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  • il y a 38 minutes
Antoine Foucher, président de Quintet et auteur de "Pour que nos enfants vivent mieux que nous", était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce mardi 15 septembre. Ils sont revenus sur la proposition d'Antoine Foucher de travailler plus longtemps pour avoir un meilleur niveau de vie à la retraite, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Antoine Fouché, bonjour.
00:01Bonjour.
00:01Président de Quintet, auteur de Pour que nos enfants vivent mieux que nous,
00:04aux éditions de l'aube qui est sorti début septembre.
00:07Et puis vous avez piloté aussi un rapport pour le Haut-Commissariat à la stratégie au plan.
00:11Vous préconisez de travailler davantage parce qu'en 2050, il y aura 2,2 actifs pour un retraité.
00:17Vous préconisez de travailler 3 à 4 ans de plus.
00:20En gros, vous visez les 70 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 23-24 ans.
00:26C'est une proposition qui est quand même assez explosive.
00:29dans cette campagne présidentielle qui s'ouvre.
00:31Quand on voit le mouvement qu'il y a eu contre la réforme Borne,
00:35comment vous faites accepter ça dans l'opinion ?
00:39En essayant de montrer que cette proposition-là, prise toute seule,
00:44elle est injuste, absurde, et donc elle n'a pas à alimenter le débat public.
00:52C'est la contrepartie à la vraie proposition du rapport,
00:57comme la vraie proposition du bouquin que vous avez présenté.
01:02Ce n'est pas de travailler plus longtemps.
01:04C'est soit dans le cas du bouquin d'essayer de créer les conditions pour que nos enfants vivent mieux
01:09que nous,
01:10soit dans le cas du rapport de travailler autrement,
01:13c'est-à-dire d'avoir davantage de droits pour changer d'emploi,
01:18d'avoir une meilleure éducation,
01:21de faire en sorte de redevenir l'une des populations les plus compétentes du monde,
01:25et de faire en sorte d'avoir l'une des meilleures écoles du monde.
01:29Si on veut faire ça, et c'est, je pense, assez consensuel ou assez majoritaire de faire ça,
01:36alors il faut qu'on travaille plus longtemps.
01:38Mais travailler plus longtemps, pour travailler plus longtemps,
01:41c'est masochiste, inutile et absurde.
01:43Donc ce n'est pas ça le sujet du rapport,
01:45ce n'est pas ça le sujet du bouquin.
01:47Le sujet, c'est vraiment que si on veut,
01:49il me semble-t-il, dans les ordres de grandeur,
01:51si on veut vivre mieux,
01:53il n'y a pas d'alternative à cause des ordres de grandeur
01:57pour vivre mieux que de financer cet effort d'investissement
02:02par un travail plus long,
02:04et également aussi par une limitation,
02:09un alignement du niveau de vie des retraités
02:12par rapport aux actifs sur le niveau européen.
02:14Donc ça veut dire qu'il faut sous-indexer les retraites,
02:18ou ça veut dire qu'il faut finir l'abattement fiscal ?
02:20Et pas seulement un an, en fait.
02:22Ce qu'on essaye de montrer, c'est qu'on a fait un choix collectif
02:27depuis une cinquantaine d'années,
02:28qui nous caractérise, en fait, et qui est démocratique,
02:31qui est notre idéal collectif,
02:32qui est de partir le plus tôt possible à la retraite,
02:35et d'avoir les retraites les plus élevées d'Europe.
02:37Et on a réussi.
02:38On a la durée la plus longue à la retraite d'Europe,
02:41la deuxième du monde,
02:41et on a le niveau de vie le plus élevé d'Europe.
02:44Et on a un déficit de 6,8 milliards attendu en 2030.
02:47Oui, et ça, à la limite, 6,8 milliards sur un an,
02:51si c'était qu'un an, c'est pas grave.
02:53C'est que, en fait, quand on prend du recul
02:56et qu'on prend les 50 dernières années,
02:58en fait, on a affecté 90% de nos impôts supplémentaires
03:02et de nos dépenses supplémentaires à cet idéal-là.
03:04On a augmenté nos dépenses publiques depuis 50 ans.
03:07Effectivement, nos dépenses, oui.
03:08Ça fait 11 points de PIB, en fait.
03:10Par rapport à 1975, la France de 2025,
03:13elle a augmenté ses dépenses publiques de 11 points de PIB,
03:16et elle a augmenté ses impôts de 8 points de PIB.
03:19Et où est-ce qu'est allé cet argent ?
03:21C'est ça la question.
03:22Il n'est pas allé à l'école,
03:23il n'est pas allé à l'éducation,
03:24pas à la formation,
03:25pas au transport,
03:25pas au logement,
03:26le sujet que vous faisiez juste avant,
03:29pas au service public en général.
