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Ce lundi 14 septembre, la possibilité d'une nouvelle crise sociale pour la France a été abordée par Hedwige Chevrillon et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Brigitte Boucher, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:00Edwige Chevrillon face à Emmanuel Lechypre ce matin à 8h42 sur BFM Business et RMC Live Canal 25.
00:06Bonjour à tous les deux.
00:07Bonjour à tous.
00:08Et bienvenue à vous.
00:10On va parler de la crise sociale.
00:11Est-ce qu'elle guette la France ?
00:14Je vois qu'Emmanuel est très remonté ce matin.
00:16Alors les prix du carburant flambe, ça ne vous a pas échappé.
00:18Le pouvoir d'achat devrait reculer, 0,4% selon l'INSEE.
00:22Des appels à la mobilisation ont été repérés sur les réseaux sociaux.
00:25Le spectre d'un nouveau mouvement des Gilets jaunes hante le gouvernement.
00:30Alors Edwige Chevrillon, je vous pose la question.
00:32Est-ce que la France peut connaître une nouvelle crise sociale ?
00:35Alors, j'ai envie de dire la crise sociale, elle est déjà là.
00:38Vous regardez les chiffres, vous les avez cités.
00:40On est déjà en état de crise sociale.
00:42Vous avez près de 10 millions de personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté en France.
00:46C'est à peu près 15% de la population.
00:48Donc ça fait quand même beaucoup.
00:50Le chômage, vous l'avez dit, est parti à la hausse.
00:52Les prix du carburant, ils ont franchi la barre des 107 dollars.
00:55Et notamment avec ces deux très mauvaises nouvelles.
00:57La prise des étroits de Bar el-Bambed par les outils du Yémen.
01:00Et puis la fermeture de l'Odic.
01:02Donc la crise du carburant, elle ne va pas s'arrêter.
01:05Autre ingrédient, le pouvoir d'achat.
01:07Je vais prendre un chiffre un peu plus global.
01:09Entre 2021 et 2024, c'est moins 6,3%.
01:13Et puis on le voit bien tous les soldats de monde.
01:14Pour la consommation alimentaire notamment.
01:15Oui, absolument.
01:16On le voit bien, c'est vraiment la préoccupation des Français.
01:20Donc oui, on traverse une crise sociale importante.
01:23Alimenter des facteurs économiques, politiques, budgétaires.
01:28Et après, deux tiers des électeurs français qui se déclaraient en colère face à la situation.
01:33J'étais sur le plateau du forum de BFM TV.
01:36Qui avait eu beaucoup de succès, beaucoup d'audience.
01:38Pourquoi on parle de la colère des Français ?
01:40Les gens, ils étaient vraiment en colère.
01:41On ne voit pas ce mouvement sur le rond-point.
01:45Donc tous les ingrédients de cette crise sociale sont là.
01:49La question c'est comment cette crise sociale, cette colère se traduit.
01:55Alors c'est là où je ne crois pas, malgré, on voit bien sur les appels sur TikTok,
02:00sur les réseaux sociaux, pour le 17 octobre notamment.
02:04On voit que le gouvernement est très préoccupé par cette date.
02:06Je ne crois pas forcément à un mouvement des gilets jaunes tel qu'eux.
02:12En revanche, je pense qu'il y aura peut-être des formes un peu protéiformes.
02:16Et ça c'est sans doute, on verra des mouvements sporadiques.
02:19Et puis surtout, on va voir que ça va s'exprimer forcément dans le vote,
02:23notamment pour la présidentielle.
02:25Donc crise financière, crise sociale, et puis surtout risque de crise financière.
02:29Donc tout ça fait des ingrédients pour que cette crise sociale continue.
02:35Elle est déjà là la crise sociale, Emmanuel Lechypre ?
02:39Alors, ce que nous a décrit Edwige, c'est effectivement le lent processus de déclin,
02:45de déclassement dans lequel est entrée la France effectivement,
02:49et particulièrement en fait depuis le début des années 2000,
02:54où on voit que la France est un pays qui n'a pas été très à l'aise
02:57dans la mondialisation extrêmement libérale, concurrentielle,
03:01a pris des mesures à rebours de ce qui était économiquement nécessaire
03:05pour des raisons politiques.
03:07Donc oui, la France est engagée dans un processus de déclin et de déclassement.
03:13C'est sûr.
