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Mardi 15 septembre 2026, retrouvez Sylvain Joly-Hauffray (co-dirigeant, Recyclivre), Yann Auger (Directeur général, ANDES), Thierry Baron (Responsable, Epiceririe Solidaya) et Tanguy de la Villegeorges (Cofondateur, WeWard) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.
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00:01Générique
00:08Bonjour à toutes et à tous, bienvenue, c'est Smart Impact, l'émission des entreprises à impact positif.
00:13Voici le sommaire. Mon invité c'est Sylvain Jolie-Offray qui est co-dirigeant de Recyclivre.
00:18Près de 15 millions de livres remis en circulation depuis 2008.
00:21Tout comment éviter à la fois le gaspillage culturel et puis faciliter l'accès à la lecture.
00:26Dans notre débat on va découvrir les résultats du baromètre annuel des épiceries solidaires sur le quotidien.
00:32L'alimentation des travailleurs pauvres, avoir un emploi ne protège pas forcément de la faim.
00:39Et puis dans notre rubrique start-up je vous présenterai WeWard, c'est une appli française qui récompense la marche
00:45et qui compte déjà 30 millions d'utilisateurs dans le monde.
00:48Voilà pour les titres, c'est Smart Impact, tout de suite.
00:58L'invité de Smart Impact c'est Sylvain Jolie-Offray, bonjour.
01:02Bonjour.
01:02Bienvenue co-dirigeant de Recyclivre avec Marine Tremblin, entreprise qui est née en 2008.
01:08Avec quelle idée, comment elle est née, cette idée de donner une seconde vie au livre ?
01:12Elle est née dans la tête d'un homme déjà qui s'appelle David Lorrain, qui réfléchissait à comment justement
01:18limiter le gaspillage qu'il peut y avoir dans la filière du livre.
01:21Et notamment en se disant qu'il faut qu'on donne une seconde vie à un maximum de livres.
01:28Et donc le premier service, alors ça existait déjà, la livre d'occasion ça fait longtemps que ça existe.
01:33Et le premier service qui l'a amené, qui était nouveau, c'était de dire on va aller les chercher
01:36directement chez les particuliers, à domicile,
01:39pour leur faciliter vraiment le fait de donner une seconde vie à ses lieux.
01:43Et c'est ça qui a été le lancement de Recyclivre en 2008, c'est la collecte à domicile, donc
01:47à Paris dans un premier temps,
01:49et après la revente sur Internet.
01:50Donc nous, c'est un petit peu ça la spécificité qu'on a, c'est de vendre uniquement en ligne.
01:55D'accord. C'est quoi le modèle économique de Recyclivre ?
01:57Aujourd'hui, il y a deux manières de collecter les livres.
02:01Donc soit on propose ce service gratuit, mais qui a un coût effectivement pour nous,
02:05soit on rachète des livres d'occasion, donc ça c'est un risque qu'on a lancé en 2020.
02:09Donc on va proposer aux particuliers directement de scanner son livre, le code barre, et on va lui proposer un
02:15prix.
02:16Il va mettre ensuite l'ensemble de ses livres dans un colis, nous l'expédier, et on va le rémunérer
02:21à l'arrivée des livres.
02:23Et après nous, on revend ses livres en ligne sur notre site Internet et sur des marketplaces.
02:28Et donc le modèle économique aujourd'hui, c'est un modèle d'achat-revente.
02:30D'accord. Qui vous confie vos livres ? Est-ce que c'est principalement les particuliers ?
02:35Est-ce qu'il y a aussi des entreprises, des bibliothèques, des collectivités par exemple ?
02:39Alors nous, on collecte nos livres partout, donc la majorité de nos clients, c'est des particuliers.
02:44Mais on travaille aussi avec des médiathèques, des bibliothèques, dans les communes, qui organisent ce qu'on appelle un désherbage.
02:52Et en fait, chaque année, ils vont se séparer d'une partie de leurs livres.
02:56Oui, parce que les murs ne sont pas extensibles, il faut faire de la place.
02:58Il y a aujourd'hui 70 000 nouveautés chaque année en France de livres.
03:02Donc il faut faire de la place, et nous on va venir collecter ces livres-là et leur donner une
03:05seconde vie.
03:06On travaille aussi beaucoup avec des ressourceries et des associations, parce que c'est aussi ça l'économie de la
03:11seconde main, c'est aussi la solidarité.
03:13Et donc on va travailler avec ces associations qui vont elles-mêmes collecter des livres auprès de particuliers.
03:19Elles vont nous les envoyer, on va les rémunérer une fois qu'on aura vendu le livre.
03:22Je disais dans l'éthique que vous avez remis près de 15 millions de livres en circulation depuis la création
03:28de Recyclivres.
