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Ce mercredi 7 octobre, la présentation du contre-budget du Rassemblement national, un plan d'économies promettant une baisse des taux obligataires, ainsi que les inquiétudes des entreprises face aux débats politiques autour du budget 2027, ont été abordées par Benoît Serre, co-président du Cercle Humania, Carine Rouvier, PDG d'EuropAmiante et du Domaine LEO, et Florian Ielpo, en charge de la macroéconomie chez Lombard Odier, dans l'émission Les Experts, présentée par Laure Closier sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Benoît Serre, bonjour. Vous êtes co-président du cercle Humania, bien connu évidemment des antennes de BFM Business
00:06puisque vous êtes ancien de la NDRH et ancien DRH de L'Oréal, si je ne m'abuse.
00:11Karine Rouvier, bonjour, PDG d'Europe Amiante et Domaine L.E.O.
00:15Et en face de vous, Florent Ayelpo, bonjour, vous êtes responsable macro chez Lombardi Investissement Investment Manager.
00:22Votre dernière note, l'euro paie-t-il pour la France ? Comment savez-vous Florent ?
00:26J'en ai compliqué quand même pour l'économie hier. On voit quand même que l'économie se mue dans
00:32des débats politiques aujourd'hui très polarisés
00:35où on s'envoie des taux obligataires à la figure. Moi, ça m'a marqué quand même hier les débats
00:41sur Twitter
00:41où il y avait des membres du Rassemblement National qui expliquaient à des spécialistes obligataires qu'ils n'y connaissaient
00:46strictement rien
00:47parce qu'ils expliquaient que c'était eux qui avaient fait baisser les taux. Comment vous regardez l'ambiance économique
00:53actuelle ?
00:54Je ferais une très grosse différence entre ce qui se passe en France et le point clé qui est la
01:01croissance française.
01:02Qu'est-ce qu'on va arriver à générer en termes de croissance ?
01:04Cette croissance a des clés, elle est clé pour tout, elle est clé pour notre bien-être, puis elle est
01:06clé aussi pour la trajectoire de la dette
01:08et ce qui se passe à l'extérieur de la France. C'est ça qui est assez frappant, c'est
01:11que le reste de l'Europe accélère,
01:13le cycle de croissance est assez fort en fait, même il est très surprenant.
01:16Le cycle américain est encore plus surprenant, vous le savez aussi bien que moi.
01:20Et le cycle français aujourd'hui c'est 0,4% de croissance sur l'année pour l'instant, 0
01:24,5% projeté pour les comptes de la dette.
01:26Donc on est vraiment sur une fracture entre cette économie française et le reste de l'économie mondiale
01:32et on a l'impression qu'elle ne profite pas tellement de cette formidable accélération de la productivité.
01:37Mais oui, mais Florian, j'entends ce que vous dites, je suis d'accord avec vous,
01:40mais vous pouvez vous retrouver cet après-midi sur Twitter face à Jean-Luc Mélenchon qui dit que pour avoir
01:43dit ça,
01:44il va vous traduire en justice. C'est là où on en est aujourd'hui, on n'arrive pas à
01:49regarder les faits économiques
01:51de manière neutre et pacifique.
01:53Oui, alors, il y a une défiance quelque part budgétaire, mais on n'est pas vraiment sur une crise du
01:59financement.
02:01Ce qu'on apprend en premier lieu quand on gère des portefeuilles, c'est l'humilité face au marché.
02:05C'est difficile de lire les mouvements de marché, de les comprendre, de les raisonner.
02:10Aujourd'hui, on a une progression du coût, du financement pour tout le monde.
02:14Que vous soyez une entreprise ou que vous soyez un État, la France aujourd'hui paye 1,5% plus
02:21cher sa dette aujourd'hui.
02:22Et les gars et les femmes payent plus cher qu'en janvier aussi.
02:24Absolument. Pourquoi ? Parce que tout le monde émet de la dette, tout le monde a besoin d'émettre de
02:28la dette.
02:28Moi, quand j'étais petit, les entreprises, elles étaient triple B, elles étaient notées triple B.
02:32C'est l'annotation, le rating, comme on l'appelle, des obligations.
02:36Et les États étaient notés triple A.
02:38Cette situation, elle a bien changé.
02:39Les entreprises se sont très nettement améliorées.
02:41Elles ont donné du cash, elles ont amélioré leur bilan.
02:44Alors que les États, eux, ont connu vraiment une dette.
02:46Globalement, ça n'est pas qu'un problème, cette fois-ci, franco-français.
02:49Il y a eu une détérioration globale des perspectives de rating, des perspectives de remboursement, des capacités de remboursement des
02:56États.
02:56Et ça, ça fait qu'une obligation simple A, aujourd'hui, elle peut très bien venir d'une entreprise comme
03:03d'un État.
03:03Et les investisseurs sont indifférents à l'origine de cette obligation.
03:08Donc, on est tous en train de faire un grand concours de beauté pour accéder à la même épargne.
03:13Manque de chance, on est en train d'y aller.
03:14Mais dans ce cas, si nous, on émet des obligations à 6%, on a peut-être une chance, puisqu'on
03:19propose finalement un taux...
03:21Alors, on n'est pas encore à 6%, mais on propose un taux rémunérateur pour le risque qu'on représente.
03:26Alors, très rémunérateur.
03:27Simplement, à 6%, on est à 50 points de base de se retrouver sur une trajectoire à la grecque.
03:31Donc, il faut garder en tête que lorsqu'on part de plus de 100% de dette au début de
03:36sa trajectoire,
03:37eh bien, chaque point de pourcentage va coûter de plus en plus cher, peser sur la dynamique de la dette
03:41elle-même.
03:42En ce moment, quand les taux augmentent de 1%, vous allez rajouter 1 à 2% de dette en plus
03:47par année.
03:48Donc, c'est important de contrôler votre budget pour convaincre les marchés qu'il n'y a pas besoin,
03:53il n'y a pas besoin de vous appliquer un 10,40 une prime pour votre risque d'émission, votre
03:59crédibilité budgétaire.
04:01Voilà où est-ce qu'on en est aujourd'hui.
04:03Karine Rouvier, ça vous fait peur, l'état de nos discussions économiques ?
04:06Vous avez peur d'être traîné en justice par Jean-Luc Mélenchon, parce que vous avez dit qu'on n
04:10'avait pas de croissance ?
04:11Je ne sais pas, ça peut arriver.
04:12Est-ce que je vais être traîné en justice par Jean-Luc Mélenchon ?
04:14Je ne sais pas, il faut que chacun d'entre nous se prépare quand même.
