00:00Face à le Chypre ce matin, Olivia Edwige Chevrillon, bonjour Edwige, nous allons revenir évidemment sur le programme économique du
00:07Rassemblement National, réaliste ou pas, rassurant ou pas, qu'est-ce que vous retenez vous Edwige Chevrillon de ce que
00:13vous avez vu ?
00:14Alors moi je ne retiens pas forcément tout, mais moi je vais commencer à en dire pourquoi je trouve ça
00:18rassurant, je trouve ça rassurant car c'est une prise de conscience d'une candidate à l'élection présidentielle
00:24qui est en tête des sondages, et bien qu'il y a un problème avec l'État financier de la
00:30France.
00:30Donc pour moi c'est un vrai virage doctrinal de la part du Rassemblement National et de Marine Le Pen,
00:37qui a toujours été sur une ligne social-étatisme, l'État, l'État, l'État, et là elle s'est
00:43convertie notamment à l'entreprise,
00:45parce qu'en fait quand on regarde ce contre-budget de 140 milliards, en fait ça serait même 200 milliards,
00:51mais ça on va en parler en débat tout à l'heure avec Emmanuel Lechypre,
00:53elle montre qu'il faut absolument refonder, réorganiser l'État, elle dit même c'est la mère des réformes.
01:04Donc ça c'est un virage doctrinal absolument, enfin notable j'ai envie de dire, énorme.
01:10C'est un peu la première fois qu'on voit un revirement comme ça d'un parti qui aspire à
01:16gouverner la France.
01:17C'est la fin de l'argent magique, de la potion de l'argent magique, pour reprendre l'expression de
01:22Donald Trump, qui dénonçait la France et l'État financier de la France, etc.
01:27Devant la GEF, l'Association des journalistes économiques et financiers, hier Roland Lesquire, le ministre de l'économie, il a
01:32dit une phrase que j'ai trouvée assez juste.
01:34Un, il a dit qu'il fallait un budget à tout prix, quitte à ne pas avoir de gouvernement, donc
01:38bon ça c'était intéressant,
01:40mais que l'État des marchés financiers était aujourd'hui une force de rappel qui s'imposait non pas qu
01:47'au gouvernement, mais à tous les candidats à l'élection présidentielle.
01:50Je trouve qu'hier, visiblement, il a été entendu. Rassurant, non, parce qu'il faut 140 milliards, 200 milliards, c
01:57'est pas du tout documenté.
01:59Mais là, je laisse la parole à Emmanuel.
02:01Quand on entre dans le détail des mesures, Emmanuel.
02:04D'abord, moi je veux saluer l'effort que n'avait jamais fait l'ERN jusqu'à maintenant de nous
02:10livrer un chiffrage aussi précis.
02:13Et je trouve qu'il faut éviter...
02:14Précis ?
02:15Non mais c'est ça, c'est qu'en fait...
02:16On va ta front-reverser en fait.
02:18On est en train de changer, lui, tout ça, rassurant.
02:21L'ERN n'avait jamais fait un tel effort, et ça, il faut le saluer.
02:25Tout ça pour dire que, en fait, moi j'apprécie pas beaucoup les critiques qui consistent...
02:29Et je trouve que la presse même est un peu dure ce matin sur...
02:32De toute façon, c'est n'importe quoi, etc.
02:33C'est pas documenté, c'est le mot qui revient à plus.
02:35Non, je trouve que ça ne vaut ni plus d'honneur, ni plus d'indignité que les programmes fantaisistes des
02:42autres
02:42qui sont présentés par la France Insoumise ou le Parti Socialiste,
02:45parce que la réalité, c'est que c'est quand même un programme qui est extrêmement fantaisiste.
02:48Et c'est là où on rentre quand même dans les détails.
02:50Alors, on a quand même des absurdités qui sont totalement folles.
02:54Lesquelles ?
02:55La plus grosse de toutes les absurdités, c'est quand même ce scénario
03:00dans lequel vous avez à la fois une division par deux du déficit public
03:04et une multiplication par deux de la croissance.
03:08En 2028, hein ?
03:08Oui, mais même sur un horizon de 2-3 ans, c'est impossible.
03:13C'est-à-dire qu'il n'y a pas un monde dans lequel un effort budgétaire
03:16de réduction des dépenses aussi puissant provoque un bond de la croissance comme ça.
