- il y a 2 jours
Chères lectrices, chers lecteurs,
Mardi 29 septembre, nous avons eu le plaisir d'accueillir le lancement de Cremonini, catalogue de l'exposition consacrée au peintre du même nom, et ce en présence de Dominique Fernandez et des commissaires d'exposition Lydia Harambourg et Tancrède Hertzog.
🎙️ Discussion animée par Caroline Dhennin.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième : Cremonini. Le Regard en miroir est le catalogue de l'exposition qui se tient du 27 mai au 20 septembre 2026 au musée Lambinet et du 27 mai 2026 au 4 octobre 2027 à l'Espace Richaud à Versailles. L'exposition et son catalogue parcourent toute la carrière de l'artiste Leonardo Cremonini entre la France et l'Italie, de 1945 à 2010. C'est la plus importante publication sur son art depuis près de 40 ans, agrémentée d'un texte de Dominique Fernandez, ainsi que d'études approfondies des historiens de l’art Lydia Harambourg et Tancrède Hertzog, commissaires de l’exposition.
Mardi 29 septembre, nous avons eu le plaisir d'accueillir le lancement de Cremonini, catalogue de l'exposition consacrée au peintre du même nom, et ce en présence de Dominique Fernandez et des commissaires d'exposition Lydia Harambourg et Tancrède Hertzog.
🎙️ Discussion animée par Caroline Dhennin.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième : Cremonini. Le Regard en miroir est le catalogue de l'exposition qui se tient du 27 mai au 20 septembre 2026 au musée Lambinet et du 27 mai 2026 au 4 octobre 2027 à l'Espace Richaud à Versailles. L'exposition et son catalogue parcourent toute la carrière de l'artiste Leonardo Cremonini entre la France et l'Italie, de 1945 à 2010. C'est la plus importante publication sur son art depuis près de 40 ans, agrémentée d'un texte de Dominique Fernandez, ainsi que d'études approfondies des historiens de l’art Lydia Harambourg et Tancrède Hertzog, commissaires de l’exposition.
Catégorie
🦄
Art et designTranscription
00:00:00Oui ? Ça marche ? Vous m'entendez ?
00:00:04Alors tout d'abord je voulais vous remercier d'être aussi nombreux.
00:00:08L'écume des pages tient à remercier les éditions Lord Byron pour ce merveilleux ouvrage
00:00:15et pour ses auteurs, Madame Lydia Arembourg, Monsieur Dominique Hervendev et Monsieur Tancreder-Sol.
00:00:22Alors vous les connaissez déjà mais je vais quand même vous les présenter.
00:00:25Oui. Donc Madame Arembourg, vous êtes historienne de l'art et commissaire d'exposition, écrivaine
00:00:33et vous êtes notamment l'auteur du merveilleux école sur l'école de Paris qui était sortie il y a
00:00:3930-40 ans
00:00:40chez Yves et Calendres qui va ressortir, c'est ça ? Donc ça c'est une très bonne nouvelle.
00:00:47Monsieur Dominique Fernandez, est-ce que je vous présente ? Évidemment, grand écrivain, académicien depuis près de 20 ans.
00:00:56Prégoncour en 82, vous êtes aussi historien de l'art, essayiste, on vous donne un nombre incalculable de livres fantastiques
00:01:05et on connaît bien votre passion pour l'Italie.
00:01:08Voilà.
00:01:10Et vous, Monsieur Tancreder-Sol, alors vous aussi, vous êtes un historien de l'art, vous êtes galériste, journaliste et
00:01:17poète.
00:01:19Et donc, vous êtes réunis pour écrire un somptueux catalogue concernant l'exposition sur Leonardo Cremonini
00:01:29qui se tient actuellement à Versailles, à l'Espace Richaud, jusqu'au 4 octobre, jusqu'à dimanche.
00:01:36Et donc, Madame Arambour et Monsieur Artzel, vous êtes les commissaires d'exposition,
00:01:43et Monsieur Fernandez, vous êtes le préfacier formidable.
00:01:48Donc, ma première question est en quelque sorte toute simple.
00:01:51Pourquoi aimez-vous tant tous les trois Cremonini ?
00:01:56Qui veut commencer ?
00:01:57Parce que c'est un grand peintre.
00:02:02La réponse est très simple.
00:02:04Je trouve que c'est parmi les peintres contemporains, enfin, c'est un des plus grands.
00:02:10Ça ne marche pas ?
00:02:12Ça ne marche jamais, ça ne marche jamais.
00:02:17Voilà.
00:02:18Voilà, c'est un grand peintre totalement singulier, totalement original,
00:02:23qui nous semble, au cas des autres, à mon avis,
00:02:27on ne peut pas le classer dans une famille, dans une école,
00:02:31mais lui, seul veut.
00:02:34Je vais reprendre un petit peu ce que vous venez de dire, cher ami.
00:02:38C'est que, pour moi, c'est un peintre, et ça dit beaucoup de choses.
00:02:41C'est-à-dire que c'est la peinture qui est prioritaire, avant tout.
00:02:45Il n'y a pas de calcul, il n'y a pas de combinaison cérébrale, intellectuelle.
00:02:52C'est la peinture, c'est-à-dire qu'au départ, c'est un métier.
00:02:55Et ce métier, Cremonini le possède parfaitement, parce qu'il fait...
00:02:59On sent qu'il choisit une voie qui n'est pas facile, qui est celle de la figuration.
00:03:03Et c'est ça qui m'a plu chez lui.
00:03:05Moi, qu'il ai découvert vers 2013, pendant que j'étais un jeune étudiant en histoire de l'art.
00:03:11Et à un moment où, là aussi, dans nos études d'histoire de l'art,
00:03:14on ne parlait pas trop de figuration pour l'art contemporain, l'art moderne,
00:03:19quand on parlait des années 50, 60, 70,
00:03:21qui sont l'acmé, on va dire, de la carrière de Cremonini,
00:03:24on nous parlait de Pollock, on nous parlait de l'expressionnisme abstrait,
00:03:28on nous parlait en France des nouveaux réalistes.
00:03:30Et on ignorait, même nous, jeunes étudiants en histoire de l'art à l'école du Louvre,
00:03:33moi et mes collègues, on ignorait totalement l'existence, non seulement de Cremonini,
00:03:37mais d'autres artistes comme ça, figuratifs.
00:03:39Et quand on nous en parlait, on pensait que c'était des gens peut-être un petit peu à côté
00:03:45de la plaque,
00:03:46voire réactionnaires.
00:03:46Alors, quand j'ai découvert en 2013 Cremonini,
00:03:50ça a été progressivement, mais assez rapidement, quand même une révélation.
00:03:54C'est-à-dire que j'ai redécouvert, et je pense que c'est aussi quelque chose de générationnel,
00:04:00parce qu'il y a dans la salle des peintres de ma génération, eux aussi figuratifs.
00:04:04Et en fait, ça m'a beaucoup parlé, parce que j'ai découvert qu'il y avait une peinture figurative
00:04:09européenne,
00:04:10moderne, contemporaine, parce que les années 60-70,
00:04:13Cremonini surtout a été actif jusqu'en 2010,
00:04:17et qu'il y avait quelque chose à dire, et qui était très différent de tout cet art américain,
00:04:20parce que quand on pense aux années 60 dans la figuration, on pense au pop art,
00:04:24à Warhol, et qu'on sort en France, un peu à la figuration narrative.
00:04:29Et Cremonini, même s'il a des choses qui parfois le relient à ses mouvements,
00:04:34est foncièrement indépendant, tout en parlant de son époque.
00:04:38Et effectivement, comme l'a dit Lidia, c'est à la fois quelqu'un qui regarde la grande peinture,
00:04:42forcément en tant qu'étudiant de l'histoire de l'art, ça me plaisait,
00:04:45on pense à Piero Dalla-Fertuesque, parfois chez lui, d'autant qu'à Manteigne,
00:04:52tout en ayant effectivement ce lien avec les couleurs de son époque,
00:04:56les couleurs acidulées, etc.
00:04:57Donc voilà, ça a été pour moi une vraie découverte,
00:05:01et à partir de Cremonini, j'ai découvert d'autres artistes comme ça,
00:05:07qui nous permettent de lire l'histoire de l'art au-delà des mouvements.
00:05:10Et en France en particulier, on a cette tendance à classer,
00:05:12et un artiste doit aller forcément dans une école.
00:05:15Et Cremonini, même moi au début, j'essayais de le rattacher,
00:05:19et Cremonini, c'est une sorte d'électron libre,
00:05:21et ça c'est assez passionnant, et qui a réussi à vraiment s'imposer.
00:05:25Parce que ça a été quand même, c'est aussi ça qui est intéressant chez lui,
00:05:28il a été un petit peu oublié peut-être après sa mort,
00:05:31mais dans les années 50-60, c'était vraiment considéré comme un des grands peintres,
00:05:36au-delà de la figuration, un des grands peintres modernes tout court.
00:05:43Alors justement, Mme Arambour, vous disiez quelque chose de spécifique,
00:05:48c'est que Cremonini était italien, et donc quand on est un artiste italien,
00:05:53on a tout le passé derrière soi.
00:05:56Est-ce que vous pensez que quitter l'Italie a été absolument important
00:06:00pour pouvoir se réapproprier, messieurs, dames, tout l'art italien ?
00:06:07T'en inspirer.
00:06:10Écoutez, c'est vrai qu'il est complètement immergé dans cette peinture,
00:06:14et puis sans doute à un moment donné, il faut qu'il en sorte,
00:06:18parce que sinon il n'avance pas.
00:06:22Moi j'ai connu Cremonini en fait, à travers et à partir des expositions
00:06:28chez Claude Bernard, qui avait sa galerie d'Ocrui des Beaux-Arts,
00:06:31qui est toujours là d'ailleurs, pas Claude, mais la galerie est toujours là.
00:06:36Et ça a été vraiment un grand choc, parce que c'est une peinture effectivement
00:06:41qui ne peut pas laisser indifférente.
00:06:43Alors les histoires de goût, je mets ça tout de suite de côté,
00:06:46ça n'a rien à voir, mais on est en présence d'un peintre
00:06:50qui a vraiment un monde à lui, et comment faire advenir ce monde
00:06:57par la figuration, puisqu'il a décidé, il a fait ce choix
00:07:01de rester fidèle au réel.
00:07:03Alors la réalité, la peinture figurative, quand il arrive en France,
00:07:08il y a quand même des grands peintres figuratives.
00:07:10Il ne faut pas oublier quand même que c'est l'époque où il y a quand même
00:07:17cette grande figure de Bernard Buffet, qui est contestée, mais qui est là,
00:07:24et qui est bien là, et qui a sa place.
00:07:26Et puis, il doit faire son chemin.
00:07:30Donc après, c'est une histoire tellement personnelle.
00:07:33Il y a des rencontres.
00:07:34Il va rencontrer Bacon.
00:07:36Et c'est vrai que là, c'est un tournant, parce qu'il va trouver une expression
00:07:45qui secoue.
00:07:46On n'est plus dans une figuration sage, je dirais.
00:07:51Mais il ne faut pas oublier aussi qu'il y a Balthus aussi à l'époque.
00:07:54Et ça, c'est important aussi.
00:07:56Alors quand on fait, vous voyez, on tire des fils comme ça,
00:07:59et on s'aperçoit qu'en fait, c'est un immense champ
00:08:04où chacun doit se positionner,
00:08:07mais par rapport à son propre monde,
00:08:09et par rapport à ce qu'il s'est projeté d'être,
00:08:12et par rapport à ce qu'il veut être dans ce monde de l'art.
00:08:16Donc, je découvre Crémonini chez Claude Bernard.
00:08:21Et puis, les circonstances vont faire qu'en fait,
00:08:24je vais me trouver très proche de lui,
00:08:27dans les années, très vite d'ailleurs, en 2003-2004,
00:08:31parce que je vais être nommée, enfin, élue présidente du Salon de Mai,
00:08:36qui est ce fameux grand salon d'après-guerre,
00:08:39où tous les grands courants sont nés et se sont imposés.
00:08:43Et Crémonini était dans le comité du Salon de Mai,
00:08:46et donc on va avoir des échanges,
00:08:48on va avoir des conversations très denses, très profondes,
00:08:50sur la peinture, ce n'était que ça, c'était la peinture,
00:08:53on parlait de peinture.
00:08:54Et ça, c'était pour moi quelque chose d'exceptionnel,
00:08:57de pouvoir échanger,
00:08:59et de commencer à me dire que, voilà,
00:09:02j'étais là où je devais être, moi aussi.
00:09:05C'était très curieux.
00:09:06Et puis, c'était un homme merveilleux.
00:09:10Oui, à moi, mon approche est très différente.
00:09:13Je suis parti de Bologne,
00:09:15parce que Crémonini est né à Bologne,
00:09:17et Bologne était quand même le centre du beau idéal,
00:09:22c'est-à-dire, pensez à Guido Reini, par exemple,
00:09:26ses portraits de femmes idéales,
00:09:29comme les Aimés Stendhal, qui adoreraient ce peintre.
00:09:32Et puis, il y avait une école bolognaise,
00:09:35Caracci, Gershin, Dominicain,
00:09:37enfin, c'était une des grandes écoles italiennes
00:09:39qui est moins connue que Florence, Milan,
00:09:43ou Rome, ou Napa.
00:09:44Bon.
00:09:45Et alors, moi, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous, madame,
00:09:49parce que...
00:09:50Mais c'est bien.
