- il y a 1 jour
Chères lectrices, chers lecteurs,
Jeudi 29 janvier, nous avons eu le plaisir de recevoir Mme Odile d'Oultremont, qui publie cette rentrée d'hiver aux éditions Julliard son nouveau roman, La Dernière nuit.
Dans le cadre des idylles de L'écume, cet échange est animé par Marine B.D (@idyllesculturelles)
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième :
" Tu connais mon histoire, forcément tu la connais. C'est la tienne aussi.
Peu importe ce que tu en penses, je te la raconte quand même. De notre rencontre jusqu'à ce jour où elle se terminera. J'ignore comment.
Vois ça comme une défiance. De la justice et de ses égarements. Prends mes mots comme un plaidoyer et mes intentions comme l'exécution d'un juste châtiment. "
Une nuit d'ivresse, un coup de feu, une vache abattue : le geste impardonnable d'un homme, le comte Abélard de Hesbaye.
Des années plus tard, alors que la justice a depuis longtemps détourné le regard, débute la revanche des oubliés. Dans une grange isolée, Nikki, l'agricultrice trahie, fait comparaitre son bourreau, jadis ami.
Se déroule alors un autre procès, plus intime, plus implacable, enraciné dans un terreau social contrasté et mû par la nécessité d'une femme et de toute une communauté de se faire justice soi-même. Au risque de s'y perdre ?
Tragédie sociale,
La Dernière nuit est un roman haletant qui oscille entre vengeance et réparation en interrogeant des questions très actuelles, parmi lesquelles : le spécisme et les dérives du patriarcat.
Jeudi 29 janvier, nous avons eu le plaisir de recevoir Mme Odile d'Oultremont, qui publie cette rentrée d'hiver aux éditions Julliard son nouveau roman, La Dernière nuit.
Dans le cadre des idylles de L'écume, cet échange est animé par Marine B.D (@idyllesculturelles)
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième :
" Tu connais mon histoire, forcément tu la connais. C'est la tienne aussi.
Peu importe ce que tu en penses, je te la raconte quand même. De notre rencontre jusqu'à ce jour où elle se terminera. J'ignore comment.
Vois ça comme une défiance. De la justice et de ses égarements. Prends mes mots comme un plaidoyer et mes intentions comme l'exécution d'un juste châtiment. "
Une nuit d'ivresse, un coup de feu, une vache abattue : le geste impardonnable d'un homme, le comte Abélard de Hesbaye.
Des années plus tard, alors que la justice a depuis longtemps détourné le regard, débute la revanche des oubliés. Dans une grange isolée, Nikki, l'agricultrice trahie, fait comparaitre son bourreau, jadis ami.
Se déroule alors un autre procès, plus intime, plus implacable, enraciné dans un terreau social contrasté et mû par la nécessité d'une femme et de toute une communauté de se faire justice soi-même. Au risque de s'y perdre ?
Tragédie sociale,
La Dernière nuit est un roman haletant qui oscille entre vengeance et réparation en interrogeant des questions très actuelles, parmi lesquelles : le spécisme et les dérives du patriarcat.
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Art et designTranscription
00:00Ton livre, La dernière nuit, aux éditions Julliard, j'aimerais te demander déjà si en une phrase tu peux résumer
00:06ce livre pour donner envie à tout le monde de le lire.
00:09En une phrase ? C'est la vengeance d'une femme. Voilà, ça donne envie ou pas ?
00:13Oui mais alors quand tu le dis comme ça, en le présentant comme ça, on pourrait penser que c'est
00:17la vengeance d'une femme par exemple par rapport à un féminicide ou par rapport à un homme, ce qui
00:23est le cas.
00:23Mais est-ce que tu peux nous en dire un peu plus quand même ?
00:26Alors c'est une vengeance d'une femme qui... Ok, cut. Coucou, tu veux t'asseoir ?
00:36Non, c'est dur. C'est dur, ok.
00:39T'inquiète, c'est pas grave. Mais ils vont me tuer pour le montage, mais c'est pas grave.
00:42J'ai laissé un peu de temps ? Ok, d'accord, je reprends. Voilà, je vais y aller si tu
00:48veux sinon.
00:48En fait, c'est la vengeance d'une femme, mais quand même ça parle de souffrance animale.
