00:09BISMART
00:10On parle beaucoup d'augmentation de salaire parce qu'on en veut chaque année et on les obtient pas forcément
00:18d'ailleurs chaque année.
00:19Pendant quelques temps, quasiment tout le monde arrivait à en obtenir de manière régulière
00:23et une étude nous apprend que pour vos prochaines demandes, vous risquez d'être déçus à moins d'avoir de
00:29sacrés arguments.
00:30On en parle avec Khalil Haït-Mouloud. Bonjour.
00:33Vous êtes directeur de l'activité enquête de rémunération chez WTW France, qu'on reçoit régulièrement dans cette émission.
00:40L'étude, là, donc, elle nous dit qu'on rentre dans une nouvelle ère.
00:45Désormais, les entreprises ne vont plus céder aux demandes automatiquement.
00:50Complètement. C'est une nouvelle ère par rapport aux quelques dernières années dans un contexte dans lequel on avait un
00:55niveau d'inflation très significatif
00:57qui a beaucoup poussé les budgets d'augmentation salariale vers le haut, reflet d'une inquiétude ou d'un accompagnement
01:05des entreprises pour le pouvoir d'achat des salariés.
01:06Il y avait aussi une inversion, on disait, du marché du travail où les salariés étaient un peu plus en
01:10position de force aussi. Et là, ça s'est inversé.
01:11Complètement. Inflation d'un côté, donc à un niveau assez haut, niveau de chômage à des niveaux assez bas, orienter
01:18effectivement les entreprises à investir davantage sur les augmentations salariales.
01:23Le contexte aujourd'hui, que ce soit sur les questions de chômage, que ce soit sur les questions de croissance,
01:28que ce soit sur les questions d'inflation,
01:31revient effectivement en France ou à l'international, revient à une norme qu'on avait observée sur la fin des
01:37années 2010.
01:38Et on retrouve concrètement cette tendance qu'on avait commencé à observer sur la fin des années 2010 à l
01:43'individualisation et à des budgets très limités.
01:46Là, on parle d'individualisation alors qu'on est censé, en France, créer une loi de transposition de la directive
01:52européenne sur la transparence salariale
01:54qui devrait donc uniformiser les salaires. Est-ce qu'il n'y a pas un petit paradoxe ?
02:00Les entreprises, est-ce qu'elles ne sont pas en train de profiter de leur dernier moment, entre guillemets, de
02:04non-transparence ?
02:07Alors, c'est effectivement tout le sujet de la transparence parce que cette loi sur la transparence des rémunérations
02:13oblige les entreprises à justifier les écarts de rémunération avec des facteurs objectifs.
02:20Et donc, ça pousse effectivement les entreprises à être beaucoup plus responsabilisées sur les décisions de différenciation
02:27sur les rémunérations de deux salariés qui occupent un emploi de valeur égale ou comparable.
02:32Et ça, c'est un point qui est essentiel dans la directive et dans le projet de transposition en France.
02:38Oui, c'est pour éviter en fait les augmentations discrétionnaires parce qu'on passe bien auprès du patron ou de
02:43la patronne.
02:44Ça, c'est ça que la transparence salariale doit empêcher à terme.
02:47Complètement. Donc, elle doit effectivement empêcher des augmentations qui ne sont pas le reflet d'un niveau de compétence,
02:53d'un niveau de maîtrise, d'un niveau de performance complètement et effectivement encourager des niveaux de rémunération homogènes
03:01à travail de valeur égale, à un niveau de compétence, à un niveau de maîtrise et à un niveau de
03:06performance comparable.
03:07En revenant sur les chiffres de l'étude, donc il y a deux chiffres, moi, qui m'ont un peu
03:11interpellé.
03:1217% des entreprises du panel, on parle bien d'un panel et pas de l'ensemble des entreprises, ce
03:16serait trop beau,
03:17trop compliqué à mettre en place. 17% des entreprises du panel ont une logique explicite d'indexation des augmentations
03:25sur l'inflation, d'une part, et l'augmentation salariale médiane en 2026, c'est 3% en 2026 et
03:33ce qu'on prévoit en 2027.
