- il y a 2 jours
Chères lectrices, chers lecteurs,
Mardi 19 mai, nous avons eu le plaisir de recevoir M. Simon Liberati, qui signe aux éditions Stock dans la Bleue le troisième opus de sa trilogie consacrée à la famille Tchérépakine, New York City Inferno.
🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième :
New York, 1975. Truman Capote renonce à écrire son chef d’oeuvre et commence à s’autodétruire, tandis que Jackie Onassis et sa petite soeur Lee paradent dans la Cadillac verte d’Andy Warhol.
Depuis sa chambre du Chelsea Hotel, Taïné Tcherepakine, androgyne toxicomane, vendeuse de disques et de pastilles aphrodisiaques, assiste à la faillite d’une génération d’artistes épuisée par les excès du spectacle, des drogues et du sexe. Non loin de là, du côté des punks du Lower East Side, il y a pourtant quelque chose dans l’air. Robert Mapplethorpe, infl uencé par le talent sauvage de Taïné, entame une oeuvre noire et brillante. Quant à Alexis, le dernier de la fratrie Tcherepakine, une vie vagabonde auprès de son nouvel amant le rapproche enfin de ses rêves littéraires.
Dans ce roman à l’écriture incandescente, Simon Liberati fait revivre le tumulte d’une ville aussi décadente qu’exaltante.
« Liberati est probablement le meilleur prosateur dans la littérature française actuelle. »
Louis-Henri de La Rochefoucauld
Mardi 19 mai, nous avons eu le plaisir de recevoir M. Simon Liberati, qui signe aux éditions Stock dans la Bleue le troisième opus de sa trilogie consacrée à la famille Tchérépakine, New York City Inferno.
🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième :
New York, 1975. Truman Capote renonce à écrire son chef d’oeuvre et commence à s’autodétruire, tandis que Jackie Onassis et sa petite soeur Lee paradent dans la Cadillac verte d’Andy Warhol.
Depuis sa chambre du Chelsea Hotel, Taïné Tcherepakine, androgyne toxicomane, vendeuse de disques et de pastilles aphrodisiaques, assiste à la faillite d’une génération d’artistes épuisée par les excès du spectacle, des drogues et du sexe. Non loin de là, du côté des punks du Lower East Side, il y a pourtant quelque chose dans l’air. Robert Mapplethorpe, infl uencé par le talent sauvage de Taïné, entame une oeuvre noire et brillante. Quant à Alexis, le dernier de la fratrie Tcherepakine, une vie vagabonde auprès de son nouvel amant le rapproche enfin de ses rêves littéraires.
Dans ce roman à l’écriture incandescente, Simon Liberati fait revivre le tumulte d’une ville aussi décadente qu’exaltante.
« Liberati est probablement le meilleur prosateur dans la littérature française actuelle. »
Louis-Henri de La Rochefoucauld
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Art et designTranscription
00:00Bonsoir, merci beaucoup. Bonsoir M. Simon Liberati.
00:03Bonsoir.
00:05Ah, il faut mettre on. Bonsoir.
00:07Exactement.
00:08Bonsoir.
00:09Merci beaucoup de venir présenter le troisième tome de votre trilogie Les Démons,
00:15consacré à la famille Cherry Pakin, qui a commencé avec Les Démons en 2020,
00:18Lion du Capitole en 2023-2022,
00:22et New York City Inferno cette année, le troisième tome,
00:26tome une trilogie ou d'un triptyque, on verra cela,
00:29parce que vous dites que les histoires peuvent se lire indépendamment les uns des autres.
00:33On vous connaît, car vous êtes entré en littérature avec Anthologie des Apparitions en 2004,
00:37édité par votre confrère Frédéric Begbedé,
00:40puis vous avez eu le Prix de Flore pour l'Hyperjustine en 2009,
00:44le Prix Femina pour Jane Mansfield en 1967 en 2011,
00:47vous avez écrit depuis California Girls ou Eva, notamment,
00:51et vous avez eu le Prix Romodo pour Performance en 2022.
00:56Vous revenez cette année, donc, pour conclure cette geste de la famille Cherry Pakin,
01:00que l'on suit depuis deux tomes, entre Paris, les Bords de Seine, Rome, New York,
01:07et on suit une fratrie, finalement, qui incarne à la fois la grandeur et la décadence des années 60-70,
01:14qui est une époque qui vous plaît particulièrement et qui est au centre de votre écriture,
01:19puisque, par exemple, California Girls s'intéressait aux Moms and Girls,
01:22la jeunesse d'Eva Ionesco est évidemment de cette époque,
01:25et c'est finalement un âge d'or qui se dessine à chaque fois sous votre plume,
01:31avec toujours sa part d'ombre,
01:33et ma question, la première, sera donc,
01:35pourquoi avoir choisi un troisième tome qui s'ouvre comme ça sur le Times Square des années 70,
01:43où il y avait ce haut lieu de prostitution masculine,
01:45que vous avez d'ailleurs comparé, quand vous êtes venu réaliser une petite vidéo ici,
01:49au trottoir, finalement, du Drugstore Saint-Germain,
01:51une époque à Saint-Germain-des-Prés,
01:53faisant un parallèle entre Times Square et à Saint-Germain-des-Prés.