00:09:51Oui, c'est bien,
00:09:51parce que c'est l'héritier de la Renaissance,
00:09:54mais il a commencé par ruer contre la Renaissance,
00:09:56parce que, quand on voit ses premiers tableaux,
00:09:58ce sont des carcasses de chiens, de chevaux,
00:10:02des os, des mantibulés,
00:10:05c'est-à-dire une négation du beau.
00:10:07Enfin, elles sont horribles.
00:10:09Enfin, le sujet est horrible de ses premières toiles,
00:10:11qui sont très intéressantes,
00:10:12qui ne sont pas encore le Cremonini,
00:10:14où on connaît,
00:10:14mais il a commencé par peindre des ors du lait,
00:10:18vraiment le lait, la laideur.
00:10:20Mais la peinture rend beau, justement, ce sujet.
00:10:22Oui, bien sûr, mais il est pas...
00:10:25Et quand c'est assoupli,
00:10:26il y a au bœuf écorché de Rembrandt.
00:10:27Mais enfin, c'est quand même une négation
00:10:30de tout l'héritage de la Renaissance.
00:10:33Et ensuite, quand je vois les personnages qui peintent,
00:10:38les hommes, les femmes,
00:10:40qui sont aussi d'une laideur extraordinaire.
00:10:43Alors, quand on pense au visage de la Renaissance,
00:10:46la beauté...
00:10:47À Bologne, il n'y avait pas seulement les Bolognées,
00:10:49il y avait la fameuse Sainte-Cécile Raphaël,
00:10:53qui est vraiment l'apothéose du mot.
00:10:57Quand on voit ces femmes et ces hommes,
00:11:00qui sont toujours...
00:11:02Enfin, oui, ils sont assez laids,
00:11:04et surtout les enfants, d'ailleurs,
00:11:05qui sont particulièrement laids.
00:11:08Et quand on pense que l'Italie a exalté les enfants,
00:11:12c'est à Frangelico, à Fatou.
00:11:15Là, ce sont des espèces de gnomes, d'avortons,
00:11:18une face ronde, comme des trisomiques un peu.
00:11:21C'est affreux.
00:11:23Là, il me semble qu'il y avait chez lui une volonté
00:11:26de réagir, de nier cet héritage.
00:11:29Et c'est pour ça que son outre,
00:11:30il est parti d'ailleurs en France
00:11:32pour fuir l'Italie,
00:11:34pour prendre le contre-pied de l'Italie.
00:11:37Sinon, il aurait été écrasé,
00:11:39parce que c'est écrasant.
00:11:40Un grand jeune peintre italien, j'imagine,
00:11:43d'être dans ce pays
00:11:45où il y a eu tous les plus grands peintres du monde,
00:11:47depuis Giotto, depuis l'origine.
00:11:51Moi, c'est comme ça que m'a plu d'abord Cremonini,
00:11:56c'est parce qu'il avait la force
00:11:58de contrer violemment vraiment
00:12:03ce poids de la tradition italienne.
00:12:06Pardon.
00:12:07Je voudrais simplement repondir et être rapide
00:12:09de dire qu'effectivement,
00:12:11s'il a pu faire ce choix aussi
00:12:12de sujet qui était provoquant,
00:12:14qui était dur,
00:12:15qui était peut-être difficile
00:12:16à accepter visuellement,
00:12:19il a pu faire ses tableaux
00:12:20parce qu'il savait composer.
00:12:22Et ça, c'est important.
00:12:23Quand je dis l'héritage de l'art naissance,
00:12:24c'est par rapport à la connaissance du dessin,
00:12:27sachant dessiner parfaitement,
00:12:30sachant composer,
00:12:31sachant faire tenir un sujet,
00:12:34une composition dans un espace
00:12:35qui reste illusionniste,
00:12:37puisqu'on est dans trois dimensions,
00:12:38mais on est censé être quand même,
00:12:40on rentre dans une surface qui est plane,
00:12:43mais on va rentrer dans un espace
00:12:45où il y a de la profondeur.
00:12:46Donc ça, il peut le faire
00:12:47parce que justement,
00:12:48il a acquis tous ces éléments techniques
00:12:53et plastiques
00:12:55que lui ont enseignés
00:12:56les maîtres de l'art naissance
00:12:57qu'il a étudiés.
00:12:58Et bien évidemment qu'il va leur tourner le dos
00:13:00par rapport aux sujets religieux
00:13:02qui peuvent être effectivement
00:13:03plus, comment dire,
00:13:07plus acceptables
00:13:08parce qu'il y a aussi
00:13:10un message à diffuser,
00:13:12mais le ménérisme, quand même,
00:13:13ça secoue aussi un peu la peinture,
00:13:15vous voyez, quand même.
00:13:16Donc, c'est ça.
00:13:17Moi, je suis attachée au métier
00:13:19et ce qu'il a retenu
00:13:20des peintres de l'art naissance,
00:13:21c'est le métier.
00:13:22Et ça, ça lui permet de faire déjà,
00:13:24dès le début,
00:13:25des compositions,
00:13:26des scènes qui tiennent.
00:13:27Mais ça tient,
00:13:28c'est extraordinaire.
00:13:28C'est pour ça que c'est ça aussi
00:13:30qui nous frappe
00:13:32et qui nous secoue.
00:13:33C'est parce que le sujet
00:13:34en lui-même peut-être
00:13:34peut-être violent,
00:13:35effectivement,
00:13:36c'est carcasse,
00:13:37c'est peu écorché,
00:13:38c'est abattoir,
00:13:39c'est taureau, tout ça.
00:13:41Mais attendez,
00:13:42ça tient bigrement,
00:13:43c'est magnifique.
00:13:44On pourrait tellement faire
00:13:44de rapprochements
00:13:46entre la beauté,
00:13:47la beauté chez Goya,
00:13:48la beauté chez Ribéra,
00:13:50la beauté aussi chez Rembrandt
00:13:51parce qu'il y a des trônes là aussi
00:13:53avec aussi d'autres peintres
00:13:54flamands, hollandais.
00:13:56C'est toute l'histoire
00:13:56de la peinture
00:13:57et c'est ça qui est merveilleux aussi,
00:13:58qui prend sa place.
00:13:59Alors j'ai assez parlé,
00:14:00tant que rêve,
00:14:01ah bah non, tu as l'air.
00:14:04Oui, oui,
00:14:05la beauté du lait en fait,
00:14:06mais moi je vais faire
00:14:07le médiateur entre vous deux,
00:14:09je suis d'accord en fait.
00:14:10C'est très vrai.
00:14:11Non, non, mais il y a du vrai
00:14:11dans vos deux positions
00:14:13et là pour avoir bien étudié
00:14:15tout le parcours,
00:14:16notamment au début de Crémennini
00:14:18à l'occasion de cette exposition,
00:14:21il y a plusieurs moments
00:14:22dans sa vie.
00:14:24Par exemple, effectivement,
00:14:27pour parler de Bologne,
00:14:28tu as parlé de tous les peintres
00:14:29du XVIIe siècle,
00:14:30mais Bologne,
00:14:30au moment où Crémennini
00:14:31est à l'Académie des Beaux-Arts
00:14:32là-bas,
00:14:33avant d'aller à Milan,
00:14:33il y a quand même
00:14:34un des plus grands peintres
00:14:36modernes italiens
00:14:37qui est actif là-bas,
00:14:38qui est Morandi.
00:14:39Et Morandi, effectivement,
00:14:40c'est cette peinture reposée,
00:14:42même si elle est très moderne,
00:14:43elle est quand même reposée,
00:14:44ce sont ses natures mortes,
00:14:45elle est silencieuse.
00:14:46Mais ce silence,
00:14:47on le retrouve aussi
00:14:48chez Crémennini,
00:14:49donc il y a un peu des deux.
00:14:51Mais ce qui est absolument vrai,
00:14:53c'est que Paris a été
00:14:54pour lui fondamental,
00:14:55et Paris lui a permis,
00:14:57mais pas qu'à lui,
00:14:58c'est impulsif en Italie,
00:15:00de le dire,
00:15:01les bons artistes italiens
00:15:02du XIXe et du XXe siècle,
00:15:04c'est ceux qui sont venus à Paris.
00:15:05Le plus grand artiste italien
00:15:07du XIXe siècle,
00:15:08c'est Denis Piss,
00:15:09un impressionniste,
00:15:10parce qu'il était à Paris.
00:15:11Et même le futurisme,
00:15:13et là je te rejoins,
00:15:14Dominique,
00:15:14qui est ce mouvement,
00:15:15premier mouvement vraiment
00:15:16d'avant-garde en Italie,
00:15:17qui enfin arrive à dépasser
00:15:19effectivement ce poids du passé,
00:15:20qui est en Italie,
00:15:21en littérature,
00:15:22en peinture,
00:15:23dans tout,
00:15:23qui est là, présent,
00:15:24et qui vous écrase,
00:15:25les Italiens,
00:15:26encore aujourd'hui,
00:15:27j'en sais quelque chose,
00:15:28quand on lit les historiens
00:15:29de l'art italiens,
00:15:30ils écrivent encore
00:15:31avec un style parfois latiniste,
00:15:32à la danse,
00:15:33très alambiqué,
00:15:34parce qu'il y a ce...
00:15:35À la Cicéron.
00:15:37À la Cicéron,
00:15:37voilà, voilà.
00:15:38Et donc Paris,
00:15:40évidemment,
00:15:40la ville des avant-garde,
00:15:41la ville de la modernité,
00:15:42c'est une libération,
00:15:43et le futurisme,
00:15:45qui est un mouvement italien,
00:15:46naît à Paris.
00:15:47Marinetti,
00:15:48son manifeste du futurisme,
00:15:49où vraiment,
00:15:50c'est une violence,
00:15:51comme Cremonini,
00:15:52et je pense que c'est...
00:15:53Elle a été écrite à Paris,
00:15:55publiée dans le Figaro,
00:15:56ce manifeste,
00:15:57et il est d'une violence extrême.
00:15:59Aucun artiste français
00:16:00n'a été aussi violent
00:16:00contre le passé.
00:16:01Marinetti dit
00:16:02qu'il faut détruire les musées,
00:16:04il faut...
00:16:04Je crois qu'il dit
00:16:05qu'il faut mettre du ciment,
00:16:07une dalle de ciment,
00:16:08une autoroute
00:16:08à la place du Grand Canal de Venise.
00:16:11Donc c'est vraiment,
00:16:11justement,
00:16:12pour être moderne en Italie,
00:16:13il faut violer ce passé,
00:16:15et Cremonini,
00:16:15d'une certaine manière,
00:16:16en arrivant à Paris,
00:16:17va le faire...
00:16:17Et sur le Grand Canal,
00:16:18des réverbères
00:16:19pour tuer le clair de lune.
00:16:20Et pour tuer le clair de lune,
00:16:21voilà, voilà, voilà.
00:16:22Et faire exploser le Louvre,
00:16:23quelque chose comme ça.
00:16:25Cremonini,
00:16:25c'est pas à ce point-là
00:16:26de provocation,
00:16:27mais quand même,
00:16:28effectivement,
00:16:28et on voit bien
00:16:29que son style
00:16:30de jeune élève à Brera,
00:16:32quand il est à Milan,
00:16:33il arrive à Paris en 51.
00:16:34Et juste avant,
00:16:35il passe quand même
00:16:36cinq années à Milan,
00:16:37qui est un peu là,
00:16:37dans une ville moderne d'Italie,
00:16:39et son style
00:16:40n'a rien à voir.
00:16:41C'est un style
00:16:42déjà moderne,
00:16:43mais qui est encore,
00:16:44encore teinté
00:16:45de post-impressionnisme.
00:16:46On voit quand même
00:16:47qu'il y a ce poids
00:16:49de l'académisme,
00:16:49et Paris est une libération.
00:16:51Et,
00:16:51tout simplement,
00:16:52je vais vous citer
00:16:53ce que disait lui-même,
00:16:55parce que,
00:16:55à l'occasion de ce catalogue,
00:16:56j'ai retrouvé
00:16:57un entretien
00:16:59en 1958
00:16:59que donne Cremonini
00:17:01à Alain Jouffroy,
00:17:03qui l'interrogeait,
00:17:04qui interrogeait
00:17:04différents artistes
00:17:05sur, justement,
00:17:06ce que représentait Paris
00:17:07pour ces artistes étrangers.
00:17:09Et Cremonini répond,
00:17:10j'ai trouvé à Paris,
00:17:11en 1958,
00:17:12donc il est là
00:17:13depuis à peine sept ans,
00:17:14j'ai trouvé à Paris
00:17:15plus de liberté
00:17:15et de respect
00:17:16pour toute attitude esthétique
00:17:18que j'en avais trouvé
00:17:19dans mon pays.
00:17:19À Paris,
00:17:20j'ai aussi l'impression
00:17:20de pouvoir mieux connaître
00:17:21mon temps
00:17:22et mes contemporains
00:17:23et bénéficier
00:17:24d'un climat
00:17:24de liberté intellectuelle
00:17:25et physique,
00:17:26favorable au travail.
00:17:27Donc, effectivement,
00:17:28cette libération,
00:17:29certainement,
00:17:30du poids du passé
00:17:31et la fréquentation,
00:17:32et ça, c'est la dernière chose,
00:17:34évidemment, à Paris,
00:17:35qui est le creuset intellectuel,
00:17:36encore pendant
00:17:37ces années 50-60,
00:17:39ça qui est aussi intéressant
00:17:40avec Cremonini,
00:17:40c'est qu'il vit vraiment
00:17:41les 10-15 dernières années
00:17:42de Paris,
00:17:43capitale mondiale de l'art,
00:17:45avant que ça ne passe
00:17:46à New York.