03:30Il est allé à notre idéal,
03:32et c'est normal,
03:33puisqu'on a une démocratie,
03:34qui est de partir le plus tôt possible à la retraite
03:37et d'avoir le meilleur niveau de vie.
03:39Ça, c'est 90% de ses 11 points de PIB.
03:42Et donc, la question,
03:43c'est que ces ressources-là,
03:46ces impôts supplémentaires,
03:47ces dépenses supplémentaires
03:48qu'on a mis sur la retraite,
03:49on ne les a pas mis ailleurs.
03:51Et d'autres pays les ont mis ailleurs.
03:52Et c'est ça qui explique, me semble-t-il,
03:55le fait que,
03:56étude PISA de la semaine dernière,
03:58on est maintenant une école très moyenne,
04:01on est une des populations actives
04:04très moyennes en matière de compétences,
04:05on a été complètement désindustrialisés, etc.
04:07Et donc, il faut qu'on discute de ce choix-là.
04:10Et je pense que c'est pour ça,
04:11pour revenir à votre première question,
04:13pourquoi est-ce que ce n'est pas
04:14dans la campagne présidentielle ?
04:15Pourquoi c'est explosif ?
04:16Parce qu'en fait,
04:18tout le monde essaye d'aller à la facilité,
04:21ou pour l'instant,
04:23la grande majorité des candidats
04:24essayent d'aller à la facilité
04:25en disant qu'on peut mieux vivre sans effort.
04:27soit en faisant porter l'effort
04:29sur la population immigrée,
04:30soit en faisant porter l'effort
04:31sur les riches,
04:33soit sur les entreprises.
04:34Mais en fait, tout ça,
04:35dès qu'on regarde les ordres de grandeur,
04:36ça ne tient pas la route.
04:37On ne vivra pas mieux en France
04:39s'il n'y a pas un effort collectif historique.
04:41Donc, travailler plus et mieux ?
04:42Plus et mieux.
04:44Et oui, avoir un niveau de vie à la retraite
04:46qui ne soit pas le même
04:47que celui qu'on a quand on travaillait.
04:50On est un cas unique en Europe
04:53avec l'Espagne et l'Italie là-dessus.
04:56En Allemagne, en Danemark, en Suède,
04:59en Autriche, etc.
05:00Il y a les personnes à la retraite
05:02qui ont un niveau de vie
05:02équivalent à 80% de celui des actifs.
05:05Et ce n'est pas la barbarie,
05:06ça reste la civilisation.
05:08Et on vit très bien avec 80%,
05:09même si c'est une moyenne, évidemment.
05:11que les enfants ont déjà acheté son logement.
05:12Exactement, que les études des enfants sont payées, etc.
05:15Et donc, en fait, il y a un choix d'idéal à faire.
05:18J'espère que c'est cet arbitrage qu'il faut faire.
05:21Alors vous, dans votre lit,
05:22vous avancez des pistes
05:23pour que nos enfants vivent mieux.
05:25Vous mettez le paquet sur l'éducation.
05:27Or, on voit qu'aujourd'hui,
05:28le diplôme, ce n'est plus une garantie.
05:32Qu'est-ce qui peut garantir
05:34que nos enfants ne seront pas déclassés ?
05:37Que les diplômes vaillent quelque chose,
05:39non pas seulement sur le marché français,
05:40ce qui est toujours un peu le cas,
05:42mais sur le marché européen et mondial.
05:44Parce qu'en fait, ce qui s'est passé,
05:45il y a un paradoxe dans la situation actuelle
05:48qui est que les enfants des travailleurs d'aujourd'hui,
05:52il faut qu'il y ait une vingtaine d'années,
05:54aujourd'hui, qui rentrent sur le marché du travail,
05:57ils ne sont plus diplômés que leurs parents.
05:58Et pourtant, ils vivent moins bien.
06:00On n'a jamais été aussi diplômés en France.
06:02Il y a 53% d'une génération maintenant
06:04qui est diplômée de l'université.
06:06C'était une vingtaine de pourcents il y a 50 ans.
06:07Donc, ils ne sont plus diplômés.
06:09Quand on fait des tests sur les compétences
06:11et qu'on fait passer les mêmes tests,
06:12ça aussi, c'est PISA,
06:13à 20 ans, à 30 ans, à 40 ans, à 50 ans,
06:16ceux qui réussissent le mieux,
06:17qui ont les meilleures notes
06:18ou les meilleurs résultats au test,
06:19c'est ceux qui ont 30 ans.
06:21C'est-à-dire qu'ils ont un peu fait d'études,
06:24plus à tester ces études-là,
06:28ces compétences-là dans la vie active.