01:54Oui, parce que le Drugstore, c'est un lieu de prostitution très ouvert,
02:01à la fin des années 70, même au milieu, je crois,
02:04enfin, c'était moi, je les voyais toujours, les garçons qui étaient là,
02:07et Times Square, je commence parce que c'est un plan large, en fait,
02:12c'est des trucs d'écrivain,
02:13c'est-à-dire qu'en fait, j'avais fini le volume précédent sur des plans assez serrés,
02:17et là, on commence sur une espèce de panoramie qui s'approche petit à petit de la ville
02:25et de l'endroit où commence l'action,
02:29donc ça me permettait d'avoir un truc large tout à coup,
02:32d'avoir, de pouvoir englober une période et parler sans rentrer dans une action trop directement,
02:40donc c'est vraiment des techniques de narration,
02:42et Times Square, c'est amusant parce que c'est un endroit,
02:44d'abord, il y avait beaucoup d'hétérosexuels qui faisaient le tapin,
02:47c'était pas un truc gay,
02:49la culture, ce qu'on appelle la culture queer ou gay,
02:51ou je sais pas comment on dit maintenant,
02:53il y a beaucoup de choses au départ qui viennent d'hétérosexuels catholiques,
03:01parfois plutôt républicains que démocrates,
03:03donc on a une vision un peu fausse de ça,
03:05et je voulais mettre l'accent sur un garçon qui est devenu prostitué par hasard
03:11parce qu'il a déboulé à New York, il s'était fâché avec sa famille,
03:14comme ça arrivait beaucoup,
03:15il y a un très beau livre qui s'appelle City of the Night,
03:21je crois City of the Night, je me rappelle plus vraiment du titre
03:23qui a été écrit dans les années 60 sur la question,
03:27je dirais pas que je lui ai pris des choses,
03:29mais je dirais qu'il y a des choses dans ce livre,
03:31je sais plus comment il s'appelle, ça va me revenir tout à l'heure,
03:33j'ai des problèmes de nom parfois,
03:36c'est un livre qui avait eu un certain succès dans les années 60,
03:39et donc qui racontait la vie de ces garçons à telle histoire,
03:41et évidemment ça rentre aussi dans la narration des films de Warhol,
03:47enfin de Morisset plutôt,
03:50de Flech, des choses comme ça,
03:52d'autres trilogies, Flech, Trash, etc.
03:54Donc voilà, c'était une idée de commencer sur New York,
03:56et de commencer sur une vision panoramique de loin,
03:59et on s'approche, enfin panoramique, je sais pas le bon mot d'ailleurs,
04:01une sorte de zoom,
04:02et on s'approche sur la prostitution masculine,
04:06et ça démarre par une rencontre en fait,
04:09qui n'a pas lieu d'ailleurs à New York,
04:11mais qui a lieu à Palm Springs,
04:14entre le héros, l'anti-héros,
04:17ou le garçon en tout cas,
04:18qui avait un certain rôle dans les livres précédents,
04:20qui est le jeune Alexis, qui est un jeune homme dévoyé,
04:25et ce garçon qui tapinait à Times Square,
04:29et qui s'occupe d'un bar,
04:30ce bar existe d'ailleurs,
04:32c'est un endroit,
04:33Palm Springs est très étrange,
04:35et il y a deux rues en fait,
04:37bon ça c'est courant aux Etats-Unis,
04:38mais il y a des endroits qui sont comme isolés de l'histoire,
04:41et je me rappelle être rentré une fois dans ce bar,
04:44qui est un truc,
04:45qu'on a l'impression que c'est des figurants d'un film des années 60,
04:50qui sont restés là,
04:51et qui jouent des rôles,
04:52c'est très fascinant comme endroit,
04:54donc voilà on passe là,
04:55et puis après on passe chez,
04:56parce qu'en fait je m'intéresse,
04:57l'histoire du livre,
04:58je suis toujours un peu confus,
04:59mais ça va s'arranger en parlant,
05:01l'histoire du livre,
05:02c'est l'histoire de Truman Capote,
05:04qui n'arrive pas à écrire
05:07Answered Priors,
05:08Les Priors Exaucées,
05:10le livre qu'il avait signé,
05:11pour essayer de faire son proste américain,
05:14et qu'il n'a pas réussi à faire,
05:15c'est une histoire assez connue,
05:16et donc je me suis calé sur ça,
05:18en fait ma trilogie se passe entre le moment
05:19où il a signé le contrat en 66,
05:21et le moment où il meurt en 84,
05:23mais il n'est pas le personnage du livre,
05:24il est le fil rouge,
05:27c'est l'intermantien du livre.
05:29C'est la figure qui traverse quand même toute la trilogie ?
05:31Oui, c'est un livre sur l'écriture en fait,
05:34pour être bien ennuyeux,
05:35c'est un livre sur l'écriture,
05:37c'est un livre sur l'impossibilité d'écrire qu'il a rencontré,
05:40il y a des écrivains qui écrivent trop,
05:41il y en a d'autres qui se bloquent,
05:43et lui il s'est bloqué,
05:44et donc je me suis intéressé,
05:46en fait ce qui m'a amusé au départ,
05:48pour être très clair sur la jeunesse du livre,
05:52parce que les livres c'est toujours au départ
05:54une piste qu'on ne suit pas forcément,
05:57j'avais rencontré François-Marie de Bagné
06:00il y a quelques années,
06:03et j'avais le projet d'écrire avec lui,
06:05sur lui,
06:06et puis il n'a pas voulu,
06:07on s'est approché,
06:09on s'est parlé,
06:11et puis comme il est,
06:12il a ses archives et ses secrets,
06:15et tout à coup je me suis dit,
06:17tiens, je vais prendre un personnage qui va ressembler à François-Marie,
06:19qui s'appelle Donatien,
06:20qui est le héros du livre,
06:21qui est une sorte de...
06:24un garçon qui n'est pas issu vraiment du même milieu que les héros du livre,
06:28qui sont plutôt des aristocrates russes,
06:30on va dire décadents,
06:33et il va me servir d'énergie dans le livre,
06:37donc j'ai gardé son énergie,
06:38j'ai gardé l'énergie de ce garçon que je trouve formidable,
06:40et pas du tout,
06:41toutes les histoires d'argent,
06:42etc.,
06:43c'est pas fondamental,
06:45c'est intéressant parce qu'il a un côté balsacien,
06:47mais c'est pas fondamental,
06:49et donc ça m'a donné l'énergie du début,
06:52et comme ça j'ai écrit cette trilogie,
06:54en pensant à lui au départ,
06:55et puis le personnage revient dans les autres livres,
06:58c'est de la cuisine, la littérature,
06:59je sais pas, j'ai fabriqué ça comme on fabrique des plats,
07:01celui-là, je l'ai écrit très vite,
07:03je l'ai écrit il y a déjà quelques années,
07:06c'est un livre que j'ai laissé dormir,
07:08comme un tableau qu'on retombe contre un mur,
07:10et je l'ai laissé dormir pendant plusieurs années,
07:13je l'ai écrit en trois mois,
07:14donc c'était vraiment sur une énergie,
07:16et donc le livre a une certaine,
07:17je crois, une certaine allégresse,
07:19qui vient de cette énergie,
07:21c'est de là la trilogie,
07:23mes idées se rejoignent,
07:24mais elles sont pas toujours...