03:35Ces deux chiffres, par rapport à ce que vous avez observé avant, ils sont comment ?
03:40Est-ce qu'on est dans une phase de durcissement, de rétrécissement, de contraction ?
03:44Ou est-ce qu'on reste quand même dans une norme ?
03:46Donc, deux points de comparaison qui sont intéressants. Le premier point de comparaison, c'est les années de très forte
03:52inflation.
03:53Donc, effectivement, ces chiffres-là sont légèrement en baisse par rapport aux années 2022-2023,
03:58avec des niveaux d'inflation qui dépassent les 4-5% selon les différentes sources.
04:03Donc, on a un recul de 0,5 point en moyenne par rapport au budget d'ensemble qui était attribué
04:08à cette époque.
04:08C'est-à-dire que les entreprises, là, n'arrivent plus toutes à maintenir leur effort pour indexer les salaires
04:12sur l'inflation, c'est surtout ça ?
04:14Complètement. C'est évidemment le reflet d'un contexte économique plus difficile, des perspectives de croissance qui sont relativement stables,
04:21que ce soit pour l'année 2026 et 2027. Et donc, les entreprises, effectivement, vont s'orienter vers une maîtrise
04:28des coûts plus importante,
04:29même si l'investissement reste complètement. Même si l'investissement, avec des budgets d'augmentation de 3% qui restent
04:36supérieurs à l'inflation,
04:37que ce soit sur l'année 2026 ou 2027, reste un investissement important d'un point de vue financier.
04:41On ne met pas pour tout le monde, en fait. C'est là où se cache le point de détail
04:44important, c'est que ces 3%, tout le monde n'en bénéficie pas.
04:48Comment sont choisis, justement, les heureux élus ?
04:52Alors, il y a trois facteurs principaux qui sont utilisés par les entreprises pour la distribution de ces budgets.
04:58Parce qu'effectivement, quand on parle d'augmentation salariale, on s'arrête très souvent sur le chiffre,
05:01mais en réalité, le chiffre de 3% est peut-être l'enseignement le moins intéressant de l'enquête que
05:06nous avons conduite.
05:07Donc, le premier est effectivement la distribution selon le niveau de performance.
05:12Et donc ça, 97% des entreprises qui ont répondu à notre enquête attribuent des augmentations salariales selon le niveau
05:19de performance.
05:20C'est ce qu'elles déclarent.
05:21C'est ce qu'elles déclarent, bien évidemment.
05:22Mais c'est logique, c'est plus légitime.
05:24Complètement, c'est plus légitime, c'est pour garder les meilleurs, c'est pour continuer à attirer les meilleurs.
05:29Le deuxième chiffre qui est intéressant, et c'est en lien avec cette directive sur la transparence des rémunérations et
05:33sa future transposition en France,
05:3546% des entreprises profitent des augmentations salariales annuelles pour anticiper cette directive
05:42et rattraper ou corriger des écarts de rémunération, notamment entre les femmes et les hommes,
05:47qui ne sont pas justifiés avec des facteurs objectifs comme listés dans la directive.
05:51Il corrige les erreurs des années passées en anticipant cette transposition de la directive européenne.
05:57Complètement.
05:57C'est intéressant de le savoir.
05:59Merci beaucoup Khalil Haït Mouloud.
06:00Je vous le rappelle, directeur de l'activité Enquête de Rémunération WTW France.
06:05Merci beaucoup.
06:06On ne va pas parler de rémunération dans le prochain débat.
06:08On va parler des arrêts maladie.
06:10Ça coûte aussi à l'entreprise parce que derrière, il y a l'absentéisme.
06:13Ça coûte aussi énormément aux finances publiques.
06:16C'est pourquoi le gouvernement prévoit une nouvelle fois de resserrer la vis.
06:19On en parle dans quelques secondes.
06:21C'est pourquoi le gouvernement prévoit une nouvelle fois de rémunération.
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