- il y a 46 minutes
Chères lectrices, chers lecteurs,
Jeudi 1er octobre, nous avons eu le plaisir d'accueillir le lancement des Fils du kapokier, premier roman de Jean-Philippe Louis paru aux éditions Gallimard.
🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième : Anicet et Calixte ont grandi ensemble dans une petite vallée de la Guadeloupe. L’un écoute, observe, recueille les secrets du quartier ; l’autre n’a cure des histoires, chante, provoque et attire les regards. Anicet est un « mako », celui qui aime s’occuper des affaires d’autrui ; autour de lui, les « taties » commentent, protègent et transmettent la mémoire du pays. Sur leur rocher, sous l’ombre du kapokier — un arbre également appelé fromager aux Antilles, auquel on prête des pouvoirs maléfiques —, les deux garçons se jurent sans le dire une fidélité absolue.
Mais les fils héritent aussi de ce que les pères ont caché. À mesure qu’Anicet découvre son passé familial, son amitié avec Calixte prend une dimension nouvelle, comme si leurs vies rejouaient une histoire commencée avant eux.
Porté par une langue ample, drôle et musicale traversée de mots créoles qui lui donnent sa chair et son rythme, Les fils du kapokier fait vibrer une Guadeloupe intime, moderne et puissamment romanesque.
Jeudi 1er octobre, nous avons eu le plaisir d'accueillir le lancement des Fils du kapokier, premier roman de Jean-Philippe Louis paru aux éditions Gallimard.
🎙️ Discussion animée par Léo Fourrier.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
La Quatrième : Anicet et Calixte ont grandi ensemble dans une petite vallée de la Guadeloupe. L’un écoute, observe, recueille les secrets du quartier ; l’autre n’a cure des histoires, chante, provoque et attire les regards. Anicet est un « mako », celui qui aime s’occuper des affaires d’autrui ; autour de lui, les « taties » commentent, protègent et transmettent la mémoire du pays. Sur leur rocher, sous l’ombre du kapokier — un arbre également appelé fromager aux Antilles, auquel on prête des pouvoirs maléfiques —, les deux garçons se jurent sans le dire une fidélité absolue.
Mais les fils héritent aussi de ce que les pères ont caché. À mesure qu’Anicet découvre son passé familial, son amitié avec Calixte prend une dimension nouvelle, comme si leurs vies rejouaient une histoire commencée avant eux.
Porté par une langue ample, drôle et musicale traversée de mots créoles qui lui donnent sa chair et son rythme, Les fils du kapokier fait vibrer une Guadeloupe intime, moderne et puissamment romanesque.
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00:02Et bonsoir à toutes, bonsoir à tous, bonsoir Jean-Philippe Louis, merci beaucoup d'avoir
00:07accepté notre invitation pour venir présenter ce soir votre premier roman, Les Fils du Capoquier,
00:12qui est paru aux éditions Gallimard, c'est rentré. Un roman où on suit un enfant, plutôt un jeune
00:17adolescent, Annie Sette, et son évolution au tournant du millénaire entre 99 et 2000, et
00:23notamment après son amitié avec un autre garçon du même quartier, Calixte, qui est dans une vallée
00:29rurale de Guadeloupe, à l'ombre d'un arbre qui donne son titre au livre, le Capoquier.
00:33C'est-à-dire fromager ou arroi soucougnant, mais ce sera ma première question, pourquoi
00:39c'est-à-dire très intriguant quand on ne connaît pas le Capoquier, et on se demande de quoi sont
00:43-ils
00:43les fils finalement ? Pourquoi les fils du Capoquier ? Parce que l'arbre est un peu la pièce maîtresse,
00:55et d'ailleurs le livre vient et partie de là, le lieu existe réellement, et d'ailleurs
01:02c'est ce lieu qui m'a, j'ai construit l'histoire autour de ce lieu et donc de cet
01:06arbre. C'est
01:07un arbre en fait, ce qui m'a toujours intéressé, c'est qu'en Guadeloupe il est considéré comme
01:12maudit, et en me renseignant je me suis rendu compte que si on va au Mexique, quand on va au
01:16Mexique, c'est un arbre qui est sacré. Et je me suis un peu posé cette question de
01:20pourquoi, même si au final je n'étais pas trop cette question dans le texte, mais je
01:27me suis posé la question de cette raison pourquoi cet arbre était considéré comme
01:30maudit, et surtout quand on est jeune, comment on vit avec ce poids qui pèse autour, au-dessus
01:39de la tête qui est la malédiction. Et c'est à partir de cela que j'ai créé l'histoire,
01:45et donc forcément des fils du capotier, parce que c'est les fils d'une certaine malédiction
01:50qui pourrait peser autour d'eux.
01:54Une malédiction qui est notamment incarnée par les tatis, qui y croient beaucoup, et qui
01:59font peser toutes sortes de croyances sur cette géographie dont vous parlez, parce que les
02:04deux enfants ont ce réfugié au rocher de la savane, mais il y a aussi la rivière, et
02:07on voit que chaque lieu a soit ses légendes, soit ses rumeurs. Vous écrivez un moment de mémoire
02:13que c'est quand la vallée se tait, c'est quand on parle de vous. Et je me demandais justement
02:20pourquoi avoir présenté justement cette société régie par les tatis, où les pertes sont
02:25finalement absents, et pourquoi Anisette et Calyx, si différents, évoluent dans ce milieu ?
02:34Parce que ça part encore du lieu, et du côté un peu circulaire des maisons, je trouvais ça
02:40intéressant, cette construction en cercle, et je me disais que forcément quand on parle,
02:47ça part, ça va d'un endroit à un autre, et donc cette circulation des sons m'a beaucoup
02:53intéressé. Et puis les tatis, clairement, je ne me suis pas vraiment foulé, puisque c'est
02:56un peu comme ça que ça fonctionne là-bas, et où ce sont les mères, en réalité, qui
03:03vont transmettre la tradition, qui vont transmettre les codes, la religion, et comment, en fait,
03:11quand on est deux, il y a un peu une recherche des pères, quand même, dans cette société-là,
03:17et en plus, c'est comment on grandit avec une absence des pères, et avec des tantes, qui
03:26ne sont pas forcément des tantes, d'ailleurs, ce sont des femmes de la vallée, en réalité,
03:30qui vont clairement décider de la mémoire, et qui vont faire la mémoire de cet endroit,
03:37et voilà, ça m'a énormément intéressé de comprendre comment tout ça pouvait évoluer,
03:41voilà, voilà, sur cette île, et sur cette vallée, dans cette famille.