04:17Ce matin, quand je me suis levé, je ne me suis pas dit ça.
04:19J'ai plutôt pensé à mes entreprises, savoir comment j'allais financer les investissements,
04:24comment j'allais pouvoir me mettre sur du long terme,
04:26quelles sont les possibilités qui nous sont offertes dans les prochaines semaines et mois
04:30en termes fiscales, réglementations, normes, etc.
04:32Donc je dois admettre que votre discussion est super intéressante,
04:35mais vraiment, elle n'était pas du tout dans mon...
04:36Mais elle est loin de vous.
04:37Oui, elle est loin des entrepreneurs.
04:39Aujourd'hui, ce n'est pas notre priorité.
04:42Notre priorité, c'est vraiment le business, les marges.
04:44Il y a des vrais sujets qui nous intéressent au quotidien.
04:46Sauf que vous voyez bien le coût du financement augmenté.
04:48Donc ce n'est pas si loin que vous.
04:49C'est bien ça notre problématique, en fait.
04:51C'est que l'ambiance n'y est pas.
04:53La certitude que ça ne va pas changer, ça c'est fini, ça n'existe plus.
04:56Tout le monde se demande à quelle sauce on va se faire manger.
04:59Il faut qu'on se montre agile tous les matins.
05:00Si en plus, il faut se faire embarquer par Jean-Luc Mélenchon dans un tribunal,
05:04écoutez, je veux bien, pourquoi pas, lançons cette discussion avec lui.
05:08Non, c'est un peu utopique, il faut arrêter.
05:09Il faut nous laisser travailler, en fait.
05:11Le vrai sujet, c'est laisser nous travailler, en fait.
05:13Vraiment, je rappelle quand même que les entreprises créent de la richesse en France
05:16et qu'il faut arrêter de leur taper dessus, en fait.
05:18Moi, je veux bien continuer de créer de la richesse au calme, en fait.
05:21Mais Jean-Luc Mélenchon, je prends lui parce que c'est lui qui s'est exprimé hier,
05:23mais on parlera du RN après.
05:25Jean-Luc Mélenchon, il fait une distinction entre les petits patrons et les grands patrons.
05:28Est-ce que vous vous sentez dans une catégorie plus flattée qu'une autre ?
05:32Il considère que les petits patrons, eux, participent à l'économie française
05:35et que les autres, en fait, ils volent l'argent.
05:38Vous caricaturent parce qu'on a peu de temps ?
05:39Moi, je pense que dans les deux, on crée de la richesse,
05:42quelle que soit la taille de l'entreprise.
05:43Bien sûr que la vie des TPE, PME n'est pas la même que celle des ETI
05:46et encore moins la même que celle du CAC 40, bien entendu.
05:49Moi, je ne suis pas économiste, mais la vie de tous les jours n'est pas la même.
05:51Néanmoins, on crée tous de la richesse.
05:53Après, c'est une question de répartition des impôts, des charges, etc.
05:55OK, néanmoins, tout le monde contribue à la richesse du pays
05:57à travers nos activités, nos exploitations.
06:00Donc, il n'y a pas d'un camp les petits, d'un autre camp les grands.
06:03C'est encore faire de la politique politique art, ça ne sert à rien, en fait.
06:06L'idée, c'est vraiment, laissez-nous travailler.
06:08Laissez-nous, arrêtez de nous coller des contraintes, arrêtez de nous...
06:10En plus, là, l'idée, c'est de nous mener les uns contre les autres.
06:13C'est-à-dire, il y a déjà les salariés, enfin, les employeurs
06:15contre les patrons, c'est déjà assez pénible à gérer,
06:17alors que moi, je n'y crois pas du tout.
06:19Et ensuite, on va se retrouver, donc, les petits patrons
06:21contre les grands patrons, mais on n'a pas autre chose à faire.
06:23On ne peut pas tous se mettre ensemble et faire avancer la France
06:25alors qu'il y a plein de belles choses à faire, en fait.
06:27Quelle est l'ambiance, Benoît Serre, dans les entreprises ?
06:30Est-ce qu'on voit cette polarisation des débats ?
06:33Est-ce que le politique arrive dans l'entreprise ?
06:36Alors, dans l'entreprise, tant côté employé comme employeur,
06:40d'ailleurs, vous avez cette espèce d'énorme ras-le-bol
06:43quand ils voient les débats politiques qui sont totalement déconnectés.
06:46Vous l'avez très bien décrit, vous l'avez décrit aussi, la réalité.
06:49Ça crée dans les entreprises un vrai problème
06:51qui a un impact direct sur les gens,
06:52c'est-à-dire que tout le monde attend
06:54savoir à quelle sauce ils vont être mangés.
06:56La seule chose dont ils sont sûrs, c'est qu'ils vont être mangés
06:57à une sauce à un moment ou à un autre.
06:59Par qui ? Comment ? À quel moment ? On n'en sait rien.
07:01Et donc ça, c'est très mauvais.
07:02On le voit sur l'emploi des jeunes.
07:0421% des jeunes au chômage, c'est effarant.
07:07Moi, je croise des jeunes toute la journée
07:08qui n'arrivent pas à trouver de boulot
07:09alors qu'ils sont surdiplômés, ce que vous voulez.
07:11Je pense qu'il y a une espèce de ras-le-bol
07:13et une forme d'inquiétude sourde
07:15devant la déconnexion totale.
07:17Je lisais hier un papier dans les échos,
07:19je crois que c'était Bertrand Martidot qu'on connaît bien ici,
07:21qui disait qu'il y a un truc extraordinaire,
07:23c'est que le travail n'est pas un sujet
07:25de campagne présidentielle.
07:26Et rappelez-vous, en 2022, non plus.
07:28Et pourtant, on sortait du Covid.
07:30Donc voilà, je pense que ce que vous décrivez
07:33est très juste, à savoir que les entreprises
07:35regardent un débat politique lunaire.
07:37Vous avez un candidat présidentiel
07:38qui attaque le gouverneur de la Banque de France.
07:40Vous avez vu dans quel état est ce pays ?
07:42Vous avez vu l'inquiétude des gens ?
07:44On va sans tout en parler.
07:45Le mouvement des lycéens, il est aussi le reflet de ça.
07:47Ce n'est pas que les casseurs, c'est aussi...
07:49Mais qu'est-ce qu'on devient ?
07:50J'avais vu un petit dessin.
07:52Vous savez, sur la base du Petit Prince,
07:54où on voyait le Petit Prince devant Marianne,
07:56disait décide-moi un avenir.
07:57Quand on entend, je pense qu'il n'y a que les entreprises
08:00qui décident à l'avenir.
