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  • il y a 4 jours
Chères lectrices, chers lecteurs,

Mercredi 16 septembre, nous avons eu le plaisir d'accueillir une rencontre autour de Fuck Circus, deuxième roman d'Esther Teillard paru aux éditions Grasset.

🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.

Vous souhaitant de belles lectures,

L'écume 🌊

La Quatrième : « Le square est vide, nos corps sont rouges, nous nous emboîtons derrière un toboggan orange. Ses baisers tracent des formes, des losanges, des rectangles. Pas de cercles. Comme s’il refusait la rondeur. »
Un soir d’été, une jeune femme est quittée par son amoureux, Gabriel. Sous le choc de la rupture, elle s’enfonce, seule, dans la ville de son enfance. C’est là qu’elle franchit la porte d’un bar aussi folklorique que son nom l’indique : Le Mythe. On y trouve un producteur de cinéma, le descendant direct de Chateaubriand, une star de télé-réalité et un homme politique de gauche, des êtres qui, comme elle, abandonnés, transforment leur blessure en ivresse. Abus, honte de soi, perversion, obsession, confessions des uns, provocations des autres : toutes les passions humaines sont à l’œuvre dans ce cirque nocturne. La nuit glisse vers l’impardonnable quand les festivités tournent à la prise d'otage. Emportée sur ce manège tragi-comique, la narratrice reverra-t-elle le matin ?
Dans Fuck Circus, Esther Teillard sonde notre époque et ses névroses avec une ironie mordante et une tendresse contagieuse : de l’humiliation banale à la torture, nul n’échappe à la violence. Un roman éclatant.
Transcription
00:10et je vous souhaite bienvenue donc bonsoir à toutes bonsoir à tous
00:14bonsoir esther priya merci de venir présenter votre livre ce soir à la
00:19piste des pages le circuit par les éditions grassé vous avez publié l'an
00:23dernier votre premier roman carnes l'édition pover et qui a été lauréat
00:27du brissat du premier roman et du prix la ponche et qui vient d'apparaître au
00:31livre de poche et vous revenez ce soir avec un circus que l'on pourrait
00:36traduire dans la langue de molière par le cirque de la basie
00:40c'est chic mais c'est mieux en anglais et qui traite d'une nuit dans une ville
00:46méditerranéenne où la narratrice est quittée par son compagnon et se rend dans
00:50un bar intitulé le mythe qui vient d'ouvrir les affiches d'abord et cette
00:56longue soirée c'est l'occasion de se remorer à la fois sa relation passée mais
00:59aussi de rencontrer une galerie de personnages tantôt émouvant tantôt
01:03rigide mais toujours intéressant et je me demandais si ce roman qui se déroule
01:09donc presque entièrement une nuit et presque en huit clôt dans une tragédie
01:14pourquoi avoir choisi cette temporalité très resserré pourquoi la nuit après le
01:19le grand soleil marseillais de carnes
01:24déjà merci à tous d'être ici pourquoi pourquoi la nuit parce que justement après
01:30carnes qui est donc en premier moment qui traité de marseille qui est une ville
01:34absolument géniale à traiter mais aussi impossible parce qu'on peut l'apprendre
01:38par tellement de bouts différents de recoins c'est un terrain assez difficile à traiter j'avais
01:47envie de resserrer l'action dans un espace temps très précis avec une scène de théâtre parce
01:54que je le vois comme ça c'est un roman assez théâtral assez court assez nerveux qui se passe
02:00donc dans une boîte de nuit et j'avais vraiment envie de traiter les personnages presque comme dans un
02:05un bivarium voir les regarder me moquer d'eux les les traiter au couteau et pour cela j'avais
02:12besoin d'un d'un huis clos et donc d'un espace très réduit donc là pour celles et ceux
02:19qui n'auraient
02:19pas lu le roman ça se passe en intégralité dans une boîte de nuit qui s'appelle le mythe
02:25justement les traités au couteau et comme un théâtre on peut penser aussi un laboratoire justement où il
02:31y a beaucoup d'observations de la part de la narratrice qui osculte chacun des personnages
02:37donc c'est ses passions ses désirs ses déceptions ses hontes la honte est un motif très récurrent
02:42dans le roman et pourquoi enfin pourquoi quitter la sphère intime parce que ça commence il ya une
02:49question de la relation de la non relation de la narratrice avec sa mère il ya un rituel de regarder
02:54hibernature justement pour ensuite aller dans ce club cette boîte de nuit dans une nuit
03:01théorique et on peut se demander pourquoi est ce que c'est justement une forme de la littérature
03:08permet justement en faire de faire du mythe un laboratoire à l'heure où ces personnages qui
03:14n'ont rien à voir les uns avec les autres ne pourraient pas se croiser normalement et à une
03:19époque où le vivre ensemble est particulièrement malmené pourquoi faire tout pour remonter tous ces
03:24personnages en moins de 200 pages dans ce lieu précis paradoxalement les personnages passent la
03:31nuit ensemble mais on peine à communiquer comme il est très fréquent la nuit quand on rencontre des
03:36gens on peut voir avec eux on peut leur parler et pourtant ne pas se comprendre et c'est vrai
03:41que
03:41au sein de la nuit il y a une sorte de cacophonie donc pour vous faire grossièrement l'histoire des
03:47personnages il ya une série de galeries de personnages qu'on rencontre alors premièrement un personnage
03:53qui a une grande importance c'est un aristocrate complexé qui s'appelle ambroise et qui est un
03:58descendant direct du château brillant c'est un homme qui va extrêmement mal qui a qui a atterri dans ce
04:04lieu pour pour cuver son ivresse sa mélancolie on rencontre aussi un producteur de cinéma qui a un
04:10projet que si un producteur est parmi nous je lui conseille de regarder c'est ce serait de faire un
04:15biopic sur Talleyrand avec Michel Houellebecq en premier rôle je pense qu'il serait parfait