03:21Ça n'existe pas.
03:22Après, qu'on discute à moyen-long terme si, effectivement, une baisse des dépenses publiques
03:27ne finit pas par avoir...
03:29Mais c'est un peu son argument, si je peux le permettre.
03:31C'est un peu son argument parce qu'elle dit, cette refonte de l'État,
03:34cette réorganisation de l'État, la simplification de la sécurité sociale,
03:38tout ça, ça va sur un quinquennat, évidemment.
03:40C'est pas en 2027, en 2028.
03:43Sauf que la réduction, la division par deux des déficits, c'est déjà de 2028, quasiment.
03:47Oui, c'est ça.
03:47Donc ça, c'est pas possible.
03:49Ça, c'est pas possible.
03:50Après, moi, ce que je constate, c'est quand même que sur les économies,
03:54alors économies qui sont par ailleurs assez peu documentées sur le comment on fait,
03:59ce qui est quand même fascinant, c'est que le RN n'invente rien sur tous ces sujets,
04:04réformes de l'État, efficacité de la sécurité sociale, lutte contre la fraude, etc.
04:09Le problème, c'est que sur les estimations du RN, vous êtes entre 3 et 10 fois les chiffres
04:15qui sont généralement cités comme étant des chiffres raisonnables.
04:19Si vous prenez l'immigration, par exemple, on va chercher, je ne sais plus, 18 milliards
04:23sur les immigrés et les allocations qui touchent.
04:28La réalité, quand vous regardez ce que disent la Cour des comptes, le Sénat, etc.,
04:31vous êtes plutôt à 5 milliards.
04:34sur la fraude.
04:35La fraude, c'est quand même la martingale formidable.
04:38C'est-à-dire que 33 milliards récupérés grâce à la fraude.
04:41Aujourd'hui, on en récupère une dizaine.
04:43Et notamment la fraude à la TVA.
04:44Est-ce que vous croyez vraiment que les gouvernements d'aujourd'hui
04:50et les gouvernements passés n'ont pas fait tout ce qu'il fallait
04:52ou ne font pas tout ce qu'il faut, en tout cas,
04:55pour trouver de l'argent qui, manifestement, se trouve sous le sabot d'un cheval ?
04:59On en trouve encore, en tout cas, on écoute le ministre de l'Économie.
05:02Ça, c'est quand même beaucoup de choses.
05:04Il y a du côté, par contre, des dépenses nouvelles qui sont faites.
05:09Alors là, par contre, on a plutôt tendance à sous-estimer
05:11et dire combien coûtent les taxes qu'on supprime sur l'écart bureau, etc.
05:15Et puis alors, il y a quand même un énorme loup autour des retraites.
05:20Voilà, c'est le point qu'elle n'a pas du tout abordé.
05:23Elle a dit qu'elle l'aborderait en octobre un peu plus tard
05:25parce que c'est vrai que pour l'instant, on est entre 60 et 62 ans.
05:28Et ça, ça coûte extrêmement cher.
05:31Ça coûte plus de 10 milliards d'euros.
05:34Et c'est sans doute la faiblesse de ce programme, de ce contre-budget.
05:38C'est qu'en fait, l'essentiel des dépenses publiques,
05:42on en sait, c'est 24 %, c'est les retraites et la santé.
05:45Et de ce point de vue-là, pour l'instant, on est complètement dans le flou.
05:49Et quand il y a un flou, il y a un loup.
05:51Donc là, il faut absolument qu'elle clarifie sa pensée.
05:54Et moi, ce que je trouvais, c'était un peu mon axe ce matin,
05:57c'est de dire qu'il manque beaucoup de choses,
06:00il manque beaucoup de précision.
06:01Emmanuel a raison, on le voit bien.
06:04Mais surtout, même sur l'organisation de l'État,
06:07qu'est-ce qu'elle garde, qu'est-ce qu'elle garde comme ministère,
06:09combien de fonctionnaires elle supprime.
06:11Là-dessus, c'est sûr qu'il faut qu'il y ait des précisions
06:14et qu'aujourd'hui, il n'y en a pas.
06:15Mais c'est ce virage doctrinal, aujourd'hui, que je trouve intéressant.