03:30Les succès sont les mêmes que les succès des livres neufs, c'est-à-dire que ceux qui se vendent
03:36le mieux ou qui se récupèrent le mieux, c'est ceux-là.
03:38Globalement c'est ça, avec un petit décalage bien entendu dans le temps, alors de moins en moins, parce que
03:44justement les modèles économiques changent et la façon de consommer change.
03:47Donc on vend de plus en plus rapidement les produits qu'on a achetés, donc on récupère nous aussi des
03:51nouveautés assez vite.
03:53Mais là où on va être bon, c'est sur le roman, la littérature.
03:55Là où on sera un petit peu moins bon, c'est sur le manga, sur la BD, où là il
03:59y a plus l'effet collection.
04:00Donc on remet moins, on donne moins une seconde vie facilement à sa BD ou à son manga.
04:07Comment vous êtes perçu par le monde de l'édition ? Des empêcheurs de tourner en rond, des poils à
04:12gratter, des partenaires ?
04:14Alors, on a été pendant longtemps effectivement ce petit poil à gratter, ce marché qui échappait aux éditeurs.
04:21Aujourd'hui nous on a une vision de coopération avec l'ensemble de la filière et on se dit il
04:25faut qu'on propose des solutions ensemble.
04:27L'enjeu c'est la lecture, on voit qu'il y a un vrai enjeu de baisse de la lecture
04:30aujourd'hui en France.
04:32Et donc nous notre discours, et on le met en place aussi dans les faits, je pourrais vous expliquer un
04:37petit peu après comment,
04:38on veut proposer des solutions aux éditeurs mais aussi aux libraires pour pouvoir justement proposer de la seconde main
04:44beaucoup plus facilement aux lecteurs et dans le même temps pouvoir créer des modèles économiques favorables à l'ensemble de
04:53la filière.
04:53Alors justement, allons-y, c'est quoi ces solutions ? Quelles sont ces solutions ?
04:56Aujourd'hui la solution qu'on propose par exemple pour les libraires, c'est de venir les aider à créer
05:01du trafic et de la récurrence dans leur magasin.
05:03En leur offrant une solution, une solution qui leur permet de fixer des prix de reprise sur le livre, le
05:10livre neuf.
05:11Donc le client achète son livre neuf et il peut revenir très facilement en magasin pour revendre son livre.
05:16Il sait déjà quand il l'achète à combien il va pouvoir le revendre ?
05:18Il pourrait savoir effectivement à combien il va pouvoir le racheter.
05:22Et derrière, on lui donne un bon d'achat pour pouvoir réacheter dans la librairie, ce qui permettrait de créer
05:26une récurrence beaucoup plus rapide.
05:29Et ensuite, nous on va gérer toute la logistique arrière, c'est-à-dire on va venir chercher les livres
05:32et les remettre en vente.
05:34Donc ça permet très vite à redonner aussi du pouvoir d'achat aux lecteurs dans un moment aussi où le
05:38pouvoir d'achat est contraint.
05:39Mais c'est vrai que le modèle des maisons d'édition, quand on voit le nombre de livres qui sont
05:43envoyés au pilon chaque année,
05:45c'est sans doute ce qui a motivé la création de Recyclivres, évidemment.
05:49Ce modèle, est-ce qu'il est vraiment en train d'évoluer, de tenir compte justement de ce gâchis ?
05:53Je pense que oui, aujourd'hui les éditeurs y réfléchissent.
05:56C'est vrai qu'en France, c'est 500 millions de livres à peu près qui sont imprimés.
05:59Alors pas forcément qu'en France justement, il y a aussi ça ce sujet, mais en tout cas pour le
06:02marché français.
06:02Et c'est presque 120 millions qui sont jetés chaque année qui n'ont pas encore été...
06:06Donc effectivement, la filière doit réfléchir aussi à son impact.
06:10On le voit, il y a des impacts de...
06:12Il faut du papier, pour faire du papier, il faut de l'eau.
06:16Et donc forcément, c'est un impact qui est important.
06:17Et donc elle réfléchit aussi à réduire les nouveautés qui doivent sortir chaque année.
06:23En fait, on est sur un marché de l'offre, on essaie de publier, publier, publier, toujours plus.
06:27Il faut que la filière réfléchisse à ce modèle de surproduction.
06:31Et plutôt, elle est dans un modèle de production réfléchie avec une seconde main.
06:36Mais avec quelles solutions là aussi ?
06:38En fait, on l'a vu, il y a des libraires qui ont fait la grève des nouveautés par exemple.
06:41C'est-à-dire qu'un office sur deux, ils ne prenaient pas les livres.
06:44Et ils n'ont pas du tout eu d'impact sur leur chiffre d'affaires.
06:49Le client qui vient en librairie, en fait, il veut du conseil.