04:20je ne sais pas ce que vous en pensez en tout cas c'est son projet il ya aussi une
04:24candidate de
04:25télé-réalité qui est là pour passer la nuit donc plusieurs personnages plus ou moins rocambolesque
04:30et parpelus qui se retrouvent au sein de la nuit et qui vont comme dans un duvarium comme dans un
04:35théâtre essayer de rentrer en communication les uns avec les autres mais qui vont avoir en réalité peine
04:41à y parvenir et la narratrice elle c'est une jeune femme qui regarde tout ça avec un oeil assez
04:46assez distant assez théâtral c'est une jeune femme qui a un regard oui très froid sur les êtres très
04:52analytique donc elle regarde toutes ces catégories sociales elle les décrit alors elle leur tire le
04:58portrait de manière assez assez salée après elle n'arrive pas à adhérer au groupe donc c'est avant tout
05:05je
05:05crois un roman sur l'incapacité à communiquer à se faire comprendre en groupe et en effet une profonde
05:12incommunicabilité qui est très qui est très moderne en réalité qui est très liée de près avec notre
05:17notre époque je crois mais c'est aussi un roman sur la sur la rupture amoureuse parce que en effet
05:23la
05:24la narratrice commence sa nuit par une scène de rupture elle se fait quitter brutalement par par l'homme
05:31qu'elle aime et c'est pour ça qu'elle va passer la nuit au sein de ce bar pour
05:34essayer d'assimiler le
05:35choc de cette rupture amoureuse donc j'ai voulu traiter ces deux thèmes d'un côté le groupe social
05:40dans tout ce qui tout ce qu'il peut avoir d'impossible de tous ces personnages qui sont vraiment
05:45impénétrables les uns aux autres et de l'autre le thème de la rupture amoureuse que j'ai voulu
05:51aborder d'une manière un peu spéciale parce que le thème de la rupture a été traité sur traité
05:56magnifiquement traité en littérature quand on a lu belle du seigneur c'est un peu compliqué de
06:02de passer après alors j'ai voulu le traiter de manière humoristique et de manière burlesque
06:08donc en fait le sentiment amoureux est traité de manière presque tragiconique voilà est ce que
06:14justement cette incommunicabilité cette impossibilité de de communiquer entre les personnages c'est justement
06:19l'ironie qui permet ce que vous dites qu'elle est très froide mais elle est aussi assez tendre avec
06:23son
06:23humour cette narratrice elle n'est pas n'est pas nihiliste elle s'attache quand même un peu à ses
06:29personnages alors moi je trouve qu'elle est dangereuse cette narratrice parce qu'elle elle frôle le
06:34cynisme à chaque fois comme comme chaque personne qui observe attentivement les les êtres on peut
06:38toujours se vautrer dans une forme de regard très distant et donc de cynisme donc en effet elle elle
06:46regarde les uns et les autres parfois elle a un regard un peu désabusé mais ce qui la sauve c
06:51'est son
06:52humour et c'est vrai que j'insiste souvent sur ça mais c'est quelque chose qui a été très
06:56important
06:57pour moi à l'écriture de ce roman c'est de c'est un moment assez assez grave assez lourd
07:02avec des
07:03scènes parfois c'est violente avec beaucoup de sexualité et quand même tenté d'humour et c'est
07:11marrant parce que hier soir pour faire une petite confession je n'arrivais pas à dormir voilà j'étais en
07:16en errance chez moi et je j'ai relu portenaille et son complexe dans la nuit de philippe roll et
07:23je
07:23j'ai passé une nuit délicieuse parce que j'étais fatiné par la manière dont il arrive à mêler avec
07:28tant de de talent autant de finesse et de grosserté et c'est quelque chose moi que qui m'intéresse
07:36beaucoup à l'écriture c'est de mêler toujours de faire se côtoyer une forme assez assez candide
07:43pur de littérature et en même temps de parler quelque chose très cru très grave on dit souvent
07:48que les romans sont trash je sais pas trop ce que ça veut dire je crois que c'est un
07:51terme qu'on
07:51utilise quand on est un peu mal à l'aise avec une écriture intégrée mais mais c'est vrai qu
07:56'en
07:56relisant portenaille on dit mais quel talent c'est fou la manière dont oui il arrive à vraiment ondulé
08:01entre ces deux registres et à faire quelque chose finalement de très mélancolique et de très
08:06poétique sous un air faussement guérivois oui parce qu'il ya le titre on l'a dit fuck circus mais
08:14il ya finalement assez peu de sexe dans le roman enfin dans le bar le mythe il y en a
08:18au début il
08:19y en a dans un parc on se croit et mais après devant la soirée c'est plus la violence
08:24qui va
08:24surgir à terme au fur et à mesure que la nuit se prolonge et justement la question c'était quelles
08:31étaient vos grandes inspirations justement philippe ross mais est ce que vous avez sur cette cette
08:37littérature assez à la fois burlesque théâtrale et mais finalement très mélancolique inspiration
08:45récemment j'ai une passion absolue pour un auteur je sais pas s'il est s'il est lu beaucoup
08:51mais moi
08:52je l'aime beaucoup c'est un suisse complètement dépressif s'appelle christian kraft euro trash exactement on
09:00a un peu entendu parler d'euro trash mais je pense qu'on entendra plus parler de lui parce que
09:04il
09:05aura un prix très prestigieux de littérature cette auteure mondiale c'est sûr c'est certain et euro trash
09:11par exemple c'est un moment que j'ai adoré je conseille de l'acheter il doit être encore je
09:16sais
09:16vous devez l'avoir je l'ai beaucoup offert notamment parce que c'est un roman génial sur un voilà
09:23qui un peu
09:24comme roth aussi toujours entre un ton très très grisois et en même temps très mélancolique c'est
09:30sur un homme qui qui a beaucoup d'argent et qui s'ennuie beaucoup qui vient en suisse dans cette
09:36région magnifique des oui comment on appelle ça la la côte dorée je sais plus c'est la région aussi
09:46de
09:46fritz orne dans mars et qui décide d'enlever sa mère qui est dans un ehpad qui est une vieille