07:25Allez-y.
07:26Et en l'écrivant,
07:27vous pensez déjà à un troisième tome
07:29en écrivant les deux premiers,
07:30ou c'est en voyant toujours l'évolution de la famille ?
07:33Non, non, non,
07:34en fait mon idée c'était de faire un livre,
07:36je vais être très clair,
07:36c'était l'idée de faire un livre de mille pages,
07:40parce que je trouvais que c'était intéressant
07:41de faire un grand roman,
07:42mais de faire un grand roman
07:43avec lequel je puisse vivre,
07:45donc il fallait en faire trois tomes
07:46pour être sûr d'avoir des avaloirs
07:47pour pouvoir continuer à écrire.
07:48Il faut être clair,
07:49c'est comme ça que ça marche la cuisine.
07:51Et donc j'ai fait...
07:52Donc j'avais ce projet de bagnée,
07:53j'avais un éditeur,
07:54qui est Emmanuel Carcassonne,
07:55qui n'est pas avec nous ce soir,
07:56parce qu'il adore la librairie en province, lui.
07:59Alors il est parti en province
08:00pour essayer de vendre ses livres de la rentrée,
08:03il n'est pas là,
08:04mais c'est Emmanuel qui...
08:05Voilà, donc j'avais proposé bagnée,
08:07donc on était vraiment bagnés,
08:09c'est barré,
08:10donc voilà,
08:10la littérature ça marche comme ça aussi.
08:12Et donc je lui ai dit,
08:12bon, bah écoutez,
08:14j'avais un autre projet
08:16sur...
08:17Comment elle s'appelle ?
08:18Mariah Tandriane,
08:19qui était l'auteur de Emmanuel,
08:23le roman si fameux
08:24qui a été adapté au cinéma
08:26et qui a eu le succès qu'on connaît.
08:28Et donc je me suis dit,
08:29ouais, Emmanuel Arsant,
08:30et donc je me suis dit,
08:30tiens, on va mettre du Bangkok,
08:32parce que comme ça,
08:32ça va me permettre d'utiliser de...
08:34je ne sais plus quel est le terme,
08:36de vidanger le contrat...
08:38le contrat Mariahat
08:40que je ne savais pas quoi faire.
08:41Et du coup,
08:42la première partie se passe à Paris,
08:44à Bangkok.
08:44Et après, je me suis dit,
08:45bon, j'ai envie d'aller à Rome.
08:48Je remercie d'ailleurs
08:49la Villa Médicis
08:49parce que je devais aller...
08:51J'ai essayé de demander
08:52d'avoir une bourse à la Médicis,
08:54ils m'ont toujours refusé.
08:55Donc, à force de me faire refuser
08:57à la Villa Médicis,
08:59j'ai fini par travailler
09:00comme James Aldeches,
09:01c'est-à-dire que j'ai travaillé
09:02sur documents.
09:04Au lieu d'aller sur Rome,
09:05je connais,
09:05mais je n'adore pas
09:06et je n'y suis pas retourné.
09:07Et donc, du coup,
09:08j'ai construit une sorte
09:08de Rome imaginaire
09:10qui est une Rome byzantine,
09:11ça, c'est dans le deuxième tour,
09:12grâce à ce refus de la...
09:14Tout ça pour montrer
09:15le mode de fonctionnement
09:16de l'objet littéraire.
09:18Et puis après,
09:19j'avais New York,
09:20je voulais que ça se termine
09:20à New York,
09:21j'avais envie de parler
09:22des clubs gays,
09:23cuir à New York
09:24parce que je trouve
09:25que c'est un sujet
09:25qui n'a pas été vraiment
09:28abordé sérieusement.
09:29Il y a une très bonne biographie
09:31de Maples Talk
09:32par Patricia Morisseau
09:33qui est très bien,
09:35très dure pour Maples Talk,
09:37mais qui est intéressante.
09:38Maples Talk,
09:38il y a des personnages...
09:39Oui,
09:39il y a des personnages
09:40qui passent à la fin
09:41pour montrer une sorte
09:42d'évolution du temps,
09:43pour montrer qu'on n'est plus
09:44dans la même époque
09:45et que Maples Talk,
09:45c'est déjà des années suivantes.
09:48On est dans quelqu'un
09:48qui est ambitieux,
09:49qui certes utilise
09:51les codes de la destruction,
09:53du sadomasochisme,
09:54de la prostitution,
09:56mais qui en fait finalement
09:57de beaux objets
09:59qu'on va avoir envie d'acheter,
10:01qu'on va avoir envie d'exposer.
10:02Et donc,
10:03il arrive à joindre...
10:04Le premier portrait,
10:06un peu sale.
10:06Voilà,
10:07donc c'est un autre...
10:11j'avais envie de parler de ça
10:12et comme j'avais envie
10:13de parler de ça,
10:13c'est l'avantage
10:14de la littérature,
10:15c'est que vous avez
10:16un budget pour écrire,
10:17mais vous n'avez pas besoin
10:18quand vous faites
10:19une super production.
10:20Mon idée,
10:20c'était de faire
10:20un blockbuster.
10:21Je voulais que ça marche.
10:22Je voulais faire un truc.