00:52Et tu nous emmènes surtout en Belgique, chez toi. Et j'ai l'impression que c'est un des livres
00:56peut-être les plus personnels que tu as écrits.
00:58Et pourtant, on ne sait pas, il n'y a pas vraiment de lien avec toi, concrètement.
01:02Non, alors le lien qui peut... Oui, c'est clairement un des livres les plus autobiographiques que j'ai écrits.
01:08D'abord parce que ça parle d'un milieu social dans lequel j'ai grandi.
01:15Ça parle aussi d'un rapport d'une femme avec un homme qui, en l'occurrence, là, il s'agit
01:20d'amitié, d'une vengeance dans le cadre de l'amitié.
01:23Mais ça résonne avec ce que j'ai pu vivre dans une vie intime, d'une violence masculine.
01:32Et donc, il y a une espèce de transposition de ce que j'ai pu vivre intimement dans un cadre
01:40qui est tout à fait différent dans ce livre.
01:44Et aussi, dans ce livre-là, on parle justement...
01:47Attends, parce que pendant qu'on tue les...
01:54Justement, pendant qu'on parle d'un milieu social, parce que c'est quand même aussi un livre qui parle
01:58beaucoup de ça,
01:59on parlait tout à l'heure du fait d'habiter un nom.
02:01Parce que dans le livre, on découvre le personnage d'Abel de Esbay.
02:06Je ne sais pas si ça se dit comme ça.
02:07Esbay.
02:07Esbay, donc Abelard de Esbay.
02:10Et on voit que son nom, en fait, c'est à la fois une responsabilité,
02:14qu'enfant, il ne s'en rend pas forcément compte,
02:15mais qu'il a quand même l'impression d'avoir une supériorité sur les autres.
02:21Donc, c'est quoi d'habiter un nom ?
02:23Alors, il y a...
02:24En l'occurrence, le personnage d'Abelard, l'habite d'une manière à la fois très...
02:33Comment dire ?
02:36Très...
02:37Regarde-moi.
02:37On s'en fiche, on se regarde.
02:39On se regarde.
02:39Ils n'existent pas.
02:40Oui.
02:41À la fois de manière très immature,
02:45et en même temps avec un sentiment d'impunité,
02:49parce que précisément, ce nom est supposé lui apporter une forme de supériorité,
02:55en tout cas sociale.
02:56Parce que c'est aussi un livre qui parle de ça,
02:58d'une confrontation entre deux univers,
03:00qui dans un temps ancien pourrait paraître très différent.
03:04Aujourd'hui, les univers sociaux sont plus mélangés, mais à l'époque, en tout cas du temps de...
03:11Enfin, pardon, deux univers sociaux qui sont très différents.
03:15Un univers agricole, l'univers de Niki, et puis l'univers de Abel, qui est l'univers de l'aristocratie,
03:22en fait.
03:24Et Abelard, il a une façon d'habiter son nom, pour répondre à votre question, qui est prétentieuse,
03:31qui n'est pas du tout à l'image de ce que l'aristocratie peut proposer de manière générale.
03:37C'est vraiment un cas, parce qu'il n'y a pas de... pour rester évidemment dans la nuance,
03:41mais en l'occurrence, lui, il l'habite comme ça.
03:44Mais aussi parce que ce nom lui apporte une forme de puissance,
03:50mais aussi parce que c'est un homme.
03:51Et la concordance des deux dans cette histoire-là fait qu'il en devient violent et brutal.
03:58Et donc aussi, ce qu'on découvre dans le personnage justement d'Abel, mais aussi de Niki,
04:02c'est qu'enfant, ils étaient amis.
04:04Oui.
04:04Et justement, tout ça ne se sentait pas, en fait.
04:06On ne ressentait pas du tout ces différences de milieux sociaux,
04:09parfois au travers de certaines phrases qu'on découvre dans le livre.
04:13Et Niki, en fait, elle en veut énormément à Abel parce qu'il s'est passé un événement en 2023.
04:18Et d'ailleurs, c'est assez étonnant parce que quand on commence le récit,
04:20on ne sait pas vraiment dans quel espace-temps on est.
04:23Pourquoi tu as voulu mettre ça ?
04:25Pourquoi tu as voulu un peu nous brouiller les pistes ?
04:27Parce que...
04:28Alors, je pense que ça, c'est le...
04:30Ça provient de ma formation professionnelle de scénariste.