09:53femme
09:54agariâtre à moitié nazi et de l'enlever et ils partent en reprise tous les deux dans une une suisse
09:59richessime et dépressive et c'est un roman génial parce que ça m'a beaucoup je me rappelle d'avoir
10:04lu en
10:05même temps je le lisais j'ai relu trois fois en écrivant mon roman parce que ça m'a beaucoup
10:10plu à ce niveau
10:11là de voilà de lignes fines toujours entre un humour un humour très un humour très juif en fait
10:18et et en même temps une grande oui une grande mélancolie une grande lourdeur des personnages et
10:25une écriture une écriture un peu mitraillette enfin une écriture très frontale très directe qui réussit à
10:32parler de sujets très lourds avec toujours une forme de ton très léger de badinage presque comme on faisait
10:4018e siècle quoi moi c'est quelque chose qu'il est beaucoup et pour reparler des inspirations j'ai
10:46la chance de travailler dans une émission qui s'appelle le mauvais genre à france culture une
10:51émission géniale parce que on ne traite que de sujets de qu'on pourrait appeler para littérature
10:57c'est toute la littérature de marge tout ce qui échappe à la culture mainstream la littérature
11:02qui est au l'art la littérature érotique la littérature fantastique et c'est notre terrain de jeu
11:08c'est qu'on travaille avec ça et c'est en fait cette sous littérature qui est souvent méprisé
11:12et surtout en france on a une vision très très classique de la littérature la littérature du beau
11:20cette littérature moi elle me plaît beaucoup elle m'inspire énormément et c'est vrai que de
11:24travailler dans cette émission et d'avoir toujours la tête fourrée dans ces romans que personne ne lit
11:29m'installe beaucoup je crois et justement parler de littérature érotique dans l'inspiration et à l'heure
11:35où on parle finalement de moins en moins de sexe pourquoi vous avez parti peu au recueil les nouvelles
11:42des roses qui est paru cette année aux éditions grasse et aussi vous avez qu'ils aient contribué
11:46avec une nouvelle on sent dans votre enfin la commission presse par exemple certains malaises
11:51parfois en disant justement le trash que tout de suite ce serait outrancier ou parce que finalement
11:55c'est plutôt érotique pourquoi parler de sexe aujourd'hui en littérature parce que je crois que
12:03après mitou donc mitou à remuer aussi la scène artistique la scène littéraire on a beaucoup
12:10moralisé aussi le sexe alors en littérature et c'était important évidemment c'est très important mais je
12:15crois que il est important aussi de ramener le sexe dans tout ce qu'il a de mystérieux et de
12:20tout ce qui
12:22échappe au langage parce qu'on a on a rendu le sexe très lisible en le plaçant dans un discours
12:26très clair
12:27et aussi très manichéen qui est important encore une fois je le répète évidemment c'est les récits auxquels
12:33on a affaire sont primordiaux et on en a besoin mais je crois que tout ce qui est mystérieux aussi
12:39dans
12:39la sexualité et tout ce qui échappe au langage doit revenir en littérature mais c'est vrai qu'on a
12:43eu ce pari un
12:44de fou chez grassé de c'est un partenariat entre grassé et les éditions au sévier de faire un
12:51recueil de vrais érotiques et je me suis emparé d'un sujet qui a en effet qu'on pourrait qualifier
12:59je
12:59sais pas enfin on a beaucoup dit que c'était bizarre dans un moment c'était trash mais c'est
13:03des mots qu'on
13:03utilise quand on est mal à l'aise en réalité avec ce sujet moi j'ai choisi de de parler
13:09du corps
13:09délissant et de la sexualité d'un homme malade donc c'est une nouvelle érotique entre une femme et un
13:14homme atteindre un cancer mais c'est un une nouvelle sur une interaction sexuelle
13:20interaction c'est moche c'est vraiment froid une vraie histoire une liaison voilà entre un
13:27homme qui pourrit parce qu'il a véritablement un cancer de la prostate qui n'est pas très
13:35ragoûtant et une jeune femme qui décide de s'enticher de ce vieil homme est dans une espèce
13:42d'élan de compassion et de générosité vraiment un don elle y va quoi donc c'est vrai que c
13:49'est un
13:49texte qui est un peu étrange assez étrange en effet et mais et en même temps ouais on sent
13:57qu'il n'y a pas de enfin pas provoquant pour autant est-ce qu'il y a une provocation
14:04ou j'ai pas l'impression
14:05mais comme dans le carnes où une forme d'éloge de la cagole qui pourrait sans l'avoir lu passer
14:11pour
14:11une provocation et finalement pas du tout c'est vraiment une réhabilitation de remettre le sexe au
14:15milieu enfin au centre mais voilà vous me demandez parce qu'au début du livre on voit vous prenez
14:20presque le contre-pied en disant il me siffle et je viens enfin c'est peut-être certains
14:25courants féministes qui n'apprécieraient pas le ton qui est que vous avez choisi dans ce texte est
14:30est-ce que c'est un contre-pied pour l'humour pour le burlesque je crois que ce qui dérange
14:36c'est que
14:36c'est que c'est des scènes de sexe qui sont enfin c'est des femmes je mets en scène
14:42à chaque
14:42époque qui sont assez viriles et je crois que ça dérange ça dérange alors que cette virilité moi
14:49j'ai grandi à marseille j'ai grandi autour de femmes extrêmement autoritaires très viril on pourrait dire
14:56oui les cagoles marseillaise par exemple elle ne rigole pas et les hommes se font dominer par ces
15:02femmes et elles sont toutes puissantes et elles m'ont beaucoup appris en fait je crois qu'elles
15:07m'ont aussi appris à regarder les autres et à les appréhender et et ben justement toujours dans
15:14cette nuit parce que j'ai peu dormi hier soir comme je disais j'ai eu un insomni j'ai
15:17eu porte-loi et
15:20j'ai aussi écouté une interview de dépente qui disait j'ai adoré ça qui disait que tout ce qu
15:26'elle
15:26devait à son parcours elle le devait à sa virilité donc on pourrait s'attendre de dépente qui est très