10:23J'ai vendu à Manuel,
10:24j'ai dit cette fois-ci,
10:25ça va marcher.
10:26Donc,
10:26je lui ai vendu l'idée
10:27qu'on allait faire
10:28une trilogie
10:29où il y aurait
10:29Truman Capote,
10:31Andy Warhol,
10:31Bianca Gégué...
10:32que du name-dropping
10:33non plus,
10:33d'avoir mis
10:34toutes ces galeries...
10:35mon idée,
10:35c'était d'avoir
10:35un très beau casting
10:36et de faire
10:37un livre original
10:37où ces gens
10:39se conduisent
10:39à peu près
10:39comme ils devaient
10:40se conduire
10:40dans la vie.
10:42Et puis voilà,
10:43j'aime bien l'idée
10:44que ça soit un projet
10:45comme ça,
10:46un peu cléopatrien
10:48pour employer
10:48un manquievicien,
10:50un gros projet
10:51et puis finalement,
10:52c'est devenu
10:53ce curieux livre
10:55assez dense
10:55avec beaucoup de...
10:57Et le troisième tome,
10:58je ne vais pas faire,
10:59j'ai l'impression
10:59d'être un manant
11:00de vendre
11:02des aspirateurs,
11:03mais c'est un livre
11:05qui a une certaine
11:06allégresse
11:06parce qu'il a profité
11:08justement,
11:09le premier tome,
11:10j'avais du mal
11:10à le faire,
11:11c'est difficile
11:12de faire parler Warhol,
11:13de faire parler
11:14parce que vous avez
11:15vite l'air con
11:15quand vous faites
11:16un truc
11:16qui veut faire
11:18biopic,
11:18ce n'est pas facile.
11:19Donc heureusement,
11:21il y avait
11:21les éditions Seguier
11:22qui avaient édité
11:23le magnifique livre
11:25de Colacello,
11:26ça,
11:26ça m'a surtout servi
11:27pour le troisième tome
11:28où vraiment
11:28on entend la voix
11:29des gens,
11:30donc on sait
11:31comment les rapports
11:32entre les uns
11:33et les autres,
11:33c'est très simple,
11:35c'est drôle,
11:35c'est pas du tout
11:39mythique,
11:39mythologique,
11:40c'est vraiment la vie,
11:41donc ça c'est marrant,
11:41donc j'avais des moyens
11:42comme j'ai fait pour Rome,
11:43sur New York,
11:44je me suis démerdé,
11:45j'avais connu des gens
11:46qui avaient connu
11:48Mapplethorne,
11:48donc je savais à peu près
11:49comment ils se comportaient
11:50et voilà,
11:51et puis le bazar
11:52a fini par tenir debout
11:53et avancer
11:54comme un
11:56comme un volème.
11:58Et en même temps,
12:00c'est peut-être pour le succès littéraire
12:03que ça marchait
12:03et les avaloirs
12:04comme vous dites,
12:05mais il y a aussi
12:05un petit,
12:07enfin,
12:07quand on lit justement
12:08le personnage de Truman Capote
12:09en particulier,
12:10on voit toutes les,
12:11enfin,
12:12on a un peu l'impression
12:13que c'est aussi
12:13le rapport d'un écrivain
12:15à son oeuvre
12:15et justement
12:16comment écrire,
12:18qu'écrire,
12:19pourquoi l'écrire,
12:20enfin,
12:20toutes les interrogations
12:21de Truman Capote
12:22tout au long du livre,
12:22c'est oui,
12:24c'est les interrogations
12:25de l'auteur,
12:25vous voulez dire,
12:26je vous vois venir,
12:27si vous voulez,
12:28moi j'ai toujours travaillé
12:29dans la presse
12:29avant de travailler
12:30dans la littérature,
12:31j'ai commencé la carrière
12:32d'écrivain
12:33après avoir essayé
12:34d'hier chose
12:34à l'âge de 43 ans,
12:36donc j'ai l'habitude
12:37de déguiser derrière
12:38une façade
12:39qui pourrait donner
12:40l'impression
12:40d'être un truc
12:41un peu superficiel,
12:42fumiste,
12:43avec beaucoup de name dropping,
12:44etc.,
12:45des choses qui me sont
12:46plus intimes,
12:47donc j'avais toujours
12:48pour principe
12:48de gauchir
12:49tout article
12:50qu'on m'a commandé,
12:50j'ai toujours essayé
12:51de le rendre
12:51extrêmement personnel
12:52et intime,
12:53je crois à peu près réussi,
12:55donc si vous voulez,
12:56quand j'arrive
12:56à écrire un bouquin,
12:57finalement je mets dedans
12:58forcément des choses,
12:59des réflexions
12:59sur la littérature,
13:00parfois même,
13:01il y a des choses
13:02dans ce livre,
13:03je ne sais plus
13:03si c'est dans celui-là,
13:04mais il y a des trucs
13:05qui peuvent venir
13:05directement de Léoto
13:07ou de Barès,
13:08etc.,
13:08et que je glisse,
13:09oui,
13:09il y a une conversation
13:10au début
13:11dans le bar
13:12à Palm Springs
13:13entre le petit Alexis,
13:16donc le héros du livre
13:17et le gay cuir
13:20qui se drague mutuellement
13:22au bar
13:23et la conversation,
13:24c'est une conversation
13:25sur Verlaine
13:26qui vient du journal
13:27littéraire de Léoto,
13:28mais je pars du principe
13:30que la réalité
13:31est toujours comme ça,
13:32c'est-à-dire que moi
13:32j'ai eu des conversations
13:33avec des gens très étonnants,
13:34des travestis,
13:35des policiers,
13:37des gens,
13:37qui pouvaient parfois
13:38être d'une grande sincérité
13:41et d'une grande profondeur,
13:42donc la profondeur
13:44de l'analyse proustienne,
13:47on va dire,
13:48l'analyse de caractère,
13:49la finesse
13:50de certains trucs,
13:51vous pouvez l'avoir
13:51dans la vie
13:52avec des gens
13:53qui ne sont pas
13:53des écrivains,
13:54qui ne sont pas forcément,
13:56donc voilà,
13:56je trouve toujours
13:57qu'on peut mettre
13:58dedans des choses,
13:59on peut mettre
14:00des,
14:01c'est très fine,
14:02parce que quand je parle
14:03de Léoto,
14:03ça a l'air très ennuyeux,
14:04c'est un vieux truc,
14:05le Mercure de France,
14:05etc.,
14:06mais c'est le meilleur
14:07lecteur de Verlaine,
14:08peut-être avec Maurras,
14:09c'est le meilleur lecteur
14:10de Verlaine
14:11que je connais,
14:11c'est celui qui a l'oreille
14:12absolue,
14:13il reconnaît les bons vers,
14:14il reconnaît,
14:14et quand il dit
14:15de quelque chose,
14:16de la poésie
14:17et notamment d'Apollinaire,
14:19c'est lui qui a découvert
14:20le,
14:21le,
14:21le,
14:21le,
14:22un célèbre poème
14:23d'Apollinaire,
14:24je l'ai se tombé
14:24dans une boîte aux lettres,
14:25et,
14:26ben ça,
14:27j'aime bien le mettre
14:27dans la bouche
14:28d'un,
14:28d'un serveur gay,
14:30cuir,
14:31dominateur,
14:32à Miami,
14:33à, pardon,
14:34à Palm Springs
14:35en,
14:35en 74,
14:36ça a drôle,
14:37parce que c'est la vérité
14:38pour moi.