04:34Et donc, il y a en permanence une espèce de volonté dans la construction du récit
04:39de maintenir le lecteur, de lui dire, tu restes avec moi.
04:43Et en ça, j'alterne à la fois les époques, mais aussi la voie, si tu veux.
04:52C'est-à-dire que le pronom, c'est-à-dire que le point de vue aussi, de temps en
04:56temps,
04:56c'est des chapitres qui sont en tu, d'autres en je, en il.
05:00Et donc, il y a une façon d'essayer de garder le lecteur avec moi.
05:04Et ça, pour le coup, ça vient probablement du scénario.
05:08Et qu'est-ce que ça le dit de la Belgique d'aujourd'hui, ce livre ?
05:13Ça dit que c'est une monarchie et qu'on n'a pas encore coupé la tête du roi chez
05:18nous
05:18et qu'il y a une cour.
05:22Alors, autant le roi n'a plus aucun pouvoir ni politique,
05:25il a juste un pouvoir constitutionnel et encore vaguement.
05:29Ça dit qu'il reste une cour qui s'appelle l'aristocratie
05:32et qu'ils sont une espèce d'entre-soi, mais comme dans tous les milieux, en fait.
05:36Et ça dit que là-dedans, il y a de tout.
05:41Et que le personnage d'Abelard, je me le suis, entre guillemets, farcie
05:45parce que j'en ai rencontré et que c'était extrêmement exotique.
05:50En même temps, moi, je viens de ce milieu-là,
05:52mais avec des parents qui n'ont strictement rien à voir avec ça,
05:54qui sont extrêmement ouverts, extrêmement tolérants,
05:57qui ont des amis de tous bords et de toute religion
05:59et on a grandi plutôt dans une grande ouverture d'esprit.
06:02Et donc, moi, je regardais ces extrêmes de l'aristocratie
06:06à la fois comme des personnages curieux, fous, par moments.
06:14Il y avait un côté un peu fascinant, à la fois par l'excès,
06:19puis parfois par la bêtise, parfois par...
06:23Il y avait des côtés facétieux, mais en même temps des côtés aberrants.
06:26Enfin, donc voilà, c'était très coloré, en fait, ce que j'observais.
06:31Et j'ai trouvé que ça avait du sens d'être raconté.
06:37Ce livre aussi, il a un côté très haletant.
06:39C'est un peu comme un thriller, à la fois social, mais aussi sociétal,
06:42puisqu'en fait, on découvre qu'il y a...
06:44D'ailleurs, c'est écrit sur la quête rêve de couverture,
06:46je ne vous spoil rien.
06:47Il y a un animal qui est donc tué par Abel,
06:50et en toute impunité,
06:51puisqu'Abel va être blanchie par la justice.
06:54Donc, on se demande si ce n'est aussi pas un peu grâce à son nom,
06:56son origine sociale, et aussi parce qu'il est un homme.
06:59Et Niki, elle construit une vengeance.
07:02Mais cette vengeance, elle est très mesurée.
07:04Je pense que la vengeance féminine,
07:05elle est profondément différente de celle que peut avoir un homme.
07:08Alors, d'abord, je trouvais...
07:10C'est marrant que tu dises que la vengeance de Niki est mesurée,
07:12parce qu'elle y va quand même.
07:15Elle y va, mais c'est très construit.
07:18Dans une forme de violence,
07:19d'abord parce qu'elle est pensée,
07:20elle est pensée par elle-même,
07:21mais aussi elle est pensée par le collectif de ses...
07:24Elle le fait avec des complices,
07:26qui sont tous des hommes et des femmes de sa génération
07:30qui ont grandi avec elle dans ce village.
07:32Et donc, Abel, en tuant cette vache,
07:34un soir de biture, en fait,
07:36juste pour...
07:37Just for fun, en fait.
07:38Pour rien, pour aucune raison d'autre
07:40que de trouver une occupation
07:42sous le coup de l'alcool à 3h du matin.
07:45Et donc, c'est toute une génération de ce village
07:48qui a été blessée par ce geste.
07:50Elle en premier, évidemment,
07:51puisque cette vache appartenait à son cheptel.
07:55Et donc, pour revenir à ce que tu me demandais,
07:58c'est la construction d'une violence d'elle à elle.
08:01Et ensuite, c'est la construction d'une violence
08:03qui est proposée et encouragée par un groupe.