03:46Et pour autant, Anicet et Calix, on voit, sont très différents, et ont évolué de manière
03:50encore plus différente, et je me demandais, pourquoi avoir, enfin, pourquoi être parti
03:54d'une amitié de ces pré-adolescents, et pas, justement, d'un personnage d'une tatie,
03:59et pourquoi, ou d'un oncle, d'ailleurs, absent, ils ne sont pas vus, il y a quelques interludes,
04:03quand même, qui ponctuent le livre, notamment sur l'oncle, l'oncle sur lequel on reviendra,
04:08qui est une façon de littérature, et je me demandais, dans l'écriture, comment sont
04:12nés ces deux personnages ? Est-ce que vous êtes aussi inspiré d'une amitié réelle ?
04:16Est-ce que c'est deux parties d'un double narratif que vous avez décidé d'opposer ?
04:24Alors, est-ce que je me suis inspiré d'une amitié réelle ? Pas du tout, j'avais beaucoup
04:27d'amis, moi, personnellement. Je me suis inspiré, au tout début, quand j'ai commencé
04:33l'écriture du texte, je voulais faire quelque chose de très biographique.
04:37D'ailleurs, les premières pages, je dirais, les 5-10 premières pages, il y a un peu
04:43de mois, et très rapidement, les personnages partent un peu, et c'est un peu ça, je trouve,
04:50c'est un peu la beauté de l'écriture, c'est qu'au bout d'un moment, le personnage
04:52se construit et m'échappe complètement, et nous échappe complètement, et cette amitié
04:59est venue naturellement, quand on a commencé à réfléchir à comment Anissé va évoluer,
05:07dans ce quartier, et cette question, est-ce que du coup, il a plein d'amitié dans ce
05:11quartier ? Finalement, j'ai voulu créer des moments et des réflexions guadeloupéennes
05:18à travers deux personnages. Donc, c'est la raison pour laquelle il fallait qu'il y en ait
05:21un, qui est le regard rivé vers ce qu'il appelle la France, ou l'Hexagone, ou la métropole,
05:28et l'autre, arriver vers la Caraïbe, parce que cette dualité est un peu, pour moi,
05:31une dualité qui est, qu'on peut observer en Guadeloupe. Et c'est celle-là que, et
05:36donc, en gros, ces deux personnages et cet amitié, c'est un symbole, en réalité,
05:41de deux facettes de la société guadeloupéenne. Très facile, au final, de faire ça, je ne me
05:47suis pas foulé, peut-être, mais en tout cas, c'était vraiment ce que je voulais faire
05:50pour pouvoir raconter l'île, en tout cas. Vous êtes très foulé, puisque la Guadeloupe,
05:56ça devient presque un personnage à part entière. On découvre à la fois, il y a l'épisode
06:00du carnaval, il y a aussi tous les rites, il y a tous les enterrements qui sont, que
06:04ce soit accidentel ou yes, on voit que c'est un événement très important aussi pour les
06:10traditions. Et je me demandais, il y a à la fois toutes ces traditions, tout ce que vous
06:14exposez, et en même temps, on sent le secret qui plane, et tous les tabous, et comment,
06:19enfin, à quel moment, justement, quand les personnages vous ont échappé, vous avez
06:22compris que c'était l'histoire des pères, finalement, absents, ou absents, ou en tout
06:26cas, là, mais sans être présents, qui allait devenir cruciale dans la fonction de l'intrigue ?
06:32Bien plus tard. Au début, je voulais faire du capoquier la pièce maîtresse, et en fait,
06:40elle devait symboliser, l'arbre devait symboliser un peu des mots, des contradictions,
06:50les accidents de la route, les maladies, etc., je voulais un peu tout mettre, peut-être
06:55un peu trop mettre sur cet arbre. Et il y a ce sujet, au final, de cette masculinité,
07:02qui, de la masculinité d'être homme en Guadeloupe, qui m'a toujours intéressé, je
07:08me suis toujours posé la question de pourquoi, quand je rentrais là-bas, j'avais tendance
07:12à un peu forcer la voix et un peu bombé le torse. Et cette question-là, elle m'est
07:18venue. Et puis, il y a eu un moment, un passage, pour le coup, réel dans ma vie, où on
07:22m'a
07:22posé cette question sur ces hommes dans les années 70-80. Et ça m'a énormément intéressé
07:32de comprendre, finalement, ces deux, j'ai voulu comprendre cette génération-là et comment,
07:37en fait, cette génération, elle est pesée sur ces deux amitiés. Et c'est d'abord,
07:41donc, en travaillant d'abord sur ces amitiés et ensuite en réfléchissant sur la masculinité,
07:46que ces deux pères sont, que les pères sont apparus.
07:50Les pères et un oncle, enfin, un des tonton, le fameux, qui devient un personnage assez
07:57central aussi, puisque c'est lui qui initie à la littérature et qui lui permet d'accéder
08:03une sorte de havre qui est le dernier refuge. Et justement, enfin, on voit qu'il y a toute
08:09une mémoire qui dépasse, enfin, quand je disais, Guadeloupe, c'est un personnage central,
08:12enfin, qui a des croyances, des blessures, des contradictions, mais c'est pas non plus
08:16une image folklorique. Enfin, vous prenez même le contre-pied avec de l'humour, parfois,
08:19en disant que, justement, si elle porte du madras, c'est qu'elles ne sont pas de Guadeloupe,
08:22puisqu'il n'y a que les gens de la métropole pour penser que le madras fait Guadeloupère.