08:01Et je finirai par là, parce que c'est un point très important.
08:03Ça a été établi et documenté.
08:05Le tiers de confiance principale des gens, aujourd'hui,
08:07c'est l'entreprise.
08:09Petite ou grande, on s'en fout.
08:10Parce que c'est le seul moment, endroit de stabilité.
08:14Partout ailleurs, à l'extérieur,
08:16soit tout le monde se tire dessus,
08:17soit les gens sont inquiets...
08:18Et pourquoi l'absentéisme monte, alors ?
08:20L'absentéisme monte, alors ça, c'est encore d'autres raisons.
08:23Je ne pense pas que ce soit lié directement à l'entreprise.
08:26L'absentéisme, d'abord, il y a une chose qui est vraie.
08:28Moi, il y a un chic qui m'avait beaucoup frappé.
08:29D'ailleurs, on en avait parlé, je crois, ici.
08:32Dans les années 80,
08:33le travail est central pour 70% des gens.
08:35Aujourd'hui, c'est 20%.
08:36Donc immédiatement, on a dit,
08:38ils ne veulent plus travailler, la valeur travaille.
08:39Non, non.
08:40Simplement, ils ont mis le travail à sa juste place.
08:43Donc je pense que l'absentéisme,
08:44il vient aussi de plein de choses.
08:46Ça, c'est un peu compliqué.
08:47Mais la première chose,
08:49c'est qu'il vient, je pense qu'il y a un défaut,
08:51il y a une dégradation de l'affection sociétatiste
08:54entre les salariés et leur entreprise.
08:56Je pense qu'il y a un sujet autour de ça.
08:58Le sentiment, vous savez,
08:59le besoin de reconnaissance, il est très fort.
09:00Et je ne parle pas uniquement de financière.
09:02Vous devez le vivre.
09:04Le besoin de perspective,
09:06de parcours de carrière.
09:07Vous savez, la rémunération,
09:08ça reste un sujet majeur
09:09quand vous rentrez ou quand vous quittez une entreprise.
09:11Mais le deuxième critère,
09:12c'est la perspective.
09:14La perspective de carrière pour moi,
09:15comment je travaille, etc.
09:17Et puis je pense aussi que le Covid,
09:18on ne va pas tout mettre sur le dos du Covid,
09:21mais quand même,
09:22l'exigence d'équilibre de vie privée et professionnelle,
09:26le fait de ne pas se cramer au boulot,
09:28ça peut générer ces choses-là.
09:29Mais le chiffre que vous avez donné,
09:30à savoir que l'absentéisme se concentre
09:32sur très peu de personnes...
09:32Sur 4% des salariés.
09:33En fait, c'est assez rassurant.
09:35Parce que ça veut dire que, vous savez,
09:37Coluche disait,
09:38il y a 15% de cons en plus en France tous les ans
09:41et ceux de l'année prochaine sont peut-être déjà là.
09:43Ce que je veux dire par là,
09:44c'est que quand vous avez une concentration aussi forte
09:47des arrêts sur très peu de personnes,
09:49c'est qu'il y a un sujet pour ces personnes-là.
09:51Et ça veut dire qu'au global,
09:52les salariés sont beaucoup moins désengagés qu'on ne le dit.
09:54C'est quoi votre point de vue, Karine Rouvier,
09:56sur l'absentéisme ?
09:58Vous dites que c'est un problème,
09:59chaque entreprise doit se débrouiller,
10:00c'est un problème sociétal ?
10:02Je pense qu'il y a un problème sociétal,
10:04effectivement, je vous rejoins sur l'analyse.
10:06Et quand on dit que 4% détiennent 70% des arrêts maladie,
10:10oui, je pense que c'est 61, pardon.
10:11Je pense qu'effectivement,
10:12là, il y a un sujet qui est très ciblé,
10:15c'est les 4% en question.
10:16Peut-être qu'effectivement,
10:17c'est des gens qui manquent de reconnaissance,
10:18qui cochent toutes les cases
10:19que vous avez précédemment nommées.
10:21Après, je pense que globalement,
10:23effectivement, le travail n'a plus la place
10:24qu'il avait avant.
10:25Néanmoins, les gens continuent
10:26d'avoir besoin de travailler,
10:27ne serait-ce que pour vivre décemment.
10:30C'est un problème pour les entreprises.
10:32C'est surtout un problème
10:33de désorganisation des entreprises,
10:34en dehors du coût du travail
10:35et de l'effet que ça donne.
10:37Ça pèse sur les autres.
10:37Ça pèse sur le budget national, bien entendu.
10:40Mais ça pèse aussi dans l'entreprise,
10:42puisque dans les petites entreprises,
10:44souvent, on paye le complément.
10:45On n'a pas toujours de...
10:46Il faut payer...
10:46Il y a pas mal de choses qu'on doit payer.
10:48Mais il y a surtout la désorganisation
10:49que ça représente.
10:49Donc, c'est encore un coût
10:50sur la productivité des entreprises
10:52et encore un coût sur la marge.
10:53À nouveau, on se retrouve mis à mal
10:56à l'intérieur même de nos entreprises.
10:58Donc, je pense que l'absentéisme,
10:59il y a des sujets à traiter
11:00qui sont plutôt, je dirais,
11:02branche par branche.
11:03Parce que l'absentéisme dans le bâtiment
11:05n'est sûrement pas le même
11:05que dans la restauration,
11:06en tout cas pas avec les mêmes raisons
11:07et pas le même non plus
11:08que dans un milieu social.
11:09Quand vous prenez...
11:10Il y a des endroits
11:11où c'est plus difficile de tenir la route.
11:14Je pense qu'il y a aussi
11:15une politique de prévention
11:16à mettre en route,
11:17peut-être de façon plus transversale.
11:19Peut-être juste par branche,
11:20alors qu'il faudrait peut-être
11:21le traiter de façon plus large.
11:22C'est peut-être le moment
11:23pour les politiciens
11:24de s'intéresser au travail.
11:25Vous disiez vous-même que...
11:26Enfin, vous disiez
11:26qu'on s'intéresse pas au travail.
11:27Là, on a les deux pieds
11:28dans le travail, en fait.
11:29C'est-à-dire, est-ce qu'on met
11:30des mesures de prévention partout ?
11:31Est-ce que, par exemple,
11:32la médecine du travail
11:33est au bon endroit ?
11:34Est-ce que voir les gens
11:35de moins en moins souvent
11:36était une situation convenable ?
11:38Parce qu'aujourd'hui,
11:39on voit les gens, je crois,
11:39tous les 4 ou 5 ans, il me semble,
11:40je ne sais plus, entre 1 an et 5 ans.