00:17:47Et il fréquente à Paris
00:17:49non seulement des Français,
00:17:50mais aussi
00:17:52des artistes étrangers,
00:17:53Roberto Mata,
00:17:54dont il a été très proche,
00:17:56Bacon,
00:17:57qu'il a connu à Rome
00:17:58mais qu'il revoit souvent
00:17:59à Paris.
00:18:00Donc, effectivement,
00:18:01c'est à la fois
00:18:02un peintre français
00:18:03par cette libération,
00:18:04mais quand même,
00:18:05ça reste toujours
00:18:05un peintre italien
00:18:06et ça, c'est ce que
00:18:07Lidia a bien dit.
00:18:09Il y a quand même
00:18:10cette longueur métaphysique,
00:18:12cette façon
00:18:12de cadrer les scènes,
00:18:14on pense à des kirikovs,
00:18:15quand on le voit,
00:18:16on pense beaucoup
00:18:17quand même
00:18:18à la peinture italienne,
00:18:19qu'elle soit moderne
00:18:20ou ancienne,
00:18:21et effectivement,
00:18:21à la peinture
00:18:22de la Renaissance,
00:18:23mais là aussi,
00:18:24et là, ça rejoint
00:18:25Dominique à nouveau,
00:18:26la peinture
00:18:26de la première Renaissance.
00:18:28Il n'a rien à voir
00:18:29avec Raphaël,
00:18:29il n'a rien à voir
00:18:30avec Guillaume,
00:18:30avec Leonardo de Vinci,
00:18:31c'est la Renaissance archaïque.
00:18:33Et ça,
00:18:33il le remarque très bien
00:18:34dès les années 50,
00:18:35ses commandateurs,
00:18:37ses Giotto,
00:18:38et c'est l'architecture,
00:18:39c'est Pierrot de la Pianche,
00:18:40c'est Cassé ou Cello,
00:18:41et ce sont des peintres
00:18:42qui construisent
00:18:43et qui font aussi,
00:18:44parce qu'ils sont encore
00:18:45des peintres du Moyen-Âge,
00:18:46qui font aussi
00:18:46la part belle au bizarre
00:18:47et à l'étrange.
00:18:48Et chez Cremolini,
00:18:49il y a de l'étrange,
00:18:50il y a cette architecture,
00:18:52cette construction
00:18:53très nette,
00:18:53très pure,
00:18:54mais qui symbolise l'ordre.
00:18:57Mais dans ces architectures
00:18:59très ordonnées,
00:18:59il introduit toujours
00:19:00le désordre
00:19:01et le bizarre,
00:19:02des scènes d'intimité
00:19:03mais qui deviennent cruelles,
00:19:05des personnages déformés,
00:19:08qui témoignent
00:19:09uniquement de leur mal-être
00:19:10alors qu'ils vivent
00:19:11dans une espèce de paradis
00:19:12qui sont ces plages
00:19:15italiennes magnifiques.
00:19:16Donc il y a vraiment
00:19:17effectivement
00:19:18cette ambivalence
00:19:19et vraiment
00:19:19la peinture de Cremolini
00:19:20est construite
00:19:20sur cette dialectique
00:19:21ordre, désordre,
00:19:23laideur, beauté
00:19:24qui se rejoignent
00:19:24dans ces tableaux.
00:19:27Alors,
00:19:27vous parliez,
00:19:28vous parliez,
00:19:29vous évoquiez
00:19:30l'étrange,
00:19:31enfin l'inquiétante étrangeté
00:19:33des œuvres de Cremolini
00:19:34et particulièrement
00:19:34des visages.
00:19:35Vous allez me dire
00:19:36si je me trompe,
00:19:37si je suis complètement
00:19:38à côté,
00:19:38mais quand je regarde
00:19:39certains enfants
00:19:40de Cremolini,
00:19:41j'ai l'impression
00:19:42de revoir la petite fille
00:19:43dans la rue de Balthus
00:19:45qui était peint en 1935.
00:19:46Je me demande
00:19:47si ce visage
00:19:48n'a pas été un choc
00:19:50pour lui.
00:19:51Je ne sais pas.
00:19:52Ça, on ne peut pas
00:19:52répondre à cette place.
00:19:53Ça va répondre ?
00:19:55Moi,
00:19:56je voudrais rebondir
00:19:57sur ce que tu viens de dire
00:19:58et ça,
00:19:58ça me fait plaisir
00:19:59parce qu'en fait,
00:19:59qui est venu chercher
00:20:00Cremolini à Paris ?
00:20:02Tu l'as dit,
00:20:03c'est la liberté
00:20:04et en fait,
00:20:05il est là
00:20:05dans les années 50
00:20:06et qu'est-ce que c'est
00:20:06que les années 50 ?
00:20:07C'est ce qui va être
00:20:09dénommé
00:20:10la nouvelle école de Paris,
00:20:11c'est-à-dire qu'il y a
00:20:12des artistes du monde entier
00:20:13qui vont venir à Paris
00:20:15parce qu'ils savent
00:20:15que c'est là
00:20:16où ils vont pouvoir
00:20:17travailler,
00:20:18s'exprimer
00:20:18en toute liberté
00:20:20et avoir aussi
00:20:21des salons
00:20:22qui vont les accueillir
00:20:23sans avoir
00:20:23l'obligation
00:20:25de passer devant un jury,
00:20:27d'avoir aussi
00:20:27des ateliers libres,
00:20:29les académies libres
00:20:30de Montparnasse
00:20:31et donc,
00:20:32il y a une espèce
00:20:32d'effervescence
00:20:33et ça,
00:20:34c'est absolument fabuleux.
00:20:35Donc,
00:20:36c'est très complexe
00:20:37et très vivant
00:20:39et c'est explosif.
00:20:41Donc,
00:20:41effectivement,
00:20:42il vient chercher
00:20:43la liberté
00:20:43parce qu'il doit sortir
00:20:45d'un pseudo carcan
00:20:46quand même
00:20:47dont il est conscient.
00:20:48Alors,
00:20:49bien évidemment
00:20:49qu'il va s'extraire
00:20:50de cette peinture
00:20:53à la fois religieuse,
00:20:55mythologique,
00:20:56parce qu'il y a
00:20:56quand même
00:20:56toute une littérature
00:20:59et tout un héritage
00:21:00littéraire
00:21:00et philosophique
00:21:01mais il va
00:21:03tout de suite
00:21:04choisir
00:21:05des sujets
00:21:06contemporains,
00:21:07des sujets
00:21:07de son temps
00:21:08et c'est là
00:21:09où il s'inscrit
00:21:09vraiment aussi
00:21:10dans la modernité.
00:21:11Donc,
00:21:12il se trouve.
00:21:12Mais encore une fois,
00:21:14ce langage,
00:21:14il va pouvoir le développer
00:21:15parce qu'il a vraiment
00:21:16des capacités
00:21:18techniques et picturales
00:21:19qui sont extraordinaires.
00:21:20C'est un immense peintre
00:21:22quand vous voyez
00:21:22comment il travaille,
00:21:24ses couleurs,
00:21:25sa matière,
00:21:26comment il compose aussi,
00:21:27c'est très très complexe.
00:21:29Donc,
00:21:30voilà,
00:21:30c'était juste
00:21:31pour rebondir
00:21:31à l'idée de liberté
00:21:33qu'il trouve à Paris
00:21:34parce que vraiment
00:21:35c'était ça.
00:21:36Et effectivement,
00:21:37tous les grands courants,
00:21:39on va dire,
00:21:40les courants pionniers,
00:21:41ce qui,
00:21:42à chaque fois,
00:21:42c'est en réaction
00:21:43contre ce qui est avant,
00:21:46contre le passé.
00:21:47Donc,
00:21:48on est effectivement
00:21:49devant des peintres
00:21:51et des sculpteurs aussi
00:21:53parce qu'il y a la sculpture,
00:21:54mais enfin là,
00:21:54des peintres
00:21:54qui sont à même
00:21:56de pouvoir
00:21:58démarrer
00:21:59une nouvelle histoire
00:22:01et qui y vont,
00:22:03qui y foncent.
00:22:04Voilà.
00:22:05Donc,
00:22:05c'était ça
00:22:06qui était important.
00:22:07Il voulait peut-être
00:22:08dire quelque chose.
00:22:09Non,
00:22:09ce qui m'a frappé,
00:22:11je suis,
00:22:11grâce au fils
00:22:13présent ici
00:22:14de Cremonini,
00:22:15je suis allé chez lui
00:22:17et il m'a montré
00:22:17les objets
00:22:18dont s'entourait
00:22:19son père.
00:22:21Et là aussi,
00:22:21ces objets,
00:22:23ce sont des morceaux
00:22:24de,
00:22:24il y a des mâchoires
00:22:26de cachalots,
00:22:26il y a des choses
00:22:29assez horribles.
00:22:30Il y avait quand même
00:22:31un goût
00:22:31pour l'horrible
00:22:33qui était surprenant
00:22:35parce qu'il y a
00:22:35des petits bouts
00:22:36et des choses cassées
00:22:37aussi.
00:22:39Qu'est-ce qu'il y avait
00:22:39encore ?
00:22:42Il y a une manière
00:22:44qui vient du surréalisme,
00:22:47de la transformation
00:22:48des règles.
00:22:49La métamorphose.
00:22:50Oui,
00:22:51mais c'est curieux
00:22:52de mettre dans
00:22:52sa collection privée
00:22:54d'objets,
00:22:55les objets
00:22:55vraiment
00:22:57qui n'appartiennent
00:22:58pas à l'art
00:22:59du tout,
00:22:59qui sont des productions,
00:23:02des sécrétions naturelles
00:23:03en quelque sorte.
00:23:04Ils ont une vie
00:23:05justement,
00:23:06ils ont une vie
00:23:08organique.
00:23:09Mais on trouve ça
00:23:09chez beaucoup de peintres.
00:23:11J'ai été dans tellement
00:23:11d'ateliers d'artistes
00:23:12que vraiment,
00:23:13on trouve ça
00:23:14chez énormément
00:23:14de peintres
00:23:15et de sculpteurs aussi.
00:23:16Je ne peux pas
00:23:17les dissocier
00:23:18parce que c'est
00:23:19une grande et même famille
00:23:20même s'ils sont
00:23:20dans des domaines
00:23:22parallèles
00:23:22et qu'à chaque fois
00:23:23le langage n'est pas le même.
00:23:24Mais on est dans
00:23:24la même histoire.
00:23:25C'est ça
00:23:26qui est fabuleux.
00:23:27Pour passer
00:23:27à une autre chose,
00:23:29moi je voudrais parler
00:23:29de l'espace
00:23:31chez Crémonine
00:23:31parce que
00:23:33le catalogue
00:23:34si beau
00:23:35qu'il soit,
00:23:37qu'il est magnifique,
00:23:38les productions
00:23:39sont forcément
00:23:40petites
00:23:42et on a l'impression
00:23:43que ce sont
00:23:43des petits tableaux.
00:23:45Alors c'est immense.
00:23:46Et justement
00:23:46on les a vus là,
00:23:47on les voit
00:23:47à Versailles,
00:23:49ils ont trois mètres
00:23:50de larges.
00:23:51Je crois que l'espace
00:23:52est capital
00:23:53chez Crémonine,
00:23:55surtout devant la mer,
00:23:56devant les ciels.
00:24:00Et il y a une espèce
00:24:01d'appel du vide
00:24:02et en même temps
00:24:02une défense
00:24:04contre le vide
00:24:04parce qu'il met
00:24:05des barres partout.
00:24:06Il met des barres
00:24:06horizontales
00:24:07et surtout verticales
00:24:08comme une espèce
00:24:09de garde-fou
00:24:10contre l'appel du vide.
00:24:12Je trouve ça
00:24:13tout à fait extraordinaire.
00:24:14Je ne sais pas
00:24:15si ça,
00:24:15on trouve ça
00:24:16chez d'autres peintres
00:24:17mais chez lui
00:24:17c'est très frappant.
00:24:18Il y a partout
00:24:19des barres,
00:24:19surtout verticales
00:24:21et qui scandent
00:24:23comme ça l'horizon
00:24:24et derrière lequel
00:24:26l'horizon s'étale
00:24:27à l'infini.