03:14Mais si on regarde...
03:15Et de crise sociale.
03:17Oui, enfin de déclassement social.
03:21Après, il y a des pays qui ont vécu des crises sociales beaucoup plus profondes,
03:26parce que nous, on est dans un sentiment de crise sociale.
03:28Il y a des Français pour qui c'est très dur,
03:30mais en même temps, on n'a pas eu de vrai serrage de ceinture.
03:33Il n'y a aucun politique qui a demandé 3 000, 4 000 euros d'efforts par an au ménage.
03:38On n'est pas dans des mesures d'austérité, c'est ce que vous voulez dire.
03:40On n'est pas encore.
03:41Ou les Portugais, etc.
03:43Non, les vrais moments de crise sociale, de paralysie du pays,
03:48qu'est-ce qu'on a connu ces dernières années ?
03:50On a connu finalement mai 68, on a connu 95,
03:55et on a connu 2018 les Gilets jaunes.
03:57Et c'est intéressant d'essayer d'aller chercher les points communs et les différences.
04:02On voit qu'effectivement, sur le plan du pouvoir d'achat,
04:05la morsure est très forte aujourd'hui.
04:07La morsure est très forte aujourd'hui.
04:09Je reprends le calcul que fait l'INSEE sur le pouvoir d'achat en hydrocarbures des Français.
04:14Il n'a jamais été aussi bas, et il est même 20% plus bas
04:17qu'à la fin des deux premiers chocs pétroliers,
04:20donc à la fin des années 70.
04:21Il ne faut pas oublier que c'est un peu ça le déclenchement aussi de la crise des Gilets jaunes.
04:24Alors justement, c'est là où pour moi il y a les différences.
04:27Les Gilets jaunes, c'était une nouvelle taxe.
04:29C'est là où pour moi il y a les différences.
04:30La première différence, c'est d'abord qui est responsable
04:35et contre qui se dirige la colère.
04:37On voit bien qu'en 1995, la colère était entièrement concentrée
04:41sur le plan Juppé, qui était un plan d'austérité,
04:46qui visait notamment à réformer les retraites,
04:47notamment pour les cheminots, etc.
04:49Et en 2018, le moteur de la colère,
04:53c'est vraiment cet acharnement anti-automobiliste
04:56du gouvernement de l'époque, du gouvernement d'Édouard Philippe.
04:59C'est-à-dire que quand vous cumulez la taxe carbone,
05:03les 80 km heure,
05:06les difficultés croissantes sur le contrôle technique,
05:08l'augmentation de la carte grise, etc.
05:12Non, parce que c'était une colère qui était dirigée contre un gouvernement.
05:15Là, aujourd'hui, on n'a pas du tout ça.
05:17Aujourd'hui, les Français comprennent très bien que le choc pétrolier
05:21qui les frappe ou le choc carburant,
05:23ce n'est pas le gouvernement d'Emmanuel Macron qui l'a décidé.
05:26Ils le voient bien, mais ils en subissent les conséquences.
05:29C'est la guerre de l'Iran, etc.
05:31Oui, mais ce n'est pas la même chose que quand...
05:33Et puis surtout, pour moi, il y a un deuxième phénomène
05:36qui est extrêmement différent et qui est assez constant à travers l'histoire.
05:40C'est qu'en fait, il y a toujours dans la société française
05:43un arbitrage entre la peur et la colère.
05:47Et c'est assez paradoxal de voir que tous les grands mouvements sociaux
05:50ont toujours eu lieu dans des moments
05:52où la conjoncture économique était plutôt favorable.
05:54Si vous prenez mai 68,
05:55on ne peut pas dire qu'on est en train de traverser une crise économique forte.
05:5895, ça repart.
05:59Et 2018, je vous rappelle que la croissance est en train de repartir.
06:02Le chômage baisse.
06:03Or, aujourd'hui, ce n'est pas du tout la conjoncture dans laquelle on est.
06:07Aujourd'hui, on voit le chômage qui remonte.
06:09Aujourd'hui, on voit la croissance qui est quasiment nulle.
06:13C'est-à-dire qu'on ne peut pas se permettre le luxe d'aller manifester et d'être en
06:15colère.
06:16Et on voit bien que la peur est importante.
06:17Et donc, moi, il me semble que les conditions d'une catharsis sociale
06:23qui paralyse le pays, etc., n'est pas réunie aujourd'hui.