08:28Et comment vous avez fait, justement, pour doser, finalement, entre cette histoire intime,
08:33le fait de vouloir englober, finalement, une certaine histoire de la Guadeloupe et de
08:37cette virilité ? Et comment s'est fait cet équilibrage dans l'écriture ?
08:41Avec beaucoup de temps, beaucoup d'écriture, de réécriture et de changement.
08:49Je voulais raconter l'histoire comme un entier raconterait cette histoire. Ça, c'était
08:52la première chose, donc, dans la langue. Et puis, dans l'histoire, je voulais qu'un
08:57Guadeloupéen ayant vécu, parce que ce sont deux histoires un peu différentes, l'histoire
09:01d'un Guadeloupéen originaire de la Guadeloupe est différente de l'histoire d'un Guadeloupéen
09:06originaire, enfin, qui vit, qui a vécu et grandi en Guadeloupe. Et je voulais matérialiser
09:10cela. Et je voulais qu'un Guadeloupéen de Guadeloupe, qui a grandi en Guadeloupe et né là-bas,
09:18puisse reconnaître, avoir les références et puisse avoir les... Ce sont des références
09:21qui sont courantes, en réalité, en Guadeloupe. De dire que le Madras, c'est quelque chose
09:27qui est... En réalité, on porte le Madras quand on n'est pas de Guadeloupe, parce qu'en
09:33fait, on cherche à s'attacher et à créer et à montrer cette identité. C'est une
09:37façon de s'identifier à l'île et de se dire, en fait, regardez, moi aussi, j'ai
09:43beaucoup... Voilà, je porte du Madras, j'ai une petite boucle d'oreille avec la Guadeloupe,
09:48ou voir le tatouage avec la carte de la Guadeloupe, le pendentif. Un Guadeloupéen
09:53n'a pas réellement... Qui est né là-bas, quand il est là-bas, n'a pas réellement
09:56besoin de cela. Et c'est tout. C'est quand on part, au final, qu'on montre, ou quand on
10:01n'y est pas, qu'on montre son attachement. Et donc, c'est ce que je voulais montrer.
10:05Et puis, l'humour, c'était aussi une façon de marquer la jeunesse et peut-être une certaine
10:11immaturité des personnages. Pour dire la vérité, il y avait beaucoup plus de blagues
10:19avant. Mais mon éditeur trouvait que j'avais trop de blagues. Et il avait raison, pour être
10:26honnête. Mais j'ai voulu un peu marquer cette immaturité. Et puis aussi, je voulais vraiment
10:33qu'on comprenne qu'il y ait une différence, même dans la manière de s'exprimer, de parler,
10:38de comprendre, d'appréhender le monde. C'est un livre qui raconte deux étés, donc
10:4699 et 2000. Et c'est une bascule complète entre les deux. C'est le passage de l'adolescence
10:52à l'adulte. Et donc, il fallait à chaque fois, les mots changent. Parfois, c'est plus
10:57ou moins subtil, mais la manière de s'exprimer change. L'usage des mots change. On ne va peut-être
11:02pas appeler les tatis les tatis. Après, il va se passer pas mal de choses. Il fallait qu'on
11:07comprenne cette bascule assez rapidement. On voit qu'elle passe d'un peu un groupe
11:11commun à finalement, on comprend les histoires de chacune et comment l'une va être un peu
11:15exclue par rapport notamment aux infidélités. Et une autre question que j'avais, c'était
11:21quand même, comment se fait le travail sur la langue créole, du coup. Parce que c'est
11:23vraiment, enfin, il y a toutes les notes sont de l'auteur, on le dit dès le départ,
11:26et les traductions. Il y a vraiment, à la fin, au fur et à mesure de la lecture, on
11:30finit par comprendre les insultes qui se mêlent dans la langue française. Certaines phrases
11:34sont complètement en créole. On peut essayer de deviner, mais c'est jamais exactement
11:38le sens parce que c'est une langue. Et donc, je me dirais comment s'est fait le travail
11:42dans l'écriture. J'ai la chance, alors ça, c'est ma plus grande chance, c'est que
11:45j'ai la chance et cette richesse d'être guadeloupé à moi-même. Donc, de pouvoir, de
11:49parler, pas exactement comme eux, mais d'avoir ces deux langues. Alors, spoiler, j'ai quand
11:54même utilisé à la fin un dictionnaire pour vérifier pour la langue parce que j'avais
11:58des doutes. Parce qu'en plus, même cette langue, il y a une manière de l'écrire et de
12:02l'a parlé, qui parfois est différente de celle qui est enseignée depuis peu de
12:07temps, au final. Le créole est enseigné depuis très peu de temps. Et donc, il y a, au
12:12final, la Guadeloupe, c'est quoi ? C'est une terre où on importe des gens d'une
12:15culture et ensuite, on importe des gens d'une autre culture. Et ensuite, on importe
12:19ou on impose, dirons certains, une certaine culture. Et on s'adapte à tout ça et on
12:24crée une nouvelle culture. C'est un peu ça. Voilà. Donc, c'est un métissage constant,
12:29plein de cultures différentes. Et tout ça va donner une langue, une manière et une
12:32façon de s'exprimer où je vais utiliser des mots créoles et français. Mais je ne
12:37sais pas si ce mot créole est réellement français. Quand je suis arrivé à Paris,
12:41il y a des mots qui sont... Le mot « drivé », par exemple, qui veut dire « dérivé ».