00:24:29Oui, oui,
00:24:30c'est une peinture
00:24:30qui est toujours
00:24:32une sorte de vertige
00:24:33sa peinture
00:24:33mais un vertige
00:24:34maîtrisé
00:24:35qui est toujours
00:24:35au bord
00:24:36effectivement tu dis
00:24:37qu'elle est contenue
00:24:38mais elle est toujours
00:24:38au bord de plusieurs choses
00:24:39parfois même
00:24:40alors qu'elle est
00:24:40extrêmement figurative
00:24:41de l'abstraction
00:24:42il y a même des tableaux
00:24:43de plus en plus
00:24:44à mesure qu'on avance
00:24:45dans sa carrière
00:24:46il va dépouiller
00:24:48ses oeuvres
00:24:49en enlevant
00:24:49petit à petit
00:24:50les personnages
00:24:51pour qu'il ne reste plus
00:24:52que cette ossature
00:24:53cette ossature architectonique
00:24:54ces grands espaces
00:24:55et on a même
00:24:56des petits formats
00:24:57à la fin de sa vie
00:24:57dans les années 90
00:24:59s'il n'y avait pas
00:25:00une barre
00:25:01pour rappeler
00:25:02qu'il y a un garde-fou
00:25:03on penserait
00:25:03que cette plage
00:25:04c'est presque un rotco
00:25:05c'est une plage
00:25:06un horizon
00:25:07un ciel
00:25:08trois éléments
00:25:09qui se déversent
00:25:10l'un dans l'autre
00:25:10ça fait penser même
00:25:11aux gravures japonaises
00:25:12c'est assez étonnant
00:25:13et c'est là aussi
00:25:15ce qui montre
00:25:15que c'est aussi
00:25:16un peintre
00:25:16qui vraiment
00:25:17peint la peinture
00:25:18c'est aussi ça
00:25:19qui est intéressant
00:25:20avec Créoni
00:25:20c'est que c'est pas
00:25:21un figuratif au centre
00:25:22qui représente le réel
00:25:23ça ça veut rien dire
00:25:24ça peut certainement
00:25:26dire quelque chose
00:25:26pour d'autres peintres
00:25:27mais lui justement
00:25:29il utilise le réel
00:25:30pour aller bien au-delà
00:25:32et c'est là
00:25:34en tout cas
00:25:35c'est comme ça
00:25:35qu'il expliquait
00:25:36l'importance même
00:25:36de ces ossements
00:25:37dont tu parlais
00:25:38de toute cette fascination
00:25:39pour le bizarre
00:25:39ce qu'il le dit lui-même
00:25:41en fait il y a vraiment
00:25:41un épisode un peu fondateur
00:25:43dans sa vie
00:25:43c'est en 1950
00:25:44donc très tôt
00:25:45juste avant de partir à Paris
00:25:47il se trouve en vacances
00:25:48chez un de ses meilleurs amis
00:25:49qui est un peintre
00:25:50qui s'appelle Karl Plattner
00:25:52qui est contrairement
00:25:53à ce que son nom indique italien
00:25:54il est du sud Tyrol
00:25:55et donc il est dans les montagnes
00:25:56du sud Tyrol
00:25:57et il se balade
00:25:59il aime beaucoup la nature
00:26:00Créoni
00:26:01elle se vient aussi
00:26:02avec une nature primitive
00:26:04forte
00:26:04il se balade dans ses montagnes
00:26:05et il trombe nez à nez
00:26:06c'est lui qui le raconte
00:26:07avec un ossement de mouton
00:26:09délavé
00:26:10et il reste là
00:26:11à contempler cet ossement de mouton
00:26:12et il raconte
00:26:13des années plus tard
00:26:13quand on l'interroge
00:26:15à ce sujet
00:26:17il dit que
00:26:17c'est grâce à cette osse de mouton
00:26:19que j'ai compris
00:26:20que la forme
00:26:21était le réceptacle
00:26:22le plus généreux
00:26:23pour refléter
00:26:23l'irrationnel
00:26:24l'inconscient
00:26:25donc l'imaginaire
00:26:27donc en fait
00:26:28le réel
00:26:29le mouton
00:26:30l'osse de mouton
00:26:31qu'est-ce que c'est ?
00:26:31en fait c'est le réceptacle
00:26:32d'une forme
00:26:33une forme réelle
00:26:34mais qui a été autre chose avant
00:26:35qui a été en mouton
00:26:36qui a été quelque chose
00:26:38avec de la chair
00:26:38de la vie
00:26:40et qui a été altéré
00:26:41par la nature
00:26:42et toute sa peinture
00:26:43c'est un peu
00:26:44ce cheminement
00:26:45c'est prendre du réel
00:26:46prendre des scènes
00:26:47d'une banalité effarante
00:26:49ces scènes qui peint
00:26:50ce sont des scènes
00:26:50de plage italienne
00:26:51des années 60
00:26:52on se croirait à Rimini
00:26:53à Ponte de Magne
00:26:55mais il ne se passe jamais rien
00:26:56c'est juste des enfants
00:26:57qui jouent
00:26:58des couples
00:26:58qui ont à peine fait l'amour
00:27:00et qui se rhabillent
00:27:02c'est pas grand-chut
00:27:03il n'y a pas de dramatique
00:27:04il n'y a pas de meurtre
00:27:05et pourtant
00:27:07de ces scènes
00:27:08complètement banales
00:27:09il arrive
00:27:09à nous faire sentir
00:27:11l'extranéité
00:27:12finalement
00:27:13du banal
00:27:14du réel
00:27:14c'est ce que remarquait
00:27:16Eko
00:27:16comme par une épiphanie
00:27:17comme chez Joyce
00:27:20ces sortes d'épiphanies
00:27:21et justement
00:27:22c'est l'irrationnel
00:27:23c'est l'inconscient
00:27:24c'est l'imaginaire
00:27:24et c'est un pente de l'imaginaire
00:27:26en fait ce qu'il nous montre
00:27:27et c'est ce que disait également
00:27:28Althusser
00:27:28qui a écrit son seul texte
00:27:30artistique sur l'art
00:27:31sur Crémennini
00:27:33il a carrément appelé
00:27:34son texte sur Crémennini
00:27:35Crémennini
00:27:35peintre de l'abstrait
00:27:36de manière assez provoquante
00:27:38en 1966
00:27:38alors que Crémennini
00:27:39est vraiment
00:27:40la figure de proue
00:27:41de la peinture figurative
00:27:42à cette époque-là
00:27:43parce que justement
00:27:44au-delà du réel
00:27:46ce que nous montre Crémennini
00:27:47ce sont des rapports abstraits
00:27:48d'après Althusser
00:27:49l'incommunicabilité
00:27:51l'ennui
00:27:52le désir brimé
00:27:54et c'est une peinture
00:27:55qui va bien au-delà
00:27:56de sa beauté
00:27:57ou même de sa laideur
00:27:58pour nous parler
00:27:59de la société
00:27:59de cette époque-là
00:28:00la société
00:28:02des divertissements
00:28:02du loisir
00:28:05où les gens s'amusent
00:28:07mais où ils sont toujours
00:28:08un peu malheureux
00:28:09et les seuls d'ailleurs
00:28:09qui sont dans ces
00:28:11tableaux de Crémennini
00:28:12donc si vous êtes allé
00:28:13vers ça
00:28:13ou si vous y allez
00:28:14vous observer les enfants
00:28:15ces enfants qui sont déformés
00:28:16qui sont très laids
00:28:17en réalité
00:28:18ce sont les seuls
00:28:19qui sont actifs
00:28:19ce sont les seuls
00:28:20qui sont libres
00:28:21ils jouent
00:28:21ils détruisent le monde
00:28:23des adultes
00:28:23ils le mettent
00:28:24sans dessus dessous
00:28:24ils renversent les chaises
00:28:25pendant que les adultes
00:28:26sur leur plage
00:28:27ils sont hébétés
00:28:28ils sont avachis
00:28:29ils ne nous regardent pas
00:28:30les seuls qui nous regardent
00:28:31et ça c'est très important
00:28:32c'est fait exprès
00:28:33évidemment par le peintre
00:28:34les seuls qui créent
00:28:36une interaction
00:28:37avec le spectateur
00:28:38ce sont les enfants
00:28:38et les enfants
00:28:39ce sont finalement
00:28:40le double
00:28:41à mon avis
00:28:41c'est mon interprétation
00:28:43de Crémennini
00:28:45le double du peintre
00:28:47dans ces tableaux
00:28:49et qui nous montre
00:28:50qui nous parle
00:28:51de la liberté
00:28:51de la liberté
00:28:52de la peinture
00:28:52qu'un peintre
00:28:54doit être quelqu'un de libre
00:28:55qui se moque des règles
00:28:56du carcan social
00:28:57qui est en fait
00:28:58ce que veut montrer Crémennini
00:29:00à travers ces scènes
00:29:01tout à fait simples
00:29:03communes
00:29:03quotidiennes
00:29:04sur les bords
00:29:05des plages italiennes
00:29:06j'aime beaucoup
00:29:07ce mot de ossature
00:29:08que tu as prononcé
00:29:09parce que
00:29:10c'est l'os
00:29:11on retrouve l'os du cachalot
00:29:13et l'os
00:29:13l'ossature des tableaux
00:29:15c'est une peinture à l'os
00:29:16c'est à dire
00:29:18dépouillée
00:29:20c'est à la fois
00:29:22réaliste
00:29:22et mystique
00:29:24c'est l'essentiel
00:29:27il va
00:29:27l'essentiel
00:29:28il n'est pas
00:29:29des plages
00:29:29des bars
00:29:30mais
00:29:31où il n'y a personne
00:29:32c'est vide
00:29:35il recherche
00:29:36l'ossature du monde
00:29:37c'est à dire
00:29:38les structures
00:29:39élémentaires du monde
00:29:40ça c'est
00:29:41assez rare
00:29:42il n'y a pas
00:29:43un autre monde
00:29:45il y a quand même
00:29:46chacun
00:29:46Bacon par exemple
00:29:47on l'a souvent rapproché
00:29:48de Bacon
00:29:49parce qu'ils étaient amis
00:29:50ils ont exposé
00:29:50plusieurs fois ensemble
00:29:51c'est très différent
00:29:52comme peinture
00:29:52mais Bacon aussi
00:29:53évidemment
00:29:54qui déforme lui aussi
00:29:55mais de manière très différente
00:29:56il déforme ses personnages
00:29:57mais lui en les faisant tourbillonner
00:30:00en désaxant les mâchoires
00:30:02etc
00:30:03il y a quand même
00:30:04là aussi
00:30:04chez Bacon
00:30:06cette volonté
00:30:07de révéler
00:30:08une autre sature
00:30:09qui n'est pas celle du monde
00:30:10qui n'est pas celle des formes
00:30:11qui est plutôt celle
00:30:13du malaise
00:30:13du malaise
00:30:14de la déréliction
00:30:16du désespoir
00:30:17chez Crémony
00:30:17ce qui est effectivement
00:30:18là je te rejoins
00:30:19intéressant
00:30:20c'est qu'il y a les deux
00:30:20il y a à la fois
00:30:21un discours
00:30:22sur l'homme
00:30:23sur la liberté
00:30:24le désir brimé
00:30:25etc
00:30:25mais effectivement
00:30:26cet intérêt
00:30:27on pourrait dire
00:30:28formaliste
00:30:29formel
00:30:30a effectivement
00:30:31disséqué
00:30:33en fait
00:30:33disséqué
00:30:34complètement
00:30:35ce qu'est un poteau
00:30:37ce qu'est une barre
00:30:38ce qu'est un horizon
00:30:39à le distendre
00:30:40parce que Bacon
00:30:41c'est des tourbillons
00:30:43c'est le ramollissement
00:30:44des formes
00:30:45c'est très différent
00:30:46quand même
00:30:46c'est vraiment différent
00:30:47c'est le contraire
00:30:49il y a des architectures
00:30:51aussi
00:30:51plus on regarde
00:30:53plus on étudie
00:30:54évidemment de près
00:30:55plus on voit
00:30:55évidemment des liens
00:30:56parce que Bacon
00:30:58comme Crémony
00:30:59comme n'importe quel peintre
00:31:00il se nourrit
00:31:01évidemment
00:31:01c'est comme l'intertextualité
00:31:03il se nourrit du reste
00:31:04par exemple
00:31:04sur le fait des barres
00:31:06des ossatures
00:31:08transversales
00:31:09il y a quand même
00:31:10un regard
00:31:11sur un peintre
00:31:12qui est essentiel
00:31:13à mon avis
00:31:13pour Crémony
00:31:14et le disait lui-même
00:31:15qui est Pierre Bonnard
00:31:16vraiment le peintre
00:31:17s'il y a un peintre
00:31:18en tout cas pas pour les personnages
00:31:19mais pour cette façon
00:31:20même de tronquer
00:31:22parce que toute la peinture
00:31:23de Crémony
00:31:23c'est une peinture
00:31:23du décentrement
00:31:24les scènes ne sont jamais
00:31:27pilosantes
00:31:27il y a toujours une fenêtre
00:31:28un reflet
00:31:28quelque chose qui ouvre
00:31:29l'espace
00:31:30le brouille
00:31:30le ferme
00:31:31qui perd le regard
00:31:31et ça il y a déjà
00:31:33ça chez Bonnard
00:31:34mais chacun en fait
00:31:35quelque chose
00:31:36de très différent
00:31:36évidemment chez Bonnard
00:31:37il n'y a pas
00:31:37chez Bonnard
00:31:38c'est une peinture
00:31:39une peinture solaire
00:31:40une peinture du plaisir
00:31:41ça peut être
00:31:43ça dépend quand même
00:31:44oui il y a aussi
00:31:44il y a justement
00:31:46ces scènes de restaurant
00:31:47de café
00:31:48où justement Bonnard
00:31:49s'attache
00:31:50à montrer
00:31:51ce qui est devant
00:31:52ce qui est derrière
00:31:53il y a
00:31:54l'espèce de dialogue
00:31:56qui se fait
00:31:57entre le vide
00:31:58et le plein
00:31:58ce que l'on voit
00:31:59nous au premier plan
00:32:01ce sont des
00:32:02consommateurs
00:32:03qui sont attablés
00:32:04et généralement
00:32:05ils sont toujours
00:32:06coupés
00:32:07parce que ça
00:32:07bon c'est l'influence
00:32:08des estampes japonaises
00:32:09mais pas que
00:32:10mais c'est que
00:32:10c'est par rapport
00:32:11encore une fois
00:32:11comment on construit
00:32:13comment on fait rentrer
00:32:14une composition
00:32:15dans un espace
00:32:16dans un espace
00:32:16qu'il faut maîtriser
00:32:17parce qu'il est complètement
00:32:18il est faux
00:32:19cet espace au départ
00:32:21c'est pour ça
00:32:21qu'il y a eu
00:32:22quand même
00:32:22cette création
00:32:25et cette invention
00:32:26de la perspective
00:32:27et trois dimensions
00:32:28ça veut dire
00:32:29quelque chose
00:32:29à partir du moment
00:32:30où effectivement
00:32:31les cubistes
00:32:32se disent
00:32:32ça n'existe plus
00:32:33on casse le moule
00:32:35on ouvre tous les plans
00:32:36et c'est sur un même plan
00:32:38et bien
00:32:38les nabis Bonnard
00:32:40mais Vuillard aussi
00:32:41vont revenir
00:32:41à cette idée
00:32:42qu'il faut recréer
00:32:44un espace
00:32:44lui redonner
00:32:45une visibilité
00:32:46et comment la faire
00:32:47cette visibilité
00:32:48si ce n'est effectivement
00:32:49par des horizontales
00:32:51des verticales
00:32:52et on comprend très bien
00:32:53et c'est là où justement
00:32:54le phénomène peinture
00:32:55est tellement fort
00:32:56et puissant
00:32:57et ce que ne donne pas
00:32:58la photographie
00:32:59qui est un autre monde
00:33:00un autre univers
00:33:00pour capter le réel
00:33:02ou ne pas le capter
00:33:02c'est que
00:33:03on a le sentiment
00:33:05que
00:33:06effectivement
00:33:07on rentre
00:33:07on rentre dans cet espace
00:33:09on y est
00:33:09alors que tout est faux
00:33:11c'est faux
00:33:12on nous raconte une histoire
00:33:14et c'est ça qui est intéressant
00:33:15et Bonnard donc
00:33:17c'est très attaché
00:33:18à ce phénomène
00:33:19justement spatial
00:33:20de montrer
00:33:21comment tout ça
00:33:22se va et vient
00:33:23circulait
00:33:24et ça vient par quoi ?
