00:00Tech & Co-Business, l'invité.
00:06Allez, on démarre tout de suite avec notre premier invité, Damien Lucas, directeur général de Scaleway.
00:10Bonjour Damien.
00:10Bonjour Frédéric.
00:11Merci d'être avec nous.
00:12Donc ici, l'événement organisé par Scaleway, l'AI Pulse à Station F.
00:18Alors, pour tout dire, quand j'ai préparé l'émission, je voyais 5000 GPU de calcul proposés aux entreprises chez
00:24Scaleway.
00:24Mais aujourd'hui, c'est plusieurs dizaines de milliers qui ont été annoncés, c'est ça ?
00:27Oui, il faut tenir le rythme.
00:28L'IA, ça va vite, ça va très, très vite.
00:30Donc, on rappelle, Scaleway, c'est quatre régions cloud en Europe.
00:34Il y a Paris, Amsterdam, Varsovie, Milan.
00:37Il y a plus de 150 produits et services cloud, une croissance très soutenue.
00:41Alors, celle-là, c'est le groupe Iliad aux alentours, enfin, un peu plus de 3 milliards d'euros d
00:46'investissement dans le cloud et l'IA.
00:48Alors, tout ça, évidemment, acteur cloud conséquent.
00:51Mais on sent quand même qu'il y a quelque chose qui est en train de monter en régime, c
00:55'est la souveraineté.
00:55Est-ce que le marché est-il vraiment en train de basculer vers cette partie souveraineté, cloud de confiance, etc
01:02?
01:03Alors, probablement, c'est ce que j'expliquais ce matin.
01:05En moins de 12 mois, c'est quand même la Commission européenne, c'est le Health Data Hub, c'est
01:10Airbus, c'est LVM.
01:11Airbus a choisi pour son application, qui a choisi Scalway.
01:14C'est la Maïf, c'est la RATP, c'est autant de ces grandes entreprises françaises qui décident de basculer
01:20chez Scalway.
01:21Ça va être quoi leur déclencheur, le premier déclencheur ?
01:23Alors, le déclencheur, en fait, on voit trois raisons.
01:26On voit essentiellement trois raisons.
01:27La première raison, c'est l'immunité aux lois extraterritoriales.
01:31Ça, c'est le cas, par exemple, pour la plateforme de données de santé.
01:33C'est où est-ce qu'on veut mettre les données de santé et comment est-ce qu'on veut
01:36qu'elles soient accessibles ou pas par des puissances tierces dans le cadre de quelle loi ?
01:41Chez Scalway, immunité aux lois extraterritoriales, il n'y a que les lois des États membres européens qui s'appliquent.
01:48Et ça, c'est une promesse très forte.
01:49La deuxième grande raison, c'est l'indépendance technologique.
01:53L'indépendance technologique, c'est se protéger contre un kill switch.
01:57C'est typiquement le cas d'Airbus.
01:58Et on a vu que ça pouvait arriver dans d'autres domaines, dans l'IA cet été.
02:01Et on l'a vu avec Mythos, où le robinet a été coupé.
02:04Enfin voilà, tout le monde sent que ça peut être possible un jour.
02:08C'est ça.
02:08Donc, ça devient une question de business continuity.
02:11Le projet d'Airbus, c'est ce qu'ils appellent le minimum viable company.
02:15D'accord.
02:16Et donc, comment est-ce qu'on s'assure que même en cas de kill switch, on puisse sécuriser le
02:20business dans les grandes entreprises ?
02:22Alors, ce qui est intéressant avec Airbus, c'est qu'un groupe mondial,
02:25c'est pour certaines parties, ils n'ont pas basculé tout leur système d'information chez Scalway.
02:30Oui, mais quand même, ils ont transféré une partie de leurs activités vers ces clouds européens.
02:34Et eux, c'est un groupe d'envergure mondiale.
02:37Vous arrivez à leur offrir le même type de service selon les différentes parties du monde où ils sont implantés
02:44?
02:45Alors, on leur propose aujourd'hui, nous, on est en Europe et donc, on leur propose d'héberger en Europe
02:51et de faire tourner en Europe les services qui sont les plus critiques.
02:54Ce qu'ils appellent leur minimum viable company.
02:56Ça, ça tourne effectivement sur l'infrastructure européenne.
02:59Et sur cette infrastructure, on a tous les produits qui s'attendent à trouver chez un cloud provider.
03:04D'accord.
03:05D'autres ont fait des choix un petit peu différents.
03:08LVMH, par exemple, s'attend à avoir différents partenaires de cloud pour les différentes zones géographiques.
03:14Oui, c'est sûr qu'en Asie, on va plutôt avoir un partenaire asiatique.
03:17Exact.
03:18Aux Etats-Unis, un partenaire américain.
03:20Et en Europe, un partenaire européen.
03:22Et c'est pour ça qu'ils ont choisi Scalway.
03:24Donc, il y a une vraie exigence, en tout cas, des entreprises.
03:31Alors, je parlais aussi de ce que vous avez annoncé ce matin, plusieurs dizaines de milliers de GPU pour le
03:37calcul.
