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  • il y a 4 minutes
Ce lundi 21 septembre, la question de la priorisation de la baisse des déficits a été abordée par Emmanuel Lechypre et Hedwige Chevrillon dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Le Chypre avec Edwige Chevrillon, bonjour à tous les deux.
00:03Bonjour Brigitte, bonjour Emmanuel.
00:04Et bienvenue sur le plateau de Good Morning Business.
00:07La dette de la France devrait dépasser les 121% du PIB en 2027, un record.
00:11En 2030, les intérêts de la dette seront de 100 milliards d'euros,
00:14des intérêts qui viennent à lourdir le déficit qui devrait être de 5,4% à la fin de l
00:18'année, 5% en 2027.
00:20A la une du Parisien hier, la présidente de la Cour des comptes déclarait
00:23« Nous sommes à un moment décisif ».
00:25Alors Emmanuel Le Chypre, est-ce qu'il faut donner la priorité à la baisse des déficits ?
00:30Ben non, je pense que cette obsession pour la réduction des déficits devient dangereuse,
00:35même quasiment pour notre avenir et pour notre futur,
00:39parce que ce n'est pas en faisant des économies qu'on rembourse une dette.
00:42En fait, c'est avec une économie qui fonctionne qu'on rembourse une dette.
00:45C'est-à-dire qu'avec une économie qui fait de la croissance,
00:48qui génère des revenus qui permettront de rembourser la dette.
00:52Moi, il y a beaucoup de travaux académiques ces derniers temps qui sont vraiment absolument passionnants.
00:58Alors je vous cite par exemple le travail qu'a fait Rex & Code.
01:00Il n'y a pas longtemps qu'il compare trois scénarios.
01:02Le scénario du « on ne fait rien », donc bon, là on tourne autour de 0,7-0,8
01:06% de croissance par an.
01:07On a un déficit qui ne diminue pas, 5% du PIB, et une dette qui ne diminue pas non
01:11plus.
01:12Rex & Code nous dit « Ah, qu'est-ce qui se passe si on réduit brutalement la dépense publique
01:16? »
01:16Et là, ils nous disent concrètement « Oui, ça peut marcher sur les déficits, mais à terme, on a une
01:20croissance qui tombe entre 0 et 0,5%
01:22et donc qui ne permettra jamais, finalement, de réduire les déficits durablement et la dette.
01:27Et donc, on est dans une espèce de stagnation, d'éflation récessive.
01:32À l'inverse, ils nous disent qu'une politique qui permet d'augmenter la croissance potentielle de 1 à 2%,
01:37eh bien, ça fait 30 à 60 milliards de PIB en plus chaque année, et ça fait des revenus, et
01:42ça fait de la réduction de la dette et des déficits.
01:44Et tout ça, c'est grâce à la productivité.
01:46Et quand vous regardez aujourd'hui ce qui nous manque, c'est bien ça, c'est des gains de productivité.
01:51C'est donc des dépenses massives publiques d'investissement, de recherche et d'innovation.
01:56Et c'est exactement ce que dit aussi notre prix Nobel d'économie gentil rôle.
02:00C'est-à-dire que c'est là-dessus qu'il faut miser, c'est pas sur la réduction bête
02:03des déficits.
02:03Et je suis très intéressé, et je termine là, Edwige, par la réaction des marchés financiers à l'annonce de
02:08ces 54 milliards.
02:10Ils disent, mais attendez, ok, vous voulez réduire, mais ça ne résout pas votre problème à long terme.
02:13C'est exactement comme une entreprise qui fait des licenciements boursiers.
02:16S'il n'y a pas de stratégie derrière, ça n'améliore en rien le cours de l'action de
02:20l'entreprise.
02:21Et moi, j'ai envie de dire, Emmanuel Macron sort de ce corps, Emmanuel.
02:25C'est exactement ce qu'a essayé de faire Emmanuel Macron, c'est-à-dire qu'il fallait privilégier la
02:28croissance,
02:29il fallait dépasser, il fallait investir dans l'intelligence artificielle, dans la productivité.
02:33On est bien d'accord.
02:35Résultat, je crois que le déficit cumulé d'Emmanuel Macron, là, depuis qu'il est arrivé au pouvoir,
02:40enfin 2018, année pleine, c'est 1 400 milliards d'euros quand même.
02:43Donc ça veut dire que c'est quand même difficile quand la croissance n'est pas au rendez-vous.
02:47Sauf qu'on a dépensé dans tout, sauf dans la recherche, l'innovation, la technologie.
02:51Un peu quand même, un peu quand même.
02:53Là où je vous rejoins, c'est que la croissance, ça fait tout.
02:55Je rappelle ce qu'a dit Patrick Martin, là, il y a quelques jours.
02:58Il a dit que seule la croissance nous permettra de nous sortir de cette espèce de spirale,
03:02de boule de neige dans laquelle nous sommes en train d'entrer.