06:51Alors il y a des livres qui veulent absolument les nouveautés qui sont très attendues.
06:54Mais sinon, ce qu'il attend, c'est du conseil de son libraire.
06:56Le coup de cœur du libraire.
06:58Et d'être orienté vers le bon livre.
07:00Et donc en fait, il faut cette réflexion-là aujourd'hui, effectivement, pour réduire ce gaspillage.
07:04On l'a dit, près de 15 millions de livres mis en circulation.
07:08Mais il y a encore un gisement inexploité en quelque sorte ?
07:11Chaque année, c'est 380 millions de livres qui sont vendus.
07:14C'est vertigineux.
07:15Et donc il y en a encore plein dans les bibliothèques.
07:17Nous, on le voit.
07:17Alors malheureusement, on va récupérer des fois les livres sur les périodes d'essai.
07:20Mais aussi des déménagements.
07:22Et il y a toujours, effectivement, énormément de livres dans les bibliothèques des Français.
07:25Alors il y a cette dimension-là, effectivement, donner une seconde vie aux livres, éviter le gaspillage.
07:30Et puis il y a une dimension sociale, solidaire dans le modèle de Recyclivre.
07:36Vous reversez de l'argent à des associations, c'est ça ?
07:39Exactement.
07:39En fait, quand Recyclivre a été créé, l'idée, c'était aussi d'avoir un impact social et environnemental.
07:45L'impact environnemental, c'est de la seconde main.
07:47Donc effectivement, on le comprend tout de suite.
07:49Mais on reverse aussi, aujourd'hui, 1% de notre chiffre d'affaires à des associations qui luttent contre le
07:54réchauffement climatique.
07:55Donc ça, c'est quelque chose qui est important pour nous.
07:57C'est vraiment de s'engager aussi dans l'accompagnement d'associations sur ce sujet.
08:01Lesquelles, par exemple ?
08:02Aujourd'hui, on en a plusieurs.
08:04On accompagne une association qui s'appelle Nature Evolution,
08:10qui travaille notamment à Madagascar sur vraiment les terres rares
08:19et d'accompagner les populations locales pour justement essayer de ne pas les détruire
08:23et de ne pas donner ces terres pour être détruites.
08:25On a des associations plus proches de nous, les Petites Cantines en France.
08:30Alors là, c'est plutôt solidaire.
08:31C'est-à-dire qu'on va faire des repas gratuits pour des personnes qui vivent et qui sont plutôt
08:37démunies.
08:38Donc voilà, on essaie de se positionner sur différents sujets.
08:40Il y a combien de références disponibles sur Recyclivre aujourd'hui ?
08:43800 000.
08:44800 000 ?
08:44800 000 et 1,3 million de livres en stock.
08:49On est une des plus grandes bibliothèques de France
08:50parce que la différence du livre d'occasion par rapport au livre neuf,
08:53c'est qu'on a beaucoup de fonds de catalogue.
08:54On vend énormément de livres qu'on n'a peut-être qu'une seule fois,
08:57qu'on ne va vendre qu'une fois dans l'année.
08:58Mais effectivement, on est obligé, parce qu'il y a cette demande-là,
09:01d'avoir des livres qui sont plus imprimés, plus disponibles en neuf.
09:04Et puis pour conclure, si vous vous projetez dans l'avenir,
09:07le modèle est encore susceptible d'évoluer ?
09:10Alors nous, notre enjeu, comme tous les acteurs de la seconde main,
09:13c'est de pouvoir sourcer un maximum de livres.
09:17Donc nous, ça, c'est notre enjeu, c'est d'aller mettre en place des solutions.
09:20Et je vous en parlais auprès des libraires,
09:22travailler avec les éditeurs pour aller chercher de plus en plus de livres.
09:26Et après, effectivement, notre deuxième enjeu,
09:28c'est de continuer à nous développer en France.
09:32Mais aujourd'hui, on est aussi en Espagne.
09:33Et c'est de pouvoir aussi aller conquérir de nouveaux territoires.
09:36Merci beaucoup, Sylvain Jolie-Aufray.
09:38Bon vent à Recyclivre.
09:40Voilà, c'est l'heure de notre débat.
09:42Tout de suite, on parle du réseau des épiceries solidaires Andes.
09:52Le réseau des épiceries solidaires Andes au programme de ce débat.
09:55J'accueille Yann Auger.
09:56Bonjour.
09:57Bonjour.
09:57Vous êtes le directeur général chez Andes, les épiceries solidaires.
10:00Et Thierry Baron, bonjour.
10:02Bonjour.
10:02Trésorier d'une épicerie solidaire qui s'appelle Solidaya et qui est à Paris.