03:40On sent que ça accélère.
03:42On sera en mesure, un acteur comme Scalway, alors évidemment, il y a le groupe Iliad derrière,
03:46mais un acteur comme Scalway va être en mesure de passer à l'échelle comme ça sur ces demandes de
03:52calcul,
03:52parce qu'on voit tous les grands du cloud, les grands américains s'y mettent aussi.
03:57Comment vous allez passer à l'échelle sur ces puissances de calcul aujourd'hui ?
04:01Comme on l'a fait, parce que finalement, c'est notre métier.
04:04Le cloud, c'est justement ça.
04:06Le cloud, c'est toute une question de passage à l'échelle, de mutualisation et d'infrastructure.
04:12C'est notre expertise.
04:13On le fait depuis des années.
04:15On va continuer à le faire et c'est important de le faire.
04:18Et c'est important pour l'indépendance technologique de l'Europe.
04:22Et ça veut dire que les entreprises aujourd'hui, donc, elles cherchent de la puissance de calcul et elles se
04:30disent avec vous,
04:30ça va, elles vont pouvoir, parce qu'il y a cette histoire de confiance.
04:34On se dit, voilà, je ne vais pas dire que Google, AWS, voilà, on a l'habitude de cette montée
04:40à l'échelle.
04:41Aujourd'hui, ça veut dire que les entreprises font confiance à Scalway, disent oui, moi, je sens que sur cette
04:45partie,
04:46ils seront capables de monter, de passer à l'échelle.
04:48Vous savez, moi, je me bats pour éviter que les entreprises parlent de cloud souverain.
04:52Oui, parce que la souveraineté, je ne sais pas exactement ce que ça veut dire.
04:55Et en réalité, les appels d'offres, ils sont appelés en France, ils sont appelés les appels d'offres de
05:00cloud de confiance.
05:02Justement, parce que la question de la confiance, elle est au cœur de l'équation.
05:06Et la question notamment sur ces questions de ressources, c'est de se dire, si à un moment donné, il
05:12n'y a pas assez de ressources pour tout le monde,
05:15est-ce que je suis sûr de la confiance que m'accorde mon cloud provider ?
05:19Est-ce que je suis sûr que je serai dans la priorité de mon cloud provider ?
05:22Aujourd'hui, la question, ce n'est pas de savoir, est-ce qu'il y a plus de ressources chez
05:26Google ou plus chez Scalway ?
05:28La question, c'est de se dire, si à un moment donné, la situation se tend, et on sait que
05:32c'est le cas sur la RAM, sur les SSD, sur les GPU,
05:36si la situation se tend, est-ce qu'on aura accès aux ressources ?
05:40Et la promesse de Scalway, c'est qu'on fera toujours passer les Européens d'abord.
05:45Alors justement, par rapport à toutes ces pénuries dont on parle, comment vous débrouillez, parce que vous êtes comme les
05:49autres sur le marché,
05:51il faut payer plus cher pour avoir de la RAM, pour avoir des composants, comment ça se passe là aujourd
05:55'hui ?
05:56Alors on a la chance que ça se passe aujourd'hui très bien pour Scalway, il faut payer plus cher,
06:01oui, c'est vrai,
06:02et on subit cette augmentation de prix, pas autant que tout le monde, mais on l'a subi quand même.
06:07Après, on a la chance, on a la chance de faire partie d'un groupe qui est un gros consommateur,
06:12évidemment, de ressources informatiques,
06:14électroniques en général, et donc qui fait partie des clients qui sont bien livrés par les fournisseurs compte tenu de
06:22cet effet volume.
06:23Et donc la crédibilité est là, le track record aussi.
06:27On avait ce matin notamment un mot d'AMD qui rappelait que le partenariat qu'on a avec AMD,
06:33il se compte en decade, comme disait Lisa Sue, la CEO.
06:39Ce n'est pas tout le monde qui peut se targuer de ça, et donc évidemment, ça a énormément de
06:42valeur.
06:43Alors ce qu'on voit aussi, vous venez d'annoncer un partenariat avec Dataiku,
06:47je dis pépite, mais aujourd'hui c'est plus qu'une pépite, c'est déjà une ETI dans l'analyse
06:53de données, dans tous ces IA.
06:55Alors c'est justement pour déployer des projets IA à l'échelle européenne.
06:58Est-ce que ça veut dire qu'aujourd'hui, ça y est, la demande d'IA devient rentable,
07:01et que les entreprises, vous le sentez vraiment, sont en train de basculer des expérimentations,
07:08à des usages de production, enfin vraiment à des choses qui vont les pousser à se transformer,
07:14qui vont leur donner un élan sur leur business ?
07:16Absolument. Et non seulement elle bascule, mais en réalité, c'est déjà le cas.
07:21L'IA est en production chez beaucoup de nos clients, et notre rôle, c'est de faire en sorte que
07:27ça puisse aller encore plus vite.
07:29Parce que la vitesse de l'adoption de l'IA, c'est ça qui définit la compétitivité des entreprises dans
07:34beaucoup de secteurs aujourd'hui.