14:38C'est ce qui est très intéressant
14:40dans l'ensemble du vie,
14:40c'est que c'est assez inclassable,
14:41on passe d'une scène
14:42de fistfucking
14:43dans les baffons new-yorkais
14:44à une intertextualité
14:46sur le personnage
14:48qui est comparé
14:49au Dr. Moreau
14:50ou à Heathcliff.
14:51C'est la vie.
14:51Oui,
14:52vous prenez jamais
14:53votre lecteur
14:53pour un spectateur
14:55de blockbuster,
14:55simplement,
14:56c'est là aussi.
14:57c'est comme ça la vie,
14:58moi je trouve
14:58que ce qui est merveilleux,
14:59c'est justement
15:00vous sortez d'un truc
15:01qui pull poppers
15:02et où les gens sont frottés
15:03les uns contre les autres
15:04et puis tout à coup,
15:05il y a une espèce
15:06d'éclair de réalité,
15:07de beauté
15:07qui apparaît
15:08sous un métro pourri
15:09avec une conversation
15:11avec un garçon
15:12qui est inspiré
15:12par William Moreau
15:13mais qui n'est pas
15:14une conversation passionnante,
15:15qui est une conversation
15:16je crois qu'il invente
15:16auprès du chauffeur de taxi
15:18qui connaît des gens
15:18qui ont un abattoir
15:20de chair humaine
15:21pour faire de la viande
15:22pour les extraterrestres,
15:23enfin le genre de conversation
15:24que William Moreau
15:24pouvait avoir
15:26et voilà,
15:27et donc là,
15:28on est dans la poésie
15:29tout en passant
15:30de la...
15:30puis les boîtes cuir,
15:32c'est un court passage
15:33mais c'est un passage
15:34qui était pas mal.
15:36enfin une poésie
15:37et une réelle exigence,
15:39enfin on sent que
15:39vous êtes un immense lecteur
15:41quand vous écrivez
15:42parce que vous attendez
15:43que le lecteur
15:43ait quand même
15:44énormément de références
15:45avant de vous avoir lu.
15:49Oui, j'espère que ça donne envie.
15:52Moi, vous savez,
15:52quand je lisais des livres,
15:53après il y a toujours
15:53cette histoire,
15:54on peut parfois dire
15:56oui, mais si vous citez
15:57trop de gens
15:57ou trop de littérature,
15:59vous ne vous adressez pas,
16:00vous n'êtes pas assez ouvert,
16:01vous ne vous adressez pas
16:02au lecteur,
16:03le lecteur se sent largué.
16:05Moi, je sais pas,
16:05quand j'étais gamin,
16:06quand je lisais un livre,
16:06je voyais des noms
16:07que je connaissais pas,
16:08j'ai essayé de trouver
16:08qui c'était,
16:09ça me plaisait.
16:10Tout ce qui m'était inconnu
16:11me plaisait.
16:12Donc j'estime
16:12quand on lit un livre,
16:13si on vous parle d'un truc,
16:15si le livre vous plaît,
16:16si la musique vous plaît,
16:17s'il y a quelque chose
16:18dans l'énergie du livre
16:20qui vous parle,
16:22eh ben vous allez voir
16:23c'est quoi il parle le monsieur.
16:24Après tout,
16:25il n'est pas obligé
16:25d'aller à chaque fois
16:26vous expliquer
16:26ah oui, mais vous comprenez,
16:28je sais que, etc.
16:29Ce n'est pas de la pédagogie
16:30la littérature,
16:30donc on fait le truc
16:32et puis on espère
16:33que ça sera peut-être
16:34dans 10 ans,
16:35dans 15 ans,
16:35dans 30 ans,
16:36ça va dire quelque chose
16:37à quelqu'un
16:37qui va se dire
16:38ah tiens, c'est bien,
16:38j'ai envie de faire
16:39quelque chose comme ça.
16:39Voilà, c'est ça le but.
16:42Moi, c'est comme ça
16:43que j'ai vécu en tout cas.
16:44Voilà.
16:46Et sur l'économie
16:49de la trilogie.
16:51L'économie.
16:51Enfin, sur la composition
16:54de la trilogie,
16:56j'ai remarqué
16:57que le cœur
16:57de ce troisième tome,
16:59c'était l'enterrement
17:00du père de la fratrie.
17:01Ah oui.
