00:06BFM Business présente Tech & Co Business, le magazine de l'accélération digitale.
00:12Frédéric Simotel.
00:14Allez Tech & Co Business depuis Station F à l'événement AIPEL, c'est reparti.
00:19Et avec nous Sébastien Leroy. Bonjour Sébastien.
00:21Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous, vous êtes partenaire chez Serena.
00:24Alors Serena, on parle souvent de vous, mais vous savez c'est la parenthèse qui vient après la levée de
00:28fond.
00:28On dit voilà. Alors racontez-nous un peu, parce que c'est vrai qu'on ne reçoit pas souvent, à
00:32tort sans doute, de profils comme les fonds, comme Serena.
00:37Alors racontez-nous un peu votre métier aujourd'hui.
00:39Et puis voilà, on vous connaît parce que vous avez aussi investi dans Mistral, mais dans beaucoup d'autres. Je
00:44vous écoute.
00:45Exactement. Donc on est un fonds d'investissement tech européen.
00:48Donc on a levé un peu plus d'un milliard aujourd'hui qu'on déploie dans ce qu'on appelle
00:51nous, dans notre jargon, l'early stage.
00:52Donc ça va vraiment de la création des sociétés jusqu'à des tours de table un petit peu plus matures,
00:56SID, série A, série B, etc.
00:59Et donc on va aller investir dans ces sociétés et les accompagner dans leur croissance.
01:03Et donc aujourd'hui, Serena, c'est un peu plus d'un milliard, 150 sociétés accompagnées.
01:08Et on a fait le choix d'investir dans des sociétés dans l'intelligence artificielle depuis très longtemps,
01:12parce qu'on était tout premier investisseur de Dataiku, qui est un des florons français de l'IA.
01:16Qui a d'ailleurs signé avec Scaleway il y a quelques jours.
01:20Et puis ensuite, on a lancé le tout premier fonds dédié à l'IA.
01:23À l'époque, on appelait ça Big Data en 2015-2016.
01:26Et puis maintenant, on a fait beaucoup d'investissements dans ce domaine-là.
01:30Alors justement, tiens, pour parler des investissements, le boom de l'IA française,
01:34alors évidemment, il est porté par Mistral qui a levé ses 3 milliards.
01:38Mais est-ce que vous le sentez ? Il est réel ou alors il se réduit juste à 2-3
01:41noms ?
01:42En fait, il y a une croissance des montants qui ont été investis dans l'IA.
01:45Il y a 3, 4, 5 ans, ça a resté encore une minorité de la part d'investissement.
01:50Là où aujourd'hui, l'an dernier, c'était à peu près la moitié.
01:52Donc chaque euro investi dans les startups, il y avait la moitié qui allait pour l'intelligence artificielle.
01:57Aujourd'hui, en ce début d'année, on a 80%.
01:58Donc on voit qu'il y a une croissance qui est phénoménale.
02:01Quand on soulève un petit peu le capot, finalement, aujourd'hui,
02:04beaucoup, beaucoup de ces startups sont aussi intelligence artificielle dès le premier jour.
02:07Donc ce qui fait que ça redispatche un peu le marché d'une part.
02:10Et puis il y a une énorme polarisation aussi avec beaucoup d'argent qui est concentré dans quelques sociétés.
02:14Et donc Mistral en fait partie.
02:16Il y a aussi AmiLabs avec Anne Lequin, qui est le patron du labo de Meta, de DIA, de Meta,
02:22qui a choisi la France pour lancer AmiLabs et qui a capté beaucoup des capitaux qui ont été investis.
02:27Donc finalement, il y a une croissance qui est phénoménale des montants investis
02:30sur les 3-4 dernières années, quand même avec une concentration assez forte sur quelques sociétés.
02:33Mais ils peuvent jouer l'effet locomotive un peu, se dire voilà, des investisseurs étrangers
02:37ou même voilà, Serena voit ces gros montants, se dire tiens, on va mettre davantage sur des acteurs français.
02:44Ils mettent la France et Paris sous les lumières au niveau mondial dans l'intelligence artificielle.
02:50Parce que finalement, il y a un an, on se posait un peu la question de où est la France
02:53au niveau AI,
02:54d'un point de vue vraiment global.
02:56Aujourd'hui, entre temps, on a eu AmiLabs avec Anne Lequin.
02:58On a Mistral qui a levé 1,7 milliard puis 3 milliards en moins de un an.
03:02On a Armatan qui est la première licorne française dans la défense, là où on n'en avait pas.
03:08Et nos petits comparables, notamment en Angleterre et en Allemagne, en avaient.
03:12Donc toutes ces levées de fonds ont vraiment mis la France.
03:17Et il n'y a pas une crainte quand on est partenaire chez Serena que l'IA aspire un peu
03:21tout l'oxygène de l'écosystème ?
03:22Est-ce qu'il faut penser, même si tout se concentre beaucoup sur l'IA aujourd'hui et il y
03:26a de l'IA partout,
03:27mais que ça, justement, ça aspire un peu trop cet oxygène ?
03:31Oui, ça aspire un petit peu.