07:35Et donc c'est absolument crucial que les sociétés européennes aient autant de capacités à déployer de l'IA que
07:42les autres, si ce n'est plus.
07:44Et vous arrivez à leur donner des indicateurs, justement, qui leur disent un gain mesuré par rapport au coût du
07:51ou des services que vous avez pris ?
07:54Aujourd'hui, nous, on ne leur fournit pas des solutions d'IA. On leur fournit les ressources nécessaires pour qu
08:00'elles fassent tourner l'IA.
08:01Donc on leur fournit évidemment tous les rapports associés à ça, combien de ressources elles ont pu consommer d'un
08:06mois sur l'autre, quelle est la progression.
08:08On les aide à optimiser les ressources, s'assurer qu'elles les utilisent de la manière la plus intelligente possible.
08:14Les gains de productivité, pour le coup, ce n'est pas directement dans ce que nous, nous offrons chez Scalway.
08:20Qu'est-ce qui vous manque aujourd'hui ? Vous jouez déjà dans la cour des grands, face à ces
08:26mastodontes américains notamment.
08:29Mais pour qu'un grand groupe vous choisisse comme fournisseur principal, est-ce que c'est la présence à l
08:34'international ?
08:35Est-ce que c'est monter encore en régime en termes de services ? J'ai 150 produits services et
08:40cloud, donc le catalogue est quand même assez complet.
08:42Mais voilà, qu'est-ce qui vous manque pour passer l'étape supplémentaire ?
08:47Je pense qu'il ne manque rien. Il manque juste du temps pour qu'un grand groupe français passe l
08:52'étape supplémentaire.
08:53C'est la seule chose qui manque. Et aujourd'hui, la liste de tous les groupes qui nous faut confiance
08:58le montre assez bien.
08:59La vraie question, c'est qu'est-ce qui nous manque pour que les groupes européens non français fassent ce
09:04même choix ?
09:05C'est ça la vraie question. Et là, c'est tout l'effort qu'on met dans notre expansion européenne
09:09avec ce qu'on a annoncé,
09:10les nouvelles régions cloud à Stockholm l'année prochaine, à Francfort également l'année prochaine, à Copenhague également,
09:18dès le début de l'année prochaine, de manière à asseoir notre position qui est déjà aujourd'hui bien connue
09:24en France
09:24et qui est une position de leader sur le marché français, pouvoir la transformer en une vraie position de leader
09:29sur le marché européen.
09:30Et alors, je mets de côté évidemment les hyperscalers américains.
09:33En Europe, il y a des sociétés qui ressemblent un peu à Scalway, qui sont vos concurrents dans les pays.
09:39On va regarder l'Allemagne, l'Italie, nos pays Benelux.
09:43Il n'y en a pas beaucoup. Historiquement, en Europe, on est très fort pour avoir des hébergeurs.
09:49On a eu un certain nombre d'hébergeurs, mais cette transformation de l'hébergeur vers le cloud provider,
09:56c'est quelque chose qu'assez peu de ces hébergeurs a réussi à faire.
10:00Et donc, c'est probablement la plus grande difficulté, c'est d'arriver à créer deux ou trois.
10:05Parce que pour qu'un marché soit sain, il faut avoir deux ou trois concurrents sur le marché
10:10et il faut voir émerger deux ou trois grands acteurs européens.
10:14Je pense qu'on a au moins un bon candidat en Allemagne.
10:17J'espère qu'on en verra peut-être un deuxième en France, mais j'ai beaucoup d'espoir dans ce
10:21marché.
10:22C'est un marché où il pourrait y avoir de la consolidation aussi de la part de Scalway, par exemple,
10:26parce qu'on voit effectivement pas mal de petits acteurs du cloud qui poussent.
10:29J'en vois qui achètent des GPU, du stockage.
10:33Bien sûr.
10:33Ça pourrait être dans les prochains mois.
10:36Et pas plus tard que cet été, au mois de juillet, on a acheté une société qui s'appelle Carno
10:41Computing.
10:41Et donc Carno, c'était un fournisseur de cloud, de cloud HPC.
10:45Avec ses radiateurs.
10:47Historiquement avec les radiateurs, depuis, ils ont un peu évolué sur leur technologie avec ce qu'on appelle des chaudières,
10:51qui permet de récupérer la chaleur fatale produite par les CPU et par les GPU pour les réinjecter dans les
10:58réseaux de chauffage urbain.
11:00Et donc ça, nous, on pense que c'est une technologie très intéressante.
11:02Et par ailleurs, c'est quand même un acteur du cloud français.
11:05Donc, c'est évidemment une forme de consolidation.
11:08Et on continuera dans cette idée de consolider le marché.
11:12Et bien, on va suivre tout ça ensemble.
11:13Merci, Damien Lucas, d'être venu sur notre plateau, directeur général de Scalway.
11:17Donc, Scalway qui organise l'événement AI Pulse, où nous sommes aujourd'hui à Station F.
11:20Merci infiniment, Damien, d'avoir été avec nous.