12:47Je pensais que ça, c'était français. C'est pas du tout français. Et donc, moi, j'étais
12:52capable de dire « j'ai « drivé » toute la soirée ». Et en fait, j'avais des gens
13:00qui me regardaient à raison et qui me regardaient et qui me disaient « mais qu'est-ce qu'ils
13:03racontent ? ». Et j'ai compris. Et il y a eu d'autres mots comme ça où j'ai
13:06compris
13:07plus tard que ces mots-là, en fait, n'étaient pas français. Et quand on vit là-bas, on a
13:13cette langue cadre. Le créole, on n'avait pas le droit, en tout cas, de parler créole à
13:18ses parents. D'ailleurs, il y a une polémique en ce moment en Guadeloupe, sachez-le, puisque
13:21le préfet de la Guadeloupe a refusé qu'on lui parle en créole. Et donc, c'était assez
13:30symptomatique de ce que je raconte dans le livre. Et moi, je n'ai pas le droit, et
13:35d'ailleurs, je ne le fais toujours pas, je crois. Sinon, je me prendrais une tape derrière
13:40la tête. Non, je crois que je ne parle toujours pas en créole à ma mère, alors que je parle
13:46en créole à mes amis. Et parce que la langue française était considérée comme
13:49la langue cadre structurelle, et le créole, c'était la langue des émotions. Donc, on
13:57vit là-dedans, et moi encore, c'est-à-dire que quand je suis très, très énervé, je
14:01vais penser parler créole. L'émotion, quand l'émotion va prendre le pas, je vais parler
14:07en créole. Quand je vais essayer d'être dans la maîtrise, je vais parler en français,
14:12je vais essayer de maîtriser ce français qu'on m'a enseigné. Et c'est ça, cette langue,
14:17ce métissage que j'ai essayé de garder. Et c'est le roman, et au final, et c'est
14:23pour ça que je suis très content d'avoir écrit, c'était le seul endroit où je pouvais
14:26parler ainsi. C'était le seul endroit où je pouvais écrire de cette façon. J'ai
14:29été journaliste avant, je peux vous dire que c'était impossible de le faire, évidemment,
14:32ce qui est normal, je comprends. Là, le roman, c'était le moment où je pouvais
14:37vraiment parler comme, en tout cas, utiliser une langue qui me plaît, une langue que j'ai
14:42envie de lire, et une langue que j'ai envie d'écrire. Et c'est pour ça que j'ai
14:44fait
14:45ça.
14:47On voit que les chapitres où, justement, Anissé est beaucoup plus dans la réflexion,
14:52c'est quasi exclusivement en français, mais à chaque fois qu'il y a une montée émotive,
14:58ou que ce soit le chapitre avec les filles à la rivière, ou même avant, quand il s'agit
15:02d'aller voir pour le bar, je ne vais pas débrouiller l'intrigue, mais où le créole arrive beaucoup
15:06plus vite dans la discussion. Et justement, toujours sur le créole, et sur la langue,
15:12on voit que c'est aussi, enfin, toute la culture passe par la musique, et c'est vraiment
15:16ce qui ponctue, et ce qui est très intéressant tout au long du roman, c'est de voir les différentes
15:20cultures créoles, et même une forme de hiérarchie qu'il pourrait y avoir entre une culture
15:24jamaïcaine, par exemple, qui arrive avec le Denso, le Sean Paul, et certaines expressions,
15:29et comment elle peut s'approprier, même se créoliser, encore plus en Guadeloupe, avec un créole
15:34francophone, et pourquoi parler justement de ces subtilités, c'est pour le dommage ?
15:40Parce que je trouve que c'est un sujet qui peut refléter, alors je ne suis pas très
15:44politique pour être honnête, mais je trouve que c'est un sujet qui, la musique reflète
15:48quand même parfois la considération qu'on peut avoir pour un territoire ultramarin.
15:54On le voit en ce moment, on parle beaucoup de musiques, on parle de, comment, afro, afro-caribéens,
16:01ou ce genre de musiques qui sont en réalité des musiques afro, voilà, qui sont clairement
16:05du zouk, voilà, je vous le dis.
16:07Ce sont des musiques qu'on a entendues pendant très longtemps, et d'ailleurs c'est quelque
16:11chose qui m'a toujours, qui m'a marqué aussi, plus tard, quand j'écoutais à la radio,
16:15et que je me rendais compte que ces musiques-là, je les avais déjà entendues ailleurs, chez
16:20moi, mais en fait elles avaient un nom complètement différent, qu'elles étaient matérialisées
16:25de manière différente, et que les personnes qui les portaient étaient, très bien, complètement
16:29différentes. Et c'était intéressant parce qu'on vit constamment avec cette musique,
16:36je pense que la Guadeloupe est une terre musicale, où la musique est partout, ça c'est quelque
16:42chose, alors je ne sais pas si c'est le cas, je suis malheureusement né là, donc j'ai
16:45parlé, c'est en premier roman, on parle beaucoup de ce qu'on connaît évidemment, parce qu'on
16:48s'accroche un peu à une certaine réalité, même dans la fiction, la musique est partout.
16:54Je ne sais pas si vous êtes déjà allé en Guadeloupe, mais elle est vraiment partout,
16:58dans les bons moments, dans les mauvais moments, dans les moments d'ennui, dans les moments
17:02de rien, il y a toujours de la musique. Et ce qui est intéressant avec cette musique-là,
17:07c'est qu'elle est reprise aussi partout, mais qu'elle est malheureusement rarement créditée.
17:14Alors je voulais un, pouvoir avoir la chance de parler d'un roman, dans une maison d'édition,
17:20un roman, et parler de cette musique-là, et d'avoir ces références-là. Je suis content,
17:24mais c'est parce qu'il y a des gens qui me parlent de Gilles Floreau maintenant, alors
17:27que je peux vous dire que personne ne connaissait Gilles Floreau à l'époque. Et je voulais vraiment
17:31un peu redonner à cette dimension musicale, qu'on puisse se réapproprier cette musique-là.
17:38Ça ne veut pas dire qu'on est contre le fait que cette musique s'exporte et qu'elle vive,
17:43et voilà, j'en suis plutôt ravi, mais c'était un peu une façon de retrouver cette culture,
17:51d'être fier de celle-ci et de se dire qu'elle vient de là-bas, parce que pendant très
17:56souvent,
17:56quand elle venait de là-bas, elle n'était pas acceptée, il fallait qu'elle aille ailleurs
17:59pour qu'elle soit acceptée. Je ne sais pas si j'ai répondu.
18:02Et qu'elle est acceptée, mais vous parlez quand même du cliché que ça vous colportait.
18:06Enfin, je me souviens, c'est au début.
