00:03Générique
00:09Un invité avec nous tous les midis pour décrypter à chaud les tendances à la mi-journée
00:14et puis pour évoquer ensemble les enjeux de cette semaine avec moi aujourd'hui Hervé Gouletker.
00:19Vous êtes senior economic advisor chez Accuracy. Bonjour Hervé.
00:23Bonjour Pauline.
00:24Alors commençons avec ces taux, je le disais en intro, le rendement américain à 10 ans est au plus haut
00:28depuis 2007,
00:29à plus de 5%, à quel moment, à quel seuil ça devient inquiétant pour le marché Hervé ?
00:36Je ne suis pas sûr qu'il y ait un seuil en tant que tel parce que ça va beaucoup
00:40dépendre de la psychologie des marchés
00:43et là-dedans je pense que plus que le niveau c'est la vitesse et la volatilité qui sont des
00:51ingrédients pour inquiéter les marchés.
00:53Je crois qu'il y a trois choses à dire. La première chose, si on s'arrête aux fondamentaux les
01:00plus solides du marché obligataire,
01:03en fait un taux long, je ne sais pas, 5 ans à 10 ans, ça doit avoir une bonne tête
01:10d'évolution de la croissance en valeur.
01:13Donc l'effet volume, ce qu'on appelle le PIB, plus l'effet prix. Et on est dans un monde
01:18où, vrai ou faux, les investisseurs, les opérateurs se disent
01:23l'inflation, elle est plus élevée qu'avant. On était en dessous de la barre des 2% avant la
01:31crise de la Covid.
01:33Aujourd'hui on est au-dessus, on a du mal à revenir. Bref, c'est plus haut.
01:37Et puis il y a des promesses de plus de croissance avec les évolutions technologiques.
01:42Donc à ce titre-là, qu'on est aujourd'hui un fondamental de taux long plus élevé, ce n'est
01:48pas anormal.
01:49La deuxième raison, qui tient non pas du fondamental économique, mais du fondamental financier,
01:56c'est quand même une réalité de dette qui est lourde.
02:00Il y a les dettes des États, donc la dette publique.
02:05Et puis vient se surajouter cette dynamique d'investissement des entreprises qu'on a aujourd'hui.
02:11Alors le secteur de la tech est en première ligne là-dessus.
02:14Mais ça fait des tombeaux de dettes, des tombeaux d'opérations de refinancement.
02:20Et évidemment, l'appétit des investisseurs est-il à la hauteur de la demande des emprunteurs ?
02:30Peut-être pas. Et ça nous pousse les taux à la hausse.
02:33Donc il y a deux raisons.
02:34Alors après, ici ou là, ça peut être différent en fonction des réalités.
02:39Et puis après, fort de ce double socle, il y a le regard des marchés, les anticipations.
02:45Là, on est moins dans l'objectif, un peu plus dans le subjectif.
02:49Et donc, il faut prendre en compte les anticipations de croissance.
02:53Aujourd'hui, avec une conjoncture qui tient plutôt le choc,
02:56il y a plutôt une tentation de les revoir un peu à la hausse.
03:00Il y a les anticipations d'inflation.
03:02Et ce qui se passe au Moyen-Orient est évidemment inquiète.
03:05On est quand même à sept mois de guerre au Moyen-Orient.
03:10Elle devait être courte, elle ne l'est pas.
03:12Qu'est-ce que ça veut dire sur la construction des anticipations inflationnistes ?
03:16On peut en discuter comme on veut.
03:18N'empêche qu'on est plus inquiet aujourd'hui qu'hier.
03:20Et puis après, il y a ce qu'on appelle la prime de terme.
03:23C'est-à-dire, ce que l'investisseur va demander pour acheter un titre long,
03:28au lieu d'acheter un titre court, qu'il roulerait tout le temps.
03:31Et on voit bien qu'aujourd'hui, sur le principal marché, le marché américain,
03:36du côté de la politique budgétaire, du côté de la politique monétaire,
03:39ça a un peu tiré à U et à Dia.
03:41On n'a pas été dans une vraie capacité à comprendre sereinement ce qui se passait.
03:48Donc la prime de terme s'est tendue.
03:50Donc vous prenez tous ces éléments les uns à côté des autres,
03:53et vous avez le niveau de taux que l'on a.
03:57Les leviers, je pense qu'il y a deux leviers.
04:02Le premier levier, c'est sur la prime de terme.
04:04Envoyer des messages rassurants sur la politique monétaire, sur la politique budgétaire.
04:10On va attendre Warch, on va attendre Besson, le ministre américain des Finances.
04:15Et puis il y a évidemment les anticipations inflationnistes.
04:18Plus on est inquiet, plus c'est à même de modifier les comportements.
04:24Et donc si on pouvait faire en sorte qu'il y ait moins de tensions au Moyen-Orient,
04:28ça rassurerait tout le monde.
04:30Mais demain, c'est clé avec la Fed.
04:34Bien sûr.
04:34Et puis plus généralement, c'est clé avec les initiatives qui pourraient être prises au Moyen-Orient.
04:41Disons que le constat à aujourd'hui, sur ce deuxième point, n'est pas très rassurant.
04:46Oui c'est sûr.
04:47Et puis on a justement, dans ce contexte de tensions au Moyen-Orient,
04:50donc vous l'avez rappelé, on va prendre connaissance demain
04:53de la décision monétaire de la Réserve fédérale, de la communication de Kevin Warch.
04:57On a pris connaissance la semaine dernière de celle de la Banque Centrale Européenne
05:01avec une Christine Lagarde qui a quand même un peu durci le ton
05:04avec ce qui se passe au Moyen-Orient.