08:06Et donc, il y a...
08:08Et tout le temps, dans cette scène de prise d'otages
08:11dans la grange,
08:11donc, ils prennent en otage à Abel,
08:13et tout le temps, il y a cette espèce de mesure-démesure
08:17entre ce que le groupe propose de violence
08:19et ce que le groupe retient de violence.
08:22Voilà.
08:22Et moi, j'ai aimé...
08:25J'ai aimé mesurer ça.
08:29Et l'autre thème qui m'a intéressée là-dedans
08:31et pour faire suite à ce que tu me demandais,
08:36c'est la violence des femmes.
08:38Parce que, évidemment, dans la société,
08:41l'homme est prédominant dans l'exercice de la violence.
08:44Et je trouvais intéressant d'avoir un personnage
08:46qui impose sa violence,
08:49mais un personnage féminin.
08:50et de voir comment c'était accepté, acceptable,
08:54et même jusque dans les mots.
08:56Quels sont les mots que la langue française propose
08:58pour décrire une violence engendrée par une femme ?
09:02Et aussi, comment...
09:04Enfin, je suppose,
09:05vu que tu t'es intéressée quand même
09:06à la violence sur un animal,
09:08qu'est-ce que ça a réveillé en toi ?
09:10Qu'est-ce que ça a suscité en toi ?
09:11Parce qu'on parlait tout à l'heure
09:12qu'il y avait eu des faits divers autour de ça,
09:14sur les chevaux,
09:15qu'il y a eu quand même plein d'animaux
09:16tués un peu sauvagement.
09:17Bon, là, c'est lié à de l'alcool
09:18et ça reste quand même un acte sauvage.
09:22Qu'est-ce que ça t'a...
09:22Enfin, à quel moment tu as questionné
09:24sur ton rapport peut-être intime aux animaux,
09:26à ton alimentation, à plein de choses ?
09:28Est-ce que ça a nourri quelque chose ?
09:30Moi, j'ai grandi à Bruxelles,
09:32mais les week-ends, on est allé à la campagne.
09:36Et la maison de mes parents
09:37était entourée de champs et de vaches.
09:40Et donc, moi, j'ai une proximité assez réelle
09:43avec l'animal vache quand j'étais petite.
09:45Et puis, il y avait une ferme à côté
09:47qui, pour le coup, a été vraiment assez centrale
09:49dans mon inspiration dans ce livre.
09:51Il y avait une ferme à côté
09:52avec un couple de fermiers que j'aimais beaucoup.
09:54Et j'allais traire les vaches le week-end.
09:56Donc, j'ai un rapport, en tout cas,
09:59d'odeur, de souvenir, de Madeleine de Proust
10:01très ancré dans le purin,
10:03dans le lait chaud,
10:05dans le poil de la vache.
10:07Enfin, c'était vraiment un truc
10:08qui était très présent chez moi.
10:09Et par ailleurs,
10:13je me suis interrogée...
10:15En fait, l'histoire de Abel qui tue cette vache,
10:18je l'ai vécue indirectement.
10:20Moi, j'ai été témoin indirecte de cette scène.
10:21Il y a 25 ans,
10:23j'étais dans une...
10:25J'étais invitée à un week-end de chasse
10:26dans un château.
10:28Et il s'est passé ça.
10:29Mais moi, j'étais montée dormir.
10:31Il était 3h du matin.
10:32J'étais partie dormir.
10:34Et le lendemain matin,
10:35quand je suis arrivée au petit déjeuner,
10:37ils parlaient tous de ça.
10:38Et ils riaient très fort.
10:40Et tout le monde racontait...
10:41Enfin, les deux qui avaient commis cet acte,
10:43affreux.
10:45Riaient beaucoup.
10:45Et tout le monde était très content
10:47de cette blague.
10:48Et moi, ça m'a absolument terrorisée.
10:50Et en fait, c'était il y a 30 ans.
10:53Et je me suis dit...
10:54Il y a 30 ans,
10:55je suis partie de ce week-end plus tôt
10:57parce que je ne pouvais pas rester
10:58dans cet endroit avec ces gens-là.
11:00Et je me suis dit,
11:01un jour, j'écrirai un truc là-dessus.
11:03Je ne sais pas comment on y...
11:04Donc, ça m'a vraiment...
