00:00Edwige Chevrillon face à Le Chypre ce matin 8h43 sur BFM Business et RMC Live Canal 25.
00:05Bonjour à tous les deux et bienvenue.
00:08Alors la colère gronde face à la flambée des prix du carburant.
00:11A la pompe il est autour de 2,30€ en moyenne pour le gazole, 2,15€ pour le sans-plomb
00:1595.
00:16Les aides aux gros rouleurs, des aides ciblées ont été reconduites mais jusqu'à la fin du mois seulement, fin
00:20du mois pour l'instant.
00:22Les taxes de l'Etat correspondent à environ 50% du prix au litre.
00:26Alors dans ce contexte, certains demandent de baisser les taxes.
00:30Faut-il baisser les taxes Edwige Chevrillon ?
00:32Alors ma réponse elle va être non mais je vais développer évidemment.
00:35Je vais peut-être d'abord faire un petit rappel comment est fixé le prix de l'essence.
00:39Les taxes sur le carburant représentent environ, vous l'avez dit Brigitte, la moitié du prix à la pompe.
00:44Mais évidemment ça varie en fonction du prix hors taxes.
00:48Alors la fiscalité en France elle repose essentiellement sur l'assise, sur les produits énergétiques.
00:53C'était l'ancienne TICPE et sur la TVA qui est fixée à 20% en métropole.
00:58Depuis le 1er mars 2026, cette assise elle s'élève à 0,69, 0,2€ par litre d'essence et
01:070,60, 75€ par litre de gazole.
01:10Le prix à la pompe évidemment dépend des prix et de la cotation et puis de la marge que prennent
01:14les raffineurs.
01:15C'est peut-être aussi un des enjeux.
01:17Alors Emmanuel, vous vous dites oui on peut les baisser, après moi je vous dirais comment ça paraît difficile dans
01:23le contexte actuel.
01:24Alors effectivement vous avez rappelé les chiffres, on est sur la moitié à peu près de taxes dans le prix
01:31d'un litre de carburant.
01:33Alors un, il faut rappeler que la baisse des taxes elle aurait quand même plusieurs mérites.
01:38Elle aurait d'abord le mérite d'avoir des effets immédiats, c'est-à-dire que vous décidez de baisser
01:44les taxes aujourd'hui, ça a un effet immédiat sur le porte-monnaie des automobilistes.
01:49C'est beaucoup plus simple qu'une prime carburant qui implique de déterminer qui a droit, les revenus, etc.
01:56Et de toucher à la fin une somme, somme toute, modeste.
02:00C'est aussi une mesure anti-inflation, c'est-à-dire que si vous baissez les taxes, que vous baissez
02:05le prix du litre,
02:07vous cassez finalement toute la chaîne de répercussion de cette hausse des prix des carburants sur l'ensemble de l
02:14'économie, ce qui n'est pas négligeable.
02:16C'est une mesure qui est extrêmement juste sur le plan social et sur le plan de, finalement, de la
02:24cohésion entre les territoires.
02:25Parce que la réalité, c'est que le carburant, ça pèse beaucoup plus dans le budget des ménages modestes que
02:31dans le budget des ménages aisés.
02:33Oui, mais là, tout le monde en profite.
02:34On dit toujours, oui, mais sauf que proportionnellement, oui, ça c'est toujours l'argument sur les baisses généralisées de
02:39carburant, ça profite aux riches, etc.
02:41Mais la réalité, c'est qu'en proportion de votre budget, l'effort que vous faites en matière de budget
02:47carburant, l'INSEE a publié une étude début septembre,
02:52le carburant, c'est quasiment 14% des dépenses des ménages ruraux, c'est moins de 9% des ménages
02:58urbains.
02:59Donc finalement, vous faites quelque chose qui est assez juste sur le plan territorial.
03:04Et puis, n'oublions pas qu'aujourd'hui, il y a toujours cet effet un peu pervers entre le fait
03:12que plus le carburant est cher, moins vous en consommez,
03:16et que donc, il n'y a pas de cagnotte, etc.
03:19Donc l'intérêt d'avoir une baisse de la consommation qui est moindre, finalement, ça fait quand même vendre plus
03:26d'essence.
03:27– On vous dit que l'État ne s'enrichit pas, c'est ce que disait Roland Lescure d'ailleurs
03:30hier.
03:30– Ni ne s'appauvrit massivement.
03:31– Je peux vous faire là aussi un petit rappel quand même des chiffres, Emmanuel, vous les connaissez mieux que
03:35moi, mais enfin quand même.