10:06On va ensemble parler des résultats de ce deuxième baromètre des épiceries solidaires
10:11sur le quotidien, l'alimentation des travailleurs pauvres.
10:15Peut-être un constat général pour commencer Yann Auger.
10:17Qu'est-ce qu'il en ressort ?
10:18Oui, écoutez, il en ressort que cette population que l'on étudie en particulier, les travailleurs
10:23pauvres, sont en situation de grande fragilité.
10:26Donc on peut rappeler qu'il s'agit de personnes qui ont un emploi, qui travaillent dans des
10:33conditions variables, CDI, CDD, emploi précaire, etc.
10:36On en parlera peut-être.
10:37Mais donc des personnes qui travaillent et qui se retrouvent en difficulté, qui sont
10:41en général sous le seuil de pauvreté tel qu'il est défini par l'INSEE.
10:46En l'occurrence, plus de la moitié de ces travailleurs pauvres, c'est ça le constat
10:50principal, nous indique ne pas manger à sa faim.
10:53Donc constat assez catastrophique et qui se dégrade très légèrement par rapport
10:58au baromètre de l'année précédente.
11:00C'est ça, vous aviez publié déjà un baromètre, donc on n'est pas dans une situation
11:04d'amélioration.
11:05On va rentrer dans le détail évidemment ensemble.
11:07Peut-être un retour d'expérience, Thierry Barre.
11:09Vous le ressentez, vous, ça, tout simplement, dans votre épicerie solidaire ?
11:13Tout à fait, on le ressent puisque nous, on accueille donc à peu près 130 familles,
11:18je dirais, qui sont inscrites en permanence chez nous.
11:21Et cette population de travailleurs en situation de précarité, ça représente aujourd'hui
11:27à peu près 40% des fréquentations de l'épicerie solidaire.
11:32Fort heureusement, on est ouvert le samedi, ce qui permet aussi d'accueillir une forte
11:37proportion de travailleurs parce que sinon, ce serait plus compliqué.
11:41mais d'une année sur l'autre, bon là, moi, je ne suis pas dans le détail que donnait
11:45Yann, mais évidemment, on constate, nous, qu'il y a toujours une forte, forte, forte
11:50proportion, beaucoup plus forte qu'il y a trois ou quatre ans.
11:54Avec aussi ce climat inflationniste en France qui doit aussi impacter le quotidien des gens
12:01qui viennent chez vous ?
12:02Complètement. Les problématiques, on les voit, elles sont liées évidemment à l'alimentation,
12:08mais pas que. Nous, on est situé dans un quartier qu'on appelle quartier prioritaire
12:13de la ville. Donc, c'est des quartiers où le seuil, le taux de pauvreté est supérieur
12:17en fait au taux de pauvreté que vous constatez ailleurs dans Paris. Donc, beaucoup de logements
12:23sociaux. La hausse des loyers du logement social à Paris ces dernières années a particulièrement
12:30impacté ces populations. La hausse du coût de l'énergie aussi. Donc, on voit en fait
12:35s'installer tout un tas de précarités qui ne se limitent pas simplement à la précarité
12:39alimentaire. Mais vous avez une précarité, moi, je dirais hygiénique, par exemple, sur
12:44des gens qui vont acheter moins de produits de soins, d'entretien parce que c'est compliqué.
12:52Et donc, oui, on voit vraiment en fait un phénomène qui se creuse.
12:57– La hausse des prix des carburants, ça concerne les travailleurs pauvres, une partie
13:01d'entre eux ? – Bien sûr, une grande partie. On n'a pas de chiffres dans ce baromètre.
13:06– Qui n'ont pas le choix et qui doivent prendre leur voiture ?
13:07– Absolument, comme beaucoup de Français. Je pense que la proportion doit peut-être être
13:12plus élevée même. Là, je n'ai pas de chiffres à vous donner. Mais bien sûr, là, on est
13:15très inquiets avec ce qui se passe sur les carburants. L'impact va être terrible.
13:20Et plus globalement, le contexte actuel va conduire, je pense, à ce que la situation
13:27se dégrade encore un peu. Les sécheresses que l'on a connues pendant l'été, par exemple,
13:32vont avoir un impact très fort, notamment sur le prix des fruits et légumes. Or, on voit
13:36dans le baromètre que les produits frais, c'est ce qui est sacrifié en premier par
13:40ces familles. Donc là, on est très inquiet de voir ce qui va se passer dans les semaines
13:43et mois qui viennent. – Si on regarde un peu les détails, 40% des personnes que vous avez
13:47interrogées doivent sauter plusieurs repas par semaine pour permettre à d'autres membres
13:52du foyer de manger. En fait, on est dans un, dans une sorte de, je ne sais pas quel
13:57terme employer, mais d'arbitrage ou de sacrifice permanent. Comment vous l'analysez ?