00:33:25ça vient par uniquement
00:33:27la couleur
00:33:28le dessin
00:33:28mais surtout la couleur
00:33:29et la lumière
00:33:30parce qu'on n'a pas encore
00:33:31vraiment évoqué
00:33:32la lumière
00:33:32chez Crémonini
00:33:33mais la lumière
00:33:33est très importante
00:33:34parce que parfois
00:33:36elle n'a pas d'origine
00:33:37on ne sait pas
00:33:37d'où elle vient
00:33:38cette lumière
00:33:39oui mais juste
00:33:39par rapport à Bonnard
00:33:41quand même
00:33:41Crémonini
00:33:42il y a quand même
00:33:42ce dramatique
00:33:43sans drame
00:33:44cette violence larvée
00:33:45qu'il n'y a pas
00:33:46chez Bonnard
00:33:47il y a quand même
00:33:47ce drame existentiel
00:33:48qu'il y a beaucoup moins
00:33:49beaucoup moins
00:33:50à mon avis
00:33:51chez Bonnard
00:33:51ce qui montre
00:33:52justement que chacun
00:33:53évidemment imprime
00:33:54à son propre style
00:33:56et que des mêmes
00:33:57du même principe
00:33:58on peut faire
00:33:59des choses
00:34:01absolument
00:34:02différentes
00:34:02et la lumière
00:34:04chez Crémonini
00:34:05effectivement
00:34:05est assez incroyable
00:34:07et les couleurs
00:34:07parce que les couleurs
00:34:08il y a deux phases
00:34:08chez Crémonini
00:34:09parce qu'il y a une première phase
00:34:10des années 50
00:34:11qui est très différente
00:34:12où il est beaucoup moins coloriste
00:34:13il y a une sorte de style
00:34:15post-cubiste
00:34:15et d'un coup
00:34:16en 60
00:34:1761 très tôt
00:34:18donc même
00:34:19avant même
00:34:19que le pop art
00:34:20n'arrive en France
00:34:22et provoque
00:34:24cette peinture
00:34:24beaucoup plus colorée
00:34:25de la figuration narrative
00:34:26Crémonini
00:34:28introduit des couleurs
00:34:29dérangeantes
00:34:30acidulées
00:34:30presque psychédéliques
00:34:31parfois
00:34:33et ce jeu de la couleur
00:34:34chez lui
00:34:35est absolument étonnant
00:34:36parce que c'est vraiment
00:34:36des couleurs
00:34:37rutilantes
00:34:38peintes à la flash
00:34:39c'est une peinture
00:34:40un peu métallique
00:34:40comme ça
00:34:41vinilique
00:34:43et cette couleur
00:34:44elle nous parle
00:34:45à la fois de la société
00:34:46de son époque
00:34:47la société de consommation
00:34:48le couleur artificielle
00:34:49et en même temps
00:34:50elle fait aussi
00:34:50balancer
00:34:51ses représentations
00:34:52dans une sorte
00:34:53d'irréalité
00:34:53de surréalisme
00:34:55mais toujours maîtrisée
00:34:56donc on en revient toujours
00:34:56il soulève un peu
00:34:57la pellicule du réel
00:34:58pour aller au-delà
00:35:00toujours en restant
00:35:01dans une sorte
00:35:01d'interstice
00:35:02moi je trouve
00:35:03que chez Bonnard
00:35:04et Vuillard
00:35:05il y a quand même
00:35:05une sensualité
00:35:06une profusion
00:35:07qui est complètement
00:35:08absente
00:35:09de chez Crémonini
00:35:11qui est à côté
00:35:12c'est sec
00:35:13c'est presque abstrait
00:35:15une chose qui m'a frappé
00:35:16à Versailles
00:35:17parce qu'on ne le voit pas
00:35:17sur les reproductions
00:35:18et c'est grâce
00:35:22à toi
00:35:22qui a attiré mon attention
00:35:23c'est que
00:35:24dans tous les tableaux
00:35:25il paraît
00:35:26qu'il a commencé
00:35:27par faire couler
00:35:28de la peinture
00:35:32regardez bien
00:35:33le fond de tableau
00:35:34il y a des coulées
00:35:35informelles
00:35:36de peinture
00:35:37et ça c'est quand même
00:35:38très curieux
00:35:38cette obsession
00:35:40des barres
00:35:42et ça c'est
00:35:44déréalisant
00:35:44c'est vraiment
00:35:46pour moi
00:35:47la preuve
00:35:48qu'il veut faire
00:35:48quelque chose
00:35:48qui n'est pas du tout
00:35:50c'est pour ça
00:35:50que ça m'étonne
00:35:51qu'on parle de Bonnard
00:35:53moi je n'ai jamais pensé
00:35:55je suis miniard
00:35:56en histoire de Bonnard
00:35:57je trouve que
00:35:59ça me fait penser
00:36:00oui bien sûr
00:36:01c'est des peintres
00:36:02il y a des choses communes
00:36:03mais pour moi
00:36:05c'est l'anti-Bonnard
00:36:06c'est l'anti-impressionniste
00:36:08c'est l'anti-bonné
00:36:12en fait c'est tout ça
00:36:13parce que
00:36:15après ces fenêtres
00:36:16on ne voit jamais la nature
00:36:17on voit des espaces vides
00:36:18on voit la mer
00:36:19il n'y a pas une plante
00:36:22il n'y a pas un arbre
00:36:23il n'y a pas de
00:36:23c'est un horizon
00:36:25mais qui vous arrête toujours
00:36:26il parlait lui
00:36:27de l'opposition
00:36:27entre le tendre et le dur
00:36:29la trouée et le barrage
00:36:30tout est un jeu d'équilibre
00:36:32c'est une peinture
00:36:33structuraliste
00:36:34il peint le vide
00:36:35c'est ça qui est très fort
00:36:36parce que
00:36:36il peint le vide
00:36:37sans être ennuyeux
00:36:39en étant plein
00:36:40c'est un tour de force
00:36:43je suis d'accord
00:36:44justement
00:36:45voilà
00:36:46on a résumé
00:36:47c'est un peintre
00:36:48qui joue sur la
00:36:50c'est aussi ça
00:36:50qui est intéressant
00:36:51c'est qu'il organise
00:36:51sa peinture
00:36:52comme un discours
00:36:54je pense que
00:36:54c'est aussi pour ça
00:36:55que tu vas me le dire
00:36:56c'est toi l'écrivain
00:36:57que toi
00:36:57comme beaucoup d'autres
00:36:58avant
00:36:59quand même
00:36:59la liste des écrivains
00:37:00qui ont écrit sur Calmonie
00:37:02est pléthorique
00:37:03et prestigieuse
00:37:04parce que c'est un peintre
00:37:05qui attire
00:37:06l'interprétation
00:37:07l'herméneutique
00:37:08et qui laisse
00:37:08ouvert le sens
00:37:10c'est volontaire
00:37:11chez lui
00:37:12il suggère toujours
00:37:13des sens
00:37:14même avec ses titres
00:37:15qui sont souvent elliptiques
00:37:16les sens et les choses
00:37:17parcours obligé
00:37:19au dos du désir
00:37:20toujours une suggestion
00:37:21et je pense que c'est ça
00:37:22qui a attiré
00:37:23les écrivains
00:37:24comme les mouches
00:37:26sur le miel
00:37:27c'est que c'est une peinture
00:37:28très littéraire
00:37:29qui construit justement
00:37:31une image
00:37:32comme un discours
00:37:34comme un discours
00:37:35on ne va pas la faire basculer
00:37:36dans ce sens là
00:37:37je suis désolée
00:37:37non non
00:37:38mais pas dans le sens
00:37:38que c'est un livre
00:37:39mais quand même
00:37:39c'est très structuré
00:37:41c'est toujours très étudié
00:37:41il faut se méfier aussi
00:37:42quand même des personnes
00:37:44des écrivains
00:37:45ou simplement des personnes
00:37:47qui aiment écrire
00:37:48mais qui écrivent
00:37:49sur la peinture
00:37:50c'est leur interprétation
00:37:51ça ne veut pas dire
00:37:52pour autant
00:37:53que c'est dans
00:37:54l'optique
00:37:56de ce qu'a voulu le peindre
00:37:57et dans ce qu'est la peinture
00:37:59mais il en jouait lui-même
00:38:00il en jouait lui-même
00:38:01il me disait lui-même
00:38:02parce qu'il a fréquenté
00:38:03c'était un homme
00:38:05excessivement intelligent
00:38:06qui était très spirituel
00:38:08et je peux vous dire
00:38:09que les échanges
00:38:10que j'avais avec lui
00:38:11c'était extraordinaire
00:38:13parce qu'effectivement
00:38:14on était
00:38:16intellectuellement
00:38:16c'était très haut
00:38:17mais c'était un homme
00:38:18qui n'oubliait jamais
00:38:19qu'il avait choisi
00:38:20la peinture
00:38:21et non pas l'écriture
00:38:22c'est ça la différence
00:38:23et ça il ne faut pas l'oublier
00:38:24moi je défends
00:38:24beaucoup la peinture
00:38:25parce que l'écriture
00:38:26c'est important
00:38:27et moi en tant qu'historienne
00:38:28de l'art
00:38:30je m'attache d'abord
00:38:31à parler du peintre
00:38:32et de la peinture
00:38:33je ne veux pas extrapoler
00:38:34et commencer à dire
00:38:35voilà peut-être
00:38:36qu'il a voulu dire ça
00:38:37et j'interprète ainsi
00:38:38c'est bien
00:38:39c'est bien
00:38:39mais soyons
00:38:42justes
00:38:42c'est-à-dire
00:38:43ne trahissons pas
00:38:44ce que peut-être
00:38:45il a voulu être
00:38:46et ce qu'il est
00:38:47vous voyez ce que je veux dire
00:38:48je suis désolé
00:38:50mais le regard des écrits
00:38:51me paraît capital
00:38:52moi parce que
00:38:53les écrits de l'art
00:38:54sont fondamentaux
00:38:56sont les premiers
00:38:57mais ensuite
00:38:58il faut un autre regard
00:38:59que celui de l'historien
00:39:00un regard des motifs
00:39:02quelqu'un qui sort
00:39:02quand même
00:39:03quand Baudelaire
00:39:04parle de Delacroix
00:39:06ou de Wagner
00:39:07c'est quand même fantastique
00:39:09c'est peut-être pas conforme
00:39:11à ce que Delacroix
00:39:11ou Wagner pensaient
00:39:13attendez laissez-moi parler
00:39:13bien sûr
00:39:14c'est peut-être
00:39:15pas conforme
00:39:18à ce que voulaient
00:39:19Wagner
00:39:19ou Delacroix
00:39:20ou Géricault
00:39:22mais
00:39:23c'est extraordinaire
00:39:24ça nous ouvre un horizon
00:39:25ça dépasse
00:39:26justement
00:39:27le cadre
00:39:29étroit
00:39:29de l'histoire
00:39:30de l'art
00:39:30quand même
00:39:32l'art
00:39:32c'est pas fait
00:39:33pour les historiens
00:39:34de l'art
00:39:34quand même
00:39:35c'est fait pour tout le monde
00:39:36les écrivains captent
00:39:37cette universalité
00:39:39je défends
00:39:40mon point de vue
00:39:42mais je ne m'accapare
00:39:43rien du tout
00:39:44ne croyez pas ça du tout
00:39:46non mais ce que
00:39:47ce que je voulais dire
00:39:47moi je pense que vraiment
00:39:48parce qu'il a
00:39:49encore une fois
00:39:49je me réfère à
00:39:50il a donné quand même
00:39:51pas mal heureusement
00:39:52d'entretiens
00:39:52à Cremonini
00:39:54et lui-même
00:39:55disait que
00:39:57ce qu'il avait aimé
00:39:58parce qu'il a rencontré
00:39:59tous ces gens
00:40:00qui ont écrit sur lui
00:40:01ça naît quand même
00:40:01avant tout de rencontres
00:40:02que ça soit
00:40:03Altuusser
00:40:04Umberto Reck
00:40:05Moravia
00:40:06Alvin
00:40:06il les a tous connus
00:40:07et il disait lui-même
00:40:08que
00:40:10grâce à sa femme d'ailleurs
00:40:11d'Amadonia
00:40:12qui était linguiste
00:40:13et qui baignait
00:40:14dans tout ce monde
00:40:15du structuralisme
00:40:16de l'époque
00:40:16de ce qu'on appelle ensuite
00:40:17la French Theory
00:40:18que ce qu'il aimait
00:40:19c'était justement
00:40:20de parler
00:40:21de sa peinture
00:40:23de rencontrer
00:40:24tous ces éminents littéraires
00:40:26mais à travers sa peinture
00:40:27il le disait
00:40:28il le dit lui-même
00:40:29il ne lisait pas
00:40:30leurs livres
00:40:31ou leurs théories
00:40:32ce qui l'intéressait
00:40:33c'est de voir justement
00:40:34le regard
00:40:34qu'eux avaient
