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  • il y a 1 jour
Ce lundi 5 octobre, la question sur le grand gagnant entre la rue et les marchés face au budget de l'État a été abordée par Hedwige Chevrillon et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à le chiffre, Edwige Chevrillon à 8h44, bonjour à tous les deux.
00:03Bonjour tout le monde.
00:05Et bienvenue.
00:05Les lycéens manifestent, 400 à 500 établissements encore bloqués ce matin.
00:10Ils seront rejoints demain par les étudiants.
00:12Le mouvement prend de l'ampleur.
00:13Le gouvernement tente de le circonscrire, accuse la France insoumise de la teaser.
00:17Et puis d'un autre côté, les marchés mettent la pression.
00:20L'OAT frôle les 5%, tandis que le spread avec l'Allemagne a atteint 160 points de base.
00:25Alors, qui de la rue ou des marchés aura raison de ce budget ?
00:29Edwige Chevrillon à la fin, ce sont les marchés qui gagnent ?
00:32Enfin, on ne peut pas dire qu'ils gagnent.
00:33En tous les cas, on ne peut pas dire qu'on gagne sur le dos de la France.
00:36Mais je dirais que la France est clairement dans la ligne de tir, vous l'avez rappelé,
00:39les taux qui dépassent 5%.
00:41Même si c'était brièvement, je veux dire symboliquement, c'est fort.
00:45C'est-à-dire que ça a été franchi.
00:46Vous voyez, il y a un côté, l'interdit a été franchi.
00:49Il y a eu l'énorme volatilité quand même de la dette française.
00:51Il y a les fonds étrangers, japonais, norvégiens, anglo-saxons,
00:55qui vendent la dette française.
00:57Ou du moins, qui vendent et puis qui ne veulent plus racheter,
00:59même si la dernière adjudication s'est bien passée.
01:03Ce qu'on peut dire qu'en tous les cas, qui l'emportera de la rue et des marchés ?
01:07Emmanuel va défendre que c'est la rue.
01:08Moi, franchement, je ne pense pas, je dirais presque ce que je préférais.
01:12Un exemple historique, on va faire un peu d'histoire.
01:13La Grèce, on cite tout le temps la Grèce, ça remonte Tadda.
01:16Entre 2010 et 2015, vous vous souvenez, il y avait des grèves,
01:19des dizaines de grèves partout qui ont paralysé les pays.
01:23Les indignés ont défilé sur la place du Panthéon.
01:25Et pourtant, c'est bien le gouvernement de la gauche radicale d'Alexis Tsipras
01:29qui a été contraint de signer, c'est le 13 juillet 2015,
01:33le troisième plan d'aide pour éviter le Grexit.
01:36Donc, c'est dire que là, on voit que ça ne marche pas,
01:38même dans des situations un peu extrêmes.
01:40Même Donald Trump, alors ce n'est pas la rue,
01:42Donald Trump, ça joue la corde, mais Donald Trump,
01:44on a bien vu qu'en 2025, il a dû reculer
01:48par rapport aux tarifs douaniers exorbitants
01:51qu'il voulait imposer au monde,
01:53parce qu'il y a eu une sorte de krach obligateur,
01:55donc il a dû faire machine arrière,
01:57parce que la stabilité budgétaire américaine était menacée.
01:59Donc, là où les manifestations peuvent obtenir
02:02le retrait, éventuellement, d'un budget,
02:05c'est quand c'est des problèmes internes,
02:08quand ça concerne intérieur,
02:10l'éducation, l'enseignement, les retraites,
02:12les prestations sociales.
02:14Mais aujourd'hui, le problème,
02:15c'est qu'il est beaucoup plus global.
02:17La France est au centre du collimateur des marchés,
02:20les investisseurs sanctionnent l'incapacité de la France
02:23à accoucher d'un budget qui permettrait
02:26d'assainir les comptes publics,
02:27et surtout, manque de visibilité.
02:29Alors, cette dette, elle n'est plus un problème franco-français,
02:32elle est devenue, et c'est ça qui est le plus embêtant,
02:34un problème européen.
02:35La volatilité des taux français touche même
02:39d'autres pays en Europe.
02:42Donc, le risque d'une nouvelle fragmentation de la zone euro,
02:46comme en 2012, prend de la consistance.
02:48Les banquiers centraux s'inquiètent.
02:51On parle de l'action que pourrait mener la Banque Centrale
02:54à travers la TPI, la transmission de politique monétaire.
02:58Les Allemands ont déjà dit « niet »,
02:59« niet » et encore « niet ».
03:00Chaque fois qu'on leur pose la question, ils disent « niet ».
03:02Donc, on voit qu'on est dans une situation quand même critique,
03:06et qui nous dépasse largement,
03:08et qui menace la zone euro.
03:10Alors, la question qu'on peut se dire,
03:12c'est qu'ainsi on continue,
03:14si la rue l'emporte en décembre,
03:16on sera peut-être à 200 points de base,
03:19de spread avec l'Allemagne,
03:21et que dire, où est-ce qu'on en sera,
03:23je ne sais pas, c'est le 2 mai 2027.