14:02– C'est exactement ça. Quand on a des difficultés, quand on n'a pas les moyens, on est dans
14:08l'arbitrage. L'alimentation, c'est toujours malheureusement la première variable d'ajustement
14:13pour les personnes en difficulté. En commençant par la qualité de l'alimentation, puis après,
14:19quand vraiment ça va mal, on en vient aux quantités. Donc ce que vous citez, c'est
14:24exactement ce cas de figure, on en vient à restreindre les quantités. Et pour être
14:28plus précis, là, vous avez donné le chiffre global. Un chiffre qui m'a beaucoup frappé,
14:32c'est que dans les familles monoparentales qui sont dans cette situation de travailleurs
14:37pauvres, on a 54% des personnes qui nous disent qu'elles sautent des repas pour permettre
14:42à leurs enfants de s'alimenter. Donc là, on visualise très concrètement le repas
14:47de famille. – Famille monoparentale, dans 90%, c'est une femme ?
14:51– C'est 90%, c'est exactement ça. – C'est ça. Donc c'est une maman qui saute
14:54les repas pour que ses enfants mangent. – C'est exactement ça. Et on imagine bien
14:57la scène à table le soir où la mère dit « Non, mais moi, c'est bon, je ne fais
15:00pas
15:00faim, et puis les enfants mangent ». C'est extrêmement concret et c'est assez terrible.
15:06Et oui, les familles monoparentales sont parmi les plus touchées. Ça, ça ressort très
15:10fort dans le baromètre. – Malgré l'existence d'un certain nombre
15:14d'associations, notamment les épiceries solidaires, est-ce qu'il y a encore une
15:17question d'information ? – Alors la question d'information sur les
15:20travailleurs, bien évidemment. Donc on essaie de faire un travail de proximité
15:25de terrain pour informer, mais on voit bien que l'accès au droit, enfin le problème
15:31de l'accès au droit en général, que ce soit pour… n'est pas naturel pour les
15:36travailleurs. Les entreprises ne sont pas non plus, on va dire, extrêmement
15:40prescriptrices, ce qui est un petit peu dommage parce que… Moi, je vais parler du
15:44cas de notre épicerie où on a beaucoup, effectivement, de familles monoparentales
15:48puisqu'on a deux foyers, en fait, maternelles, donc de femmes avec des enfants qui viennent
15:53chez nous. Elles sont venues chez nous parce qu'il y en a une première qui est venue
15:58qui a été orientée par un travailleur social et c'est comme ça, c'est un phénomène
16:03de bouche à oreille qui se produit. Mais ce n'est pas forcément complètement structuré
16:08au niveau de la démarche d'orientation. En tout cas, pas par leurs employeurs.
16:12– Je travaille, donc je n'y ai pas forcément droit ? – Exact.
16:14– Est-ce qu'il y a un peu de ce réflexe-là ? – Exact.
16:16– Il y a un peu de ça, je peux compléter peut-être un petit peu. Il y a une
16:19question
16:19d'information puisqu'on voit qu'il y a beaucoup de personnes dans le baromètre
16:22qui nous disent qu'elles pensent n'y avoir pas droit, pensant être juste au-dessus
16:26des seuils qui donnent droit à une aide, ce qui n'est pas tout à fait vrai. Et il
16:31y a aussi des sujets assez classiques, malheureusement, dans le secteur associatif et dans l'aide
16:36sociale. Il y a un sujet de honte lorsqu'on fait appel à une aide extérieure. Et ce sentiment
16:42de honte, il est d'autant plus fort chez ces travailleurs pauvres qui travaillent donc
16:46par définition, qui aimeraient pouvoir s'en sortir seuls et qui sont peu enclins, un peu plus
16:52que la population globale, peu enclin à faire appel aux aides.
16:56– C'est quoi le parcours d'une personne ou d'une famille qui pousse la porte de votre
17:01éplicité pour la première fois, peut-être justement pour connecter avec ce sentiment
17:06de honte qui peut les accompagner ?