17:02Alors heureusement,
17:03il y avait une invitée
17:03qui n'est pas venue aujourd'hui,
17:04donc je peux parler
17:05en son absence,
17:06qui était le modèle,
17:07parce que j'ai des modèles
17:08inspirateurs,
17:09évidemment,
17:09qui vous haïssent toujours
17:10d'avoir utilisé.
17:10Donc là, le père,
17:11j'aurais utilisé son père,
17:12si elle le sait.
17:13Bon, je l'avais invitée
17:14parce que justement,
17:15elle devrait être assis là,
17:16c'est normal.
17:17Normalement.
17:17Et bonjour, voilà.
17:19Il se trouve que c'est,
17:20en plus,
17:21il y a un lien de famille
17:23avec certaines personnes
17:24qui ont, comment dire,
17:25un certain lien
17:26avec la structure
17:26de cette librairie actuellement.
17:29Et donc,
17:31j'espère que je me fais comprendre
17:32sans me faire comprendre.
17:33Et donc,
17:34dans l'atmosphère terrible
17:35dans laquelle nous vivons
17:36en ce moment,
17:36et donc,
17:37il se trouve que
17:37cette personne
17:39m'a demandé,
17:40j'avais une relation
17:41tout à fait,
17:43comment dire,
17:44on peut parler
17:45puisqu'elle n'est pas là,
17:46tout à fait illicite,
17:49illicite avec elle.
17:50Et elle m'a demandé,
17:50je ne connaissais pas son père,
17:51son père était
17:52un médaillé militaire,
17:53et j'ai écrit son horizon,
17:55enfin,
17:55elle devait dire un texte
17:56pour son horizon funèbre.
17:58c'est moi qui ai écrit le texte,
18:00alors que je ne connaissais pas le père,
18:01que je n'étais pas à l'enterrement
18:02et que la famille
18:03ne m'aurait même pas.
18:04Donc,
18:04je me souvenais de ça
18:05et je me suis dit,
18:06tiens,
18:06je vais faire un enterrement
18:07aux Invalides
18:08parce que ça va être,
18:09c'est pas mal de mettre,
18:10après les boîtes,
18:11après les boîtes cuir,
18:12après le mineshaft
18:13ou le,
18:15je ne sais plus,
18:15le toilet,
18:16la boîte où les gens
18:17se faisaient pipi
18:17et caca dessus,
18:18paf,
18:19on met une scène
18:21aux Invalides
18:22avec un bel enterrement militaire.
18:24Et qui intéresse
18:25le moins public
18:26et le moins intime.
18:26J'ai eu ma scène
18:28aux Invalides
18:29avec une drague
18:30entre la jeune fille
18:31qui a repéré
18:32une autre jeune fille
18:32parce qu'elle est lesbienne
18:33qui a repéré
18:33une autre jeune fille
18:34très jeune
18:34qu'elle a envie de draguer
18:35et puis Donatien,
18:37donc le personnage
18:38inspiré par,
18:40librement inspiré
18:40par François-Marie
18:41qui lui est en train
18:43de monter ses combines
18:44comme on le connaît,
18:45enfin bon,
18:46il y a du,
18:47il y a de l'embrouille dans l'air
18:48et il y a cette scène
18:49d'enterrement,
18:50c'est comme dans un film,
18:50vous savez,
18:51une belle scène d'enterrement
18:52comme ça,
18:53Visconti faisait ça très bien,
18:54des trucs un peu comme ça,
18:55c'est beau.
18:56Et c'est en majesté,
18:57c'est vraiment
18:57centre du roman.
18:58Et ça change des égouts
18:59du toilet.
19:00Et on change de continent,
19:01on change de contexte.
19:02Voilà, on change de tout
19:02et hop,
19:03et on est au bord de la scène
19:04et là,
19:04il y a Moran et Aragon
19:05qui étaient déjà là au début
19:06qui reviennent
19:08pour une sorte de bouquet final
19:09avec Moran
19:10qui se souvient
19:10de la princesse Palais
19:11dont il était amoureux.
19:12Il y a un passage merveilleux
19:13dans le journal Inutile
19:14de Moran
19:15à la fin du premier tome
19:16sur des éléments
19:18qu'il a retrouvés
19:19de journal intime
19:22et comme Nathalie Palais,
19:24c'est la Russie,
19:25c'est la Russie impériale,
19:26donc c'est la beauté,
19:28c'est les photos
19:28de Cécile Beaton.
19:29Donc je me suis dit,
19:30tiens, ça va bien
19:30avec mon héroïne,
19:31donc on va mettre Moran
19:33et on va mettre Moran
19:34qui se souvient de Nathalie
19:35et qui se trouve
19:36dans le château
19:36en face de la maison
19:37où ça se passe
19:38parce que c'est deux maisons
19:39qui sont face à face
19:40qui existent en réalité,
19:41qui se trouvent face à face
19:42devant la...
19:43Il y a la scène
19:44entre les deux
19:44et elles sont face à face
19:45et l'autre,
19:46c'était la maison
19:46des Fabrelus
19:47qui s'appelle la rivière
19:48qui est très belle
19:49et Moran
19:50qui était amie
19:51avec Fabrelus
19:51et chez Fabrelus
19:52et regarde la façade
19:53en face
19:53et voit sa jeune fille,
19:55une jeune fille
19:56qui a 15 ans
19:57à paraître
19:57et il se souvient
19:58de Nathalie Palais.
19:59Donc ça, c'est...
20:00Et Aragon par là
20:01qui passe par là
20:02et qui coupe ses roses,
20:03je l'ai connu,
20:04enfin je l'ai connu,
20:04c'est mon parrain,
20:06mais mon parrain,
20:07enfin il a donné envie
20:07à mes parents
20:08d'avoir un enfant
20:09parce qu'ils avaient perdu
20:09leur premier enfant
20:10et donc c'est moi
20:11qui suis...