03:05Il a rappelé quand même que les prélèvements obligatoires pour les entreprises,
03:09ça présente 424 milliards, même un peu plus.
03:12Donc ça veut dire quoi ?
03:13Ça veut dire que ça prélève plus de 25% de la valeur ajoutée des entreprises.
03:16Donc comment voulez-vous avoir de la croissance si vous reniez absolument partout ?
03:20Et là, c'est tout le danger, c'est que les chiffres, vous les avez un peu rappelés,
03:23Brigitte, les chiffres, ils donnent le tournis sur le service de la dette,
03:26que ce soit 60 milliards, là, on peut en doute un peu plus, 80 milliards, voire 100 milliards.
03:32C'est ce que dit Bercy en 2030.
03:34Je crois que ce n'est jamais arrivé, je parle sous contrôle d'Emmanuel,
03:36c'est un record depuis 1945.
03:38Donc c'est dire qu'il y a quand même une urgence.
03:40Sur le principe, vous avez raison, le problème, ce qu'il y a, c'est qu'aujourd'hui,
03:43on n'est pas du tout dans cette situation et on ne peut plus se le permettre.
03:47Le taux des prélèvements obligatoires est en train d'exploser.
03:49Donc là, on est en train de rentrer, peut-être, je n'ose pas parler d'austérité,
03:53parce que ça, ça ferait un objet d'un autre débat,
03:5554 milliards, on n'y croit pas vraiment,
03:58enfin, tous les cas d'économie sur ce budget.
03:59Donc on voit qu'on arrive quand même au bout de toutes ces logiques
04:03et il faut bien qu'il y ait une espèce de grand soir fiscal,
04:06sinon il n'y arrivera pas.
04:07Est-ce qu'il ne faut pas un peu d'édo finalement, Emmanuel Lechypre ?
04:09Bien évidemment.
04:10Alors moi, attention, je pense qu'il faut effectivement bien serrier les problèmes.
04:14L'idée, c'est qu'on peut se dire
04:19la réduction du déficit en lui-même n'est pas la priorité.
04:23Après, ça veut bien dire qu'il faut quand même réduire les dépenses.
04:26Ça ne veut pas dire que cette non-réduction des déficits
04:30doit aller alimenter des dépenses de consommation, etc.
04:32Non, c'est qu'il faut urgemment consacrer beaucoup d'argent
04:36à tout ce qui va faire notre croissance future.
04:38Évidemment, mais ce n'est pas le sujet.
04:40Et ça, on ne le fait pas.
04:44Or, pourquoi on est à un tournant historique
04:47et que si on ne le fait pas maintenant,
04:48c'est pour ça qu'en fait, on n'a pas le choix.
04:50C'est-à-dire qu'on ne peut pas dire
04:50on réduit d'abord les déficits
04:52et puis après, on verra bien, etc.
04:54Non, parce que le changement de pied...
04:57Non, c'est maintenant.
04:57Le changement avec l'IA, c'est maintenant.
04:59Et c'est maintenant.
04:59On est d'accord.
05:00Parce qu'en plus, il y a des travaux,
05:01et notamment, encore une fois, des travaux académiques
05:04qui vous disent, mais attendez,
05:05en fait, les gaps de performance entre pays,
05:08ils se font au moment des grandes révolutions technologiques.
05:12Et ça, c'est quand vous avez des pays
05:14qui réussissent finalement une révolution technologique.
05:17Regardez les États-Unis dans les années 90.
05:20Oui, mais le problème, c'est que si on condamne...
05:24Alors, soit il faut donner un grand coup de barre.
05:26Mais non, justement, vous ne changez pas de logiciel comme ça, Edwige.
05:29Ben oui, il faut changer de logiciel,
05:30parce que regardez dans quel état on veut ça.
05:31Oui, mais changer de logiciel, c'est de dire
05:33qu'on se fout des déficits
05:35et on va massivement sur toutes ces dépenses
05:39de technologies, de recherches, d'investissements
05:42qui feront les gains de productivité, etc.
05:45Moi, j'ai votre solution.
05:46Mais on sera toujours...
05:47L'année prochaine, on sera dans le même...
05:49Il faut faire un grand emprunt
05:50et demander aux Français un grand emprunt
05:52pour la recherche, pour l'intelligence artificielle.
05:54Vous avez, je vous rappelle, 6 400 milliards d'euros
05:57dans les bas de laine des Français.
05:59Ben voilà, donc ça, ça fait...
06:00Ils pourraient mettre leur épargne là-dedans.
06:03Au lieu d'avoir...
06:04Je crois que c'est 30% dans les dettes de l'État.
06:08C'est pas Philippe Payon qui a proposé ça,
06:09justement, d'investir...
06:11Non, alors Philippe Payon, c'est pas ça.
06:12C'est Philippe Payon qui veut faire une fondation.
06:15C'est-à-dire qu'il veut que les grandes entreprises,
06:16au lieu de être matraquées par l'impôt,
06:19fassent une sorte de fondation
06:19qui serait exonérée
06:21et qui investirait dans l'intelligence artificielle.