11:42Moi, j'ai des gens
11:42tous les 1 an et tous les 4 ans.
11:44Est-ce que c'est raisonnable
11:45d'avoir fait ça ?
11:45On a voulu faire des économies,
11:47mais est-ce que derrière,
11:47on fait vraiment des économies ?
11:48Est-ce que du coup,
11:49le médecin du travail
11:49ne s'est pas éloigné des salariés,
11:52alors qu'il aurait fallu peut-être
11:52s'en rapprocher, justement ?
11:54Donc voilà, il y a pas mal de choses
11:55à remettre dans la politique du travail
11:56d'une manière générale
11:57et faire des propositions.
11:58Benoît ?
11:59Juste un point pour illustrer ça.
12:01Pour la troisième année consécutive,
12:02quand vous prenez
12:03les causes d'arrêt maladie,
12:05les motifs de détresse psychologique,
12:07santé mentale, burn-out,
12:08sont en premier.
12:08Elles ont dépassé
12:10les problématiques physiques.
12:12Autrement dit,
12:12ce n'est pas parce qu'on va
12:14réduire le nombre de jours,
12:15créer des jours de carence.
12:17On a un sujet.
12:18Et les entreprises développent
12:20énormément de prévention.
12:21Moi, je le vois,
12:21les petites, les grandes, les moyennes.
12:22Beaucoup de prévention.
12:23Et l'autre point
12:24sur la médecine du travail,
12:25d'abord, il y a eu une réforme en 2008
12:26qui a détruit le nombre
12:27de médecines du travail.
12:28Aujourd'hui, pour avoir
12:29le fameux examen d'embauche,
12:32le médecin du travail,
12:32généralement, il est fait
12:33après l'embauche
12:34parce que vous avez
12:34des délais tellement dingues
12:35et ce n'est pas la faute
12:35des médecines du travail.
12:36Et puis, ça fait seulement un an
12:37qu'on est en train de se préoccuper
12:39de mettre des psychologues du travail
12:40dans les centres de médecine du travail
12:41parce que c'est un sujet central.
12:43On a un vrai sujet
12:44sur ce qu'on appelle
12:45la santé mentale.
12:46Ça, c'est vrai.
12:47Les causes, elles sont multiples.
12:48Ce n'est pas que les entreprises,
12:49ce n'est pas que tout ça.
12:49Mais en attendant,
12:50je pense que ça,
12:51c'est un changement
12:52de structure du travail.
12:53Or, on n'a pas vraiment changé
12:54notre manière de le gérer.
12:55Mais Florent et Elpo,
12:57ça nous ramène au cadre macroéconomique.
12:58On dit qu'on n'arrive pas
12:59à parler du travail,
13:00mais on n'arrive pas
13:00à parler de productivité,
13:02de la croissance.
13:03On n'arrive pas
13:03à parler du moteur, en fait.
13:05On ne parle que des conséquences,
13:07mais on n'arrive pas
13:07à se focaliser sur l'origine.
13:09Oui, c'est ce que je pensais
13:10en vous écoutant parler.
13:12Deux éléments.
13:12Un, tous ces sujets micros
13:15sont en fait agrégés,
13:17deviennent des vrais sujets macro.
13:19Le sujet macro du moment,
13:20c'est l'incertitude.
13:21L'un des énormes problèmes
13:23auxquels l'infrançait
13:23confronté aujourd'hui,
13:24c'est que cette élection présidentielle
13:26a l'air bien loin,
13:27ce qui crée une véritable
13:29zone d'incertitude.
13:30Quelle entreprise va se dire
13:31que c'est vraiment le moment
13:32d'investir dès maintenant ?
13:34Mais attendez,
13:34si on commence par
13:35à investir dès maintenant,
13:36on va renier sur la croissance
13:37de 2027.
13:38Donc on est en train
13:39d'étaler les problèmes
13:40dans le temps.
13:41L'investissement,
13:43comment dire,
13:45l'incertitude, pardon,
13:46nuit à l'investissement.
13:47C'est documenté depuis très longtemps.
13:49On l'a bien connu
13:50au début du mandat Trump.
13:51C'est-à-dire qu'on a eu
13:52plutôt un affaissement
13:52de la croissance économique
13:53américaine au tout début
13:54du mandat Trump.
13:55Ce n'est plus le cas
13:56parce qu'il y a un cycle
13:57d'investissement qui est en train
13:58de s'enclencher de leur côté
13:59pour d'autres raisons.
14:00L'autre chose,
14:01c'est la question
14:02de la productivité.
14:03Alors effectivement,
14:04qu'est-ce que c'est
14:04que la productivité ?
14:05Est-ce que c'est moi
14:06sur mon téléphone portable
14:07qui fais de l'IA
14:07toute la journée ?
14:08Non, pas du tout.
14:09C'est mon engagement
14:10dans l'entreprise,
14:11c'est mon bien-être
14:11dans l'entreprise,
14:12c'est mon taux d'absentéisme
14:14personnel,
14:14c'est le nombre d'heures
14:15que je vais travailler
14:22aux Etats-Unis,
14:23très clairement,
14:24qui est l'un des pays
14:24les plus productifs au monde.
14:26Si on prend le PIB réel
14:27par habitant,
14:28qui est l'une des mesures
14:28de la productivité,
14:29ils sont au sommet,
14:30ils sont numéro un
14:32du monde entier.
14:33Le numéro deux,
14:34c'est la Corée
14:35et le numéro trois,
14:36c'est la Suisse.
14:37On a vraiment trois pays
14:38aujourd'hui qui sont leaders
14:39avec des modèles sociaux
14:40très différents,
14:41mais qui ont à cœur une chose,
14:43on ne parle pas
14:44de valeur travail en fait,
14:45simplement on parle
14:46d'une productivité au travail,
14:47que chaque travailleur
14:48soit engagé
14:49et récolte les fruits
14:51finalement de son travail,
14:52et de l'espérance de vie
14:54qu'il investit.
14:54Mais c'est un terme,
14:55même productivité,
14:56qui est difficile
14:56à vendre dans l'entreprise,
14:58comme s'il était
15:00mal connoté,
15:01comme si productivité
15:02c'est too much,
15:03mais pourquoi Karine ?
15:04Productivité,
15:05je ne sais pas,
15:05ça ressemble un peu
15:06à nos grands-parents
15:08qui faisaient la fête
15:09de l'Huma
15:10et qui sortaient se battre
15:11contre les vilains patrons,
15:12la productivité,
15:13tout ça c'est dedans en fait.
15:14J'ai l'impression
15:15qu'il y a un terme populaire
15:16qui s'est mis dedans.