17:08– Généralement, alors, si on parle de la population des travailleurs, généralement
17:14c'est par du bouche-à-oreille. C'est par du bouche-à-oreille où il y a des personnes
17:18qui vont dire, mais tu sais que tu as le droit. Et donc, ce droit, pour l'exercer,
17:22il va falloir aller rencontrer un travailleur social. Donc, il y a ce parcours, en fait,
17:26qui est ensuite de dire, bon, on va contacter le travailleur social pour ensuite avoir cette
17:31possibilité d'orientation vers une épicerie solidaire. Mais c'est vrai que le premier acte,
17:38en fait, le premier acte, il n'est pas naturel. Voilà, il n'est pas naturel. Je suis dans
17:44une situation compliquée. Comme le disait très bien Yann, et nous on le voit, j'ai
17:49pas le droit. On voit dans les cités qui sont autour de notre épicerie solidaire, un certain
17:54nombre de personnes qu'on rencontre, avec qui on discute, et qu'on sait qu'ils sont en
17:59situation de difficulté parce que, par les réseaux associatifs, on le sait, mais les
18:06personnes disent, mais non, moi je travaille. Est-ce que le recours aux aides alimentaires,
18:14il est forcément en augmentation ou alors, paradoxalement, il pourrait être en train
18:19de diminuer ? Alors, le recours global en valeur absolue, c'est-à-dire le nombre de
18:24personnes qui fréquentent l'aide alimentaire est en augmentation constante depuis plus de
18:2820 ans. Ça, c'est très clair et c'est bien malheureux. En revanche, le pourcentage de
18:33personnes qui pourraient avoir droit à cette aide et qui y font appel n'augmente
18:37pas forcément. D'ailleurs, dans ce baromètre, on identifie même une petite baisse
18:41chez les travailleurs pauvres. On a quelques points de pourcentage qui diminuent, donc
18:46je ne sais pas si c'est significatif, mais en tout cas, ça n'augmente pas. Ça, c'est
18:50très clair sur cette population particulière des travailleurs pauvres qu'on a étudiée.
18:54Si on regarde un peu le sentiment d'abandon par les pouvoirs publics, c'est une des
18:59questions que vous avez posées dans le baromètre. 85% des travailleurs pauvres disent
19:03avoir ce sentiment d'être abandonnés par les pouvoirs publics. Et pourtant, il y a
19:07des programmes d'aide. On peut toujours considérer que c'est insuffisant. On peut évidemment
19:13dire que c'est anormal dans une société comme la nôtre qu'il y a encore des gens
19:16qui travaillent et qui sautent des repas, évidemment. Mais on ne peut pas dire qu'il n'y a rien
19:21qui est fait par les pouvoirs publics. Quel message vous envoyez aux pouvoirs publics ?
19:25Ce chiffre-là, il est quand même terrible. C'est un des principaux enseignements de ce
19:29baromètre. 85%. C'est absolument incroyable. Nous, notre interprétation, c'est qu'il est
19:34notamment lié, ce chiffre, à ce qu'on évoquait il y a quelques minutes, à la méconnaissance
19:40et à ce sentiment de ne pas avoir droit aux aides. Parce qu'évidemment, on est dans
19:45un pays qui déploie toute une politique sociale. Mais là, on s'est concentré sur l'analyse
19:52des travailleurs pauvres. Et ils sont 60%, si ma mémoire est bonne, à nous dire qu'ils considèrent
19:57être au-dessus des seuils, juste au-dessus des seuils qui leur donnent droit à une aide.
20:02Donc, au pouvoir public, vous dites informer ? Informer mieux ?
20:05Absolument. Informer, faire connaître. Bien sûr, ça soulève quand même une question
20:10plus large sur les politiques salariales, sur tout un tas de sujets évidemment beaucoup
20:16plus structurants. Mais à très court terme, oui, il y a un sujet d'information, des pouvoirs
20:20publics, de notre part, pour faire connaître nos dispositifs et la possibilité d'en bénéficier.
20:27Et après, s'il y a plus de personnes qui sont amenées à fréquenter nos épiceries,
20:34il va de soi qu'un des messages au pouvoir public, c'est qu'on a besoin de moyens pour
20:37faire fonctionner ces dispositifs sociaux qui fonctionnent par définition à perte et
20:41qui ont besoin d'être soutenus par les pouvoirs publics, par les personnes et par
20:46les entreprises aussi. On est en collecte de fonds permanente, bien sûr.
20:50Thierry Baron, comment ça se passe ? Les familles, les gens qui poussent la porte de votre
20:55épicerie solidaire, ils payent, ils payent une partie ? Comment ça fonctionne ?