15:33féministe et voilà très entrée dans un certain discours de dire autre chose mais en fait moi je
15:37me retrouve aussi dans ça et je crois que ça dérange en effet quand une femme se comporte de manière
15:43viril et en littérature les personnages de femmes assez
15:49viril ça veut rien dire c'est-à-dire qu'ils prennent devant
15:51comme ce personnage de la hyène par exemple
15:53voilà le personnage de la hyène exactement et et tous ces personnages qui sont dans une forme de
15:58doutrance oui de provocation ça met très mal à l'aise ça met très mal à l'aise et moi
16:03je les aime ces
16:04femmes je pense qu'il faut les mettre en avant en littérature je pense qu'on gagnerait à avoir plus
16:08de
16:08personnages dangueux rugueux de femmes en fait la femme en littérature elle est quand même maltraité
16:20alors soit elle est survalorisée comme une espèce de figure christique je relisais cet été des romans de
16:29nos passants et il ya ce personnage dans une vie je sais pas si vous l'avez en tête une
16:34vie de
16:35mon passant qui est un roman sublimissime et pas le plus joyeux mais c'est un roman magnifique parce
16:40que c'est très étonnant d'ailleurs que mon passant qui fait cette chose de sombre macho
16:46assez assez crade s'empare comme ça de la question de jeanne c'est une jeune femme qui sort du
16:53pouvant
16:54et c'est la désillusion d'une jeune femme sa disgrâce en quelque sorte elle tombe amoureuse d'un
16:59homme qui s'avère être un sombre salaud et elle et elle elle découvre la sexualité il ya une scène
17:06d'ailleurs folle de jouissance féminine on s'attend pas à ce que mon passant son part de ce thème
17:10là
17:11alors il la traite avec beaucoup de pudeur mais en réalité c'est très fort et par contre je me
17:18disais
17:18que c'est fou comme dans cette littérature ce patrimoine français littéraire qu'on a la figure de la
17:23femme trop bonne trop code pardonnez-moi l'expression fatigue comme dans un cas comme dans un coeur
17:31simple et moi j'ai envie qu'on ait sur le grand de la scène littéraire contemporaine des personnages
17:38oui qui mettent mal à l'aise des personnages féminins un peu étranges et qui sont aussi ambiguës
17:43dans leur désir qui sont pas forcément dans une espèce de discours dogmatique sur le désir qui
17:49peut-être aussi en en errant c'est même pour leur leur propre rapport au corps et entre deux
17:57injonctions quand je trouve que c'est important de faire marquise de merteuil plutôt qu'une ccile
18:02de volanges mais le cliché de la femme manipulatrice j'adore la merveille elle est merveilleuse mais
18:10c'est encore un prototype de la femme cruelle il faudrait une merteuil qui soit à la fois très
18:15candide comme jeanne dans une vie il faudrait une merteuil avec un peu de douceur je sais pas il
18:21faudrait qu'on trouve cette espèce de femme qui est cette femme beaucoup plus complexe que soit là
18:26les sujets finalement plus que l'objet finalement dans le regard bien sûr bien sûr oui et justement
18:35pour revenir à des pentes mon petit fait directement pensé à son premier roman de moi et je me demandais
18:43quelles ont été les inspirations qu'est ce que vous apportez des pentes qu'est ce que depuis
18:49qu'art qu'elle a été l'évolution aussi par rapport au premier roman qui a été assez coup de
18:53poing aussi
18:53là on sent que c'est plus maîtrisé plus vous prenez plus le temps c'est qu'est ce pas
18:59comment
19:00vous avez vu votre évolution entre le premier et le deuxième roman je vous conseille une interview de
19:04dépense qui disait que des jolies choses a été un grand virage après des mois qui est inspiré
19:10enfin comment voyez l'évolution de votre oeuvre justement dépendent moi je l'aime profondément
19:16j'ai une immense autrice et merveilleuse après ça me fait doucement rire parce que dès qu'une femme
19:21écrit un texte un peu un peu trash un peu rock on dit que c'est la nouvelle dépense voilà
19:28le livre
19:28coup de poing enfin c'est toujours très amusant en réalité des pentes modèles j'aime les hommes
19:34écrivent très peu autant de manière aussi crue oui et d'ailleurs c'est amusant parce que dans le
19:39recueil de nouvelles érotiques qu'on a fait il ya des hommes et des femmes qui ont écrit et les
19:43femmes
19:44sont beaucoup plus étranges dans leur manière d'écrire le sexe et aussi beaucoup plus direct j'ai
19:53trouvé que les hommes prenaient des manières de moudinette je me suis dit que c'est peut-être
19:57lié à l'époque je sais pas ça m'avait peur de parler de texte d'écrire le sexe mais
20:02mais votre
20:04question mais comment passe le deuxième roman c'est ingrat parce que car c'était un roman moi
20:12j'ai de la tendresse pour ce roman parce que il est très imparfait il est je me trouve en
20:18le revoyant
20:19je trouve trop potrancier trop trop enfin comme les premiers romans et en même temps je ce que j'aime
20:26avec ses premiers romans c'est que et souvent avec les premiers romans c'est que je savais pas
20:30du tout que j'allais publier j'avais une liberté totale j'en avais vraiment rien à faire quoi et
20:36j'ai
20:36créé ce que je voulais c'était il ya quelque chose d'imparfait en même temps d'attendrissant une
20:42immaturité qui peut être peut être intéressante dans l'écriture là j'ai voulu quand même
20:50travailler différemment déjà carnes c'est un roman sans espoir c'est un roman de jeunesse aussi de
20:55pure désillusion et de pure clôté ça parle beaucoup de sexe ça parle beaucoup de désir mais il n'y
21:00a aucun
21:00plaisir la narratrice se heurte sans cesse aux autres elle n'arrive jamais à adhérer au corps
21:07social tout le temps dans une forme de rapport très poreux aux uns et aux autres qui est assez triste
21:12je trouve mais qui est aussi le rapport de la jeunesse parce qu'on fantasme on fantasme la