00:40:35à travers la peinture
00:40:36à travers sa peinture
00:40:37il en parlait
00:40:39après il en faisait
00:40:40ce qu'il voulait
00:40:40mais je pense que
00:40:42voilà
00:40:42il avait quand même
00:40:43il était très conscient
00:40:44évidemment
00:40:44que chacun ramène
00:40:45à sa propre chapelle
00:40:46il y a même un entretien
00:40:48avec Debray
00:40:48ou je ne sais plus
00:40:50si c'est lui
00:40:50ou Debray
00:40:51qui le dit
00:40:51il dit que
00:40:52voilà
00:40:53Gumberto Eco
00:40:54en fait un bon linguiste
00:40:57Moravia
00:40:58fait de Cremonini
00:40:58le peintre
00:40:59de l'existentialisme
00:41:01Pierre Emmanuel
00:41:01en fait un peintre catholique
00:41:03et Althusser
00:41:03en fait pratiquement
00:41:04un peintre communiste
00:41:06mais lui
00:41:07et Cremonini répond
00:41:08oui bien sûr
00:41:09et il est tout à fait
00:41:10au courant
00:41:11de ça
00:41:12mais je pense
00:41:12qu'au-delà ça
00:41:12lui-même
00:41:15sans regarder la littérature
00:41:16c'est pas que la littérature
00:41:17a une prééminence
00:41:18c'est un climat
00:41:19général
00:41:19ce climat des années 60
00:41:21et je pense
00:41:22qu'on peut voir
00:41:23comme un pendant
00:41:24dans la peinture
00:41:25avec les moyens
00:41:26de la peinture
00:41:26de l'art de Cremonini
00:41:29est un pendant
00:41:30de certaines théories
00:41:32qu'il y avait
00:41:33à l'époque
00:41:33c'est pas pour rien
00:41:34que d'un coup
00:41:34en 61
00:41:36il introduit
00:41:36des miroirs
00:41:37qui se répètent
00:41:38qui reflètent
00:41:39des choses
00:41:39qui complexifient
00:41:41complètement
00:41:41le sens du tableau
00:41:43l'ouvrent
00:41:43et le ferment
00:41:43à la fois
00:41:44et au même moment
00:41:45Umberto Eco
00:41:46parle de livres ouverts
00:41:48des théories
00:41:49de la réception
00:41:50où on dit
00:41:50que le spectateur
00:41:51que le lecteur
00:41:52que le sens d'un livre
00:41:54n'est pas fait
00:41:54uniquement par l'auteur
00:41:55c'est la fin
00:41:56du symbolisme
00:41:57c'est pas
00:41:57en étudiant
00:41:58la biographie de l'auteur
00:41:59qu'on comprend
00:41:59ce qu'il a dit
00:42:00c'est aussi
00:42:00le lecteur
00:42:01qui fait
00:42:02avec sa propre expérience
00:42:04qui parachève
00:42:05le sens du livre
00:42:06et chez Cremonini
00:42:07quand même
00:42:08il vous invite
00:42:09à rentrer dans sa peinture
00:42:10le spectateur
00:42:10est un voyeur
00:42:11le spectateur
00:42:12est souvent lui-même
00:42:13dans le reflet
00:42:14il est le double
00:42:15de l'enfant
00:42:15et le double
00:42:16du spectateur
00:42:17il y a vraiment
00:42:18une interaction
00:42:18comme ça
00:42:19donc c'est juste ça
00:42:19que je voulais dire
00:42:21il participe
00:42:21et c'est un des
00:42:22peu
00:42:22il n'y a pas
00:42:23tant de peintres
00:42:24de cette époque
00:42:25qui ont réussi
00:42:26à faire ça
00:42:27à créer
00:42:28moi
00:42:29à chaque fois
00:42:29que je revois
00:42:30ces tableaux
00:42:30vraiment
00:42:31je peux les avoir
00:42:32vus 15, 16, 20 fois
00:42:34chaque fois
00:42:34que je découvre
00:42:35quelque chose
00:42:35de nouveau
00:42:35c'est ça
00:42:36que je veux dire
00:42:36c'est ça
00:42:37et là justement
00:42:37c'est le paragon
00:42:38c'est-à-dire
00:42:39la comparaison
00:42:40ça montre
00:42:41que la peinture
00:42:42est aussi forte
00:42:43et a autant de choses
00:42:44à dire
00:42:44que la littérature
00:42:46avec ses propres moyens
00:42:47et c'est ça
00:42:48qui fait que c'est
00:42:49un grand peintre
00:42:49et c'est ça
00:42:50qui fait que c'est
00:42:50un équivalent
00:42:51moderne
00:42:53de Carache
00:42:53de Léonard de Vinci
00:42:54de Pierre
00:42:55de Valla-Flanches
00:42:56qui étaient eux aussi
00:42:57de grands narrateurs
00:42:58des narrateurs
00:42:59mais sans l'écrit
00:43:00avec la peinture
00:43:07j'avais énormément
00:43:09de questions
00:43:09à vous poser
00:43:10mais pour finir
00:43:11je voudrais savoir
00:43:13quel est l'héritage
00:43:15de Cremonini
00:43:15selon vous
00:43:16qu'est-ce qu'il laisse
00:43:17au peintre
00:43:19quelle est son influence
00:43:25l'influence
00:43:26c'est l'admiration
00:43:27qu'on lui porte
00:43:28quand même
00:43:28c'est vous tous
00:43:31c'est nous tous
00:43:34qui le rendent présent
00:43:35éternellement présent
00:43:36je trouve
00:43:37c'est ça
00:43:38alors
00:43:38c'est vous madame
00:43:41qui devez savoir
00:43:43pour les peintres
00:43:45en quoi il les a influencé
00:43:49ça va être
00:43:50un petit peu délicat
00:43:51parce que
00:43:53je peux vous dire
00:43:54qu'il y a toute une génération
00:43:55qui ne connait pas
00:43:56Cremonini
00:43:58donc c'est
00:43:58c'est peut-être la réponse
00:44:00mais ce n'est pas
00:44:00la vraie réponse
00:44:01vous savez
00:44:03c'est une génération
00:44:05qui est vite oubliée
00:44:07la preuve
00:44:08c'est que
00:44:09il y a eu cette
00:44:10grande grande
00:44:11et belle exposition
00:44:12qui aurait dû être
00:44:14montrée
00:44:14et organisée
00:44:15à Pompidou
00:44:16qui ne l'a pas été
00:44:18elle est à Versailles
00:44:19ce qui est très bien
00:44:20mais enfin
00:44:21c'est Versailles
00:44:22il fallait y aller
00:44:23et moi je trouve
00:44:25que c'est un peu dommage
00:44:26vous savez
00:44:26vous avez beaucoup
00:44:27de conservateurs
00:44:28qui ne connaissent pas
00:44:28Cremonini
00:44:29c'est un nom
00:44:30mais ils n'ont pas
00:44:32pouvoir en parler
00:44:34alors on ne voit plus
00:44:35sa peinture non plus
00:44:36ça va très vite
00:44:37on est dans
00:44:38une civilisation
00:44:39où les choses
00:44:39cavales
00:44:40vont très vite
00:44:41il faut tout le temps
00:44:42passer à autre chose
00:44:44musicalement
00:44:44visuellement
00:44:46intellectuellement
00:44:46on est
00:44:47complètement gavé
00:44:48par des quantités
00:44:49de choses
00:44:50Cremonini
00:44:51au contraire
00:44:51il est dans un temps
00:44:52suspendu
00:44:53ça s'arrête
00:44:54on est dans le silence
00:44:55aussi
00:44:55et puis on est dans
00:44:56une contemplation
00:44:57donc
00:44:59les jeunes aujourd'hui
00:45:01pour faire partie
00:45:02de tant de commissions
00:45:04de résidents
00:45:05je veux vous dire
00:45:06qu'ils sont tellement loin
00:45:07de cet univers
00:45:08pictural
00:45:09on ne parle pas
00:45:10des sujets picturales
00:45:12oui
00:45:12oui mais
00:45:13moi ce qui m'étonne
00:45:14c'est que Cremonini
00:45:15ne soit pas
00:45:17autant connu
00:45:18que d'autres
00:45:19qui me semblent
00:45:20je trouve que Balthus
00:45:21est très inférieur
00:45:22parce que Balthus
00:45:23est manieré
00:45:23et précieux
00:45:24ce qu'on n'est absolument pas
00:45:28Cremonini
00:45:29qui est intransigeant
00:45:30c'est pour ça
00:45:31qu'il est un grand peintre
00:45:32il est intransigeant
00:45:32avec lui-même
00:45:33et avec son art
00:45:35pourquoi est-ce que Balthus
00:45:36tout le monde le connait
00:45:38sans doute à cause
00:45:39des petites filles nues
00:45:40qui peint
00:45:40sans doute
00:45:40mais c'est pas de la peinture
00:45:41c'est le sujet
00:45:45et je trouve que Cremonini
00:45:46mériterait
00:45:48Pompidou
00:45:48bien sûr
00:45:49les grands musées
00:45:51ont acheté
00:45:51ces tableaux
00:45:52internationaux
00:45:54en France
00:45:55je me demande
00:45:56si
00:45:57en général
00:45:58les Italiens
00:45:59souffrent encore
00:46:01du
00:46:02vente
00:46:03néo-fasciste
00:46:04moi je pense
00:46:05aux écrivains
00:46:05parce qu'il y a
00:46:06des grands écrivains
00:46:07comme
00:46:08Balceschi
00:46:09par exemple
00:46:09ignorait
00:46:10c'est un immense écrivain
00:46:11qui n'était pas du tout
00:46:12fasciste
00:46:13et les musiciens
00:46:14c'est la même chose
00:46:15Pizzetti
00:46:15Malipiero
00:46:16de la Piccola
00:46:17on les connait pas
00:46:19alors qu'ils étaient
00:46:19même antifascistes
00:46:21et les peintres
00:46:22c'est la même chose
00:46:23les Rosas
00:46:24et tout ça
00:46:24on les connait pas
00:46:26et ça continue
00:46:27quand même
00:46:28il y a une méfiance
00:46:29on pense qu'Italie
00:46:30a tout donné
00:46:31jusqu'à
00:46:31jusqu'à
00:46:32fin du 18ème
00:46:33et qu'après
00:46:34Tiepolo
00:46:35ça vaut plus la peine
00:46:37d'en parler
00:46:37c'est ça qui est absurde
00:46:38c'est contre ça
00:46:39qu'il faut réagir
00:46:40parce que
00:46:41l'Italie reste
00:46:42un grand pays de peintres
00:46:43enfin un grand
00:46:44un grand foyer
00:46:46de peinture
00:46:46et Cremonini
00:46:49en témoigne
00:46:49en premier lieu
00:46:51je trouve
00:46:51dans un univers
00:46:53un peu différent
00:46:54mais
00:46:54il y a les
00:46:55Machiaoli
00:46:56qui sont quand même
00:46:57un groupe de peintres
00:46:58italiens
00:46:59qui se sont inscrits
00:47:01dans un héritage
00:47:02impressionniste
00:47:03c'est à dire
00:47:04une libération
00:47:05du geste
00:47:07une libération
00:47:07de l'écriture
00:47:09une spontanéité
00:47:10essayer de capter
00:47:11l'éphémère
00:47:13le mouvement
00:47:14d'un paysage
00:47:15donc c'est
00:47:16effectivement
00:47:16les éléments
00:47:18atmosphériques
00:47:19qui doivent être
00:47:20transcrits
00:47:20dans la toile
00:47:22mais ça reste
00:47:22un groupe
00:47:24de peintres
00:47:24méconnus
00:47:25qui sont de très
00:47:26très beaux peintres
00:47:27qui sont dans un
00:47:28dans un esprit
00:47:31élégial
00:47:32dans un esprit
00:47:33lyrique aussi
00:47:34au niveau
00:47:35de la perception
00:47:35du paysage
00:47:37alors vous voyez
00:47:37il y a beaucoup
00:47:38beaucoup à faire
00:47:39et c'est là le rôle
00:47:40de l'historien de l'art
00:47:41justement
00:47:41c'est ça
00:47:42qui est important
00:47:42et on a vraiment
00:47:44une responsabilité
00:47:45et moi je le sens
00:47:46personnellement
00:47:47et il y a tellement
00:47:48d'artistes
00:47:49qui me l'ont dit
00:47:49que ça doit être ça
00:47:51et on doit être
00:47:53à l'écoute
00:47:54on doit être curieux
00:47:55on doit aller voir
00:47:57et ne pas attendre
00:47:58que les choses
00:47:59soient proposées
00:48:00donc c'est pour ça
00:48:01que Cremonini
00:48:02moi je trouvais
00:48:04désolant
00:48:05qu'on ne le connaisse
00:48:05pas mieux
00:48:06qu'il n'y ait pas
00:48:06davantage de manifestations
00:48:09de publications
00:48:09mais généralement
00:48:10ça va ensemble
00:48:11d'expositions
00:48:11d'éducation
00:48:12d'éducation
00:48:12d'éducation
00:48:14vous savez il était
00:48:15un peu
00:48:15pardon
00:48:16oui
00:48:19allez-y
00:48:21il en souffrait