06:23C'est ce qu'il a soumis, notamment,
06:26à Sébastien Lecornu,
06:27c'était aux rencontres d'Aix-en-Provence.
06:28Depuis, par qui, ça fait son chemin.
06:30Je ne sais pas si c'est gérable ou pas.
06:32Peut-être l'objet d'un autre débat.
06:33Mais enfin, en tous les cas,
06:34je pense que la priorité, là...
06:36Puis de manière, regardez, Emmanuel,
06:38regardez les taux d'intérêt.
06:39Là, on a tapé les 4-7.
06:41Ça le risque, c'est aussi les marchés régissent, non ?
06:43L'écart, c'est...
06:43On a dépassé les 100 points de base.
06:46Mais vous voyez bien...
06:46Avec l'Allemagne...
06:47Donc, on...
06:48Oui, mais on est dans une situation
06:50où là, ça se resserre autour de notre coût.
06:53Non, mais on voit bien que,
06:54quand vous offrez au marché
06:56uniquement la perspective
06:57d'une baisse comptable du déficit
07:00sans aucune amélioration, finalement,
07:02à la fois du déficit structurel
07:04et de tout ce qui peut générer
07:06de la croissance demain,
07:07vous voyez bien que les marchés
07:08n'achètent pas.
07:09Vous voyez bien que les marchés
07:10n'achètent pas.
07:10Donc, on peut toujours s'acharner
07:11à se lancer dans une énorme cure d'austérité.
07:15Je ne vois pas en quoi...
07:16Je ne vois pas en quoi...
07:17Ça améliorera notre situation.
07:19Ils ont complètement absorbé
07:20les sondages
07:21qui montrent que, notamment,
07:23il y a des chances
07:24à soit Marine Le Pen
07:25voir Jean-Luc Mélenchon au pouvoir.
07:27Ils ont déjà complètement absorbé
07:28notre campagne présidentielle,
07:29les marchés.
07:30Non, mais l'idée,
07:30c'est qu'une bonne politique budgétaire,
07:32ce n'est pas une politique
07:32qui réduit les dépenses partout.
07:35C'est une politique
07:36qui, effectivement,
07:37s'interroge
07:37sur le fait
07:39qu'on ne peut plus
07:40gaspiller d'argent
07:41et que c'est comment
07:42tirer le meilleur parti
07:44de chaque moindre euro
07:45de dépensée.
07:45La priorité,
07:46ce n'est pas aussi
07:46de faire des réformes structurelles
07:47plutôt que...
07:49Oui, mais il y a des...
07:50Sur les 54 milliards,
07:51il n'y a pas une réformes structurelles.
07:52Non, non, mais il y a des...
07:53À côté de ça,
07:54il y a des gains,
07:56effectivement,
07:56il y a des économies formidables
07:57à aller chercher
07:58du côté de tout un tas
07:59de gaspillages, etc.
08:00Bien sûr,
08:01ça, il faut le faire.
08:02Mais je veux dire,
08:03réduire...
08:03Il ne faut pas,
08:05parce qu'il faut améliorer
08:06notre situation budgétaire,
08:08il ne faut pas sacrifier
08:09toutes les dépenses
08:10qui sont des dépenses
08:11d'investissement.
08:11Et la facilité, toujours,
08:12est de réduire
08:12le budget de la recherche,
08:14je vous rejoins,
08:14mais il faudrait peut-être
08:15faire au niveau européen,
08:17je ne sais pas,
08:17là aussi,
08:18on pourrait avoir...
08:18Ils l'ont bien fait
08:19dans les médicaments,
08:20on peut peut-être le faire
08:20au niveau européen,
08:21dans l'intelligence artificielle,
08:23dans la recherche,
08:23d'avoir un grand projet,
08:25un grand investissement.
08:27Ça, ça pourrait être
08:27une solution.
08:29Mais en tous les cas,
08:30pour moi,
08:30la priorité, aujourd'hui,
08:32c'est vraiment
08:32de trouver une solution
08:33par rapport à ce niveau
08:35d'endettement.
08:35C'est peut-être un projet
08:36pour 2027, ça,
08:37plutôt, non ?
08:37Oui, mais vous allez
08:38vous présenter
08:39à l'élection présidentielle.
08:40Il n'y a pas suffisamment
08:42de candidats.
08:42Mais peut-être que
08:47vendons des perspectives
08:48et ne vendons pas
08:49une approche comptable.
08:51Voilà.
08:52Ça doit être un vrai projet
08:54politique et technologique.
08:56Ce n'est pas Excel
08:56qui doit nous dire
08:57quelles dépenses
08:58on doit réduire.
08:59Merci à tous les deux
09:00d'avoir participé
09:01à ce débat,
09:02Edwige Chevrillon
09:02et Emmanuel Lechypre.
09:05On vous retrouve
09:05tous les deux mercredi
09:06pour débattre, bien sûr.
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