06:29Donc, le niveau de compétence
06:33de la population française,
06:34il augmente.
06:35Mais le travail ne paye pas.
06:36Il ne paye plus.
06:37Oui, et surtout, ils sont déclassés.
06:40Et comment ça se fait qu'ils se sont déclassés
06:42alors qu'ils sont plus compétents
06:43et plus diplômés ?
06:44C'est parce qu'ils ne sont pas dans le même monde.
06:45Ils sont dans une compétition internationale
06:47avec des Chinois, des Indiens, des Américains
06:51et d'autres pays en Europe et dans le monde.
06:53Mais il faut augmenter les salaires ?
06:53Non, ça, c'est une autre question.
06:55Il faut être plus compétitif ?
06:56Non, c'est une autre question aussi.
06:57Il faut être mieux formé.
06:58Mais être mieux formé,
06:59ce n'est pas seulement être mieux formé
07:01que ses parents.
07:02C'est toujours faire partie
07:04de l'élite éducative mondiale
07:06qui a changé.
07:07Parce que les Chinois,
07:08qui ne formaient pas d'ingénieurs
07:10il y a 50 ans,
07:11forment aujourd'hui 4 millions d'ingénieurs par an
07:12qui sont aussi compétents
07:14que les 4 millions d'ingénieurs
07:15qu'il y a en stock dans l'économie française.
07:18Et donc, ça veut dire investir à fond
07:19sur l'éducation
07:21pour rester à niveau,
07:22non pas seulement en tant que Français,
07:24parce que la compétition,
07:25elle n'est pas...
07:26Mais au niveau européen
07:27et au niveau mondial,
07:29et ça, on ne l'a pas fait.
07:30Et ça, encore une fois,
07:31c'est un choix.
07:32Qu'est-ce qui permet de dire
07:32que c'est un choix ?
07:33C'est simplement les comparaisons
07:35de dépenses de la France
07:37dans l'OCDE sur l'éducation.
07:39On n'en a pas tellement conscience,
07:40mais on dépense moins
07:42que la moyenne de l'OCDE
07:44pour éduquer nos enfants.
07:45Juste une question,
07:46il y a l'IA qui devrait détruire
07:48beaucoup d'emplois
07:49et augmenter la productivité.
07:51Est-ce que votre diagnostic,
07:52il n'est pas déjà obsolète ?
07:54Non, je ne pense pas,
07:55parce que je parle,
07:56j'ai des longues pages
07:57dans le bouquin sur l'IA
07:58pour dire qu'en fait,
07:58l'enjeu, c'est de faire en sorte
08:02que la productivité de l'IA
08:03que vous évoquez,
08:05elle reste en Europe
08:06et elle ne parte pas aux Etats-Unis.
08:08Parce que ce qui se passe aujourd'hui,
08:09on a tous nos smartphones,
08:12on utilise Internet,
08:13l'IA, maintenant de plus en plus,
08:15tous les jours, etc.
08:17Mais il y a déjà aujourd'hui
08:18300 milliards d'euros par an
08:21qui partent vers les Etats-Unis
08:23pour l'usage de tous les licences
08:25de l'écosystème numérique.
08:26Et Arthur Mench,
08:28le patron de Mistral,
08:29disait il y a quelques mois
08:31à l'Assemblée
08:31que dans trois ans,
08:33avec l'IA,
08:34ça peut passer à 1000 milliards.
08:36Et donc en fait,
08:37la question qui se pose,
08:38c'est que l'IA nous rend productifs.
08:40On va plus vite tous
08:41pour faire ce qu'on a à faire.
08:42Sauf qu'au lieu que cette productivité
08:44augmente nos salaires,
08:45parce qu'on va plus vite,
08:46donc on peut faire plus de choses
08:47dans le même temps de travail,
08:48ça part en licence aux Etats-Unis.
08:50Et donc c'est là
08:51que le point est fondamental,
08:54me semble-t-il,
08:55c'est qu'il faut qu'on ait
08:56notre écosystème numérique
08:57pour que la valeur supplémentaire
08:59qu'on crée avec l'IA,
09:00elle reste en Europe
09:01et elle aille dans nos salaires
09:02et pas dans la rémunération
09:04de la big tech américaine
09:05comme c'est le cas
09:06depuis plusieurs années.
09:07Merci Antoine Troutier
09:09d'avoir été avec nous ce matin.
09:10Président de Quintet,
09:11auteur de Pour que nos enfants
09:12vivent mieux que nous
09:13aux éditions de l'Aube
09:14qui est déjà en librairie.
09:16C'est une interview à retrouver
09:17en podcast et en replay
09:19sur l'application BFM Business.
09:21Merci Antoine Troutier.
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