03:36Baisse de la TVA de 20% à 5,5%, comme le veut le Rassemblement national.
03:40Coût pour les finances publiques, c'est 12 milliards d'euros.
03:42Place fondement, comme le veut LFI, sauf que là, ils iront vendre ailleurs en tous les cas,
03:50parce qu'il y a un goulot d'étranglement sur les raffineurs, les distributeurs, ils iront vendre dans d'autres
03:56pays.
03:56– D'ailleurs, quand c'est plafonné chez Total, il n'y a plus rien à la pompe.
03:58– Absolument, la preuve en est.
04:00Un centime de baisse des taxes, ça coûte à peu près 500 millions.
04:03En 2022, on avait fait une petite ristourne de 30 centimes, c'était déjà pas mal.
04:07Coût pour les finances publiques de 7,5 milliards.
04:11On n'est plus le quoi qu'il en coûte à quand même céder à quoi qu'il n'en
04:15coûte pas.
04:16Je vous rappelle, depuis 2008 à aujourd'hui, le cumul des intérêts d'emprunt a éteint,
04:20j'ai fait un petit calcul, 700 milliards d'euros.
04:22Ce matin, Bertille Bayard a ce même micro, elle expliquait que la somme des déficits à venir,
04:28de 5% en 2027 à 2, 3% au mieux d'ici 2032, c'est 500, 600 milliards d
04:35'euros qu'il faudra payer.
04:36C'est pour vous dire que les chiffres sont colossaux.
04:37Donc, il n'y a plus d'argent, les caisses sont vides, il n'y a pas de solution miracle.
04:41Alors quand même, pour aller dans le sens d'Emmanuel Le Chiffre,
04:44il y a un truc qu'il faut éviter à tout prix, c'est le blocage de l'économie.
04:48On voit déjà que la croissance, on l'a rappelé.
04:51Et peut-être un mouvement social aussi, parce qu'on voit qu'il y a quand même quelques professions là,
04:54qui commencent à dire ça, pas à dire ça suffit.
04:58Le retour d'un éventuel mouvement des gilets, s'il n'y a plus d'essence,
05:01et puis il y a quand même, effectivement, cette colère qui gronde.
05:04Pardon, mesdames, la seule façon de réduire la contradiction que vous pointez du doigt,
05:09du genre, ah ben il n'y a plus d'argent dans les caisses, on ne peut rien faire.
05:12Ah mais si on ne fait rien, on va tout droit à la crise sociale et à la crise de
05:16l'économie.
05:18Moi je veux bien, mais il y a un moment où il va falloir faire des choix.
05:20Et donc moi je pense que le moindre mal...
05:21Oui mais alors ça dépend, baisser les taxes, c'est très cher.
05:24Mais on peut faire aussi des...
05:25Le gouvernement il dit des aides-ciblées.
05:27C'est là où il faut...
05:28Il faut apporter des précisions et des horizons.
05:30Bon, soyez précis Emmanuel.
05:32Alors on est précis.
05:33Soyez précis.
05:34Ah mais moi j'ai des propositions...
05:36Même si je suis blonde, est-ce qu'on est blonde ?
05:38Est-ce qu'on peut finir notre phrase Emmanuel Lechypre ?
05:43Ça n'est pas parce que vous êtes blonde que vous évitez...
05:46On ne part pas comme ça.
05:46Attention parce que deux blondes valent bien une brune.
05:49Vous pointez une contradiction et vous mettez à ça une forme d'impuissance.
05:53Mais on ne peut pas se résoudre.
05:54Non, on se dit que ça dépend de ce qu'on fait.
05:55Si ça dure, si cette crise perdure, c'est là où il y a le côté court terme et long
06:01terme.
06:01Si c'est durable, là il faudra peut-être, et je dirais dans votre sens, trouver une solution budgétaire.
06:07Mais si ça dure un mois, deux mois, il faut essayer de tenir bon, même si la colère ronde, et
06:16je suis d'accord avec vous.
06:17Quand on a commencé la guerre début février, on disait que ça ne va pas durer, ça va être rapide,
06:21etc.
06:22C'est pour ça que ce gouvernement a bien pensé qu'il fallait faire le doron.
06:26Et des aides ciblées.
06:27Ça fait quand même six mois que ça dure.
06:29Et on voit bien qu'à un horizon raisonnable, il n'indique que les conditions d'approvisionnement sur le marché
06:36mondial du pétrole vont revenir à la normale rapidement.
06:39Donc il va bien falloir prendre des mesures.