21:19jeunesse mais en réalité c'est un âge ingrat c'est un âge on se heurte à beaucoup de choses
21:24et
21:24c'est pas forcément un âge de plaisir c'est plus un âge d'apprentissage et là même si c
21:29'est un
21:29roman qui parfois paraître un peu provoquant ou un peu désabusé même si j'espère que qu'on
21:37comprend que ce n'est pas le cas parce que j'ai pas du tout voulu faire un roman désenchanté
21:43ou avec un constat un constat nul sur l'existence humaine parce que c'est pas du tout ce que
21:48je
21:48me ressens mais je crois que justement dans ce moment il y a plus de tendresse il y a plus
21:53d'espoir aussi c'est une jeune femme qui essaye de comprendre ce qui lui est terminé de comprendre
22:02le sentiment amoureux dans tout ce qu'il peut avoir d'étrange et qui tente de comprendre les autres
22:11sans pour autant y arriver mais qui laisse plus de place à l'altérité là où dans le cadre il
22:15y avait absolument aucun espoir
22:23mais sans dévoiler la narration il y a une menace qui plane et qui va monter il n'y a
22:29qu'une seule issue je crois que c'est page 172 exactement il n'y a plus qu'une seule
22:34issue la littérature pourquoi écrire du coup il y a une certaine
22:39nostalgie aussi à la fin du roman qui se dessine enfin les dernières phases c'est finalement nostalgique
22:43sur une relation mais aussi d'un âge finalement de la jeunesse vous disiez pourquoi pourquoi pourquoi écrire en 2026
22:53pourquoi écrire en 2026 c'est vrai que c'est absurde parce que plus personne ne dit c'est un
22:57peu une notion suicidaire mais il faut continuer à écrire absolument je crois que l'issue
23:04l'issue dans le texte mais aussi dans la vie en fait en tout cas moi c'est ma manière
23:09de voir les choses c'est la littérature
23:11étrangement
23:12cette drôle de
23:14de mascotte qui est la littérature peut être beaucoup plus réelle que le réel en tout cas moi j'ai
23:20je vois la littérature comme
23:23quelque chose je sais même pas exactement ce que c'est mais comme quelque chose de très concret
23:28la littérature peut vraiment changer un caractère par exemple je pense que si j'étais pas tombé sur certains livres
23:33je serais quelqu'un de différent
23:36lesquels
23:39lesquels oh là là
23:41il y a des grands chocs comme ça dans une vie des grands chocs littéraires moi j'ai été très
23:46récemment par exemple j'ai été je sais que
23:48ça peut paraître bateau mais c'est vrai
23:51il y aura un avant et un après ce moment j'ai découvert hubert selby jr
23:57l'astexiste brocline le démon roman hallucinant vous avez
24:01c'est toi brocline qui a inspiré l'écrivain pour le rythme tu crois
24:04oui exactement mais c'est des textes enfin c'est des textes hallucinants c'est
24:09celle de ceux qui n'ont pas lu c'est un texte
24:11qui a eu beaucoup de succès après hubert selby jr a été plus ou moins
24:17oublié ou peu lu et puis il est mort dans des conditions assez sortides je crois
24:21il était très seul mais c'est un texte complètement fou sur
24:25qui se passe dans le bas fond de New York dans le bas ventre de New York
24:29ça se passe dans un bar
24:29et c'est une série d'interactions entre des personnages plus plus margineux les uns que les autres
24:35il y a un syndicaliste
24:37il y a beaucoup de trans il y a beaucoup de prostituées
24:41et voilà ils passent leur temps à se castagner à se filer des coups quoi
24:47et certains tombent amoureux il y a par exemple des amours improbables entre un homme
24:52un espèce de bad boy en cuir ultra viril qui tombe fou amoureux d'une trans
24:59donc évidemment il est en difficulté avec son propre désir parce qu'il ne comprend pas ce qu'il y
25:04arrive
25:04donc il est extrêmement violent enfin c'est des textes comme ça qui changent une vie
25:10et puis ce rapport au langage cette espèce de langue complètement folle
25:13il n'y a même pas de ponctuation dans la plupart des pages
25:15ça c'est un texte par exemple je sais qui me bouleversera la vie et j'y pense très souvent
25:19en fait c'est ça aussi la littérature c'est s'approprier des textes
25:24et les incorporer à sa vie de manière très concrète
25:31un autre texte encore une fois allé récemment mais on a des chocs
25:35jusqu'au bout de sa vie on a des chocs littéraires
25:36c'est la montagne magique de Thomas Mann
25:38que j'ai lu là très très récemment ça me faisait peur
25:41c'était de masse de honte
25:42et c'est marrant parce que je l'ai lu juste après Uber Selby Junior
25:46et Uber Selby Junior
25:48voilà donc grand écart Uber Selby Junior
25:50roman trash au possible
25:51vraiment avec des scènes de
25:53il y a une scène de viol monstrueuse
25:54qui a traumatisé plus d'une personne
25:57c'est vraiment de la littérature
25:59voilà ça m'étraille
26:01et la montagne magique
26:03chef d'oeuvre de classicisme
26:04une beauté absolue, une phrase parfaite, grande pureté, grande candeur
26:08et pourtant j'ai retrouvé des similitudes dans la manière d'écrire le désir
26:13parce que justement cette romance improbable dans Last Exit to Brooklyn
26:16entre ce syndicaliste et cette trance dans ce bar ressemble à la...
26:22il y avait des similitudes avec la romance
26:25si vous avez lu la montagne magique
26:27il y a un passage incroyable
26:28entre donc le narrateur qui s'appelle Hans Castor
26:31qui monte dans ce sanatorium suisse
26:35et qui a une passion folle
26:37inassouzée avec une jeune femme
26:39qui s'appelle Madame Chauchat
26:41et alors là on n'est pas du tout dans la même
26:44description romanesque
26:45c'est autre chose
26:46c'est Thomas Mann
26:47c'est la grande classe, la haute beauté
26:50et pourtant j'ai retrouvé une manière d'appréhender le désir
26:54de le traiter comme un matériau poreux similaire
26:58et c'est ça aussi la littérature
27:01c'est savoir se heurter à tous les genres possibles
27:04je ne vous parlais pas à la littérature
27:06mais c'est vraiment très...