11:05Ça m'a traumatisée
11:07parce qu'une vache n'a aucune...
11:10Hormis pour le fermier
11:11qui l'achète et qui l'exploite,
11:15n'a aucune valeur économique.
11:17C'est-à-dire que...
11:18D'ailleurs, jusqu'à très récemment,
11:19la justice considérait une vache
11:20comme du matériel agricole.
11:23Ce qui explique d'ailleurs
11:24que la justice déboute à belle.
11:28ça n'a pas de valeur économique,
11:31une vache.
11:31Pour le commun des mortels,
11:33une vache, ça se promène dans un pré,
11:34ça se regarde et c'est gentil,
11:35ça meugle.
11:36Ou ça meugle, ça meugle, ça meugle.
11:38Donc, en plus,
11:40ils sont persuadés de tuer rien.
11:44Et c'est là où, évidemment,
11:47ça ouvre un questionnement gigantesque.
11:52Là, tu parles depuis tout à l'heure
11:53de deux épisodes que tu as vécu.
11:55Donc, cette scène
11:55et aussi d'un épisode plus personnel
11:57avec une violence masculine subie.
11:59C'était donc il y a peut-être 25, 30 ans.
12:02Pourquoi tu arrives à écrire
12:03sur tout ça maintenant ?
12:06Et pourquoi pas avant ?
12:07Parce que tu as fait d'autres livres.
12:08Parce qu'il m'a fallu prendre des détours,
12:12j'imagine, indispensables pour y arriver.
12:15Et puis, je trouvais qu'en fait,
12:18Abel incarne par une violence,
12:23par un geste violent
12:25qui n'a rien à voir avec celui que moi j'ai vécu,
12:28l'ensemble de ces hommes,
12:33et ce n'est pas tous les hommes loin de là,
12:35mais l'ensemble de ces hommes
12:36qui sont brutaux.
12:38On dit brutaux ?
12:39Brutaux, brutaux, brutaux.
12:42Qui le sont dans leur quotidien,
12:45qui le sont avec cette même forme
12:48d'impunité.
12:49Alors, la justice fonctionne un peu mieux
12:50maintenant, évidemment,
12:51mais avec cette même forme
12:52d'impunité, quand même,
12:54puisqu'on porte très peu plainte,
12:56ou en tout cas,
12:56les femmes portent plainte,
12:57mais les plaintes sont très peu reçues,
12:59que Abel ne le fait avec cette vache.
13:01Avec cette espèce de sentiment
13:03qu'on peut.
13:04Voilà.
13:06Et est-ce que ça t'a permis
13:07de faire une forme de catharsis,
13:08d'écrire ce livre ou pas ?
13:11Oui, alors c'est marrant,
13:13parce que je ne me suis jamais dit
13:14que l'écriture d'un livre l'était.
13:17Peut-être parce que les trois précédents
13:18étaient beaucoup moins impliqués,
13:20en tout cas proches de ma propre existence à moi,
13:22donc je ne l'avais pas vraiment expérimenté.
13:24Il se trouve que ça l'a été,
13:25mais je ne l'ai pas fait pour ça.
13:27Je l'ai fait parce que je trouvais
13:29que dans la construction scénaristique,
13:33de la construction scénario,
13:35je trouvais que cette histoire
13:36de vache et de vengeance,
13:39je tenais un thriller.
13:40Oui, c'est un pas un thriller, en fait.
13:42C'est plus une histoire de scénario.
13:44Et ensuite, en avançant dans l'histoire,
13:46je me suis dit qu'il y avait probablement
13:48quelque chose d'assez thérapeutique là-dedans.
13:49Mais j'ai toujours un peu du mal
13:51avec ce truc de j'écris
13:52et je me fais du bien en écrivant
13:54et je me fais du bien pour écrire
13:55et j'écris pour me faire du bien
13:56et est-ce que ça va me soulager
13:57ou est-ce que ça va...
13:58Je ne sais pas, je trouve qu'il y a un truc
13:59un peu prétentieux à penser
14:01que ce qu'on écrit soi-même,
14:03il y a toujours un discours
14:04que je me méfie un peu de ça.
14:06Je trouve qu'avant tout,
14:06écrire un livre, c'est un travail,
14:08c'est du travail.
14:09Et donc, j'ai commencé par le penser comme tel.