00:48:22un petit peu
00:48:22je ne sais pas
00:48:23Pietro
00:48:23tu peux peut-être
00:48:23le dire
00:48:24mais je sais
00:48:25qu'il n'y avait
00:48:26pas de ressentiment
00:48:27chez lui
00:48:28parce qu'il avait
00:48:28une dignité
00:48:29c'était un noble
00:48:30tu vois ce que je veux dire
00:48:31c'était un vrai
00:48:32condottien
00:48:32pour moi c'était
00:48:33je fais une comparaison
00:48:35avec Adami
00:48:36parce qu'ils sont
00:48:36très proches
00:48:37l'un et l'autre
00:48:37ils se connaissaient bien
00:48:38et c'était vraiment
00:48:39cette
00:48:41cette dignité italienne
00:48:42tu vois
00:48:43c'était ça
00:48:44nobilière
00:48:45praticienne
00:48:46c'était ça
00:48:46et ça se voyait
00:48:48et je peux te dire
00:48:49que quand on était
00:48:50en réunion
00:48:50et qu'il prenait
00:48:52la parole
00:48:53il y avait souvent
00:48:54des rires en coin
00:48:55parce que
00:48:55les gens
00:48:56enfin
00:48:56ses copains
00:48:57ne le supportaient pas
00:48:58parce que
00:48:59il avait une autorité
00:49:00mais c'était l'autorité
00:49:01savante
00:49:02qui savait
00:49:02et qui voulait partager
00:49:04c'était ça
00:49:04qui était important
00:49:05c'était de partager
00:49:06ce que lui
00:49:07donnait déjà
00:49:08à travers la peinture
00:49:09donc il avait
00:49:10des positions
00:49:10très fermes
00:49:11très arrêtées
00:49:11mais
00:49:13c'était
00:49:13c'était vraiment
00:49:14une personne
00:49:15oui
00:49:16une grande
00:49:17et belle personne
00:49:18qui savait
00:49:19vraiment
00:49:19ce qu'il voulait
00:49:20et en tout cas
00:49:21le catalogue
00:49:21que tu as fait
00:49:22c'est quand même
00:49:24je crois
00:49:24peu de peintres
00:49:25ont aussi
00:49:26de beaux catalogues
00:49:27épais
00:49:28reliés
00:49:29c'est pas
00:49:29souvent ce cas
00:49:30c'est souvent
00:49:31des trucs
00:49:32c'est très lourd
00:49:33c'est magnifique
00:49:34c'est quand même
00:49:35un hommage extraordinaire
00:49:36avec énormément
00:49:38de reproductions
00:49:39qu'il faut
00:49:40voir
00:49:41après avoir vu
00:49:42les originaux
00:49:43pour la raison
00:49:43que j'ai dit
00:49:44plutôt de l'espace
00:49:45mais c'est quand même
00:49:46ça c'est réconfortant
00:49:47quand même
00:49:49ça reste ça
00:49:50qu'on ait pu publier
00:49:51un tel catalogue
00:49:53alors
00:49:54pour terminer
00:49:55sur une note
00:49:55un peu plus
00:49:56je partage
00:49:57votre juste colère
00:49:59à la place
00:50:00de Cremonini
00:50:01mais c'est une injustice
00:50:03qui à mon avis
00:50:03est en cours
00:50:05de réparation
00:50:06et qui va être
00:50:07je l'espère
00:50:08mais je pense
00:50:09de réparer
00:50:11j'espère entièrement
00:50:12ça fait quand même
00:50:13quelques années
00:50:15que la figuration
00:50:16en général
00:50:16je le vois
00:50:17parce que
00:50:18avant
00:50:18j'ai l'histoire de l'art
00:50:19mais je suis aussi galeriste
00:50:20et avant de m'intéresser
00:50:22à Cremonini
00:50:22à dépendre de cette époque
00:50:23j'ai quand même
00:50:23travaillé pas mal
00:50:25avec de jeunes artistes
00:50:27et il y a quand même
00:50:28on sent
00:50:29un retour de balancier
00:50:32alors c'est pas général
00:50:33mais quand même
00:50:34il y a un nouvel intérêt
00:50:35chez les jeunes
00:50:36notamment
00:50:37artistes comme collectionneurs
00:50:38un retour
00:50:39pour la figuration
00:50:41mais au-delà de la figuration
00:50:43le savoir-faire
00:50:44la technique
00:50:44on a été tellement
00:50:46pris
00:50:46dans toute cette esthétique
00:50:48post-Duchampienne
00:50:49l'art conceptuel
00:50:52la performance
00:50:52etc
00:50:53que évidemment
00:50:54comme tout
00:50:55ça s'essouffle
00:50:56et il y a quand même
00:50:57toute une génération
00:50:58des beaux-arts de Paris
00:51:00qui en est sorti
00:51:01il n'y a pas si longtemps
00:51:01que ça
00:51:02dans des ateliers
00:51:03comme celui de Boiron
00:51:04qui sont des peintres figuratifs
00:51:06alors qu'être
00:51:07peintre figuratif
00:51:08au beaux-arts de Paris
00:51:09il y a encore 30 ans
00:51:10c'était très mal vu
00:51:11et Cremonini
00:51:12en sait quelque chose
00:51:12parce qu'il a été prof
00:51:13au beaux-arts
00:51:14dans les années 80
00:51:15et c'était un des rares
00:51:16profs de peinture
00:51:17et des élèves
00:51:18qui avaient Cremonini
00:51:18comme professeur
00:51:21donc là aussi
00:51:22c'est un
00:51:23pour exemple
00:51:23de question
00:51:24il y a quand même
00:51:25une école de Cremonini
00:51:26d'abord dans les années 80
00:51:27parce qu'il a eu des élèves
00:51:28mais c'est des élèves
00:51:29qui ont vraiment du mal
00:51:29à percer
00:51:30c'est des gens
00:51:30qui maintenant
00:51:31ont 50 ans
00:51:32qui ont de belles carrières
00:51:34mais qui n'ont pas
00:51:35eu une grande notoriété publique
00:51:36alors qu'aujourd'hui
00:51:37il y a quand même
00:51:38pas mal de jeunes peintres
00:51:40en France comme ailleurs
00:51:42foncièrement figuratifs
00:51:43qui savent peindre
00:51:44et qui ont un regard
00:51:46et qui ne connaissent pas
00:51:48forcément Cremonini
00:51:49mais qui quand ils le connaissent
00:51:50aiment beaucoup ça
00:51:51et d'ailleurs
00:51:52dans la pièce
00:51:52on a deux jeunes artistes
00:51:55un italien
00:51:56et un français
00:51:56Luca Erubeini
00:51:57et Johan Larnouette
00:51:59qui ont des peintures
00:52:01très différentes
00:52:02mais on sent
00:52:02qu'en tout cas
00:52:03ils connaissent cette peinture
00:52:04qu'ils ont regardé
00:52:05cette peinture
00:52:06Cremonini
00:52:06et la peinture
00:52:08européenne
00:52:08des années 60
00:52:09donc il y a quand même
00:52:10un lègue
00:52:11et je vais terminer par ça
00:52:13on parlait du sang de Pompidou
00:52:14qui n'a pas fait
00:52:16cette exposition
00:52:16mais il la fera
00:52:17un jour
00:52:18en tout cas
00:52:19on va y travailler
00:52:20mais qui quand même
00:52:21il y a deux ans
00:52:21a acheté un tableau
00:52:22de Cremonini
00:52:23un de ses chefs-d'oeuvre
00:52:24Les écrans du soleil
00:52:26un magnifique tableau
00:52:27et ça c'est quand même
00:52:28un signal
00:52:28parce que
00:52:29là aussi
00:52:30je vous laisse
00:52:30ça du gars
00:52:31peut en témoigner
00:52:32il y a 20 ans
00:52:3330 ans
00:52:34c'était impossible
00:52:35que le sang de Pompidou
00:52:38mette un grand financement
00:52:39pour acheter
00:52:40un peintre figuratif européen
00:52:42ça arrivait très rarement
00:52:43alors même que
00:52:44et ça c'est
00:52:45je vais terminer par ça
00:52:46Cremonini
00:52:47c'est un purgatoire
00:52:48mais c'est un purgatoire
00:52:50récent
00:52:51de son vivant
00:52:52il a été très connu
00:52:54il y a 40 musées
00:52:55qui ont
00:52:56dans le monde entier
00:52:57qui ont ces tableaux
00:52:57il est au MoMA
00:52:58il est au sang de Pompidou
00:52:59il était déjà au sang de Pompidou
00:53:00dès les années 70
00:53:01il y avait un de ses grands tableaux
00:53:02là-bas
00:53:03il est au MoMA
00:53:04il est au sang de Pompidou
00:53:05il est dans des musées
00:53:07en Suisse
00:53:08en Belgique
00:53:08et ailleurs
00:53:09donc il a été très connu
00:53:10il a été très connu
00:53:12et c'est vraiment dans
00:53:14les 20-30 dernières années
00:53:15qu'on a moins entendu parler de lui
00:53:18mais là
00:53:18c'est en train de revenir
00:53:19parce que justement
00:53:20on a
00:53:20je pense aussi
00:53:21la distance critique
00:53:22il y a aussi ça
00:53:22il est mort
00:53:23il y a maintenant
00:53:24presque 16 ans
00:53:26il y a 16 ans
00:53:27il y a aussi
00:53:27une nouvelle génération
00:53:28j'en fais partie
00:53:29mais je ne suis pas le seul
00:53:30qui regarde peut-être aussi
00:53:32avec un oeil différent
00:53:33cette peinture
00:53:34et voilà
00:53:35c'est mon avis
00:53:36mais moi
00:53:37c'est ce genre de peinture-là
00:53:38qui m'intéresse
00:53:39et qui me retient plus
00:53:40que justement
00:53:42les nouveaux réalistes
00:53:44qui sont très grands artistes
00:53:45mais dont on a déjà
00:53:46beaucoup parlé
00:53:46qu'on a beaucoup étudié
00:53:48donc moi je suis plutôt
00:53:50voilà
00:53:50pour terminer
00:53:51sur une note positive
00:53:52je suis plutôt confiant
00:53:53et je pense que
00:53:54cette expo de Versailles
00:53:55est une première étape
00:53:56il y a eu le sang de Pompidou
00:53:57il y a eu une exposition
00:53:58en Italie l'année dernière
00:53:59à Cittadi Castel
00:54:00il y a d'autres projets
00:54:01donc voilà
00:54:03vous allez entendre parler
00:54:05encore de Cremolini
00:54:06et pouvoir voir
00:54:07souvent ces tableaux
00:54:11Applaudissements
00:54:13Applaudissements
00:54:14Applaudissements
00:54:15Applaudissements
00:54:16Applaudissements
00:54:16Je vous ai dit
00:54:16un peu plus
00:54:17très rapidement
00:54:19alors ce n'est pas grave
00:54:20je pense que
00:54:20je vais la voir tout point
00:54:22Demi Fernandez
00:54:23a évoqué
00:54:24à très juste titre
00:54:25l'histoire des coulures
00:54:26et en fait
00:54:27ce n'est pas que des coulures
00:54:28c'est des coulures
00:54:29dans un sens
00:54:29des coulures dans l'autre
00:54:30des aplats
00:54:31etc
00:54:31des masses de couleurs
00:54:33qui arrivent comme ça
00:54:34et puis tout d'un coup
00:54:35il y a le cadrage
00:54:35comme tu disais
00:54:36les horizontales
00:54:37et en fait
00:54:38ce qui fait l'étrangeté
00:54:38sans doute
00:54:40et Alpuzer qui dit
00:54:41non c'est un abstrait
00:54:42et la plupart des gens
00:54:43qui disent
00:54:43c'est infiguratif
00:54:44c'est ce trouble
00:54:45qui existe
00:54:46entre en fait
00:54:47ce qu'on voit
00:54:48et toute cette cuisine
00:54:50entre guillemets
00:54:51abstraite derrière
00:54:52qui existe
00:54:54absolument
00:54:55je ne sais pas
00:54:56si tu vois
00:54:57alors Debré pratiquait aussi
00:54:58beaucoup les coulures
00:54:59comme vous le savez
00:55:00mais pour des compositions
00:55:02abstraites
00:55:02elles n'étaient pas abstraites
00:55:04d'ailleurs ces peintures
00:55:05c'était
00:55:05une abstraction fervente
00:55:07comme il disait
00:55:08mais il appelait ça
00:55:09ses dégoulimades
00:55:09et en fait
00:55:10c'était effectivement
00:55:11ben oui c'était son terme
00:55:13c'était son mot
00:55:13parce qu'effectivement
00:55:14il laissait jouer
00:55:15la couleur
00:55:16qui coulait
00:55:17mais comme il n'y avait pas
00:55:17de matière pratiquement
00:55:18chez lui
00:55:19qui travaillait beaucoup
00:55:20avec la naissance
00:55:21du péridentine
00:55:22donc il y avait