18:08Car être antillé, c'est assumer la charge pesante du danseur de zouk qui approche et
18:12disparaît. Et donc, justement, cette idée du zouk qui est le collet serré,
18:18on voit qu'il est beaucoup plus riche que ça, beaucoup plus compliqué.
18:21C'était ça, c'est qu'au début du roman, on parle d'un...
18:26Voilà, le zouk, c'est quelque chose d'horrible.
18:29Moi, en tout cas, quand je suis arrivé, j'ai l'impression que le zouk, c'était quelque chose d
18:32'horrible.
18:33C'était Francky Vincent et...
18:35La musique dans la peau.
18:36La musique, voilà, les gens qui se collent et...
18:39Oh là là, c'est horrible.
18:40Et si on s'intéressait un peu à la musique et qu'on venait de là-bas,
18:43on comprend que la musique zouk est une musique...
18:46Et la musique, en tièze d'ailleurs, parce que le zouk, ça veut tout et rien dire.
18:50En même temps, c'est un style assez large.
18:54En fait, c'est une musique complexe.
18:58Parfois pas si complexe.
18:59Il y a eu aussi un peu de second degré.
19:00Parfois, j'en ai un peu à rajouter.
19:03Mais c'est une musique qui est riche et qui a été un peu méprisée.
19:09Et donc, je voulais un peu jouer avec ça en parlant du cliché
19:14et en même temps en prenant un artiste très guadeloupé, un très zouk,
19:17et vraiment essayer de le décrypter au maximum et d'en faire vraiment une vraie référence culturelle
19:24avec une vraie presque critique musicale de l'artiste et de sa musique et de son genre musicale.
19:30Vous lui en avez complètement ces lettres de noblesse.
19:32Oui, voilà.
19:33Et justement, on va vous parler d'un sujet quand même assez social
19:36et il y en a d'autres qui sont tout en filigrane du roman.
19:40Il y a notamment l'épisode sur la tumeur d'un enfant qui peut évoquer les problèmes sanitaires.
19:46Il peut y avoir la question du départ des jeunes et de qui reste dans la vallée.
19:51Il y a le rapport à la métropole.
19:55Et comment vous avez réussi à trouver l'équilibre entre justement raconter une histoire
19:58du point de vue de deux adolescents et leur passage à l'âge adulte
20:01et en même temps parler de réalité très contemporaine sur la Guadeloupe
20:06et ce qu'elle est aujourd'hui et ce qu'elle a été il y a 20 ans en tout
20:09cas
20:09et même ce qu'elle est aujourd'hui puisque l'épilogue dans les années 2010 peut être aujourd'hui.
20:12et voir comment vous êtes positionné vous en tant qu'auteur Guadeloupéen.
20:17De toute façon, je pense que presque pas très subtil.
20:21Au final, j'ai un peu essayé de distiller tout ça un peu partout.
20:25C'était subtil.
20:27Merci.
20:29De manière très subtile, j'ai essayé de mettre un peu tout ça dans le texte
20:35à travers différents personnages.
20:38En gros, tous ces mots ont une même conséquence, c'est-à-dire une certaine mort.
20:46Mort culturelle, mort physique, etc.
20:48Et c'est la raison pour laquelle la mort est constante dans ce roman
20:54et elle fait partie du quotidien.
20:57Et c'était aussi une façon d'évoquer toutes ces choses qui pèsent dans le quotidien de la Guadeloupe,
21:05ce qui m'a toujours marqué aux Antilles en général dans la Caraïbe,
21:09mais cette histoire pourrait être dans de nombreux territoires.
21:13Je parle de la Guadeloupe parce que j'y ai vécu.
21:17Mais cette résilience face aux catastrophes, aux catastrophes naturelles,
21:22à ces choses qui sont normales pour certains et qui sont difficiles d'accès chez nous,
21:30ou l'eau, ce genre de choses, je voulais vraiment l'insérer dans le quotidien
21:36et essayer de ne pas en faire des caisses et vraiment le mettre dans le quotidien
21:39parce que c'est exactement comme ça qu'il est vécu là-bas.
21:42C'est-à-dire qu'on fait le signe de croix avant de démarrer la voiture.
21:51On a des bidons d'eau dans le garage, mais c'est totalement naturel
21:54parce qu'une fois sur deux, il n'y aura pas d'eau.
21:57Les coupures d'électricité, ce n'est pas grave.
21:59De toutes les façons, on est équipé, on a des bougies qui prennent à droite à gauche.
22:04En fait, ça fait partie de ce quotidien-là.
22:07C'était presque naturel de le mettre en racontant l'histoire de la Guadeloupe.
22:13Les catastrophes naturelles ne sont pas des catastrophes naturelles
22:17malgré tous les dommages qu'ils peuvent causer.
22:20Les catastrophes naturelles sont aussi des moments de rassemblement.
22:23D'ailleurs, c'est un peu le cas dans le roman puisqu'on a l'impression
22:25que l'un des personnages attend qu'il y ait une catastrophe naturelle
22:30pour pouvoir se rassembler, pour pouvoir retrouver son ami.
22:34Comme la mère attend presque qu'un jeune se prenne un pylône en voiture
22:39pour pouvoir avoir l'enterrement qui rassemble.
22:42Les veillées et les enterrements sont des moments de rassemblement.
22:45Et donc, tous ces moments qui sont censés, qui éloignent, qui évoquent l'absence
22:49sont en réalité pour ces personnages-là des moments où on va pouvoir se retrouver
22:55et discuter et passer du temps.
22:58Et justement, ces moments entre le début et la fin du roman,
23:01la perception évolue beaucoup et notamment à travers les funérailles.
23:05Et on a l'impression que le personnage se demande justement
23:08est-ce qu'on échappe à ses racines ou pas ?
23:11Et on passe d'un moment très conflictuel, finalement, à une forme de réconciliation
23:22et par la question assez vertifineuse, est-ce qu'on échappe vraiment à ses racines des pères ?
23:29Et est-ce qu'avec l'oncle qui lui donne accès à la littérature,
23:32il a beau trouver un père spirituel, il finit par revenir sans qu'il y ait de mots forcément ?
23:40Mais la relation au père revient très fortement.