15:16Il y a un sujet symbolique.
15:17La productivité,
15:17c'est symbolique.
15:19il y a des gens
15:19qui aiment leur travail,
15:20qui le font avec
15:21beaucoup d'ardeur.
15:22Je ne sais pas
15:23si on les appelle
15:23des productifs,
15:24si devant on leur disait
15:24attention d'être très productifs,
15:26peut-être qu'ils arrêteraient,
15:26je ne sais pas.
15:27Je pense qu'il y a beaucoup,
15:28il y a une vraie connotation
15:29très négative,
15:29surtout très populaire,
15:31alors qu'en fait,
15:31être productif,
15:32c'est plutôt bien.
15:33On devrait être fier
15:33d'être productif.
15:34Le fait d'être là,
15:35d'échanger,
15:35on est productif en fait.
15:37Donc il faut juste
15:38reprendre les mots
15:38et les remettre
15:39aux bons endroits.
15:39Donc voilà,
15:40c'est plus votre boulot
15:41que le mien.
15:43Non, non, absolument.
15:44Vers de nouvelles notes,
15:45Florian.
15:46Oui, effectivement,
15:47sur ces sujets
15:48de productivité.
15:49Aujourd'hui,
15:50c'est vraiment
15:50un réel enjeu.
15:51Pourquoi c'est aussi
15:52parfois connoté négativement ?
15:54Aussi parce que,
15:56souvent,
15:57la productivité,
15:58la progression
15:58de la productivité
15:59n'est pas répercutée
16:01entièrement aux travailleurs.
16:02C'est-à-dire que
16:02sa productivité,
16:03elle est mal partagée.
16:04Donc où est-ce qu'elle va ?
16:06Elle va généralement
16:06dans la poche du patron.
16:08C'est-à-dire qu'elle va
16:08devenir un morceau
16:10de dividende
16:10qui sera payé
16:11à un détenteur d'action
16:12sans juger
16:13de qui est le détenteur
16:15d'action dans l'absolu.
16:16Et en plus,
16:16elle est très difficile
16:17à imposer.
16:18C'est-à-dire que
16:18cet effort de productivité
16:19qu'on peut consentir,
16:20il ne va pas nécessairement
16:21générer des recettes fiscales.
16:23Et aujourd'hui,
16:23on a besoin
16:23de recettes fiscales.
16:24Donc arriver à imposer,
16:27à générer du revenu fiscal
16:28et de l'adhésion
16:29dans l'organisation,
16:30c'est difficile aussi
16:31dans ces montées
16:32brusques de productivité.
16:33Benoît ?
16:34Sur la productivité,
16:35il ne faut pas perdre de vue
16:36que la productivité
16:37de la France s'écroule
16:38depuis sept ans.
16:39Ce qui n'était pas le cas avant.
16:40C'est-à-dire que la France
16:41avait un taux de productivité
16:41très élevé
16:42malgré un nombre d'heures
16:43de travail
16:43moins importants que les autres.
16:44Là, maintenant,
16:45on a un peu la double peine.
16:46Mais ce que vous avez dit
16:47et ce que vous avez dit
16:48est très juste.
16:48Je pense en revanche,
16:49aujourd'hui,
16:49et ça joue d'ailleurs
16:50sur l'engagement
16:51ou sur le rapport au travail
16:52et le rapport à l'employeur,
16:54vraiment, moi,
16:54je l'observe partout.
16:55Et en plus,
16:55j'ai eu la chance
16:56d'être des rages d'entreprises
16:57dont tous les salariés
16:58sont actionnaires.
16:58Donc, on voit la différence.
16:59Je pense que la question
17:00du partage de la valeur
17:01de l'EA...
17:01Vous avez l'impression
17:01que ça, ça change
17:02vraiment quelque chose ?
17:03Ah, ça change tout.
17:03Vous savez,
17:03j'ai été chez Lormard Marlin
17:04pour dix ans.
17:05Par principe,
17:06dans le groupe Mulier,
17:06tous les salariés
17:07sont actionnaires du groupe,
17:08en fait, de l'associé
17:09dans lequel ils travaillent.
17:10J'ai même installé
17:11l'actionnariat en Russie,
17:12c'est-à-dire.
17:13Ce que je veux dire par là,
17:13c'est que vous voyez
17:14la différence.
17:15Mais pourquoi ?
17:15Pour deux raisons.
17:16Pas parce qu'il y a juste
17:17un retour sur investissement
17:18d'une certaine manière.
17:19Mais aussi parce qu'on leur dit
17:20pourquoi ça monte,
17:21pourquoi ça descend,
17:23qu'est-ce qui va se passer.
17:23Autrement dit,
17:24on donne du sens
17:25aux efforts qu'on demande,
17:26à la productivité qu'on exige,
17:28etc.
17:29Là-dessus,
17:29vous voyez bien la dérive,
17:30Benoît,
17:31c'est qu'aujourd'hui,
17:31les managers ne disent plus
17:32la vérité aux salariés.
17:33On infantilise tout le monde.
17:35On refuse de parler
17:36des problèmes des boîtes.
17:37Donc là,
17:38vous me dites,
17:38au moins quand ils sont actionnaires,
17:40aujourd'hui, quand même,
17:41on ne dit pas toujours
17:43la vérité aux salariés.
17:44Alors,
17:44suivez-moi,
17:45vous verrez bien.
17:46Vous savez,
17:46la France souffre d'un truc
17:48qui est très français.
17:49Quand on regarde les autres
17:50organisations d'entreprises
17:51dans le monde,
17:51à part quelques-unes,
17:52elle est très hiérarchisée.
17:54C'est-à-dire qu'il y a des chefs
17:54et des sous-chefs
17:55à tous les états.
17:56Donc, c'est effectivement
17:57le message qui part du haut,
17:59se délite au fur et à mesure.
18:00Et celui qui est tout en bas,
18:01il ne sait plus ce qu'il fait.
18:01Parce qu'il y a tellement de gens
18:02qui regardent ce qu'il fait,
18:03qui se demandent
18:04s'il sert à quelque chose.
18:04Et il ne sait pas forcément
18:05que la boîte va mal.
18:06Non, ce n'est pas forcément
18:07que la boîte va mal.
18:08Après,
18:08je crois quand même
18:16ou la participation,
18:17c'est encore pire.
18:18Mais ou bien,
18:19vous savez,
18:19il y a quelques grandes entreprises
18:20qui ont ouvert
18:21leur actionnariat aux salariés.
18:23Ça a un succès énorme
18:24alors qu'elles n'avaient jamais
18:24fait pendant des années.