06:27Et j'en veux pour preuve, rappelez-vous ce mouvement qui avait été lancé
06:32il y a un an sur les réseaux sociaux, là, à Bloquons-Tout.
06:35Ça a fait un peu de vagues sur les réseaux sociaux
06:37et ça a été un échec retentissant.
06:39Donc, moi, je ne crois pas à une catharsis sociale maintenant.
06:44Vous croyez un soulèvement, vous ?
06:46Non, je ne crois pas.
06:47La question, c'était est-ce qu'il y a une crise sociale ?
06:49Oui, la crise sociale est là.
06:50Elle existe.
06:51Mais sur les gilets jaunes en tant que tels, ce que je vous ai dit tout à l'heure,
06:54je ne crois pas forcément au retour des gilets jaunes en tant que tels.
06:59En revanche, je pense qu'il y aura des mouvements,
07:01notamment, ça va se mélanger un peu avec la politique et la campagne présidentielle.
07:05On peut en être sûr que certains candidats vont appeler à manifester.
07:09Et on voit bien, notamment...
07:10C'est ce que dit Fabien Roussel.
07:11Exactement, Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, c'est ce qu'ils ont dit à la fête de l'humanité.
07:15On voit qu'il y a quand même une volonté de se manifester.
07:19Il y a un grand mouvement aussi fort que les gilets jaunes, non.
07:23Donc la crise sociale est là, ça va s'empirer.
07:25On va sans doute se prendre une crise financière et on a une crise politique.
07:29Donc ça commence à faire beaucoup.
07:30Oui, mais ça, justement, c'est un des facteurs qui milite pour, justement,
07:33le fait que ça va être compliqué d'avoir une coagulation de tous les mécontentements
07:38pour aboutir à un véritable blocage du pays.
07:41Moi, je suis assez d'accord avec ce que dit Edwige sur les risques sporadiques.
07:45Mais vous voyez bien qu'aujourd'hui, il n'y a pas de cause commune au mécontentement.
07:50C'est-à-dire que vous avez plein de catégories de Français
07:51qui ont des raisons particulières d'être mécontents.
07:53La crise du pouvoir d'achat, la crise des carburants.
07:56Mais là, vous avez des tas de cas différents, finalement.
08:00Ben non, parce que tous les Français...
08:01Ben non, les Français sont tous sur le pouvoir d'achat.
08:02Ben les Français, pas tous, pas du tout.
08:04Prenez un Français qui est urbain aujourd'hui,
08:06qui habite dans un petit logement chauffé à l'électrique,
08:09qui n'a pas de voiture, etc.
08:11Lui, la hausse des carburants, il s'en fout.
08:12Donc, c'est pas tous les Français qui sont concernés.
08:15La hausse des prix alimentaires, ça, c'est un peu tout le monde quand même.
08:18Oui, ça, ça viendra aussi.
08:20Alors, justement, ça va se traduire comment ?
08:22Si ça ne se traduit pas par de la colère, en tout cas physique,
08:25ou des manifestations, vous disiez peut-être par les potes.
08:28Est-ce que ça va favoriser les extrêmes, la présidentielle ?
08:32Moi, j'ai été très frappée, pourtant c'était il y a plusieurs semaines,
08:35c'était avant même l'été, de Michel Picon, le président du 2P.
08:38Donc, vous savez, c'est tous les artisans, les professions libérales,
08:41et qui disaient, il faut reconnaître que face à la crise qu'on est en train de traverser,
08:46la colère, elle va s'exprimer comment ?
08:48Elle ne va pas s'exprimer en descendant dans les ronds-points,
08:51mais elle va s'exprimer dans le vote.
08:53Et c'est sûr que le vote de la colère, c'est le vote de Marine Le Pen.
08:56Ça, c'était plutôt pour les artisans, etc.
08:58Pour les salariés, pour les plus modestes,
09:00ça sera sans doute le vote de Jean-Luc Mélenchon,
09:02donc le vote des extrêmes.
09:03C'est sûr qu'on va assister à ça, et c'est un peu tout le danger.
09:06En plus, avec un bloc central qui, pour l'instant,
09:08ne propose rien de concret pour les Français.
09:11Oui, et en plus, c'est très dispersé.
09:14Donc, de fait, c'est plus compliqué.
09:16On le voit dans les sondages, Emmanuel,
09:18avec ces deux blocs-là qui sont...