05:06Mais parlons de la Fed.
05:07La Fed, on a pris connaissance d'un rapport sur l'emploi bien plus solide que prévu,
05:12il y a deux semaines.
05:13On a pris connaissance de PPI un peu supérieure aux attentes,
05:17de l'inflation aussi supérieure aux attentes,
05:19bien que l'inflation cœur était en progressé, mais la plus basse depuis 2021.
05:26Qu'est-ce que va faire Kevin Warch demain ?
05:28Le marché anticipe à 95% une hausse des taux.
05:31Oui.
05:32Alors, est-ce qu'il est dur de façon douce ou douce de façon dure ?
05:38C'est à peu près l'alternative qu'il a.
05:41La réalité est quand même très contradictoire.
05:44L'économie ?
05:45Ok.
05:46Le marché de l'emploi est équilibré, avec un taux de chômage à 4%,
05:51malgré le ralentissement des créations d'emplois.
05:54Un peu meilleur sur les derniers mois.
05:56On a l'impression que le marché de l'emploi, il est équilibré.
05:59Il faut le surveiller, mais voilà, ça ne doit pas pousser à réagir.
06:03Sur l'inflation, oui, les prix de détail sont au-delà de 2%, 3% sur les indices d'ensemble,
06:112,5% sur les noyaux durs, c'est trop élevé.
06:15Mais il n'empêche, vous le rappeliez, quand vous prenez le noyau dur,
06:19il y a quand même une tendance au ralentissement.
06:22Il faut regarder les trois derniers mois par rapport aux trois mois précédents,
06:25on est même à deux.
06:26Donc en fait, la réalité est un peu contradictoire sur les prix.
06:30Et si vous faites un pas en arrière, vous regardez les coûts unitaires du travail,
06:35le dernier glissement sur un an, alors c'est le deuxième trimestre,
06:38on n'a pas de chiffre plus récent, c'est 1,4.
06:41Donc la réalité est un peu contradictoire.
06:44En fait, vous pouvez vous dire, je dois agir parce qu'il faut que je calme
06:49les anticipations inflationnistes, au moins que je les contrôle,
06:53mais je ne suis peut-être pas extrêmement pressé de le faire.
06:56Est-ce qu'il est obligé de...
06:58Alors, parce qu'il va y avoir les midterms aussi,
06:59donc Kevin Warch, en fait, il a deux solutions.
07:03Il a soit je monte les taux demain, soit je les monte en décembre.
07:07C'est bien ça ?
07:08Oui, en fait, c'est ça.
07:09Et sur le politique, parce qu'il y a l'économique,
07:12il y a le politique et les marchés.
07:14Sur le politique, il y a deux éléments à prendre en compte.
07:17Les élections.
07:19Et les élections, c'est aussi le rapport avec la Maison-Blanche.
07:24qui, dans l'équation personnelle de Kevin Warch, compte.
07:29L'histoire nous apprendrait que, peu de temps avant les élections,
07:33il y a une certaine réticence à agir.
07:35Et puis, il y a ce qui se passe sur les taux longs.
07:40L'État fédéral américain est très endetté.
07:43La hausse des taux longs l'embête.
07:45Donc, en fait, politiquement, il y a les élections et il y a les taux longs.
07:48Si on pouvait faire en sorte que les taux longs arrêtent de monter,
07:52voire corrigent, ça serait bien.
07:54Donc là encore, c'est un peu contradictoire.
07:56Les marchés, c'est univoque.
07:58Les marchés, on dit, nous, on veut une Fed qui est prévisible,
08:02centrée sur l'inflation.
08:03Il y a trop d'inflation, tu dois bouger.
08:05Et puis, fort de tous ces éléments-là, il y a forgé le consensus
08:09au sein du comité de politique monétaire.
08:12On sait que certains sont très pour la hausse des taux.
08:14On sait que ceux qui ont une relation avec le président Trump
08:18sont un peu moins pour la hausse des taux.
08:21Il va falloir créer une majorité.
08:23Sachant qu'il y a une dimension personnelle, Kevin Warch,
08:27il ne peut pas se retrouver en minorité.
08:29En disant, on a monté des taux, mais moi j'étais contre.
08:32Parce que pour son autorité.
08:34Donc en fait, s'il n'arrive pas à forger son consensus,
08:38il se rangera dans la majorité.
08:41Voilà, fort de tout ça, qu'est-ce qu'on fait ?
08:43Et on voit que ce n'est pas simple.
08:45Les discussions vont sans doute être longues, complexes.
08:49Moi, j'ai envie de dire, Warch a deux instruments.
08:53Les taux et la conférence de presse.
08:55Et en fait, il ne veut sûrement pas être considéré comme trop dur,
09:00trop hawkish, comme on dit en langage de marché.
09:03Donc s'il monte les taux, on aura une conférence de presse, à mon avis, plus tranquille.
09:08S'il ne monte pas les taux, on aura un ton dur à la conférence de presse.
09:13Scrogneugneux, vous allez voir ce que vous allez voir.
09:16Ça va être quelque chose comme ça.
09:18Le marché a une position...
09:20Je trouve que la réduction par le marché est un peu simple par rapport à la complexité de la situation.
09:28Alors, doit-on aller contre le marché ou pas ?
09:30Ça, c'est toujours un problème que l'on a.
09:32Réponse demain soir, Hervé.
09:35On suivra évidemment cette communication et cette décision mondialitaire de Kevin Noir.
09:41Chers Hervé de Goulet de Caire, vous êtes senior économique advisor d'Accuracy.
09:44Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
09:46Et puis merci à vous de nous avoir suivis.
09:49On se retrouve ce soir à 17h30 en direct sur Bsmart.
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