00:04Musique
00:12Les journées d'architecture depuis le Grand Palais, on va parler éco-responsabilité et puis voir comment on peut peut
00:19-être résoudre cette équation, avoir un bâtiment frais malgré les canicules à répétition.
00:24On en parle avec notre invité, un expert, Philippe Madec. Bonjour.
00:27Bonjour.
00:28Alors Philippe, vous êtes architecte urbaniste, pionnier justement de l'éco-responsabilité, le chambre de la frugalité heureuse, on va
00:35voir ça dans un instant, et puis écrivain, puisque c'est pas moins, vous me disiez, de 28 ouvrages que
00:40vous avez publiés, 28 livres, Mieux c'est moins, et le dernier, rappelez-nous le titre.
00:45Mieux avec moins, et le dernier c'est La frugalité, un récit heureux.
00:50Très bien. Avec vous, on va revenir à l'actualité, l'actualité de cet été, avec, c'est vrai, ces
00:57canicules, je le disais, à répétition.
00:59Pourtant, vous nous dites aujourd'hui, plutôt que d'avoir des systèmes actifs qui sont aussi très énergivores, on peut,
01:06dans la manière de construire, créer, construire ou réhabiliter des bâtiments
01:11pour qu'on ait une température à peu près à 25 degrés, constante, malgré la température extérieure, qui peut être
01:17extrême. Expliquez-nous.
01:19Oui, le plus important, en fait, c'est d'investir sur le bâti, c'est d'investir sur le clos
01:23et le couvert.
01:24Les machines qu'on vient y mettre, on sait très bien qu'elles tombent en rade un jour ou l
01:27'autre.
01:28Elles ont une petite obsolescence programmée qui fait que ça ne marche pas toujours, et plus un système est complexe,
01:33plus il a l'habitude de tomber en panne, justement.
01:35Donc oui, le travail que nous faisons à la Frugalité Ose et Créative, et dans mon atelier associé, le travail
01:41de bioclimatisme, de conception avec l'environnement qui est autour de nous,
01:44nous permet de faire des choix qui fait que les jours de canicule, dans les bâtiments que l'on réalise,
01:51qui ne sont pas climatisés, il fait 25 degrés, alors que dehors, on a atteint les 30 à 40 degrés.
01:57Oui, alors on rappelle que ce n'est pas une expérimentation, c'est un vrai bâtiment qui existe.
02:01La médiathèque, par exemple, James Baldwin, à Paris dans le 19e, est carrément devenu cet été un refuge climatique.
02:08Oui, c'est ça. En fait, la notion de refuge, elle change beaucoup.
02:12Ça n'est plus dans les situations de grandes catastrophes qu'on a besoin des refuges.
02:16C'est presque au quotidien aujourd'hui qu'on voit bien quand des gens sont chez eux, dans des appartements
02:20qui ne peuvent pas rafraîchir.
02:23Quand des familles sont chez elles, avec des petits enfants qui ont besoin aussi de fraîcheur, finalement, ce bâtiment public
02:30-là est devenu un refuge climatique.
02:32C'est un bâtiment qui ouvre les après-midi et un peu tard dans la soirée.
02:36Mais tous les matins, il était devenu le refuge de maternelle, d'école maternelle du 19e arrondissement, qui trouvait la
02:42possibilité d'accueillir les enfants.
02:44Et oui, dans ce bâtiment, des jeunes travailleurs viennent pour faire ce qu'ils ne peuvent plus faire chez eux.
02:52Des étudiants viennent étudier leur diplôme de fin d'année et d'autres viennent préparer le bac.
03:00Oui, tout à fait. Est-ce que ça peut être une méthode de construire qui peut être diffusée à grande
03:06échelle ?
03:07En fait, le bioclimatisme, c'est une manière de faire du projet.
03:11Celle-là, vous la faites où vous voulez. Le bioclimatisme, c'est la façon dont on pense une architecture dans
03:17la relation à son contexte.
03:19Ça, c'est la base. Et franchement, ça n'est pas lié à la technique qui est à être en
03:23œuvre.
03:23C'est juste une posture de projet. Et ça, vous pouvez l'installer où vous voulez.