20:59Tout à fait. Le principe, en fait, c'est que les personnes participent. On parle de participation
21:05et ils participent à hauteur. Alors, chez nous, c'est 20%. C'est-à-dire que quand vous
21:09achetez un produit dans un commerce lambda, vous allez payer un euro, par exemple, et bien
21:13les personnes paieront 20 centimes. Donc, c'est un réel, je dirais, plus pour pouvoir
21:20travailler, en fait, sur sa problématique économique. Moi, je voulais rajouter quelque
21:24chose à ce que disait Yann sur la problématique d'accès de ces personnes-là. Et nonobstant,
21:31je dirais, la volonté des pouvoirs publics, et on le voit à travers les dispositifs de
21:35faire évoluer les choses, on a quand même aussi un phénomène de submersion sur les
21:41travailleurs sociaux. Et notamment, les travailleurs sociaux, nous, on le vit, les travailleurs
21:45sociaux de la ville, aujourd'hui, ils sont submergés. Ils ont trop de dossiers,
21:50donc ils n'arrivent pas à informer suffisamment, d'accord. Et donc, je pense que c'est aussi
21:55un autre problème, c'est est-ce qu'on a bien une adéquation entre la volonté et les
22:01moyens ? C'est une incitation pour nous à développer des dispositifs plus souples, plus
22:05faciles d'accès pour entrer dans une épicerie. C'est dans un parcours social, comme ça a été
22:10très bien dit. Mais on développe aussi d'autres dispositifs, par exemple des distributions
22:15de paniers de fruits et légumes, qu'on appelle mon panier primeur et solidaire, où il n'y a
22:20pas forcément tout un parcours social en amont. Les critères d'accès sont simplifiés,
22:26les personnes se présentent et peuvent bénéficier de ces ventes de paniers.
22:29C'est-à-dire que vous cherchez à aller vers les gens qui en ont besoin, c'est ça ?
22:32Absolument, absolument. Ça, c'est un mot à la mode et pour cause dans notre secteur.
22:38Il faut réussir à aller vers toutes ces personnes qui ne font pas appel à l'aide alimentaire
22:42ou aux aides en général, qui n'envisagent pas d'aller voir un travailleur social
22:46parce que ce n'est pas un acte anodin quand même. Il faut qu'on trouve des solutions
22:50pour leur apporter directement notre aide et nos dispositifs.
22:55Merci beaucoup à tous les deux d'être venus expliquer, détailler, découvrir les résultats
23:00de ce deuxième baromètre des épiceries. Solidaires à bientôt sur Bsmart4Change.
23:05On passe à notre rubrique start-up tout de suite.
23:13Smart Ideas, c'est notre rubrique consacrée aux start-up éco-responsables.
23:18Je suis avec mon invité, Tanguy de la Ville-Georges. Bonjour, bienvenue.
23:21Vous êtes le cofondateur de WeWard, créé en 2019 avec Yves Benchimol. Et avec quelle idée ?
23:27Avec l'idée de faire marcher les gens, de les motiver à marcher plus.
23:30On a beaucoup de nouvelles technologies, on a nos téléphones présents dans nos poches toute la journée.
23:34On s'est dit qu'il serait bien de les motiver à plus marcher plutôt que de passer leur temps
23:38à scroller sur leur téléphone.
23:40C'est comme ça qu'on a lancé WeWard, qui est une application mobile gratuite disponible sur le Play Store
23:44ou l'Apple Store.
23:46Vous installez l'app et après, on va vous motiver à marcher par différents biais.
23:49Le premier, c'est que vous pouvez gagner de l'argent.
23:51On a déjà reversé plus de 40 millions d'euros à nos utilisateurs.
23:55Il y a un vrai impact honétaire.
23:57Et après, il y a d'autres mécanismes qu'on a mis en place qui vont être la gamification.
24:00Donc le jeu, vous donnez des challenges, vous vous motivez à marcher plus par rapport à votre moyenne de pas,
24:04etc.
24:05Et aussi tout le côté social, vous allez avoir des classements par rapport à vos amis.
24:08Et du coup, vous allez être motivé à toujours marcher plus.
24:10Gagner de l'argent, 40 millions, c'est beaucoup.
24:13Ça veut dire que vous avez beaucoup d'utilisateurs en France et en France d'ailleurs ?
24:15On a plus de 30 millions d'utilisateurs.
24:17La France, c'est encore le premier pays.
24:19On a un Français sur cinq qui utilise l'application.
24:22Donc on a quand même un gros impact.
24:24Et après, le deuxième pays est les États-Unis, qu'on a ouvert il y a deux ans maintenant.
24:27Donc mon associé, elle est installée là-bas, avec le challenge de faire marcher les Américains,
24:31là où il y a le plus de sédentarité dans le monde.
24:33Donc c'est un vrai challenge et on commence à bien y arriver.
24:37Alors quel est le modèle économique ?
24:39Alors on a différents moyens de monétiser l'application et de monétiser la marche.
24:44Donc on va faire des partenariats avec des marques autour du bien-être, de la santé,
24:48leur donner de la visibilité.
24:49Et du coup, c'est comme ça qu'on va payer nos utilisateurs pour la marche
24:52et financer aussi le modèle de l'entreprise.
24:54Est-ce que c'est la première motivation des utilisateurs de Weward, c'est de gagner de l'argent ?
25:00Alors souvent, ce dont on s'est aperçu, c'est que souvent, c'est le premier biais pour lequel ils
25:05viennent.