18:25Je pense que ça,
18:26c'est une manière
18:27de parler de l'entreprise
18:28autrement que salaire,
18:29production, marge,
18:31mais économie.
18:32Comment se porte
18:33l'économie d'entreprise ?
18:34Et au lendemain du Covid,
18:34on avait observé
18:35un vrai mouvement de management
18:36qui consistait à dire
18:38voilà, on vient de traverser
18:39sa classe sanitaire,
18:40voilà dans quel état
18:40est l'entreprise.
18:41Je pense qu'on ne prend
18:42jamais assez de temps
18:44pour expliquer aux salariés
18:45qui ne sont pas plus bêtes
18:46qu'un autre
18:46comment fonctionne
18:47l'économie de leur entreprise.
18:49Et comme, du coup,
18:50on en arrive à des...
18:51Comme les politiques
18:51se saisissent
18:52en réduisant les messages,
18:55en disant
18:55les actionnaires captent
18:56les dividendes
18:57et la production des gens.
18:58Vous savez,
18:58le fameux discours
18:59qu'est-ce qu'ils sont à dire ?
19:00Les actionnaires n'ont pas
19:00le droit aux dividendes
19:01puisque le travail est produit
19:02par les salariés.
19:02Enfin, ça n'a aucun sens.
19:04Voilà.
19:04Du coup, on simplifie.
19:05Je pense que les chefs
19:06d'entreprise,
19:06vous le faites peut-être,
19:08ont un intérêt,
19:09les DRH aussi,
19:10ont un intérêt
19:11à donner
19:12les logiques économiques
19:14d'entreprise
19:15dans lesquelles ils sont.
19:16Karine,
19:16votre point de vue là-dessus ?
19:18Moi, c'est un peu particulier.
19:19Alors là,
19:19je vais juste parler pour moi
19:20parce qu'en fait,
19:21je suis une grande spécialiste
19:21du business model
19:22que je défends
19:23auprès de plein de gens
19:25autour de moi
19:25de façon bénévole.
19:27Et j'ai expliqué
19:28le business model
19:28à mes salariés.
19:29Donc, on s'est assis,
19:30on a regardé vraiment
19:31quels sont les partenaires clés,
19:32quels sont les enjeux,
19:33quels sont nos clients,
19:34etc.
19:34Et quand on fait ça,
19:35c'est magique.
19:36Ça sort de mode méthode.
19:36Ça ne veut pas dire
19:37que c'est la France
19:37qui fait ça.
19:38Vous expliquez un business model
19:39à tous les salariés,
19:40y compris ceux
19:41qui sont sur le terrain.
19:42Alors bien sûr,
19:43ce n'est pas compréhensible
19:45de tout le monde,
19:46mais moi,
19:46je l'explique avec des mots simples.
19:48Et effectivement,
19:48c'est un sujet
19:49qui éclaire beaucoup
19:51la place de chacun
19:52et le rôle interactif
19:53des uns et des autres.
19:54C'est comme ça
19:55qu'on met en route
19:55l'entreprise
19:56d'une façon
19:56beaucoup plus harmonieuse.
19:57C'est-à-dire,
19:57chacun connaît sa place,
19:58mais connaît l'interaction
19:59des autres, etc.
20:00Donc, un commercial
20:01qui récupère un dossier
20:03va aller jusqu'au bout
20:04de la chaîne,
20:05jusqu'au gars
20:05qui est sur un chantier.
20:06Et du coup,
20:07tout le monde
20:07comprend sa place dedans.
20:08Mais vous avez raison,
20:09je me rends compte
20:10que je prêche un peu
20:11dans le désert.
20:12Mais comment ça se fait ?
20:13Je fais ça assez souvent.
20:14Je fais souvent
20:14des conférences
20:15et des ateliers
20:15de façon très bénévole.
20:17En fait,
20:17depuis pratiquement 10 ans,
20:18je fais ça.
20:18Et je me rends compte
20:19qu'effectivement,
20:20ça éclaire beaucoup
20:21la vie des entrepreneurs,
20:22mais ça reste effectivement
20:23très isolé.
20:24Mais vous allez, Karine,
20:25jusqu'à dire,
20:26sur tel dossier,
20:27on a perdu,
20:27je ne sais pas,
20:283 millions.
20:32Pour vous donner un exemple,
20:33chaque fois qu'on a un chantier,
20:35100% des gens voient
20:36ce qu'il reste à dépenser
20:37sur le chantier.
20:37Donc, il y a un compteur
20:38qui dit,
20:39on a engagé de l'argent
20:40à dépenser sur le chantier
20:41et voilà combien il reste.
20:42Donc, c'est très transparent
20:43et quand on est en négatif,
20:44tout le monde appuie
20:44sur le bouton d'alarme
20:45en disant stop.
20:46Comment est-ce qu'on fait
20:46pour s'organiser autrement ?
20:47Comment est-ce qu'on peut
20:48voir les choses autrement ?
20:49Et aussi,
20:50je donne aussi les chiffres
20:51à tout le monde.
20:51On dit quel est le chiffre d'affaires ?
20:53Le chiffre d'affaires,
20:53mais aussi ce qui reste
20:54à la fin du mois
20:54parce que le chiffre d'affaires,
20:55c'est quand même un peu...
20:57En tant que business,
20:57on sait ce que ça veut dire
20:58mais tout le monde
20:59ne fait pas la différence.
21:00Il y a quelques mois.
21:00Moi, je suis assez transparente
21:03parce que je considère
21:05que mes salariés
21:05sont des adultes responsables
21:06qu'ils ont réussi
21:07à prendre des décisions
21:08tout seuls dans leur vie
21:08et qu'ils sont capables
21:09de prendre des décisions intelligentes
21:11pour l'entreprise.
21:12Moi, j'ai un leitmotiv,
21:12c'est de dire que chaque personne
21:14doit prendre les bonnes décisions
21:15dans l'entreprise
21:16en fonction de ses compétences.
21:17Donc, du coup,
21:19moi, j'ai beaucoup fait référence,
21:20alors c'est un peu contradictoire
21:22mais j'ai fait référence
21:23au livre que Netflix a sorti
21:24avec les règles,
21:25pas de règles
21:25et j'ai trouvé
21:26une belle inspiration dedans
21:27où vraiment chaque personne
21:28est responsable
21:29de son avancée,
21:30de sa productivité
21:31dans l'entreprise
21:31et je me suis beaucoup inspirée
21:32de ça pour mon modèle.
21:34Mais là, du coup,
21:34je prends la parole que pour moi.
21:35Mais est-ce que ça brutalise
21:35certains de vos salariés
21:37qui, eux, n'ont pas forcément
21:38envie de cette transparence
21:39ou parfois se sentent responsables ?