06:42Alors si on décide de baisser les taxes, parce que c'est faux de dire qu'il n'y a
06:46pas de marge.
06:46Mais c'est de baisser de 12 milliards, nous dit Edwige.
06:48D'accord, moi je suis d'accord sur un point, il ne faut pas aller chercher la TVA.
06:53La TVA, il faut des aides ciblées.
06:55Ah bah on est bien d'accord, on est d'accord.
06:57Bon, on va finir par être d'accord.
06:59Non, non, non, si vous allez chercher sur la taxe sur les produits pétroliers, vous allez quand même chercher 10
07:04à 15 centimes par litre.
07:06Ce qui n'est absolument pas négligeable.
07:08Et moi j'avoue que je trouve qu'il y a des travaux qui ont été faits, mais comme d
07:12'habitude, les gens qui essayent de réfléchir, les économistes qui essayent de proposer des solutions.
07:15Nous on ne réfléchit pas.
07:16Personne, personne, pas de vous Edwige.
07:19Les gens ne les écoutent pas.
07:21C'est des propositions qui ont été faites en 2023-2024 par notamment Patrice Joffron et Quentin Perrier qui sont
07:27des économistes de l'énergie.
07:28Remarquable.
07:29Qui avaient proposé une réforme qui consistait à refaire une forme de TIPP flottante.
07:36Mais eux, ils appellent ça la fiscalité élastique sur les carburants.
07:40Vous vous rappelez qu'en 2000, en 1999, Joffron avait effectivement mis cette TIPP flottante.
07:46Le principe c'était quoi ?
07:47C'était de dire les prix du pétrole augmentent, du coup on va baisser les taxes pour éviter que ça
07:54se répercute trop sur le carburant.
07:55Mais le problème c'est qu'à l'époque, cette baisse avait été mangée par la hausse de TVA, etc.
08:00Et eux proposent un système qui serait un système dans lequel on a finalement des taxes qui mécaniquement, sur le
08:07long terme, varient avec les prix du pétrole.
08:11Donc qui sont d'autant plus hautes que les prix du pétrole sont bas.
08:14Ce qui a un, a l'avantage de lisser les prix du carburant sur le long terme.
08:18Et deux, ils font surtout la démonstration en regardant depuis 2010, si on avait fait finalement ce système-là, les
08:24finances publiques auraient été gagnantes et pas perdantes.
08:28Donc il y a des solutions pour baisser les taxes, ça ne doit pas être un tabou.
08:32Non, il y en a une autre qui est déjà sur la table, c'est évidemment, c'est de supprimer
08:37la C2A, enfin la contribution.
08:41Les certificats d'économie d'énergie, Michel-Édouard Leclerc l'a suggéré, certains disent.
08:46Alors, pourquoi on peut dire qu'il ne faut pas les supprimer ?
08:50Ça finance les voitures électriques, les énergies renouvelables, la rénovation thermique.
08:55Donc ça sert quand même à quelque chose, parce que l'État, justement, ça ne rentre pas dans les caisses
09:01de l'État.
09:01Ce qu'on peut dire, c'est qu'on pourrait peut-être le supprimer le temps de la crise, le
09:07temps d'un retour à la normale.
09:08Là-dessus, ça, je pense que c'est la solution.
09:11Oui, mais ça, c'est... Enfin, je veux dire, il n'y a que le gouvernement...
09:13Ça fait 15 centimes, c'est quand même pas mal, non ?
09:14C'est énorme, mais il n'y a que le gouvernement qui ne comprend pas que c'est la première
09:17des choses à faire pour faire baisser la pression sociale.
09:20C'est un mauvais signal envoyé, quoi, sur la...
09:21Bah voilà, vous êtes d'accord, on n'a qu'à faire ça.
09:24Et puis au moins, ça baisse déjà quand même sensiblement le prix du carburant.
09:29C'est une question qu'on s'est posée pour savoir de quoi on débattait ce matin.
09:33Et on s'est dit, mais il n'y a même pas débat, on est tous d'accord.
09:35Voilà, donc on avait dit qu'on n'en parlait pas.
09:37L'intérêt d'une telle mesure, on s'est dit, si on est d'accord, ce n'est pas un
09:39débat.
09:39Par contre, le vrai débat, effectivement, c'est plus loin.
09:41C'est sur ces taxes sur les carburants, où il y a le très bon argument qui est combien ça
09:45coûte.
09:46Mais la réalité, c'est qu'à court terme, il y a des dépenses qu'il vaut mieux savoir faire.
09:49Il y a des solutions qui existent.
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