06:22Et elle a eu cette phrase assez forte en disant
06:24qu'il faut aujourd'hui une vraie rupture politique,
06:27sinon c'est la perte de la souveraineté de la France.
06:29Ça fait 52 ans qu'on est en déficit
06:32et que tous les gouvernements qui nous ont promis d'arrêter ces déficits
06:37ont fait des déficits.
06:40C'est ça que je trouve intéressant dans ce qui s'est passé hier.
06:43C'est vrai qu'il y a tout un tas de mesures très coûteuses
06:46qui figuraient dans les programmes de 2022, etc.,
06:49qui ont totalement disparu de la circulation.
06:52Moi, ce que j'attends de voir sur les retraites,
06:54et c'est là où, à mon avis, personne ne voit le loup,
06:58c'est qu'effectivement, ce que dit Marine Le Pen,
07:00c'est que la réforme des retraites ne va pas coûter,
07:03si on repasse à 62 ans, voire 60 ans, ça ne va pas coûter.
07:06Mais qu'est-ce que ça cache ?
07:08Ça cache en fait une réforme sur la façon dont on calcule
07:13les trimestres.
07:14Et là, vous allez avoir un système
07:17dans lequel vous avez...
07:18Là, c'est un énorme loup qu'il faut...
07:21C'est au détour d'une phrase, en fait.
07:23On a le sentiment que...
07:25Là, c'est énorme.
07:25Et vous avez raison, Emmanuel.
07:26C'est de dire que la durée de cotisation,
07:28elle ne sera plus calculée de la même manière
07:30pour obtenir un trimestre.
07:31Il en faudra beaucoup plus.
07:33Oui, exactement.
07:34Alors, c'est ça l'astuce.
07:35C'est qu'en fait, il ne faudra pas...
07:37C'est là où elle est maligne.
07:38C'est qu'il a dit qu'il ne faudra pas forcément
07:39beaucoup plus de trimestres.
07:40Mais la façon dont vous allez acquérir vos trimestres
07:43va être plus difficile.
07:45Aujourd'hui, il faut rappeler que vous ne validez pas
07:47un trimestre parce que vous avez travaillé trois mois.
07:49Vous validez un trimestre parce que vous franchissez
07:53un palier de revenus soumis à cotisation.
07:56Là, apparemment, ce qui serait dans les tuyaux,
07:58c'est que, grosso modo, il faudrait vraiment
08:01avoir travaillé 12 semaines et pas 4 aujourd'hui,
08:04parce qu'aujourd'hui, c'est plafond de revenus
08:06et au moins 4 semaines.
08:07Là, il faudrait avoir travaillé 12 semaines
08:10pour pouvoir valider un trimestre.
08:11Ça veut dire qu'en fait, il y a beaucoup moins de gens
08:13qui pourront valider des trimestres
08:15et que donc, vous vous retrouverez quand même...
08:16Donc, il faudra travailler de plus longtemps.
08:18...avec une forme...
08:18Oui, ou alors avec une forme d'appauvrissement
08:21des retraités.
08:22Et ça, c'est quand même...
08:22Donc, c'est un allongement qui ne dit pas son nom.
08:24Exactement.
08:25C'est un allongement de la durée de cotisation
08:26Tout ça, encore une fois, est imprécisé.
08:28Mais c'est ce qu'on a compris.
08:29Il y a un point important, c'est sur les entreprises.
08:31Elle a rapidement, quand même.
08:32Je disais qu'elle s'est convertie presque au capitalisme.
08:34Les impôts de production, voilà.
08:37Élargissement, renforcement du pacte d'Utreil.
08:39Donc là, évidemment, les chaînes d'entreprises
08:42trouvent ça formidable.
08:43On l'écoute attentivement.
08:43On l'écoute attentivement.
08:44En revanche, elle veut taxer les grandes multinationales
08:48sur leur chiffre d'affaires réalisé en France.
08:49Ça, ce n'est pas compatible avec l'Europe.
08:51Donc, il faudra là encore préciser ce qui se passe.
08:54Merci à tous les deux.
08:55On attend encore des précisions.
08:56Merci Emmanuel Lechypre.
08:57Merci Edwige.
08:58Chevrillon, ce matin, dans la matinale de l'économie.
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