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Vendre l’usage plutôt que le produit : c’est le principe de l’économie de la fonctionnalité. Un modèle qui interroge les entreprises comme les consommateurs et pourrait permettre de réduire la pression sur les ressources. Mais quels bénéfices économiques et quelles limites ? Fabrice Bonnifet, président du C3D, et Célia Rennesson, directrice générale du Réseau Vrac et Réemploi, en débattent au micro de Sibylle Aoudjhane dans SMART ÉCO.
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00:00...
00:03Pourquoi acheter un produit quand on peut simplement en payer l'usage ?
00:07Ce matin, le 15 septembre, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie, l'ADEME,
00:12et la Direction Générale des Entreprises, organisaient au ministère de l'Économie
00:16une matinée sur l'économie de la fonctionnalité,
00:19qui propose donc de passer d'un modèle fondé sur la vente de biens
00:23à un modèle où l'entreprise vend un service, un usage.
00:26Le sujet était aussi abordé hier soir au Sénat.
00:29Donc, une transformation qui pourrait permettre de réduire la consommation des ressources,
00:33mais qui pose bien sûr beaucoup de questions économiques.
00:36Et je suis ravie de recevoir, pour en parler, Fabrice Bonifait.
00:39Bonjour.
00:40Bonjour.
00:40Vous êtes président du C3D,
00:42association réunissant les directeurs et directrices RSE d'entreprises,
00:47co-auteur de l'ouvrage collectif qui va tout juste sortir
00:50et semer la matière à penser aux éditions Enverse.
00:53Et vous êtes toujours présente parmi nous, Célia Renson.
00:56Vous êtes co-fondatrice et directrice générale de Réseau VRAC et Réemploi.
01:01Fabrice, je me tourne vers vous tout d'abord.
01:03Est-ce que toutes ces actualités qu'on a entendues,
01:07surtout pendant l'été, avec ces incendies, etc.,
01:11est-ce que ça, ça permet peut-être d'augmenter la prise de conscience
01:15qu'on peut travailler cet axe d'équilibre entre économie de l'entreprise
01:21et économie de la fonctionnalité ?
01:25J'espère.
01:26Vous n'avez pas senti une prise de conscience un peu de l'apport de l'entreprise ?
01:30On en a plus parlé par nécessité.
01:32Maintenant, ce n'est pas la première fois qu'il y a des règlements climatiques et des drames.
01:36Et est-ce que ça a changé quelque chose ?
01:37Rien, en fait, parce que les gens le subissent à un moment donné,
01:41c'est pénible, et puis ils finissent par oublier,
01:43puis l'actualité chasse l'autre, etc.
01:45Donc, oui, je voudrais penser que cette année,
01:49avec tout ce qui s'est passé, en fréquence, en gravité,
01:52que c'est l'étincelle qui fait qu'on va enfin questionner
01:56notre modèle de société et nos modèles de consommation,
01:59et donc les modèles économiques des entreprises qui vont avec,
02:02je le souhaiterais.
02:03Maintenant, je suis un peu sceptique.
02:05Ça n'empêche pas que ce soit avec le C3D, avec Dianact,
02:08avec d'autres associations et avec d'autres acteurs économiques
02:10qu'on essaye de proposer.
02:12Oui, parce que c'est dénoncé, c'est bien,
02:15il y a des lanceurs d'alerte pour ça,
02:16il y a des scientifiques qui le font très bien,
02:18mais nous, dans le secteur professionnel,
02:20ce qu'on doit, c'est proposer des choses concrètes
02:21qui permettent de réconcilier l'impératif écologique,
02:25parce que de toute façon, on ne pourra pas négocier
02:27avec la loi physique très très longtemps,
02:29ou les lois physiques,
02:30et la nécessité économique.
02:31Donc, si on veut produire la valeur d'une façon plus responsable,
02:34il va falloir que, tôt ou tard,
02:36on accepte de rompre avec ce qu'on appelle aujourd'hui
02:38l'économie linéaire,
02:39donc l'économie qui consiste à extraire, à produire, à utiliser,
02:43et il faut une approche plus circulaire,
02:45mais surtout pas basée sur le circulaire
02:47dont on a entendu parler pendant des années,
02:50où les données de sortie des uns,
02:51où les déchets des uns deviennent les ressources des autres,
02:54ça a sa place, ça aussi,
02:55mais c'est pas du tout ce dont il s'agit
02:57quand on parle d'économie de la fonctionnalité
02:59et de la coopération.
03:00Est-ce que le point de départ de tout ça,
03:03qui résonnerait au sein de l'entreprise,
03:06c'est la dépendance aux matières premières ?
03:09C'est ça un peu l'élément initial ?
03:12Non, ce qui fait qu'aujourd'hui,
03:16les entreprises ne proposent pas un modèle d'usage,
03:19c'est que c'est encore beaucoup plus rentable
03:21de continuer, de rester sur des modèles
03:23où je fabrique un produit, je le vends,
03:25et je me fous de savoir ce que mon produit devient
03:27une fois qu'il a été utilisé par mon client.
03:29C'est qu'aujourd'hui, c'est plus rentable
03:31de faire comme ça.
03:33Parce que pendant longtemps,
03:34les matières premières n'ont rien coûté
03:36ou quasiment rien coûté
03:37dans le déboursé sec de la fabrication d'un produit
03:39et l'énergie de transformation de ces matières premières,
03:41pareil.
03:42Donc pourquoi s'embêter à avoir des modèles plus complexes ?
03:45Parce que les communes d'usage...
