50et de manière très sérieuse.
09:51Une dernière question rapidement
09:52sur comment l'OMC mesure l'impact de la géopolitique
09:56sur le commerce mondial.
09:57On voit cette guerre en Iran, cette guerre en Russie
10:00et sur le plan énergétique, notamment.
10:03Alors, de manière générale, on la voit de plus en plus,
10:05y compris dans les statistiques.
10:06Par exemple, on s'est aperçu que les pays,
10:08c'est un modèle économique pour ce que ça vaut,
10:10mais on s'est aperçu que les pays
10:11qui votent ensemble à l'ONU
10:13ont tendance à commercer de plus en plus.
10:14Donc, on voit que ces logiques de géopolitique
10:16façonnent un peu le commerce mondial.
10:18Pour les situations de crise comme celle d'Hormuz,
10:25on voit les conséquences assez rapidement.
10:28C'est une crise qui est fondamentalement
10:29une crise énergétique,
10:31des produits énergétiques et des produits dérivés.
10:34Et là, on essaie d'inviter nos membres,
10:39et ils le font d'ailleurs,
10:40à rester mesurés sur les effets de second tour.
10:43Un exemple qui est assez intéressant,
10:45qui intéresse par exemple la France
10:46et l'agriculture française, c'est les engrais.
10:4825% des engrais azotés venaient du Golfe.
10:52Fermeture ou difficulté dans le détroit d'Hormuz,
10:55ces engrais ne sortent plus.
10:57Immédiatement, le prix de l'urée
10:58commence à monter, etc.
11:01Et là, tout l'enjeu, c'est que les pays
11:03ne gardent pas toutes leurs ressources pour eux
11:06et qu'on garde les marchés ouverts.
11:08Et ça s'est fait à peu près,
11:09je ne vous dis pas que c'est la perfection,
11:11mais ça s'est fait à peu près.
11:12Résultat, le prix redescend.
11:14Un pays comme la France, par exemple,
11:15a substitué ses importations.
11:18Il y a d'autres producteurs qui ont pris le relais.
11:21L'Egypte, aujourd'hui, est un très gros
11:23producteur d'engrais pour l'exploitateur d'engrais à la France.
11:27Merci Jean-Marie Pogamme d'avoir été notre invité ce matin,
11:30directeur général adjoint de l'NNC.
11:32Une interview à retrouver en podcast et en replay
11:34sur l'application BFM Business.
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