03:32Après, on a une thèse d'investissement qui est assez diversifiée.
03:34Et on essaye d'aller vers des sociétés qui ne sont pas forcément consensuelles,
03:39donc qui ne sont pas, entre guillemets, dans la hype qu'on peut voir un peu partout.
03:43Et la conviction qu'on a, c'est qu'on parle beaucoup effectivement d'AmiLabs, de Mistral,
03:46qui sont plutôt sur des modèles fondationnels.
03:48On parle beaucoup de la couche applicative dans l'intelligence artificielle,
03:51donc tout ce qui va permettre aux sociétés d'aller chercher de la productivité.
03:54On parle un peu moins d'une nouvelle catégorie qui est en train d'émerger,
03:56que nous, on appelle le hard AI,
03:58et qui est comment est-ce qu'on va aller s'attaquer à des chaînes de valeur qui sont extrêmement
04:01complexes,
04:02notamment dans la santé, dans la biologie, dans la robotique.
04:05Donc plus verticale.
04:06Exactement, verticale extrêmement précise et où des modèles d'intelligence artificielle
04:10vont venir rencontrer le monde physique et donc vont aller chercher de la donnée
04:14et capter de la donnée qu'on n'avait pas historiquement
04:16et donc vont pouvoir faire des choses qu'on ne pouvait pas faire historiquement non plus.
04:19Et ça, c'est une nouvelle catégorie qui est émergente,
04:21qui a attiré peu de financement, qui en attire de plus en plus
04:24et dans laquelle je suis convaincu que l'Europe et la France a fortiori
04:27a vraiment une carte à jouer au niveau mondial.
04:29Donc vers ces domaines verticaux, parce que j'allais vous poser une question.
04:31C'est vrai que je voyais la directrice du FMI, la Cristalina Georgieva,
04:35qui alerte une perte de confiance dans l'IA pour déstabiliser la finance mondiale.
04:40Voilà cette bulle que l'on a.
04:41Maintenant, je crois que ça doit faire un an et demi qu'on parle d'une bulle.
04:44Comment vous le ressentez, vous ?
04:46C'est un peu ce que je disais, c'est qu'on a vu des sociétés
04:49qui sont sur ces couches applicatives, qui ont eu des croissances phénoménales
04:51que nous, on n'avait jamais vues en tant qu'investisseurs avant.
04:54Et donc là, la question, c'est quelle est la qualité,
04:56quelle est la pérennité de ce chiffre d'affaires ?
04:58Et là-dessus, on peut anticiper qu'il y a une forme de bulle,
05:02en tout cas une forme de hype qui, à un moment donné, va redescendre.
05:05Sur les modèles fondationnels et sur cette partie vraiment monde physique
05:09qui rencontre l'intelligence artificielle, on en est encore au balbutiement.
05:12Et je pense que pour le coup, il y a encore énormément de choses à faire.
05:14Et on vient de complètement délivrer des capacités qui n'étaient pas possibles avant.
05:18Alors ce qui est intéressant avec vous, avec Serena et vous, Sébastien Leroy,
05:21c'est que vous êtes un peu dans le back office.
05:23Vous voyez ce qui se passe un peu derrière tout ça.
05:27Quand on voit Anthropic OpenAI qui vient de démanteler le mythe de l'illimité
05:32sur les seuils d'utilisation,
05:36est-ce que c'est l'aveu quelque part qu'on n'a pas trouvé encore
05:38le bon modèle économique de l'IA ?
05:41Ça, c'est sûr. On n'a pas encore trouvé le modèle économique.
05:43On vient du monde du logiciel où on avait l'habitude de faire payer
05:46ce qu'on appelle au siège, donc à l'utilisateur.
05:49Déjà, on avait changé un peu le modèle.
05:50On avait passé du on-premise au SaaS.
05:54Qui était déjà une innovation assez forte de passer du on-premise au SaaS.
05:57Maintenant, on passe du SaaS à l'usage, de l'usage à l'outcome.
06:01Mais on se rend compte que les directeurs financiers,
06:03ils aiment bien avoir de la prédictibilité.
06:05Et donc, en fait, c'est compliqué de vraiment pouvoir pricer à l'outcome,
06:10en tout cas au résultat, tant qu'on n'a pas vraiment démontré
06:12le résultat qu'on peut générer.
06:14Donc, on revient un petit peu au basique qui est finalement,
06:17faisant un modèle qui est simple, qui est donnant de la prédictibilité
06:20au client avec un paiement à l'usage, enfin un paiement au siège.
06:25Et ensuite, voyons comment est-ce qu'on peut aller,
06:27ce que nous, on appelle du line-end-expan,
06:29donc comment est-ce qu'on peut aller s'étendre chez les clients
06:32en allant chercher encore plus de valeur, encore plus d'usage.
06:34Oui, c'est là.
06:35Et juste après vous, on aura Ariel Lebaille de chez Stripe,
06:37justement, qui accompagne les entreprises dans cette économie du token.
06:41C'est un gros sujet pour Stripe, notamment avec les acquisitions qu'ils ont faites.
06:43Comment ils font penser les réflexions en mode ?