21:40Quand ils arrivent, oui.
21:41Quand ils arrivent
21:42d'un autre écosystème
21:44et qu'ils arrivent dans ce système,
21:45ils font un temps d'adaptation
21:46mais bon,
21:47comme il y a quand même 80 salariés
21:48donc il y a toujours quelqu'un
21:49qui explique à l'autre
21:50t'inquiète pas,
21:50ça va bien se passer,
21:51les chiffres on les a,
21:52c'est pas catastrophique, etc.
21:53Mais oui, oui,
21:54je me rends compte
21:54quand les gens viennent
21:55de l'autre côté,
21:56je viens d'ouvrir un restaurant,
21:57là j'ai 10 salariés,
21:58les 10 sont tout neufs,
21:59ils ne connaissent pas ma méthode,
22:00je vous assure que là
22:01je rame un peu quand même.
22:03Je parle de chiffre d'affaires,
22:05je parle,
22:05c'est compliqué.
22:06Oui, mais à la fin,
22:06vous allez pouvoir faire le bilan
22:07de savoir si vous avez réussi
22:08à recruter dans un secteur
22:10qui est compliqué.
22:18Dans les autres chefs d'entreprise
22:20autour de moi,
22:20c'est plus compliqué.
22:21Oui, c'est vraiment plus compliqué.
22:22Mais c'est quoi la barrière ?
22:24La barrière,
22:25je pense qu'on a un vrai problème,
22:26alors c'est plus vous
22:26qui êtes expert,
22:28mais mon ressenti,
22:28c'est qu'on a un vrai sujet
22:29sur le positionnement
22:31entre l'entrepreneur
22:32et son salarié.
22:33Je pense qu'en France,
22:34on a un vrai sujet là-dessus
22:35et comme on est tout le temps
22:36les uns contre les autres,
22:36on n'a pas compris
22:37qu'on a besoin les uns des autres.
22:38Moi, je ne suis rien
22:39sans mes salariés,
22:39mais ils ne sont rien
22:40sans moi aussi.
22:41C'est moi qui ai mis le capital,
22:42c'est moi qui fais avancer la boîte,
22:43mais je ne fais rien sans eux,
22:44je ne produis rien sans eux.
22:45Il faut juste comprendre
22:46qu'on a affaire en face de nous
22:48à des adultes responsables
22:50qui sont capables
22:50de prendre des bonnes décisions
22:51pour l'entreprise.
22:52Ils en prennent des bonnes
22:53pour chez eux.
22:53Ils savent faire des enfants sans moi,
22:55ils savent acheter des maisons sans moi,
22:56ils savent prendre des décisions sans moi.
22:58Ça, c'est vraiment un état d'esprit
22:59que je défends depuis très longtemps,
23:01mais j'ai du mal à contaminer
23:02mes autres chefs d'entreprise.
23:05Benoît, ça fait 15 ans
23:06qu'on se côtoie
23:06sur le plateau de BFM Business.
23:08Ça fait 15 ans qu'on dit
23:09qu'il va y avoir une révolution culturelle
23:10du côté des managers
23:11et qu'il va y avoir un avant à l'après.
23:15Pour prendre nos débats d'il y a 15 ans,
23:16on n'a pas avancé tant que ça.
23:17On n'a pas suffisamment avancé.
23:19Il y a plein de raisons exogènes.
23:22Je pense que l'hyper-processisation,
23:24la multiplication des systèmes de contrôle,
23:27c'était des rages dans l'assurance.
23:28C'est effarant.
23:30Les fameux accords Solvency,
23:31vous connaissez,
23:33vous tombent dessus.
23:34Comment vous voulez donner du sens au travail
23:35quand les gens passent leur temps
23:36à être contrôlés,
23:37à remplir les tableaux Excel, etc.
23:38D'ailleurs, il y a un truc intéressant
23:39avec l'IA.
23:39J'ai vu une étude de Gallup
23:40qui dit que 26% des tâches
23:42de contrôle de management
23:43pourraient être remplacées par l'IA.
23:45C'est une super occasion
23:46de redonner du temps de management aux gens
23:47parce que je pense que les managers
23:49n'ont plus de temps de management
23:50au sens humain.
23:51La deuxième chose,
23:52et vous l'avez évoqué,
23:53alors heureusement,
23:53il y a d'autres gens que je connais
23:55qui font un peu comme vous
23:56en termes de transparence.
23:56Il y a un groupe.
23:57À partir de deux,
23:58on est un groupe.
23:58C'est bon,
23:59c'est bon.
23:59Donc ça, c'est bien.
24:01C'est exactement.
24:03Je crois que dans notre pays,
24:05pour plein de raisons
24:06sur lesquelles il va être long de revenir,
24:08on ne parle plus
24:09de la qualité du travail.
24:11D'ailleurs, les débats
24:12portent sur la quantité.
24:13On parle tout le temps.
24:14Travailler plus longtemps,
24:15moins longtemps,
24:17plus fort, moins fort,
24:18peu importe,
24:18mais la qualité elle-même.
24:19La qualité du travail,
24:20elle est définie.
24:22Elle est trois choses.
24:23Un, la personne sait ce qu'elle fait.
24:25Ce que vous venez de dire.
24:26La deuxième,
24:27la personne sait où elle est
24:28dans la chaîne de valeur
24:29de l'entreprise.
24:29Ça, c'est fondamental
24:30et ça existe dans certaines entreprises,
24:31pas encore assez.
24:32Et ça réduirait l'absentéisme.
24:34Quand vous ne savez pas,
24:36si quand vous n'êtes pas là,
24:37ce qui se passe,
24:38vous n'êtes pas là.
24:39Par contre,
24:40quand vous savez que ça a un impact
24:41sur votre collègue d'un côté
24:42et votre collègue de l'autre,
24:43vous faites un peu plus attention
24:44à l'absentéisme.
24:45Et la troisième raison,
24:45c'est que l'entreprise,
24:46ça c'est la responsabilité
24:47de cette entreprise,
24:48surtout en ce moment,
24:49c'est qu'elle garantit
24:50à son salarié
24:50qu'elle s'assurera toujours
24:52qu'il ait les bonnes compétences
24:53pour survivre dans l'entreprise.
24:55Autrement dit,
24:56il garde son employabilité.
24:58Ça, c'est de la qualité du travail.
24:59Or, les débats
25:00portent constamment
25:01sur la quantité,
25:02les conditions,
25:03la souffrance de ceci,
25:04la souffrance de cela.