25:06Ils disent « Ah, je peux gagner de l'argent en marchant, c'est exceptionnel. »
25:08Et après, ils se rendent compte que ça met quand même du temps pour gagner de l'argent,
25:11mais que le vrai bénéfice, c'est sur la marche.
25:13Parce que quand on commence à marcher plus, forcément, on se sent mieux
25:16que ce soit des bénéfices sur la santé physique, mais aussi sur la santé mentale.
25:19Ils disent « Finalement, après ma journée de travail, de marcher une demi-heure pour rentrer chez moi
25:24plutôt que d'être dans le bus à scroller. »
25:26En fait, on arrive, on se dit « Ok, le bénéfice, il est là. »
25:28Et donc, les gens, à terme, utilisent vraiment Weward pour l'impact que ça a sur leur santé physique.
25:32Alors justement, ça augmente de quel pourcentage la capacité ?
25:36Alors, on augmente de 25% le temps de marche.
25:38Ah, c'est pas mal quand même.
25:39C'est pas négligeable entre avant et après l'utilisation de l'app.
25:42Donc, on pousse réellement à faire marcher plus les gens.
25:45Avec des conseils ?
25:46Alors, on leur donne des conseils.
25:48Descendez deux ou trois stations de métro plus tôt, etc.
25:51Il y en a beaucoup qui font ça.
25:52Et l'idée, c'est toujours de se fixer par rapport à leur moyenne habituelle de marche
25:56et de les challenger plus par rapport à leur moyenne.
25:58Parce qu'évidemment, quelqu'un qui court tous les jours, qui a déjà un rythme très élevé,
26:02il va falloir le motiver d'autant plus.
26:03Alors qu'une personne plus âgée, il faut la motiver à son niveau.
26:06Donc, on a beaucoup travaillé en sept années.
26:08Pendant sept ans, ça fait sept ans qu'on a lancé sur comment bien motiver les gens à marcher.
26:11Et ça marche.
26:12Avec une nouvelle fonctionnalité.
26:15C'est pour ça que vous êtes venu sur ce plateau.
26:17C'est une option de limite ou de limitation du temps d'écran.
26:20Comment ça marche ?
26:21Oui, exactement.
26:22Eh bien, maintenant, dans l'application, vous pouvez aller dans les réglages
26:25et choisir de bloquer certaines applications de votre téléphone
26:28tant que vous n'avez pas atteint un certain nombre de pas.
26:30Par exemple, si jamais vous passez un peu trop de temps sur les réseaux sociaux à scroller, etc.,
26:35vous pouvez vous dire, je bloque mes apps de réseaux sociaux ou une app en particulier
26:40tant que je n'ai pas atteint mon objectif de pas, soit ma moyenne de pas,
26:43soit je peux même me mettre un objectif qui peut être plus bas, plus haut.
26:46Vous pouvez choisir votre objectif.
26:48Et tant que vous n'avez pas fait ce nombre de pas, ça vous bloque les autres applications.
26:52Pourquoi vous avez choisi de rajouter cette option ?
26:55Donc, c'est une demande de vos utilisateurs, de vos clients ?
26:58Oui, c'est un retour qu'on a beaucoup de dire, souvent, je suis pris, je suis happé.
27:02Il y a un vrai problème autour de la sédentarité.
27:04Il y a 80% des adolescents qui ne font pas assez d'activité physique.
27:08Et quand on réfléchit à tous nos mécanismes, on pense à ça et on se dit,
27:10OK, peut-être qu'il y a un biais là-dessus et qu'on pourrait les motiver à les marcher.
27:14Et c'est un moyen de les motiver et surtout de déculpabiliser quand on scroll.
27:19On ne va pas bloquer les réseaux sociaux.
27:21Mais par contre, si on se dit, j'ai fait mon activité physique de la journée,
27:24je peux me permettre d'être sur le canapé et de regarder un peu les réseaux sociaux.
27:27Déjà, c'est une bonne chose parce que vous avez fait votre activité physique en amont
27:30et que vous avez fait du bien à votre corps.
27:33Si je voulais provoquer un peu, vous inversez l'addiction.
27:36Il faut devenir addict à la marche.
27:37Voilà, exactement.
27:38Mais bon, l'addiction à la marche est plutôt bénéfique.
27:40On ne la pousse pas à l'extrême, évidemment.
27:42Mais si la marche, elle est ultra bénéfique pour le corps.
27:47Évidemment, marcher, marcher le plus de pas possible avec WeWard.
27:51Notamment, merci beaucoup, Tanguy de la Ville-Georges, d'être revenu nous présenter WeWard.
27:56Voilà, c'est la fin de ce Smart Impact.
27:57Merci à toutes et à tous de votre fidélité à la chaîne des affaires,
28:00à la chaîne des audacieuses et des audacieux.
28:03Salut !
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