23:45C'est un texte sur l'émancipation et comment, sur le professeur qui est Ernest
23:56et sur pourquoi il est installé et sa place, son positionnement dans le texte.
24:01Il y a une phrase qui me vient souvent, ce sera une seule citation durant cette œuvre,
24:08qui est de Baldwin et qui dit
24:10« Vous pensez que vos douleurs sont sans précédent dans l'histoire de ce monde, puis vous lisez. »
24:20Et je trouve que c'est intéressant parce qu'il y a un rapport à l'isolement
24:26et en gros c'est comment, quand on est dans un territoire isolé, on cherche à…
24:31on ouvre son monde, on s'ouvre au monde.
24:33Donc il va y avoir deux façons de le faire.
24:35Via la musique pour l'un, via la littérature pour l'autre.
24:42Et le problème au final, c'est qu'il y en a un qui n'a pas de repères,
24:45qui n'a pas ce canal qui lui permet justement de s'ouvrir.
24:50Et c'est exactement ça l'éducation au final et c'est ce qui est intéressant,
24:54c'est que vous allez avoir une…
24:57et vous avez plein de livres ici.
24:59Donc je suis un adolescent et j'ai accès à cette quantité d'histoires
25:07et de mots et de regrets et de chaos qui vont permettre de me sentir moi seul.
25:15Encore faut-il qu'il y ait un vecteur, quelqu'un qui me tente ses livres.
25:19Dans le cas d'Amissé, effectivement, il y a quelqu'un qui va adresser cela.
25:24Et dans le cas de Calyxte, ça ne va pas forcément être le cas.
25:27Et d'ailleurs, ça va effectivement peser sur la suite du texte.
25:32Est-ce qu'il est plus facile de pleurer en lisant ou en chantant, je crois ?
25:35Alors, est-ce qu'il est plus facile de pleurer ?
25:38Je n'ai pas encore la réponse.
25:39J'ai fait un Céline Dillon hier.
25:45Et ma dernière question, vu que c'est votre premier roman,
25:49et après avoir passé plusieurs années avec Amissé et Calyxte,
25:54avec la communauté du village, de la vallée…
26:01Qu'est-ce que vous apportez déjà cette première expérience de romancier ?
26:04Et surtout, est-ce que vous souhaitez continuer dans cette veine de littérature
26:10qui remet à l'honneur la culture créole ?
26:13Ou est-ce que vous voulez, à l'inverse, faire le roman d'Amissé en métropole ?
26:17Et les rapports finalement, pour en tenir une fois dans l'hexagone ?
26:24Ou tout autre chose.
26:26Est-ce que je vais continuer à être publié ? Je n'en sais rien.
26:29Je vais continuer à écrire, ça c'est sûr.
26:31Parce que je pense que la vocation première…
26:35Je crois que dans le texte, c'est Ernest qui dit
26:37qu'il y a bien plus de textes dans ce monde que de livres.
26:41La vocation première est d'écrire.
26:43Voilà. Je ne m'attendais pas à être publié.
26:45Je suis content de l'être. Merci.
26:47Mais je vais continuer à écrire parce que je l'ai toujours fait.
26:51Le plus difficile, c'est de trouver du temps.
26:52Ça, c'est un autre sujet.
26:54Mais effectivement, je vais continuer à le faire sans trop y réfléchir.
26:59Alors, en réalité, je travaille déjà sur quelque chose que j'ai en tête,
27:04que j'ai toujours voulu faire.
27:05Mais oui, je pense que je continuerai à…
27:08Au moins, allez, quelques années encore,
27:10je continuerai à écrire sur la Bois de Loupe
27:13ou sur la Martinique ou sur la Guyane
27:15ou sur les Antilles parce qu'il y a de la place,
27:19parce qu'il y a encore tellement de choses à raconter,
27:22parce que c'est un territoire,
27:26c'est une zone qui a tellement d'histoires,
27:32tellement de choses qu'on ne sait pas,
27:35dont on ne parle pas assez, que je vais continuer à le faire.
27:37Alors si, en revanche, demain, j'ai une idée fulgurante au sujet de l'Italie,
27:43je peux vous promettre que je vais le faire.
27:47Mais c'est ce que je connais et puis c'est là où je me sens bien
27:50et c'est là où je me sens créatif.
27:51C'est-à-dire, c'est sur ces territoires-là que, quel que soit le sujet,
27:58il y a quelque chose qui, voilà, il se passe quelque chose, en tout cas,
28:02quand j'écris et donc, peut-être par facilité,
28:07j'ai créatif, je vais continuer à le faire, je pense,
28:10parce que j'ai déjà pas mal d'idées en tête pour continuer.
28:15Et que, justement, parce qu'il y a le plus de valeur finalement aux yeux d'Anissé,
28:18c'est le manuscrit d'Ernest qui a mis tous les livres.
28:22Exactement, c'était ça.
28:23L'idée de cela, c'est exactement ça, c'est que le plus important, c'est l'écriture.
28:29Et au final, le texte qui a le plus de poids dans toute cette bibliothèque,
28:38tous ces textes, ces livres publiés, voilà,
28:41il y a un texte qui va compter pour lui, c'est celui qui ne sera pas publié,
28:46et qui est celui qui va lui permettre vraiment de comprendre,
28:50voire de s'émanciper, puisqu'il y a un avant et il y a un après ce texte.
28:56Pour savoir ce qu'ils ont appris, il faudra lire ce livre.
28:59Merci.
28:59J'ai essayé de ne pas se polier ça.
29:00C'est moi non plus, mais merci beaucoup Jean-Philippe.
29:03Merci.
29:08Est-ce que vous auriez des questions à poser à l'auteur ?
29:13La première étant toujours la plus difficile.
29:21Alors les autres, si vous voulez, on peut y passer la soirée.
29:25Allez-y.
29:25Et vous pensez qu'un Antillais peut se retrouver dans ces jeunes,
29:30un Antillais qui a vécu en métropole et qui est né en métropole ?
29:34Oui.