06:46Exactement. L'IA agentique aussi, elle est dominée par les acteurs américains.
06:48Mais on voit que c'est quand même une recomposition du logiciel pour vous.
06:52Là, il peut y avoir une porte.
06:54On cherche toujours à avoir ce côté souveraineté,
06:56à faire pousser un peu notre Europe du logiciel.
07:02Est-ce que là, pour vous, il y a une porte qui s'ouvre sur l'IA agentique ?
07:06On a quelques espoirs de rester collés au peloton ?
07:13En tout cas, on voit qu'on a plusieurs modèles qui ont un niveau de ce que nous, on appelle
07:17accuracie.
07:18Donc, il y a vraiment le niveau de précision des modèles qui sont extrêmement bons.
07:23La souveraineté ne répondra pas à tout.
07:24C'est-à-dire que c'est un facteur qui est important, mais il n'est pas unique.
07:28Et donc, en fait, si on arrive à mêler souveraineté et accuracie,
07:32je pense qu'on peut faire émerger des champions,
07:34notamment sur ces thématiques dont je parlais,
07:36comme la biologie, la robotique, l'industrie, le manufacturing.
07:40Pour vous, c'est ça. Maintenant, on était un peu large.
07:42Maintenant, on va commencer à descendre un peu plus en profondeur dans les secteurs.
07:45On a adressé les cas d'usage un peu évidents, entre guillemets,
07:47qui sont beaucoup des cas d'usage de productivité.
07:50Et maintenant, on va aller, à mon avis, de plus en plus vers une hyper-verticalisation
07:53et dans des marchés, des chaînes de valeur qui étaient historiquement peu sexy
07:57parce que cycle de vente long, complexité de captation de la donnée,
08:01enfin, beaucoup de paramètres qui faisaient qu'on n'avait pas envie de s'y intéresser.
08:03Parler de santé, il faut connaître à la fois la technologie, le modèle financier
08:09et puis le métier, la technologie de si on est dans la santé.
08:14Est-ce qu'on mise sur la bonne biotechnologie ?
08:16Une nouvelle génération d'entrepreneurs qu'on voit émerger,
08:19qui sont des chercheurs qui étaient dans les labos
08:21et qui commencent à sortir des labos pour se lancer dans le privé.
08:25Dans ces domaines de santé et ce dont vous venez de nous parler.
08:30Je rappelle, vous avez misé sur Mistral et Aïe.
08:32Vous avez évoqué, Sébastien Leroy, la souveraineté européenne.
08:36C'est une vraie réalité aujourd'hui pour vous,
08:39quand vous dialoguez avec, quand vous allez soit lever de l'argent,
08:42soit quand vous dialoguez avec des clients de vos start-up ?
08:47C'est un vrai sujet pour les corporate européens et français a fortiori.
08:53Pour toutes les start-up qui adressent les segments d'entreprise,
08:57c'est un vrai sujet de pouvoir leur proposer une proposition de valeur
08:59qui repose sur la souveraineté.
09:01Une dernière question, qu'est-ce qui manque aujourd'hui ?
09:03On a vu Hugging Face, donc racheté par NVIDIA.
09:07Bon, là, on a parlé d'AmiLabs, on a parlé de Mistral.
09:09Mais qu'est-ce qui manque en France pour justement avoir davantage de grands acteurs comme cela ?
09:16Et pourtant, on voit que les industriels s'intéressent à eux.
09:18Les grands, les Thalès, les CMACGM, propriétaires de BFMISES, s'intéressent à ces entreprises.
09:23Mais qu'est-ce qui manque pour qu'on en ait un peu plus de Mistral, un peu plus d
09:26'AmiLabs ?
09:27C'est des fonds, c'est des...
09:29Deux facteurs.
09:30Encore plus de chercheurs qui sortent des labos privés,
09:33donc soit d'Enthropic, Mistral, etc.
09:36pour se lancer à leur compte.
09:38Et ça, on peut anticiper ce qu'on appelle les mafias,
09:40donc des prochains employés qui, en tout cas, se lancent et créent leur propre société.
09:45Et puis, de l'autre côté, c'est des capitaux souverains aussi,
09:49parce qu'on voit que finalement, dans ces tours de table,
09:50ça vient beaucoup des États-Unis ou d'Asie.
09:52Et donc, si on a un enjeu de souveraineté,
09:54ça pose quand même la question du capital et de la préservation de la souveraineté.
09:58Eh bien, merci d'être venu nous parler de tout ça.
10:00Votre prochaine actualité, c'est quoi chez Serena ?
10:02Prochaine actualité, on publie un tout nouveau rapport, justement,
10:05sur l'IA, qui s'appelle le French Air Report,
10:08en partenariat avec Chausson et Galion,
10:09qui sont un autre fondation, une banque d'affaires,
10:12et qui est un panorama de l'intelligence artificielle en France.
10:14Eh bien, ce sera l'occasion de venir nous en parler.
10:16Merci Sébastien Leroy, partenaire chez Serena.
10:18Merci d'avoir été avec nous ici depuis l'EI Pulse à Station F.