20:11C'est moi qui ai remplacé
20:13le garçon
20:14et donc grâce à Aragon
20:15qui a convaincu mon père
20:16lui a dit
20:17il faut faire un autre enfant
20:18donc c'est un peu mon parrain
20:19et je l'ai connu
20:21à Toulon
20:21à la résidence du Cap Brun
20:23où il était
20:25avec l'homme au chapeau
20:26qui tapinait d'ailleurs
20:27au flore
20:28et donc on revient,
20:29on va finir,
20:30on va faire...
20:30On a fait une boucle
20:32et on revient
20:33sur le flore
20:36et le drugstore
20:38avec Aragon.
20:39Aragon qui allait dans,
20:39comme vous le savez,
20:40dans les boîtes panettes
20:41et qui était à la fois
20:42suivi par la police
20:43et suivi par la place
20:45du colonel Fabien.
20:45Donc il y avait
20:46les deux voitures
20:46qui attendaient,
20:47il y avait la 504
20:48du colonel Fabien
20:49et la 504 de la police
20:50qui attendaient
20:51quand il allait sortir
20:53de je ne sais quelle boîte
20:54rue Saint-Anne.
20:55Voilà.
20:56La rue Saint-Anne
20:56que vous faites revivre
20:57également tout ce moment.
20:58La rue Saint-Anne
20:58je la fais revivre,
20:59je ne m'en rappelle plus,
21:00il y a une scène
21:00de rue Saint-Anne.
21:00Il n'y a pas de scène
21:01mais vous mentionnez
21:02que c'est tous les bars
21:02de la rue Saint-Anne
21:03avec le boys.
21:04Oui, oui.
21:07Le boys c'était après,
21:08non c'était pas le boys,
21:13de notre ami Sankou
21:15qui avait des très bonnes anecdotes,
21:16j'ai oublié son nom,
21:17qui se parfumait
21:18avec fracas.
21:20Et enfin pardon,
21:21voilà,
21:21je vais peut-être m'arrêter.
21:23Et j'avais peut-être
21:24une dernière question
21:25sur la figure de Proust.
21:27Gérald Nanty.
21:28Sur le fait que Proust
21:30est aussi beaucoup évoqué
21:31dans tout ce roman,
21:32vous l'avez dit,
21:33à travers l'ambition
21:34de Truman Capote
21:34d'essayer de faire comme lui.
21:36Oui.
21:37Et qui se perd justement
21:38et qui n'y arrive pas.
21:41Selon la très bonne formule
21:42de Marie-Laure de Noailles
21:44qui n'était pas toujours brillante
21:45mais qui là avait dit
21:45une chose très juste
21:46et elle avait dit
21:47les Américains ne peuvent pas
21:47écrire la recherche du temps perdu,
21:49ils sont trop pressés
21:49de passer à la télévision.
21:51C'était ça.
21:56Vous citez d'ailleurs ?
21:57Oui, je cite dans le premier tome
21:58dans une conversation
21:59entre Marie-Laure
22:00et je ne sais quel personnage
22:01de mon livre.
22:02Mais c'est une phrase authentique.
22:03Il y a beaucoup de phrases authentiques.
22:04Est-ce que c'est important
22:05pour vous Paris
22:06de faire revivre
22:06l'époque de votre enfance ?
22:08Non, mais c'est pas
22:09l'heure de mon époque.
22:09Si vous voulez,
22:10ça c'est courant.
22:11Modiano, par exemple,
22:12quand il écrit sur la guerre,
22:14il écrit sur son enfance
22:14mais sur quelque chose
22:15qui est avant.
22:16Vous savez,
22:16les choses qui sont avant vous,
22:17il y a toujours un brouillard
22:18et donc c'est ce brouillard
22:20évidemment qui donne envie
22:21de faire de la littérature.
22:22Donc c'est très courant
22:23que les auteurs,
22:24Proust,
22:25écrivent sur une période
22:26qui est juste avant
22:27la période
22:27où ils sont arrivés
22:28à l'âge adulte.
22:29En 60-70.
22:30C'est très...
22:31Moi, c'est...
22:32Oui, je suis né en 60
22:33donc je marchais sur le boulevard
22:35avec mes parents.
22:36Je cite toujours cette histoire
22:37en dessous de ma gueule
22:38mais c'est la vérité.
22:39Il y avait des gens
22:40qui se promenaient
22:40avec des tigres.
22:41Je maintiens en laisse.
22:43Les gens étaient fous.
22:44Il y avait des tigres,
22:45des boas, etc.
22:47Et je me souviens
22:47d'avoir vu des gens
22:48merveilleusement beaux
22:49qui me faisaient rêver.
22:50Et donc c'est pour ça
22:51que j'écris tous ces livres en fait.
22:52Et avec Emmanuel au cinéma
22:53tu vois vraiment aussi
22:54toute une époque je crois.
22:55Oui, Marayat.
22:56Mes parents ont bien connu Marayat.
22:57Je ne vais pas rentrer
22:58dans les détails
22:58et donc j'ai connu Marayat
23:00quand j'étais petit petit.
23:01J'ai vu Marayat.
23:03Elle avait fait des...
23:04Alors je crois que ce n'est pas elle.
23:05J'ai raconté ça
23:06mais c'est une histoire
23:07qui me plaît
23:07alors je leur raconte.
23:08Vous savez,
23:08il y avait des parquets vitrifiés
23:10et donc les parquets vitrifiés
23:11quand vous marchez
23:12avec des talons aiguilles
23:13ça faisait des petits trous.
23:14Et toute mon enfance
23:15j'ai joué au pied du lit
23:16qui était le lit de mes parents
23:17parce qu'on avait un deux pièces
23:18donc mes parents
23:18vivaient dans le salon sur le lit
23:20et ils avaient un lit dans le salon
23:21et je jouais
23:22il y avait les petits trous
23:23et les petits trous pour moi
23:23c'était les chaussures de Marayat
23:25mais je crois que ce n'était pas
23:26les chaussures de Marayat
23:26c'est les chaussures
23:27d'une hôtesse de l'air allemande.