14:11Et ensuite, probablement que oui,
14:15je dois dire qu'à la fin
14:18de l'écriture de livre,
14:19je me suis dit au fond,
14:21j'ai déposé un truc là.
14:22Je ne sais pas très bien
14:23ce que ça va devenir, mais voilà.
14:24En quoi c'est différent de l'écriture
14:26justement d'un scénario pour toi ?
14:28Au-delà de la forme, en quoi c'est différent ?
14:30D'abord parce qu'il y a
14:31beaucoup plus de liberté.
14:33Le scénario, il y a une implication
14:35d'une énorme catégorie de gens
14:39qui s'impliquent,
14:40les producteurs, les monteurs,
14:41les équipes techniques, etc.
14:43Et les acteurs.
14:44Ici, il y a une vraie liberté.
14:46Il y a un plaisir fou
14:48à commencer à s'impliquer
14:51dans une histoire
14:51qu'on va vous laisser dérouler
14:55en toute liberté.
14:57Avec pas d'entrave en fait.
14:58Pas tant que ça.
14:59Presque pas d'entrave.
15:00Et ça, c'est très agréable.
15:02Et donc, par exemple,
15:02quand tu finis un roman comme ça,
15:04tu penses qu'il peut être adapté ?
15:05T'as envie qu'il le soit ?
15:08Oui, je pense qu'il peut l'être.
15:10D'ailleurs, il y a des petites choses
15:11qui se sont en train de se passer.
15:12Mais comme il y a un travail de scénariste
15:17que j'ai effectué en amont,
15:19il y a forcément tout le temps
15:21une écriture,
15:22en tout cas une réflexion de scénariste
15:24qui est dans le coin de ma tête.
15:27Et je sais que l'alternance
15:28des lieux, du temps,
15:31du point de vue, etc.,
15:32ça, c'est clairement un truc de scénario.
15:34Enfin, je pense.
15:35C'est vrai.
15:36Oui.
15:36Ça sent.
15:37Ça sent, je voulais te dire.
15:40Et par exemple,
15:41c'est quoi ta routine d'écriture ?
15:43T'as une routine ou pas ?
15:45Non, pas de routine.
15:47Une deadline, à un moment donné,
15:48à rendre à mon éditeur.
15:49Et ça, ça commence.
15:50C'est pas dite que ça.
15:52Non, j'écris plutôt le matin.
15:54Non, je n'écris pas à 3 heures du matin.
15:57OK.
15:58Non, j'écris le matin
15:59comme une bonne fonctionnaire.
16:01C'est vrai, je me mets à ma table.
16:02Non, mais je n'ai pas de...
16:04Non, absolument pas de délire
16:06d'écrivain.
16:07OK.
16:07Mais tu ne bois pas ?
16:08Tu ne te lèves pas à 4 heures du matin ?
16:09Tu prends ton thé noir ?
16:10Non, pas du tout.
16:11Tu n'es pas minoton ?
16:12OK, j'ai essayé.
16:12J'ai terminé à 17 heures.
16:14Je prends mal tout ça.
16:15Je vais faire une chose.
16:18Aussi, dans ce livre,
16:19tu évoques beaucoup l'enfance,
16:20la campagne.
16:21Donc, c'est des choses que tu as vécues.
16:22Qu'est-ce que tu gardes de ton enfance ?
16:25Waouh !
16:25De mon enfance à la campagne ?
16:27Oui, à toi.
16:28Des souvenirs, même à Bruxelles.
16:30Parce que c'est joliment traité dans le livre.
16:33Surtout quand elles le confrontent, en fait, Abel.
16:35Elles le confrontent beaucoup sur leur enfance
16:37et ce qu'il est devenu.
16:38Comment on peut basculer autant ?
16:40Oui, c'est vrai.
16:42J'ai des souvenirs de ça,
16:44de campagne avec ma sœur.
16:46On est assez proche en âge.
16:49Et des souvenirs de cabane,
16:51des souvenirs de joie extrêmement naïve, en fait.
16:56Et ensuite,
16:58j'ai des souvenirs de livres,
17:01de littérature.
17:02J'ai vraiment des souvenirs de livres.
17:03J'ai l'impression d'avoir grandi vraiment
17:05avec un livre sous le bras, quoi.
17:06Tout le temps un livre.
17:07J'ai des souvenirs d'envie d'écriture.
17:09J'ai des souvenirs de...