00:55:22ça lui permettait
00:55:23d'avoir des transparences
00:55:24mais il y a
00:55:25vous voyez
00:55:27la simultanéité
00:55:28toujours
00:55:28c'est des pratiques
00:55:31alchimiques
00:55:32en quelque sorte
00:55:32parce que
00:55:33il faut trouver son langage
00:55:34il faut trouver son
00:55:35ses outils aussi
00:55:36et ça ça participe aussi
00:55:38inconsciemment
00:55:39ou consciemment
00:55:40parce que
00:55:40souvent c'est quand même
00:55:42réfléchi
00:55:42et comment
00:55:43la couleur aussi
00:55:44va réagir
00:55:46par rapport au geste
00:55:46que vous allez faire
00:55:47donc c'est ça aussi
00:55:48qu'on observe bien
00:55:51dans la peinture
00:55:52de Crémonini
00:55:54qui est au contraire
00:55:55extrêmement
00:55:56elle est
00:55:56elle est plane
00:55:58mais je veux dire
00:55:58quand vous regardez
00:55:59c'est très travaillé
00:56:00les couleurs sont très travaillées
00:56:01quand même
00:56:01il y a des vibrations
00:56:02et ces vibrations
00:56:03c'est parce que justement
00:56:04il y a un travail
00:56:06sous la
00:56:07une préparation
00:56:08de la toile
00:56:09et sous les pigments
00:56:10humains
00:56:11donc c'est ça
00:56:12qui est passionnant
00:56:13donc il y a une sensibilité
00:56:14extrême bien évidemment
00:56:17c'est des couleurs
00:56:18qui sont un peu
00:56:20pas très réelles
00:56:20c'est comme
00:56:21les couleurs
00:56:23je sais pas
00:56:24il y a plus d'orange
00:56:24de rouge
00:56:25c'est les couleurs
00:56:27que l'on peut voir
00:56:28non non
00:56:29il y a des couleurs
00:56:30même on peut dire
00:56:31flashy parfois
00:56:34rutilantes
00:56:34pop même
00:56:35alors que lui-même
00:56:36n'est pas du tout
00:56:36le pop-art
00:56:37je ne serais pas content
00:56:37que j'utilise ce terme
00:56:38mais c'est des couleurs
00:56:39qu'on voit dans le pop-art
00:56:40complètement
00:56:41et là aussi
00:56:42ça tend justement
00:56:43ça rejoint ce que
00:56:44tu disais Catherine
00:56:45c'est au-delà du réel
00:56:47être dans le réel
00:56:48mais le déliter
00:56:49par l'introduction
00:56:50d'éléments étranges
00:56:51les enfants etc
00:56:52et aussi par la couleur
00:56:54complètement
00:56:54qui crée cette atmosphère
00:56:56voilà
00:56:56parfois vraiment psychédélique
00:56:58il y a un tableau
00:56:58qui s'appelle
00:56:59au dos du désir
00:57:00des années de 66
00:57:01où il y a une répétition
00:57:03hypnotique d'un miroir
00:57:04qui lui-même
00:57:05se reflète dans un miroir
00:57:06et répété dix fois
00:57:06avec des couleurs
00:57:07de plus en plus acidulées
00:57:09et avec ces couleurs
00:57:11qui elle
00:57:12créent une sorte
00:57:13de liquéfaction
00:57:13comme si le tableau
00:57:15allait s'effondrer
00:57:16à tout moment
00:57:16ou en tout cas
00:57:17se liquéfier
00:57:18donc évidemment
00:57:19il y a cette ingéniosité
00:57:21aussi de Cremonini
00:57:22qui est purement figuratif
00:57:24mais qui utilise
00:57:24en fait même
00:57:25des techniques
00:57:25de l'abstraction
00:57:26et justement
00:57:27cette façon qu'il a
00:57:28et c'est très important
00:57:28effectivement de souligner
00:57:30la coulure
00:57:30c'est pas juste
00:57:31un artefact esthétique
00:57:33c'est vraiment
00:57:33l'origine du tableau
00:57:34parce qu'en fait
00:57:35il partait de l'informe
00:57:37Cremonini
00:57:38ça c'était vraiment
00:57:38sa façon particulière
00:57:40de travailler
00:57:40de l'informe
00:57:41pour arriver à la forme
00:57:41c'est à dire
00:57:42qu'il partait de l'abstrait
00:57:43en jetant des coulures
00:57:45vraiment
00:57:45en jetant de manière
00:57:46presque comme un
00:57:46presque comme Pollock
00:57:47en jetant de la peinture
00:57:49en faisant couler
00:57:50de la peinture
00:57:51de manière abstraite
00:57:52des coulures de peinture
00:57:53dans les deux sens
00:57:54horizontale
00:57:55ou verticale
00:57:56en maniant les tableaux
00:57:58les châssis
00:57:58et c'est sans dessin préparatoire
00:58:00aucun dessin
00:58:01aucun projet
00:58:02et à partir
00:58:04de la façon
00:58:05dont la coulure
00:58:05coulait
00:58:06de manière donc
00:58:08ce qui fait part
00:58:09ce qui fait un trait
00:58:09au hasard
00:58:10ce qui laisse la part
00:58:10au hasard
00:58:11la coulure
00:58:11on ne sait pas
00:58:12comment elle va tomber
00:58:12c'est à partir de là
00:58:13qu'il avait des sensations
00:58:14d'espace
00:58:15c'est à partir de là
00:58:15que justement
00:58:16il organisait cette ossature
00:58:18dont on parlait
00:58:19ces grandes transversales
00:58:20elles viennent des coulures
00:58:22et donc c'est ça
00:58:23qui est magnifique
00:58:23aussi chez lui
00:58:24c'est que la peinture
00:58:24naît de l'abstrait
00:58:26c'est une épiphanie
00:58:27et c'est vraiment
00:58:28le plaisir de peindre
00:58:29c'est même pas
00:58:29ça naît de l'abstrait
00:58:30sa peinture
00:58:31naît de la peinture
00:58:31elle n'est pas
00:58:32d'observation du réel
00:58:33elle naît
00:58:34c'est la peinture
00:58:35et c'est là
00:58:35Créménie est un grand italien
00:58:37elle est comme disait
00:58:38Léonard de Vinci
00:58:38« causa mentale »
00:58:40Merci
00:58:42Est-ce que je pourrais juste
00:58:44rappeler un très beau moment
00:58:45de l'institut culturel italien
00:58:48dans les années 90
00:58:49dans lequel
00:58:50le directeur de l'époque
00:58:52c'était Denis Fandes
00:58:53qui avait prépassé
00:58:54qui a venu jouer
00:58:55sur la smorphia
00:58:56nappanitana
00:58:57et qui avait pris
00:58:5815 peintres italiens
00:59:00dont Coloretti
00:59:01dont Adani évidemment
00:59:02dont Paranel
00:59:04Valor
00:59:04tous les peintres
00:59:05et les sculpteurs
00:59:06qui vivaient ici
00:59:07et on avait organisé
00:59:09une très très belle exposition
00:59:10au musée de la Seïta
00:59:11dans le moment
00:59:12on n'est pas plus
00:59:12et le sujet
00:59:14était passionnant
00:59:14puisque la smorph
00:59:15nappanitana
00:59:16c'était un jeu
00:59:17entre les rêves
00:59:18et le loto
00:59:19et on avait tiré
00:59:21des numéros au centre
00:59:22et chaque peintre
00:59:23en fonction du numéro
00:59:24devait réaliser le rêve
00:59:25qui correspondait
00:59:26au lexique
00:59:27de la smorph
00:59:28c'était fascinant
00:59:29et je me souviens
00:59:30très très bien
00:59:31de l'occasion
00:59:33pour chacun
00:59:34de ces artistes
00:59:36de souligner son style
00:59:38et de voir
00:59:38on noter en effet
00:59:40ou la coulure
00:59:41ou au contraire
00:59:42le sature
00:59:42ou la vibration
00:59:44ou la forme de l'objet
00:59:46par exemple
00:59:46Coloretti
00:59:48se référait beaucoup plus
00:59:49à l'urne
00:59:51néoclassique
00:59:52vous voyez
00:59:52avec tout un langage
00:59:53qui se crée
00:59:53et je pense
00:59:54qu'on pourrait
00:59:55recréer comme ça
00:59:56des mouvements
00:59:58pour essayer de définir
00:59:59quelle est l'identité
01:00:01au fond
01:00:01des papes
01:00:02qui avaient quitté
01:00:02l'Italie
01:00:03pour s'établir en France
01:00:08je vais m'interroger
01:00:09justement
01:00:10sur ces aspects
01:00:11là
01:00:12c'est assez perturbant
01:00:14parce qu'on sait
01:00:15que Crémini
01:00:15a beaucoup voyagé
01:00:16il a été sur plusieurs villes
01:00:18il a été sur plusieurs plages
01:00:21et pour autant
01:00:23moi j'ai l'impression
01:00:24que c'est tout le temps
01:00:24la même plage
01:00:25il n'y a pas de rapport
01:00:26à la territorialité
01:00:28pas de rapport
01:00:29aux espaces
01:00:30de la réalité
01:00:30je suis souvent
01:00:31de me poser la question
01:00:33comment est-ce qu'on explique ça
01:00:34quel est son rapport
01:00:34au lieu
01:00:36je ne peux pas répondre
01:00:41je ne peux pas
01:00:41le lieu de la peinture
01:00:43oui voilà
01:00:43c'est un peu
01:00:44le lieu de la peinture
01:00:45en fait
01:00:46alors
01:00:46ce qui ne peint pas son notice
01:00:47c'est toujours
01:00:47ce qui n'est pas
01:00:48dans l'hyper réalisme
01:00:49voilà
01:00:49c'est une peinture universelle
01:00:52c'est un universel
01:00:53aussi
01:00:53ce que témoigne
01:00:55après la figuration
01:00:56de Crémini
01:00:56ce sont les affects
01:00:57les passions
01:00:59le désir
01:00:59la communicabilité
01:01:00et le lieu
01:01:01ne vaut pas
01:01:02pour lui-même
01:01:02le lieu
01:01:02comme disait Dominique
01:01:03il est toujours
01:01:04étiré
01:01:05c'est le vide
01:01:06qui donne sur le plein
01:01:07donc c'est un gouffre
01:01:09psychologique
01:01:09on va dire
01:01:11néanmoins
01:01:11c'est intéressant
01:01:13c'est une peinture
01:01:13sans lieu
01:01:14mais qui était faite
01:01:15dans des lieux
01:01:15qui était toujours faite
01:01:16dans des lieux
01:01:17très importants
01:01:18pour que lui
01:01:18il avait des ateliers
01:01:19dans des endroits
01:01:20très déterminés
01:01:22à Ischia
01:01:22puis à Panaguer
01:01:23qui était une petite île
01:01:24qu'il a découverte
01:01:26à la fin des années 50
01:01:27où il n'y avait
01:01:27ni haut
01:01:27ni électricité
01:01:28et où il allait peindre
01:01:30pendant des mois
01:01:31et des mois
01:01:31et comme ça
01:01:32il transportait ses toiles
01:01:33de Paris
01:01:34il y avait toute une logistique
01:01:35incroyable
01:01:36les toiles roulées
01:01:36qui étaient expédiées
01:01:37de Paris
01:01:38à Ischia
01:01:39à Panarea
01:01:40puis il allait aussi
01:01:41en Andalousie
01:01:42il s'est retrouvé en Romagne
01:01:43il a eu un atelier
01:01:43à Florence
01:01:44donc c'est un peintre du voyage
01:01:45alors que c'est des lieux
01:01:46non situés
01:01:47c'est quand même un peintre
01:01:48et le voyage où ?
01:01:49le voyage au bord de la mer
01:01:50là où il peignait
01:01:52le mieux
01:01:52c'était quand même
01:01:53au bord de la mer
01:01:54il commençait certainement
01:01:55je pense ses tableaux
01:01:56l'été
01:01:56pendant la belle saison là-bas
01:01:58et il est terminé à Paris
01:01:59loin du motif justement
01:02:01parce que c'est pas une peinture
01:02:02d'après-motif
01:02:02c'est une peinture mentale
01:02:03c'est une peinture
01:02:04qui est au-delà du réel
01:02:06et donc il a eu besoin
01:02:06de cette double localisation
01:02:08d'être sur le lieu
01:02:10et après pour l'abolir
01:02:13d'être à Paris
01:02:13dans son atelier
01:02:14loin du lieu
01:02:18je vous propose
01:02:19de continuer cette conversation
01:02:21autour d'un verre
01:02:22et d'une dédicace
01:02:24Merci
01:02:26Merci
01:02:27Merci
01:02:27Merci
01:02:27Merci
01:02:28Merci
01:02:30Merci
01:02:31Merci
01:02:31Merci
01:02:32Merci
01:02:32Merci