25:05Je ne sais pas
25:06ce que vous en pensez
25:06comme économiste
25:07en termes d'ambiance macro,
25:09mais je suis frappé
25:09par le discours négatif
25:11que la personnelle politique
25:12a sur le travail
25:13depuis 30 ans.
25:15On ne parle que RPS,
25:17souffrance,
25:17on ne donne jamais
25:18que le travail émancipe,
25:19que le travail libère
25:20dans le sens
25:20me donne les moyens
25:22de construire ma vie.
25:23Vous savez,
25:23l'entreprise,
25:24c'est le dernier endroit
25:25où vous avez encore
25:26un espoir d'ascenseur social.
25:29Il faut six générations
25:30pour changer de classe.
25:31Aujourd'hui,
25:32il en fallait trois
25:33et il y a 50 ans.
25:34Alors, Florian ?
25:35Oui, et puis,
25:36ça vient également,
25:37en fait,
25:37ça, c'est l'aspect
25:38quelque part carotte,
25:39mais il y a quelque chose
25:40qui va avec ça.
25:41Dans quel type d'économie
25:43vous vivez ?
25:44Est-ce que vous vivez
25:44dans une économie
25:45qui va avoir tendance
25:46à vous protéger
25:46en tant que travailleur,
25:48à créer justement
25:49cette dissension
25:49entre le chef d'entreprise
25:51et le salarié
25:51et à protéger
25:52le salarié
25:53de son chef d'entreprise
25:54ou est-ce qu'au contraire
25:55vous vivez
25:55dans une économie
25:56un peu plus débridée
25:58où le droit social
25:59est plus léger ?
26:01La perception
26:02de sa propre probabilité
26:03de licenciement
26:05a une incidence
26:06sur votre productivité.
26:08C'est une chose terrible
26:09à dire,
26:09mais c'est quelque chose
26:10qu'on doit à Stiglitz
26:11qui a reçu le prix Nobel
26:12pour ses travaux
26:13à ce sujet-là.
26:14Cette probabilité,
26:15cette perception
26:15de la probabilité
26:16qui n'a pas besoin
26:16d'être la véritable probabilité,
26:18mais vous poussez
26:19à penser
26:20que cette probabilité
26:21est plus élevée
26:21qu'elle n'est réellement,
26:22vous incite naturellement
26:23à vous responsabiliser,
26:25à aller discuter
26:26avec vos collègues,
26:26à former des groupes,
26:28à créer des alliances
26:28et à faire avancer
26:29votre propre entreprise
26:30au travers de votre contribution.
26:32Et Florent,
26:32juste avant qu'on marque
26:33une pause,
26:33l'IA,
26:34c'est notre chance
26:35pour augmenter
26:36la productivité ?
26:37C'est un outil
26:38assez formidable,
26:39c'est la première
26:40révolution technologique
26:41que l'on connaît
26:42où les gains
26:42de productivité
26:43sont déjà palpables.
26:44Historiquement,
26:45il faut plus d'une dizaine
26:46d'années
26:46pour qu'on commence
26:47à réellement capturer
26:48dans les chiffres
26:50une augmentation
26:52de cette productivité.
26:53On capte 10,
26:5320,
26:5330 points de base,
26:54donc 0,1,
26:550,2,
26:550,3%
26:56de croissance économique
26:57aujourd'hui
26:57que l'on pourrait
26:59être tenté
26:59d'attribuer
27:00à la productivité.
27:01Ce n'est même pas moi
27:02qui le dis,
27:02c'est un économiste
27:03assez connu
27:03de la réserve fédérale
27:04américaine
27:05qui s'appelle
27:05Assemoglou.
27:05J'estime d'ailleurs
27:06que la moyenne
27:08de productivité
27:08gagnée par l'IA
27:09dès maintenant
27:09est de 4.
27:10C'est vrai qu'on avait
27:11annoncé 30,
27:12mais 4,
27:13c'est vrai que c'est
27:14un truc assez étonnant.
27:15Juste un petit point
27:16là-dessus,
27:17c'est que oui,
27:17la productivité de l'IA
27:18c'est une évidence
27:19sous réserve de deux choses
27:20que font les entreprises
27:21en ce moment.
27:22C'est modifier leurs organisations
27:24et intégrer ça
27:25dans les modèles de management
27:26parce que la productivité
27:28c'est un produit
27:29management fois organisation
27:30égale productivité.
27:32Or avec l'IA
27:32on est démarré
27:32par la productivité
27:33donc là il y a
27:34beaucoup de travaux
27:35peut-être chez vous aussi
27:35qui sont faits
27:36sur l'impact
27:37sur l'organisation.
27:38Karine ?
27:38Aujourd'hui
27:39l'intelligence artificielle
27:40elle est en train
27:41de fourmiller un peu partout.
27:44Alors il y a les contres,
27:44ceux qui sont totalement contre.
27:46Moi j'essaie de les convaincre
27:46qu'il ne faut pas laisser passer le train
27:47parce que...
27:48Mais vous en avez
27:48des complètement contre
27:49dans votre entreprise.
27:50Il y a beaucoup de gens
27:51partout
27:51qui sont très...
27:52J'ai beaucoup de jeunes
27:53que j'entends
27:54qui disent
27:54l'IA ça va tout casser
27:55oui bah mets-toi dans le train
27:56parce que sinon c'est fini.
27:57J'ai même envie de vous dire
27:58je ne sais pas quel âge vous avez
27:59mais on ne doit pas être loin
28:00des mêmes âges.
28:00Je défends un peu
28:01les gens qui ont plus de 50 ans
28:03emparer-vous de l'IA en fait
28:04parce que si nous on ne le fait pas
28:05si nous on est contre l'IA
28:06que vont en penser les jeunes
28:08même si on n'est plus
28:08comme avant
28:09ce n'est pas nous
28:09qui avions toujours la bonne parole.
28:11Je pense qu'il faut
28:11qu'on s'empare vraiment de l'IA
28:13et qu'on explique aux jeunes
28:14que ce n'est pas grave en fait.
28:15On a déjà eu des modifications
28:16dans notre façon de fonctionner
28:17depuis longtemps.
28:18Vous disiez avant
28:1970% des gens pensaient
28:20que le travail était central
28:21maintenant c'est 20%.
28:22Bah ok.
28:23Mettons l'IA dedans
28:24et prenons le chemin
28:25prenons le train en route
28:26il ne faut pas le laisser passer
28:27en fait.
28:27C'est une vraie révolution
28:28il ne faut pas la laisser passer
28:29il ne faut pas qu'on la laisse aux autres
28:30en fait.
28:30Et on n'a pas fini d'en parler.
28:31On marque une pause
28:32les experts on revient.
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