27:07je pense qu'il faut tout lire
27:08il faut se heurter à tous les petits
27:12c'est très important de ne pas se cantonner à un seul registre
27:16et donc votre prochain...
27:17vous avez déjà un prochain projet
27:20qui reprend...
27:21est-ce que vous allez continuer dans l'exploration du désir
27:23mais sous une autre forme
27:24est-ce que ces inspirations vous conduirent
27:26à un nouveau projet de roman
27:28ou autre d'ailleurs
27:30ou de nouvelles
27:30ou recueil
27:32vous avez déjà quelque chose en tête ?
27:35oui mais j'ai quelque chose en tête
27:40j'ai envie de faire quelque chose d'assez différent
27:42parce que le problème c'est aussi
27:44c'est à quoi je suis artée
27:45c'est que quand on est...
27:47quand on s'approche de ces thématiques du désir
27:49du sexe du corps
27:50on peut très vite être cantonné
27:53cristallisé
27:54voilà, catalogué
27:55dans une littérature érotique
27:58assez niche
27:59et en réalité moi c'est pas que ce qui m'intéresse
28:01je pense que...
28:03enfin c'est pas que ce qui m'intéresse
28:05donc j'ai envie aussi d'aller dans quelque chose d'autre
28:09en ce moment je m'intéresse à un auteur
28:11qui est le plus grand monde de lui
28:13qui s'appelle Léon Blois
28:14il est célèbre tout de même
28:16mais littérature
28:19littérature catholique anticléricale
28:21assez crue
28:23à la fois insolente
28:25très insolente
28:26parce que Blois c'est un auteur
28:28un auteur célèbre pour ses méchancetés
28:30il était très très méchant
28:31il s'est fait beaucoup d'ennuis d'ailleurs
28:33il est mort dans les âmes la plus crasse
28:35il n'y a eu aucun succès
28:36le sont souvent
28:37mais c'est une littérature qui m'intéresse
28:39parce que justement
28:39il explore le désir aussi
28:41de manière
28:41de manière très étrange
28:43en tout cas
28:44j'ai pas envie
28:45de m'enfermer
28:46dans cette case
28:47dans laquelle on peut mettre souvent
28:49les femmes notamment
28:50qui écrivent
28:51sur la sexualité
28:52j'ai envie d'aller ailleurs
28:57je vous recommande
28:59la lecture de Fuck Circus
29:00qui est vraiment
29:01un excellent deuxième roman
29:03merci beaucoup Esther
29:04merci beaucoup
29:10est-ce que vous auriez des questions
29:13à poser à l'autrice
29:17ou à l'autorose
29:19alors là
29:20à votre avis
29:21c'est pas vraiment une question
29:24c'est plutôt un compliment
29:26parce que j'ai lu le premier livre
29:28d'Esther avec beaucoup d'intérêt
29:30j'ai lu sa nouvelle
29:32je suis en train de lire
29:34ce troisième livre
29:37il ne m'a pas échappé
29:38que la mise en exergue
29:40de François Rabelais
29:41donc je m'intéresse beaucoup
29:44à la forme
29:45dans le domaine littéraire
29:47et je pense que
29:49vous allez être à l'origine
29:52d'une nouvelle forme
29:54de littérature
29:57apportée par la jeunesse
29:59à travers un souffle
30:01si on pouvait parler
30:04effectivement des origines
30:06il me semble que ces origines
30:09il faut les chercher
30:11du côté des gens
30:12qui ont opéré ce maillage
30:14extrêmement subtil
30:15entre l'obscène
30:17et la poésie
30:18donc je pense qu'il faut
30:21aller chercher
30:22du côté de Léon Gloire
30:24du côté de Lillé de Lilladant
30:27du côté
30:31probablement
30:31de façon plus contemporaine
30:34du côté de Henri Miller
30:35qui me semble être
30:36véritablement un titan
30:38du côté de Dukowski aussi
30:40et je pense que
30:44on n'a pas fini
30:46d'entendre parler de vous
30:47et je pense que
30:50le travail sur la forme
30:52que vous opérez
30:54peut-être un petit peu
30:55inconsciemment au départ
30:57mais qui a l'air
30:58de vous donner
30:58de plus en plus
30:59de préoccupations
31:00je pense que
31:02c'est dans ce domaine
31:04que vous allez
31:06véritablement
31:07vous étonner
31:08dans les années qui viennent
31:10merci en fin de vue
31:12je suis Trigano
31:13on laisse pour le Goncourt
31:14très simplement
31:15très simplement
31:17merci
31:18ça me fait beaucoup
31:19je vous remercie
31:21vous avez conscience
31:23que vous travaillez
31:24de plus en plus
31:24sur la forme
31:25parce que je me souviens
31:27vous avoir posé
31:27il y a un certain temps
31:28au moment de la sortie
31:29de votre premier livre
31:30le même genre de question
31:32et vous m'avez dit
31:33ça me vient comme ça
31:34l'écriture automatiquement
31:36etc.
31:37ça faisait un peu penser
31:38d'ailleurs à l'écriture
31:39automatique
31:39des surréalistes
31:41j'ai l'impression
31:42que là
31:43vous vous posez
31:44d'autres problèmes
31:46de forme
31:47qui commencent
31:47véritablement
31:48à jaillir
31:49est-ce que je vous trompe
31:50ou pas ?