03:26Oui, on peut dire que les marchés mettent la pression, en tout cas.
03:28Oui, mais moi, paradoxalement, je ne crois pas,
03:32ni, quand on dit crise financière ou crise sociale,
03:36ce ne sera pas l'un ou l'autre.
03:37Ce sera soit rien, soit les deux.
03:40Ah oui, mais vous, c'était la rue,
03:41vous vous disiez que la rue devait l'emporter.
03:44Non, non, non, non, je ne dis pas que la rue.
03:46Non, la question, c'était à la question,
03:48est-ce que la France va d'abord vivre crise financière ou crise sociale ?
03:53La réalité, c'est qu'elle ne vivra pas soit une crise financière,
03:56soit une crise sociale.
03:57C'est qu'encore une fois, ce sera soit rien, soit les deux.
04:00Pourquoi ce ne sera pas la crise financière toute seule ?
04:03Parce que d'abord, la plupart des grandes crises financières
04:04que la France a subies, c'était des crises internationales.
04:07Ce n'étaient pas des crises qui venaient de la France.
04:09Si vous prenez 92-93, c'est une crise de la zone euro.
04:122008-2009, c'est la crise Lehman Brothers et Subprime.
04:17Et donc, on n'est pas dans une configuration internationale.
04:19Mais là, c'est nous qui sommes au cœur de l'œil du Cézône.
04:21Oui, mais justement, est-ce qu'on peut avoir une crise spécifiquement française ?
04:25En réalité, il n'y a pas un pays où c'est aussi facile de lever l'impôt.
04:29Il n'y a pas un pays où il y a autant d'épargne que des ménages.
04:31Et rappelez-vous, moi je pense qu'on ne peut pas comparer avec la Grèce.
04:35D'abord parce que la Grèce, on a découvert qu'on nous vendait.
04:38La rue, il y a eu des manifestations énormes, ça a été terrible.
04:41Sauf que depuis la Grèce, il y a quand même des tas de mécanismes.
04:44Et la France est un pays par rapport à la BCE.
04:47Alors, la BCE n'a pas vocation à empêcher la France de payer plus cher sa dette.
04:51Mais elle a vocation à empêcher une véritable crise financière.
04:55Donc ça, je n'y crois pas beaucoup.
04:56La crise sociale toute seule, je n'y crois pas beaucoup non plus.
04:59Parce que quand vous faites l'historique des grandes crises sociales en France...
05:02Alors attention, il faut faire la différence entre crise sociale ou crise de colère sociale.
05:10Mouvements sociaux.
05:11Mais ça peut avoir un impact sur le budget, c'est ce que vous dites.
05:13Et la réalité, c'est que les grandes crises de protestation sociale
05:18se produisent toujours plutôt quand l'économie va bien.
05:22Prenez 68, prenez 95, prenez 2018.
05:25C'est les périodes où la croissance est bonne, etc.
05:28Tout ça pour dire qu'il n'y aura pas, je ne vois pas non plus, la crise sociale se
05:33déclencher.
05:34La réalité, c'est que si on devait faire une analogie historique,
05:37moi je pense plutôt à ce qui s'est passé...
05:39Alors il y a les années 30 où on a eu crise financière et crise sociale en même temps.
05:42Il y a la révolte des tulipes hollandaise.
05:44Oui, non, mais je veux dire...
05:46Mais là, c'était aussi...
05:48Beaucoup de crises financières sont venues de crises bancaires.
05:50Alors là, on n'a aucun doute sur la solidité du système bancaire français.
05:54Non, il y a un exemple qui est... Le bon exemple, c'est 1848.
05:57Oui, non, mais pas du système bancaire français, ok.
06:00Mais en revanche, il y a quand même un doute sur la zone euro,
06:03sur la solidité de la zone euro.
06:06Et on voit déjà des hedge funds qui, quand même, commencent à jouer ça.
06:09Oui, mais la réalité, c'est qu'il y a une hausse générale.
06:12Le risque français est en train de venir à un risque européen.
06:14Il y a une hausse générale des taux qui est tirée par les États-Unis.
06:17Les taux montent plus que les autres en France.
06:20Mais on ne sent pas vraiment de tension au sein de l'UE.
06:23Non, moi, je pense que le scénario dangereux,
06:25ce n'est pas que les marchés attaquent soudainement la France
06:28en disant la France, on ne lui prête plus, c'est plus solable.
06:30C'est qu'effectivement, c'est juste qu'il conclut
06:34que la contrainte sociale et politique est telle
06:36que finalement, la France n'arrivera jamais à corriger ses finances publiques.
06:41Mais sinon, je ne vois pas de...
06:43Encore une fois, sans crise sociale, il n'y aura pas de crise financière.
06:48Mais donc, c'est pour ça que je dis...
06:50C'est pour ça que je dis...
06:52Est-ce qu'il y aura une crise ?
06:54Il n'y aura pas de crise ?
06:54Non, moi, je pense qu'il n'y aura rien du tout.
06:57On va payer plus cher notre dette, c'est sûr.
07:01Mais moi, je ne vois pas de vraie crise.