17:12d'odeurs,
17:13d'amis.
17:16Assez...
17:16Pas très compliqués, en fait.
17:18Des trucs assez simples.
17:19Mais j'ai des souvenirs de campagne,
17:21essentiellement.
17:21Oui.
17:22Ça se voit, la nature est célébrée dans ce livre.
17:24Alors que...
17:25Je ne sais pas si c'est un paradoxe ou pas,
17:27mais aujourd'hui, je suis citadine.
17:28Et je n'aime pas tellement la campagne,
17:30aujourd'hui.
17:31Enfin, je l'aime bien,
17:33mais je n'y vais pas.
17:34Enfin, voilà.
17:35C'est comme si c'était...
17:37C'était plus dans mon esprit
17:39que dans mon quotidien.
17:40Ou dans ma mémoire.
17:42Mais est-ce qu'on peut changer
17:43autant qu'Abel a changé ?
17:46Ah ouais.
17:47Je crois que l'enfance,
17:48c'est vraiment un endroit.
17:49Et puis...
17:51Ah si.
17:52Je pense vraiment...
17:52Moi, j'en ai vu.
17:53Et même...
17:55Des gens changés.
17:56J'en ai vu des gens changés.
17:58Vraiment.
17:59Et même moi,
18:01je ne sais même pas
18:01si je me souviens
18:02de qui j'étais petite.
18:04Je n'ai pas tellement de souvenirs.
18:05Quand tu me poses cette question,
18:07parle-moi de ton enfant,
18:09j'ai vraiment du mal à y aller.
18:12Alors, elle est sous-jacente,
18:13évidemment.
18:15Non, moi,
18:17y compris...
18:17En fait,
18:18je repense à ce livre
18:19parce que le personnage d'Abel
18:20qui existe dans la vraie vie
18:23est devenu un tout autre.
18:24Et ça, je l'ai vu
18:25de mes yeux vus, quoi.
18:27Et donc,
18:28alors,
18:28ça s'appelle l'éducation,
18:29évidemment.
18:30Je ne sais pas,
18:30les rencontres qu'on fait,
18:31les bonnes ou les mauvaises,
18:32peu importe.
18:32Mais oui,
18:34je pense que l'enfance
18:34est une énorme bulle magnifique
18:36ou tragique,
18:37peu importe,
18:38mais une bulle.
18:39Tu viens de me parler
18:40de littérature.
18:41Peut-être que pour finir,
18:42j'ai envie de te demander
18:43quels sont les livres
18:44que tu nous recommanderais,
18:45des classiques,
18:46des choses qu'on devrait lire
18:46qui t'ont changé.
18:51Moi,
18:51j'ai pas mal grandi
18:53avec la littérature américaine,
18:54les bouquins de Russell Banks,
18:58de,
19:00je ne sais pas,
19:00de McKinorney,
19:02de Paul Auster,
19:05de...
19:06J'ai un souvenir
19:06du loup des steppes
19:08qui m'a...
19:09qui m'a...
19:11Enfin, voilà,
19:12qui m'a explosé le cerveau.
19:15Voilà.
19:17Bonjour.
19:20Des choses comme ça ?
19:21Des classiques comme ça ?
19:23Est-ce que tu as envie
19:24de nous dire une dernière chose
19:25sur ton livre ?
19:26Ah, il est bien.
19:27Je l'aime bien.
19:28C'est mon préféré.
19:31Non, je suis attachée à ce livre.
19:33Je suis attachée à ce livre
19:34parce que je trouve que...
19:35Je trouve qu'il...
19:38il vit quelque chose
19:40d'assez âpre
19:40et en même temps
19:41d'assez plein d'espoir.
19:43Voilà.
19:45Merci, Odile.
19:46Merci, Marie.
19:47Merci à vous.
19:49Merci à vous.
19:53Merci à vous.
19:57Vous avez des questions ?
19:59Même si vous la connaissez,
20:00est-ce que vous voulez
20:00lui poser des questions ?
20:02Ils sont hyper chauds,
20:03t'as vu ?
20:03Ils sont hyper chauds.
20:05Ouais.
20:06Et voilà.
20:07Le drame.
20:07Ils sont hyper chauds.
20:07Ils sont hyper chauds.
20:07Ils sont hyper chauds.
20:07Ils sont hyper chauds.
20:07– Sous-titrage FR 2021
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