09:20Marine Le Pen n'a jamais été aussi haut.
09:22Ça monte, dans certains sondages, jusqu'à 36%.
09:24Alors, moi, j'ai une vision sur ce moment électoral
09:28qui nous attend, qui est un peu particulière,
09:31parce qu'en fait, quand vous regardez les travaux
09:33des économistes qui prévoient les résultats des élections,
09:38qui font des...
09:39En gros, on est capable, aujourd'hui...
09:41Ils se sont toujours plantés sur le carton.
09:42Pas du tout, ils ont toujours eu raison.
09:43Alors, Edwige, prenez...
09:44Alors, c'est très simple.
09:45Prenez toutes les élections américaines depuis 1945.
09:48Ah non, non, j'étais sur la France.
09:49Ah ben, la France, ça a très bien marché aussi.
09:50Je peux vous citer...
09:51Alors, il y a plusieurs exemples.
09:53Emmanuel Macron ?
09:53Par exemple, par exemple...
09:55Alors, c'est le seul qui n'a pas fonctionné.
09:56Ah ben oui, mais ça en fait deux, quand même.
09:57Non, ça n'en fait pas deux.
09:58Mais enfin, attendez, si vous prenez...
10:00Il y a eu des élections américaines
10:02tous les quatre ans, depuis 1945, ça n'a marché.
10:04Ça n'a pas marché qu'une seule fois.
10:06C'était en 68 pour Nixon,
10:07parce que c'était le Vietnam.
10:08Et il a gagné de très peu.
10:10Et je vous rappelle que...
10:11Regardons récemment.
10:12Je vous rappelle que 2007, 2012...
10:162017, ça va pas mieux.
10:17Et 2007, je vous rappelle que le 53-47,
10:19en faveur de Nicolas Sarkozy,
10:20les modèles le donnaient exactement au mois de janvier.
10:22Mais pour une raison simple...
10:23Ah, en tout cas, là, à huit mois des élections,
10:25on n'a jamais connu le gagnant.
10:26Non, mais si.
10:27Mais si, je vous dis que si.
10:28Et tous les sondages...
10:29Mais pour une raison très simple.
10:31Et les sondages, eux, se sont trompés.
10:31Oui, mais on s'en fout des sondages.
10:33C'est là où cet exercice...
10:35Vous défendiez votre profession, vous avez raison.
10:37Oui, parce que c'est là où l'exercice est intéressant.
10:39C'est qu'en fait, l'exercice montre quoi ?
10:42Que la réalité, c'est que les gens
10:43ne choisissent pas un programme.
10:45Les gens sanctionnent ou récompensent les sortants
10:47en fonction de leurs résultats économiques.
10:50Voilà.
10:50Et donc, qu'est-ce qu'on voit ?
10:51Et ça marche à tous les coups.
10:53C'est que le bloc central va être sanctionné.
10:54Et vous avez finalement aujourd'hui...
10:56Les sortants, c'est un bloc central
10:59qui est l'héritier des politiques
11:01qui ont été menées depuis 30 ou 40 ans.
11:04Et qu'effectivement, il y aura sans doute
11:06un rejet massif des sortants au sens large,
11:09entre guillemets,
11:10pour aller vers des nouveaux candidats.
11:13Alors, ce raisonnement, il y a peu de gens qui...
11:15Les sondeurs le détestent.
11:16Parce qu'évidemment, en gros,
11:17moi, ce que je vous dis, c'est que les campagnes électorales...
11:20Ce que vous dites, c'est que Marine Le Pen va gagner.
11:21Ça ne sert à rien.
11:22Et que les sondages, ça ne sert à rien non plus.
11:24Donc, les sondeurs détestent ces méthodes.
11:26Je ne prétends pas que c'est l'alpha et l'oméga du truc,
11:29mais c'est un éclairage intéressant.
11:31Et je vous promets, vous savez quoi ?
11:33Attendez, on va prendre rendez-vous en début d'année.
11:37Et en début d'année, en janvier,
11:39je vous donnerai au point près
11:41le résultat du deuxième tour de l'élection présidentielle.
11:45Rendez-vous en janvier,
11:46vous saurez tout sur l'élection présidentielle de 2027.
11:49D'ici là, on se retrouve quand même, Brigitte.
11:51Oui, bien sûr, avec grand plaisir.
11:52Merci.
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