07:06Oui, mais l'objet du débat, c'est l'impact que ça peut avoir sur le budget.
07:10Ça dépend de la visibilité.
07:12Est-ce que le gouvernement Lecornu est capable d'apporter de la visibilité,
07:17de maintenir le fait qu'on ait de tenir ses promesses
07:20et ses engagements par rapport au déficit de la France ?
07:24C'est là-dessus que ça se joue.
07:26Et donc, c'est là-dessus.
07:26Est-ce que Lecornu, il va tenir face à la rue ?
07:30Est-ce que c'est possible ?
07:30En tout cas, il a certainement un peu musclé sa copie vis-à-vis de ses marchés.
07:34Et moi, je pense que Pannière, il n'a pas le choix aujourd'hui.
07:38Il faut qu'il fasse très attention au marché
07:40parce qu'on est vraiment dans l'œil du cycle.
07:41– Et ce budget, il envoie quand même des signes au marché ?
07:44– Non, parce qu'on peut considérer que oui,
07:48sauf que, qu'est-ce que regardent les marchés ?
07:50C'est exactement la même situation que quand on dit
07:53la bourse aime les licenciements, etc.
07:55La réalité, c'est que quand vous regardez
07:57comment évoluent les cours des entreprises qui licencient,
08:00si vous n'avez pas de projet derrière,
08:01vous voyez bien que ça n'a aucun,
08:03il n'y a pas d'effet positif sur le cours de bourse
08:05quand vous annoncez des licenciements.
08:07Et là, la France, c'est exactement la même chose.
08:09C'est-à-dire qu'en fait, toutes les restrictions
08:10qui sont faites, toutes les hausses d'impôts
08:12qui sont décidées, toutes les…
08:15– Et Dieu sait qu'il y en a à tous les étages.
08:17– Et il y en a partout.
08:19Pour les entreprises…
08:20– Mais il n'y a pas de vision, il n'y a pas de réforme structurelle.
08:21Donc en fait, c'est pour ça que les marchés…
08:23– Rien, ce budget ne corrige le moindre défaut structurel de nos finances publiques.
08:29– D'où le doute des marchés financiers, des gestionnaires de fonds.
08:33En plus, c'est intéressant, si vous la lisez, la presse anglo-saxonne,
08:36vous voyez bien qu'il y a beaucoup d'éditos qui disent
08:38« Mais en fait, bon, il n'y a aucune réforme là-dedans,
08:41c'est que de la mesure, c'est plus d'impôts, toujours plus d'impôts. »
08:44Et en fait, pourquoi c'est le patron d'un fonds japonais qui dit
08:49« Mais pourquoi je prendrais… c'est même pas un risque,
08:51j'ai pas envie d'acheter de la dette française, je préfère prendre… »
08:55Et c'est tout le problème, c'est qu'en ce moment,
08:56on est en concurrence sur les marchés avec les Allemands
08:59qui lèvent énormément d'argent.
09:00– Puis vu que les taux montent, il n'y a pas trop d'intérêt à acheter maintenant.
09:03– Il y a une collectivité, il n'y a pas beaucoup d'intérêt à acheter,
09:07même une certaine crainte pour acheter la dette française.
09:10– Sauf que le vrai rendez-vous, c'est quand même la présidentielle.
09:12– Il faut tenir.
09:14– Ce budget, c'est un budget d'une équipe qui s'en bat.
09:16– C'est un budget d'attente, quoi.
09:17– Donc c'est un budget de transition,
09:19et donc le vrai moment de vérité,
09:22ce sera effectivement au moment de l'élection présidentielle.
09:24– Et c'est ça qui fait peur.
09:25– Parce que là, effectivement, si effectivement,
09:28pour 5 ans, les marchés se rendent compte
09:30qu'il n'y a aucun espoir d'amélioration
09:32de la situation des finances publiques en France,
09:35là oui, ça risque de turbuler un peu plus.
09:38– Ça va avoir un impact, en tous les cas,
09:40sur la campagne présidentielle, c'est ce qu'on peut dire, c'est sûr.
09:42C'est-à-dire que j'imagine que ce soit même Jean-Luc Mélenchon
09:45ou Marine Le Pen, je parle d'eux parce qu'on les met en tête
09:48dans les sondages actuels de la présidentielle,
09:51il faut aussi qu'ils vont commencer à se dire
09:54dans quelle situation on va arriver.
09:55– C'est vrai que la question de la dette,
09:56elle est centrale aujourd'hui.
09:58– Oui, ça dépasse la dette, là, aujourd'hui.
09:59C'est la dette, c'est la zone euro,
10:01c'est la crédibilité de la France.
10:03Donc c'est là où on a quand même basculé,
10:06regardez, en 2-3 jours,
10:07on n'aurait pas eu cette discussion la semaine dernière.
10:09– Ça y est, ça va vite.
10:11– On bascule, on bascule ?
10:12– On bascule, il faut essayer de rebasculer dans l'autre sens.
10:15– Oui, c'est ça.
10:16Merci à tous les deux d'être venus ce matin,
10:19Edwige Chevrillon et Emmanuel Lechypre.
10:20– Merci.
10:21– Merci.

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