03:27Vous pouvez la porter avec vous, où vous voulez, comme vous voulez, que ce soit pour du neuf ou pour
03:32de la réhabilitation.
03:33C'est vraiment une manière de faire. C'est presque une posture éthique.
03:36C'est une façon d'engager le projet dans une relation attentive au contexte et aux habitants.
03:42Alors, Philippe, vous venez d'évoquer le neuf, mais vous allez un petit peu plus loin.
03:45Vous dites aujourd'hui, on a tellement de mètres carrés disponibles qu'on peut se poser la question.
03:49Faut-il encore construire ou bien effectivement essayer d'utiliser l'existant ?
03:56Nous, on pense que la première ressource des bâtisseurs, du monde des bâtisseurs, c'est le bâtiment déjà là.
04:05On le voit bien. Il est là. Il n'est pas toujours aussi occupé qu'il devrait l'être.
04:09On est en Ile-de-France. Il y a quelques millions de mètres carrés de bureaux vides et on continue
04:13à en construire.
04:14Tout ça est un peu aberrant. Il y a des logements qui sont vides et que l'on pourrait aussi
04:18occuper et utiliser.
04:20Oui, la question « to build or not to build » est une question qu'il faut se poser chaque
04:25fois que l'on est amené à faire un projet.
04:27S'il y a déjà un patrimoine qui est construit, qui est là, il faut penser à lui, il faut
04:33le garder.
04:33Surtout ne pas le détruire. Parce qu'en fait, détruire, ça pollue, détruire, ça utilise de l'énergie, détruire, ça
04:39fabrique du déchet.
04:41Tout ce dont on ne veut plus. Oui, réhabiliter, c'est un peu la base de notre travail d'aujourd
04:46'hui.
04:47Et c'est même peut-être le grand travail des architectes au XXIe siècle.
04:51Réhabiliter le monde déjà là, réhabiliter le monde existant, c'est notre travail.
04:55D'autant que vous avez ce chiffre qui est donné par la BPI, l'ADEME ou l'INSEE.
05:00Un mètre carré bâti de façon conventionnelle, c'est colossal en termes d'émissions de CO2.
05:05Oui, c'est ça. La BPI, l'ADEME et l'INSEE ont rendu public ce chiffre à la suite d
05:12'une étude qu'ils ont fait justement sur la construction.
05:16Quand on construit un mètre carré de bâtiment de manière conventionnelle, c'est conventionnel, c'est en béton, en verre,
05:22en aluminium, en PVC, en plastique.
05:25Pour un mètre carré, on émet autant de gaz à effet de serre que pour un Paris New York aller
05:30-retour.
05:32Vous voyez quand vous faites une tour de plusieurs dizaines de milliers de mètres carrés, le nombre de traversées de
05:37l'Atlantique que vous faites est la pollution que vous émettez.
05:40Donc oui, il est important que nous, les bâtisseurs, nous ayons une posture éthique et que nous assumons finalement que
05:46notre travail est un travail qui apporte de la joie,
05:48mais qui aussi pollue énormément et peut-être qui n'apporte pas entièrement autant de joie qu'ils devraient le
05:54faire.
05:54Donc aujourd'hui, l'urgence, comme le dit votre ouvrage, c'est de construire mieux avec moins.
05:59C'est ça. Absolument.
06:01Vous savez, la seule question qui est posée aux architectes, la seule, quand on vient nous voir, c'est pour
06:08le bonheur.
06:09Quand on vient nous voir, c'est pour avoir des espaces où on est bien ensemble, des espaces confortables, des
06:15espaces sûrs, des espaces où on est en sécurité.
06:17Et cette demande-là, elle vaut toujours.
06:19Pour répondre à cette question essentielle, archaïque en fait de l'architecture, on sait bien qu'au XXIe siècle, on
06:25n'a plus autant de matières disponibles qu'au XXe siècle.
06:27Donc faire mieux, apporter ce bien-être, on ne peut y arriver qu'en utilisant moins de ressources.
06:33C'est bien de rappeler qu'on peut être heureux et créatifs tout en faisant preuve de frugalité.
06:39Merci Philippe Madec et à très bientôt sur Smartimo.
06:43C'est moi qui vous remercie.