29:35Et je pense même qu'un non-Antillais qui a vécu dans la Creuse pourrait s'y retrouver.
29:50C'est une histoire d'isolement et d'émancipation.
29:53Ce n'est pas tant une histoire de Guadeloupe.
29:58C'est un roman sur le passage de l'adolescence à l'âge adulte.
30:03C'est un roman sur l'émancipation, sur la masculinité, sur le rôle des pères et sur la transmission.
30:09Et ce sont des sujets qui transcendent tous les territoires.
30:15En revanche, il apprendra beaucoup de choses sur la culture antillaise, j'espère.
30:19Mais oui, c'est un roman et c'est ce qui me touche d'ailleurs énormément en ce moment.
30:26Parce que je découvre la rentrée littéraire, ce que je suis en train de faire.
30:30Ce qui m'impressionne, en tout cas ce qui me touche, ce sont les retours.
30:36Donc les messages qu'on reçoit.
30:38On reçoit beaucoup de messages puisque je n'aurais jamais pensé avoir autant de messages.
30:44Et ce ne sont pas forcément des messages de Guadeloupéens ou d'Antillais.
30:49Eux, ils n'envoient pas de messages.
30:53Ils font un clin d'œil et ils disent « c'est bien ».
30:57Mais ce sont des messages de personnes qui m'indiquent que l'histoire a touché.
31:06Beaucoup de personnes m'ont dit « je suis parti une fois en Guadeloupe aussi ».
31:09Du coup, je me suis retrouvé.
31:10Mais aussi beaucoup de personnes qui me disent « cette histoire-là, elle me touche alors que pas du tout
31:14».
31:14Moi, je ne suis pas du tout de Guadeloupe.
31:19Je n'y suis même jamais allé.
31:20Ça m'a donné envie d'y aller d'ailleurs.
31:22Mais ce sont des histoires qu'on retrouve partout d'ailleurs, c'est sûr.
31:27En tout cas, les nuits isolés.
31:28Peut-être que c'est moins le cas à Paris, mais je ne sais pas, je ne suis pas parisien.
31:33Le poids des conventions, des croyances, c'est assez universel quand même.
31:37Je suis d'accord.
31:40Tu disais vouloir continuer à écrire, mais encore, peu plus est-il trouver le temps.
31:45Je connais un peu ton emploi du temps.
31:47Ça a été quoi le processus pendant ces années ?
31:49Combien de temps ça t'a pris ?
31:50Quand est-ce que tu écrivais ?
31:51Il y a des gens qui se mettent devant une page blanche et qui ne savent pas quoi écrire.
31:54Il y en a qui écrivent parce que c'est des rushs d'inspiration.
31:58Comment ça a fonctionné ?
32:02Il y a eu plusieurs phases.
32:03La première phase, c'est en fait, comme je disais, j'ai toujours écrit.
32:08Je ne sais pas quand j'ai commencé à écrire.
32:10Je ne pourrais pas, mais j'étais peut-être jeune.
32:12Ce qui est bien, c'est que quand on publie en premier moment, on n'écrit pas en se disant
32:17que je vais être forcément publié.
32:19Donc, on n'a pas de pression.
32:21Donc, on écrit, on se dit une page en plus là et puis une autre page dans trois mois.
32:25Et peut-être que ce texte, j'aurais pu l'écrire en deux ans.
32:27Ça m'a pris à peu près 6-7 ans quand même pour l'écrire parce que j'écrivais pour
32:35écrire.
32:37En revanche, il y a eu un moment où on veut finir.
32:40Et c'est là où ça devient un peu plus tendu.
32:43Et pour un primo romancier, je trouve que c'est encore plus tendu parce qu'on a ce syndrome terrible,
32:51pas de l'imposteur.
32:52Aussi, ça peut être de l'imposteur.
32:53C'est de se dire, je vais prendre du temps pour écrire, pour terminer un texte,
32:58alors qu'en réalité, je ne suis pas auteur et je ne suis pas romancier.
33:02Et donc, il faut imaginer, il y a eu intérieurement des moments très, très gênants pour moi
33:07où je disais à des proches, non, mais je vais travailler.
33:13Alors que j'allais écrire, parce qu'en fait, j'avais une crainte, c'est que quelqu'un me dise,
33:16mais il ne sait pas pour qui.
33:19Il va écrire.
33:20Il va écrire.
33:21Ça y est.
33:23Ca lui, il va écrire.
33:26Donc, du coup, c'était un peu dur.
33:29Donc, c'est quelque chose qu'on garde secret.
33:30Et c'est aussi ce que j'aime le plus dans l'écriture.
33:35Il y a beaucoup de sujets en ce moment là-dessus, mais c'est une finalité.
33:41Voilà, c'est incroyable d'ailleurs de pouvoir faire ça.
33:46Mais le plus intéressant de l'histoire, l'aventure la plus folle, c'est l'aventure d'écriture.
33:53Et oui, il y a des moments où le pire sur le temps, c'est qu'il y a des
33:56moments où on arrive à s'octroyer du temps
33:57et on se dit bon, allez, j'ai trois heures et je peux garantir une chose, c'est que ça
34:01n'arrive jamais.
34:02C'est-à-dire qu'au bout de trois heures, en fait, on a lu des trucs, on a écouté
34:06de la musique, on n'a rien écrit du tout.
34:07Et puis, parfois, en 15 minutes, il se passe quelque chose.
34:10Et c'est ça, voilà.
34:13Et ce fantasme de l'écrivain solitaire, moi, je ne l'ai pas eu parce que c'était tellement quelque
34:20chose où il fallait être un peu scolaire au final,
34:22être là, avoir des fesses bien solides, voilà, parce que je n'ai pas de chaises d'écrivain non plus,
34:28donc ça fait mal.
34:30Donc, rester, voilà, bien campé sur le fessier et rester concentré, c'était le plus, voilà, c'était un peu
34:39compliqué.
34:40En plus, si tu as écrit par Brib, comment tu as réussi à tenir ton pied et ne pas perdre
34:46?
34:48Je l'ai perdu. Je l'ai perdu plein de fois.