31:51vous avez raison
31:52en effet
31:53Macarne
31:54c'était un roman
31:55à Marseille
31:56chez moi
31:56on appelle ça
31:57un boucan
31:57c'est un roman
31:58très bordélique
31:59qui part un peu
32:02dans tous les sens
32:02mais qui allait vraiment
32:03dans une sorte
32:04du souffle
32:05voilà
32:06et en effet
32:07maintenant
32:07c'est la maturité
32:08parce que j'essaie
32:10de trouver
32:11de continuer cette voie
32:13en l'élaborant
32:13et en même temps
32:14en y trouvant une forme
32:15aussi
32:17merci
32:20une autre question
32:23oui
32:23moi
32:24oui
32:25bonsoir Esther
32:27ce qui me frappait déjà
32:29dans l'écriture
32:30de ton premier livre
32:32c'est la mise en tableau
32:34de scène
32:37extrêmement visuelle
32:38mais aussi des tableaux
32:39qui sentent
32:40c'est à dire
32:41qu'il y a les odeurs
32:43les couleurs
32:43je me demandais
32:45la question d'écrivain
32:47est-ce que
32:49est-ce que tu vois
32:51les scènes
32:51ou est-ce que tu les sens
32:54olfactivement
32:54au moment de l'écriture
32:58en fait
32:59j'ai un petit trouble
33:01il y a une synesthésie
33:04je m'en doutais
33:04voilà
33:05j'en ai la confirmation
33:06mais ça produit
33:07quelque chose de magnifique
33:08c'est à dire que
33:09cette synesthésie
33:10est contagieuse
33:12bon
33:12qu'on soit un peu
33:13synesthète aussi
33:15sur un autre axe
33:16ou pas
33:17on voit
33:17on sent
33:18on les touche presque
33:19on a
33:20ces fessiers
33:21imposants
33:22ces femmes
33:24ce bar
33:24cette constellation
33:25de personnages
33:26on est dans la scène
33:28ouais
33:30merci beaucoup Sarah
33:32oui c'est vrai que
33:33je crois que ça
33:34imprègne beaucoup
33:35l'écriture
33:36mais la synesthésie
33:37c'est un
33:38moi c'est tout petit
33:39parce que ça peut être
33:40plus marqué
33:40mais c'est un
33:41un léger trouble
33:42sensoriel
33:43qui fait que vous
33:43par exemple
33:44vous entendez les couleurs
33:45et vous voyez les sons
33:47en fait
33:49les sens sont
33:50plus ou moins mélangés
33:51et c'est vrai que moi
33:52dans l'écriture
33:53je le vois
33:53ça me marque beaucoup
33:55ça m'aide à écrire
33:56aussi
33:59mais le
34:00le maître
34:01le plus grand
34:02la plus grande pathologie
34:03synesthète
34:04et la plus merveilleuse
34:05c'était Nabokov
34:06Nabokov
34:07c'est un grand grand synesthète
34:08mais à un point
34:10vraiment très très avancé
34:12et sa synesthésie
34:13à lui
34:14elle est hallucinante
34:14parce que
34:15non seulement
34:16dans ses romans
34:17on voit
34:19l'empreinte
34:20de la couleur
34:20de l'odeur
34:21par exemple
34:22Lolita
34:22elle est jamais décrite
34:24on en a fait
34:24une petite nymphète
34:26blonde
34:26avec du rouge à lèvres
34:27mais en réalité
34:28quand on lit Lolita
34:29il n'y a pas de description physique
34:30pourtant elle s'incarne
34:31charnellement
34:32elle est très présente
34:34parce qu'il la traite
34:35avec les sens
34:37et Nabokov
34:38ça allait très bon
34:39parce que Nabokov
34:40qui parlait
34:41qui était russe
34:42mais qui parlait couramment
34:43le français
34:44et l'anglais
34:44j'avais lu
34:45que sa synesthésie
34:46elle changeait
34:47en fonction
34:48des langues
34:49donc par exemple
34:50j'avais lu
34:51un truc hallucinant
34:52où par exemple
34:54quand il pensait
34:55en français
34:56la lettre A
34:57il la voyait
34:58comme du caoutchouc
34:59mais la lettre A
35:00quand il la pensait
35:01en russe
35:01c'était de l'ébène
35:03son cerveau
35:03était complètement démon
35:04et voilà
35:05ça peut aller vraiment
35:06à la synesthésie
35:06moi c'est un tout petit chouïa
35:09mais il faut continuer
35:13merci Sarah
35:14l'idée s'arrachait
35:15j'étais une merveilleuse autrice
35:17son dernier roman
35:18qui s'appelle
35:21une autre question
35:23il faut avoir au moins
35:25un littéraire
35:26et plusieurs livres
35:30on est une année
35:31un peu charnière
35:32puisqu'on pourra dire
35:332026
35:34peut-être 2026
35:36en ce moment
35:36on est dans un basculement
35:38absolument incroyable
35:39avec l'intelligence artificielle
35:42qui peut écrire des romans
35:44il y a déjà des essais
35:45des tentatives
35:46il y a même des faux romans
35:47qui sont publiés
35:49on les voit arriver
35:50sur Amazon
35:51par des informaticiens
35:52et donc
35:54on est sur les derniers livres
35:55de l'ère avant IA
35:57et si on se transportait
35:59dans deux ans
36:00on n'imaginait pas
36:01ce que sera le monde
36:02y compris la littérature
36:04ça se trouve que le livre
36:04est un survivant
36:05le CD-ROM a disparu
36:06le DVD a disparu
36:07la cassette a disparu
36:08le livre est un survivant
36:11de cette physique
36:12d'une civilisation
36:14qui par ailleurs
36:15dématérialise tout
36:17bien sûr
36:17il y a aussi des Kindle
36:18est-ce que
36:20est-ce que
36:21est-ce que
36:23est-ce que l'IA a été utilisé
36:25pour défauter le manuscrit
36:26est-ce que des recherches
36:27ont été faites avec l'IA
36:28et comment l'IA
36:29va être utilisé
36:31par toi
36:31pour tes prochains livres
36:32ou pas du tout
36:33et comment tu vois ça
36:34sachant que tu as une écriture
36:35qui va être compliquée
36:37pour l'IA limitée
36:38comme Virginie Despentes
36:39comme d'autres
36:42il est évident
36:43que les éditeurs
36:44aujourd'hui vont chercher
36:45des auteurs et des autrices
36:46pour une prume