23:28Mais bon,
23:29tant pis.
23:30Il faudra faire un livre
23:31sur l'hôtesse de l'air allemande.
23:32Sur l'hôtesse de l'air allemande,
23:33je ne sais plus comment elle s'appelait.
23:35Merci beaucoup.
23:36Merci à vous.
23:38Au revoir.
23:39Merci.
23:41Je vous ai arrêté.
23:43Est-ce que vous auriez
23:45une ou deux questions
23:46peut-être dans le public ?
23:48Pardon,
23:48excusez-moi,
23:49je veux boire un coup d'eau.
23:50Non,
23:51en général,
23:51il n'y en a pas.
23:52C'est toujours la première
23:52à la petite.
23:53Par expérience,
23:53c'est très rare.
23:54La question est...
23:55Likez.
23:59Il faut interroger.
24:00Voilà,
24:01monsieur.
24:02Une question,
24:03si vous allez,
24:04après ça,
24:05revenir à ce qu'on appelle
24:07plutôt la non-fiction.
24:08Vous avez beaucoup écrit,
24:09vous avez écrit
24:09sur la Monson Family,
24:11sur la Dienfranche,
24:11etc.
24:12Est-ce que c'est quelque chose
24:14que vous avez abandonné
24:15ou d'ailleurs
24:16vous avez fait pleinement
24:17la fiction ?
24:18Ah,
24:18vous voulez dire...
24:19Il n'est jamais tout à fait
24:20avec vous,
24:20parce qu'il y a quand même
24:20toujours un peu de réel.
24:22Oui,
24:22alors la Monson Family,
24:24je l'ai abordé
24:24sous le...
24:25Je l'ai abordé
24:26pour des raisons diverses
24:27et variées
24:28et pour des raisons
24:28très personnelles
24:29parce que j'étais
24:29complètement obsédé
24:30par cette histoire
24:31comme beaucoup,
24:31beaucoup,
24:32beaucoup,
24:32beaucoup de gens
24:33des années 60
24:34et je l'ai abordé
24:36dans un but précis
24:37pour essayer de comprendre
24:38comment une fille
24:39de 18 ans
24:40peut arriver
24:40à enfoncer un couteau
24:41dans une autre
24:42et quand elle n'a pas
24:43l'expérience de ça.
24:44C'était vraiment ça
24:45le truc.
24:46Alors,
24:47ces histoires-là,
24:48c'est fini.
24:50Non,
24:50là,
24:50pour le moment,
24:51je suis sur un projet
24:52littéraire
24:52qui est assez farfelu,
24:54mais je ne sais pas
24:55dans les conditions actuelles
24:56comment ça va se terminer.
24:57Sûrement très mal.
25:00Mais ce n'est pas grave,
25:01on trouvera un système.
25:03Je fais un espèce
25:04de retour arrière.
25:05J'ai commencé
25:06avec Stanislas
25:06et puis après,
25:07j'ai un deuxième tome,
25:08un troisième tome.
25:09Il y en a 19
25:09comme ça qui devraient arriver
25:11où je reviens sur...
25:13Pardon,
25:14je vous parle à vous.
25:15Où je reviens
25:15sur l'écriture et la vie.
25:18Ce qui est quand même
25:19le sujet finalement
25:20de beaucoup de choses
25:20que j'ai écrites
25:21et donc sur la structure.
25:24Je ne vais pas faire
25:24des commentaires
25:25de mes propres livres,
25:25ça serait ridicule.
25:27Et puis ça m'ennuierait moi-même.
25:28Il ne faut pas s'ennuyer
25:28quand on écrit ça en principe.
25:30Et donc,
25:30mais d'essayer de voir
25:31comment la vie...
25:33Parce que j'ai eu la chance
25:34d'avoir une vie
25:34relativement rocambolesque
25:35et donc d'avoir des gens
25:37assez marrants.
25:37Surtout à partir du moment...
25:38On me dit toujours
25:39« Ah, mais vous utilisez...
25:40Vous avez attendu 43 ans
25:41parce que vous avez utilisé
25:42votre passé pour écrire. »
25:44Non !
25:44J'ai provoqué le présent
25:46en écrivant
25:46parce que c'est quand
25:47j'ai commencé à écrire
25:47que j'ai commencé à rencontrer
25:48des gens vraiment très marrants.
25:50Avant,
25:50j'en ai connu
25:51quand j'étais jeune
25:52mais ce n'était pas
25:53la majorité.
25:55Mais après,
25:56là j'ai eu des...
25:56Je parle de gens marrants.
25:57Je ne parle pas de gens bien.
25:58Je ne parle pas de gens intelligents.
25:59Je ne parle pas de gens profonds
26:00mais des gens qui vous amènent
26:02un truc qui fait
26:02que vous avez envie d'écrire.
26:04Et comme j'ai toutes ces histoires
26:05très marrantes à raconter,
26:07je me dis
26:07« C'est dommage
26:08que comme je n'ai pas
26:09de petits-enfants
26:09pour les raconter
26:10au coin du feu,
26:11je me dis
26:12« C'est dommage
26:12de ne pas les utiliser. »
26:14Et puis si je peux arriver
26:15à avoir des contrats avec ça,
26:16j'y vais.
26:17Mais là,
26:17c'était bien parti.
26:18Les histoires de prostitution
26:19aux petits-enfants
26:20au coin du feu.
26:20C'était bien parti
26:21mais malheureusement,
26:22là on a un gap.
26:26Mais ça va s'arranger.
26:27Je suis sûr.
26:28Je ne sais pas si...
26:29La personne qui est capable
26:30d'arranger ça
26:31a l'air d'être parti.
26:34Voilà.
26:35Peut-être question peut-être ?
26:38C'est bon.
26:39Je crois qu'on arrête.
26:40On peut aller signer.
26:42Merci encore.
26:43Merci à vous.
26:44Merci d'être venu.
26:45Merci.
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