34:51Je l'ai perdu, j'ai essayé de le...
34:54La fin était plus simple.
34:56Au début, c'était un peu compliqué.
34:57J'ai changé le texte, il y a beaucoup de versions.
35:03L'histoire était là, mais parfois, les pères étaient plus présents, moins présents, l'arbre était plus présent.
35:09Il y avait un équilibre à trouver et que j'ai trouvé seulement à la fin, et que j'ai
35:16trouvé clairement à la fin presque par hasard.
35:19Et une fois, en revanche, que cette structure était construite et presque, elle me hantait.
35:23Et là, je pouvais partir pendant...
35:25Je pouvais ne pas y penser pendant deux mois, mais je savais très bien que j'allais revenir et je
35:29savais exactement où j'étais.
35:30Parce que vers la fin, tout est construit et puis il n'y a plus qu'à quoi.
35:34Ça va s'amener tout seul.
35:37Merci.
35:39Bonjour et moi, comment se porte la littérature en Guadeloupe ?
35:45Comment se porte la littérature en Guadeloupe ?
35:49Je pense qu'il y a beaucoup de textes et d'écrivains en Guadeloupe.
35:55Je pense qu'il y a moins de livres guadeloupéens qui sortent notamment dans les maisons d'édition.
36:04Il y en a, je précise.
36:07Il y a Estelle Sarabu, par exemple, qui publie d'ailleurs en ce moment, enfin, qui publie aussi pour la
36:13rentrée littéraire.
36:14Je crois qu'on a des grands noms.
36:17Ernest Pépin, qui est clairement une de mes grandes inspirations, notamment d'ailleurs des cités au début.
36:23Ernest, voilà.
36:26On a cette visibilité d'une nouvelle, cette nouvelle vague.
36:31Cette nouvelle vague d'écrivains existe, beaucoup de poètes.
36:37Je pense qu'elle a encore du mal à se parler à elle-même et à se découvrir elle-même.
36:43Vous voyez, moi, j'ai même du mal à citer des noms d'écrivains antillais jeunes,
36:50alors que je sais qu'ils existent.
36:51Je vois leurs textes, etc.
36:53Mais c'est parce que je pense qu'on a encore du mal à, même en Guadeloupe, même aux Antilles,
36:59à porter et à montrer cette littérature, cette nouvelle vague d'écrivains.
37:04Dès qu'on parle d'écrivains antillais guadeloupéens, on parle un peu des grandes figures,
37:08et très bien d'ailleurs, de la littérature.
37:11Sur cette jeune génération, en fait, le dynamisme est là,
37:14mais la visibilité, voilà, cette capacité à se parler entre auteurs
37:20et à créer quelque chose en mouvement, c'est quelque chose qu'il reste à créer, à mon avis.
37:25Je peux lancer le syndicat des auteurs.
37:42Alors, comment ça s'est passé ?
37:45J'ai cliqué sur le site internet de Gallimard, sur « Upload votre texte », un truc comme ça, je
37:53crois.
37:53Et c'est une aventure assez drôle.
37:56Ma femme est là, elle a suivi tout le processus.
38:00Ils envoient, j'ai envoyé le texte, et ils disent, vous aurez une réponse.
38:03En fait, il y a Sophie qui est là, et du coup, j'ai un peu peur.
38:07Mais j'ai envoyé le texte, et ils disent, en gros, vous aurez une réponse d'ici 3-4 mois.
38:15Voilà.
38:16Donc, 3-4 mois, j'ai eu aucune réponse, aucune nouvelle, du tout.
38:208 semaines.
38:21Oui, 8 semaines, voilà.
38:228 semaines.
38:23Donc, c'est 3 mois, à peu près, plus 4.
38:262 mois.
38:272 mois.
38:28Je suis nul en matin.
38:292 mois.
38:312 mois.
38:34C'est l'impression.
38:352 mois, et je n'ai pas eu une nouvelle du tout.
38:39Et je me suis dit, bon ben, c'est fini.
38:43Et je suis passé à complètement autre chose.
38:45Mais vraiment, je me suis dit, voilà, c'est fini.
38:49Je l'ai très bien vécu, selon moi-même.
38:52Selon d'autres, pas du tout.
38:56Et ensuite, j'ai reçu un appel, beaucoup plus tard, beaucoup plus tard,
39:03d'une dame qui, je vais citer son nom, mais pas son prénom,
39:07mais qui s'appelait, qui avait encore pour nom l'écrivain.
39:10Et je me suis dit, waouh, super le scam.
39:12Je pensais que c'était une blague téléphonique.
39:15Parce que je me suis dit, quelqu'un qui s'appelle l'écrivain
39:17et qui appelle pour dire votre texte est en ce moment en comité, etc.
39:23Je me suis dit, bon ben, ok, madame, je vais raffrocher.
39:27Au final, elle a cité le titre, qui est le même titre d'ailleurs.
39:32Merci, parce qu'ils ont gardé mon titre.
39:35Et là, je me suis dit, ah, ça devient sérieux.
39:37Et voilà.
39:38Et c'est ensuite, après, une fois que j'ai eu ce premier appel,
39:42là, je suis entré dans un tunnel qui m'a mené jusqu'ici.
39:47Mais c'est passionnant.
39:48Et on oublie une chose, c'est la raison pour laquelle il y a Gallimard ici en couverture.
39:57Il y a énormément de monde, il y a énormément de discussions,
40:00beaucoup de rencontres, d'allers-retours.
40:02J'ai un éditeur qui m'a dit, je vais te faire des petites suggestions.
40:07Et ensuite, je me suis retrouvé avec du texte, avec des croix, des trucs, c'était incroyable.
40:13Mais c'était le moment, c'était l'un des moments les plus fascinants pour moi à vivre.
40:18La relation avec l'éditeur, je suis complètement fan des gens qui travaillent là-bas.
40:28On peut les appeler parce qu'ils ont mis un superbe livre et on va applaudir aussi.
40:33Merci.
40:36Désormais, si vous voulez faire signer votre exemplaire, il y a une table qui est installée au milieu de la
40:39librairie.
40:40Merci.