36:47très particulière
36:48difficilement limitable
36:49exactement comme
36:50la nouvelle star
36:51évacuait tous les bons chanteurs
36:53et ne prenait que ceux
36:53qui avaient un timbre de voix
36:54très particulier
36:55et limitable
36:55c'était déjà
36:56sur la chanson
36:58la préfiguration
36:59de ce qui va se passer
37:00sur la littérature
37:04justement
37:04c'est peut-être
37:06un minuscule point positif
37:08à cette horreur
37:10qu'il y a
37:10qui s'empare
37:11de la création
37:12c'est
37:13moi j'espère
37:14que les oeuvres
37:15un peu bizarres
37:16justement
37:16les oeuvres un peu
37:17rocailleuses
37:17un peu étranges
37:18qui échappent
37:20qui échappent
37:21à ça
37:22vont émerger
37:24par exemple
37:24je m'en rends compte
37:25dans l'émission
37:27dans laquelle je travaille
37:27toujours Mauvais Genre
37:28qui ne traite que
37:29de sujets
37:30extrêmement marginaux
37:31finalement c'est des terrains
37:32comme ça
37:33qui vont peut-être
37:33aujourd'hui être regardés
37:35parce que c'est les seuls
37:35terrains qu'on va pouvoir
37:37traiter humainement
37:38donc pour répondre
37:39à votre question
37:39l'IA non
37:40je ne l'utilise pas
37:41ça me fait peur
37:42je vois bien
37:43que c'est un sujet
37:44que ça terrorise
37:44les écrivains
37:48les sujets
37:49qui m'intéressent
37:50sont
37:50on va dire
37:51assez
37:53inconfortables
37:53avec l'IA
37:54parce qu'encore une fois
37:56c'est une littérature
37:58spécifique
37:59qui
38:01je l'espère
38:02échappera
38:03se rebellera
38:04contre cette vague
38:06je ne sais pas
38:07si j'ai répondu
38:08exactement
38:08à votre question
38:09mais tout ça
38:10pour dire que
38:10oui
38:11l'espoir
38:12possible
38:13dans toute cette
38:14cette gadoue
38:15de l'IA
38:16c'est
38:17c'est qu'une littérature
38:18voilà
38:18assez
38:20incorrecte
38:21assez
38:22subvertible
38:23ressorte
38:23parce qu'on est quand même
38:24dans une ère
38:25de littérature contemporaine
38:26assez
38:27je trouve
38:28qui se repose quand même
38:29sur ses lauriers
38:30sur ses grands thèmes
38:31et on a envie de voir
38:33une autre littérature
38:35une littérature
38:36plus marginale
38:37plus effrange
38:37je crois
38:38en tout cas
38:38moi
38:38c'est ce que j'ai envie
38:42David Frisch
38:43que des écrivains
38:45c'est que des écrivains
38:47des écrivains
38:48en train de la parole
38:50tu as dit que
38:51plusieurs livres
38:52avaient changé
38:53de la liste
38:53qui sont assichés
38:54est-ce que quand tu écris
38:56dans un processus
38:57de la écriture
38:58tu as le sentiment
38:59de craper par ta propre histoire
39:00et de changer en fonction
39:04c'est-à-dire
39:05est-ce que tu peux
39:06faire ce que tu es en train
39:07que ce soit pour Karn
39:08ou pour celui-ci
39:09est-ce que quand tu es
39:10plongé dans le processus
39:11de l'écriture
39:12tu te sens appré
39:13à ton livre
39:14à cette chose
39:14que tes habitudes de vie
39:15sont modifiées
39:16Ah bien sûr
39:17c'est un rapport
39:18c'est un rapport obsessionnel
39:20à l'écriture
39:21c'est très érotique
39:23en réalité
39:23je ne sais pas toi
39:24comment tu travailles
39:25tes livres
39:26moi c'est une sorte de
39:27enfin quand je me lance
39:29dans un processus
39:30c'est vraiment une obsession
39:32que je vais tirer
39:33jusqu'à
39:34oui jusqu'à devenir
39:35une sorte de
39:37d'autiste
39:38social
39:39incapable de rentrer
39:40en communication
39:41avec les autres
39:41et obsédé par son projet
39:43et
39:45et oui c'est encore une fois
39:46l'effet très concret
39:47de la littérature
39:47c'est pas juste
39:48c'est pas juste
39:50des belles feuilles
39:51et des belles tâches
39:52c'est aussi
39:52ça peut changer
39:54les caractères
39:55les habitudes
39:59en tout cas
39:59moi c'est comme ça
40:00que je travaille
40:04c'est marrant
40:05parce que
40:06souvent on pense
40:07que les personnes
40:08qui écrivent
40:08les types de littérature
40:11spécifique
40:11ont des vies
40:11succureuses
40:12évidemment
40:13moi j'ai eu
40:14120 questions
40:15dans des interviews
40:16où on me demande
40:17voilà vous parlez de la nuit
40:18vous parlez du sexe
40:20êtes-vous une femme délurée
40:21enfin des questions très obsètes
40:22qu'on peut poser
40:24et qu'on pose
40:24en général aux femmes
40:25que ce soit jeune
40:27oui
40:28et en réalité
40:30c'est
40:30c'est l'expérience
40:33transcendantale
40:33et géniale
40:33de l'écriture
40:34parce qu'on peut
40:35on peut aller partout
40:36on peut avoir une vie
40:37absolument sulfureuse
40:39et décadente
40:41littérairement parlant
40:41et être
40:43être un moine
40:44très chaste
40:45pour son processus littéraire
40:48par exemple
40:48je sais que
40:49Roberto Bolaño
40:50qui est un auteur
40:50que j'ai commencé
40:52à lire récemment
40:52que j'adore
40:53qu'on lui attribuait
40:54cette espèce de
40:56de figure d'écrivain
40:58voilà
40:58drogué
41:01sulfureux
41:02voilà
41:03et en réalité
41:04c'était un homme
41:05extrêmement austère
41:06qui passait son temps
41:07à bosser
41:08il faisait que ça
41:09il avait presque
41:10pas de vie
41:10et qui était
41:11sur sa route
41:12d'écriture
41:14solidement accrochée
41:15voilà
41:17on vous souhaite
41:18de rester
41:19tout aussi accrochée
41:20sur la route
41:21esthère
41:21merci beaucoup
41:22pour l'applaudir

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