03:46C'est toujours moins le cas quand même.
03:47Ah ben voilà, donc on est à une époque
03:49où les matières premières en tendancielle
03:52commencent à augmenter
03:53parce qu'on est sur un phénomène de...
03:55Non pas une rareté,
03:56parce qu'il en reste encore beaucoup de matières premières,
03:57mais il y a beaucoup, beaucoup de gens
03:58qui les veulent.
03:59Donc c'est ça aussi qui crée la...
04:00Et de hausse des coûts.
04:01Et donc de hausse des coûts, d'extraction, rien.
04:03Et puis, bien sûr,
04:05il y a aussi un principe,
04:07une réalité géopolitique,
04:08c'est que longtemps,
04:10l'Europe a utilisé les matières premières
04:12qu'elle avait chez elle.
04:13Ça, c'est toute la première partie
04:14de l'industrialisation du XIIe siècle.
04:17Le charbon, on l'avait chez nous,
04:18les métaux, on avait des mines de fer,
04:20on avait...
04:20Sauf que ça fait bien longtemps
04:22qu'on n'a plus de ressources critiques en Europe,
04:25soit parce qu'elles sont épuisées,
04:27soit parce que les conditions d'exploitation
04:29ne sont pas réunies aujourd'hui
04:31pour continuer à les exploiter
04:32à des coûts raisonnables.
04:33Et donc, on apporte tout.
04:34Donc on est extrêmement vulnérable
04:36en termes d'approvisionnement
04:38des matières premières critiques.
04:39Tout le monde en apporte 97%
04:42de nos matières premières critiques raffinées.
04:45Et du coup, quand vous n'avez pas
04:48la maîtrise de vos ingrédients
04:49pour fabriquer vos produits,
04:50et quand ces coûts sont fixés
04:52par des pays tiers,
04:54votre marge de manœuvre
04:56pour les marges, in fine,
04:58la marge que vous allez récupérer
04:59quand vous vendez votre produit,
05:01ce n'est plus la même chose.
05:02Parce qu'en fait, c'est celui
05:03qui crée la matière première
05:05ou plutôt qui la met à disposition,
05:07qui fixe le prix.
05:08On le voit bien aujourd'hui
05:08avec les batteries, etc.
05:09Donc, l'Europe se doit
05:12d'inventer un autre modèle.
05:14Ce n'est pas simplement
05:14un enjeu écologique.
05:16C'est aussi un enjeu
05:17de souveraineté et de compétitivité,
05:18de garder sur notre sol
05:20les matières premières critiques
05:21en les faisant durer
05:22beaucoup plus longtemps.
05:23Et le seul modèle
05:24qui permet de faire durer
05:26les matières premières plus longtemps,
05:27c'est de les laisser dans les produits
05:28et de plus vendre les produits
05:30et de plus vendre l'usage.
05:30Donc le temps est venu
05:32de passer à cette économie
05:33à fonctionnalité
05:33qui existe depuis très très longtemps.
05:35Mais pour plein de raisons,
05:37ça n'a pas véritablement décollé.
05:40Et pour compléter
05:41ce que dit Fabrice,
05:43le deuxième levier
05:44qui va nous pousser
05:45vers l'économie
05:46de la fonctionnalité,
05:47c'est effectivement
05:48la concurrence étrangère.
05:49Parce que les matériaux critiques,
05:51les matières premières
05:51dont on parle,
05:52elles ne sont pas chez nous.
05:53Elles sont à l'étranger.
05:55Si on peut citer
05:56qu'un pays, par exemple,
05:56assez emblématique,
05:58c'est la Chine.
05:58Et la Chine, effectivement,
06:00aujourd'hui,
06:00elle est capable
06:01de fabriquer des batteries,
06:02elle est capable
06:02de fabriquer un certain nombre
06:04de biens, d'équipements
06:05qu'on fabriquait jusqu'à présent.
06:07De haute technologie.
06:08et elle nous les vend
06:10à des prix beaucoup plus bas
06:11qu'on ne les fabrique nous-mêmes.
06:13Donc, en fait,
06:14on a aussi
06:15cette deuxième contrainte
06:18mais qui, du coup,
06:19va se transformer
06:19en opportunité
06:20pour l'EFC.
06:21C'est de se dire,
06:22je prends le cas
06:24de l'entreprise
06:25électro...
06:26Voilà.
06:26Économie de la fonctionnalité
06:28et de la coopération.
06:28Le cas de l'entreprise
06:30électrocalorique
06:31qui fabriquait
06:31depuis des dizaines
06:33et des dizaines d'années
06:34des chariots mobiles
06:35pour distribuer
06:36des repas chauds
06:37dans les établissements
06:38de santé.
06:38Jusqu'à présent,
06:39son modèle,
06:40c'était
06:40je fabrique ces chariots.
06:42Donc, elle a en fait
06:42tout un savoir-faire
06:43qu'elle a développé
06:44avec notamment
06:45des technologies.
06:46Et jusqu'à présent,
06:47son modèle,
06:48c'était
06:48je les fabrique
06:49et je les vends.
06:50À un moment donné,
06:51les établissements de santé
06:52sont saturés,
06:53sont tous équipés.
06:54Elle ne va pas pouvoir
06:54en vendre davantage.
06:56Premièrement...
06:57Il y a un enjeu de croissance.
06:58Un enjeu de croissance,
06:59effectivement.
06:59Quand tous vos clients
07:00sont équipés,
07:01qu'est-ce que vous faites ?
07:02Vous arrêtez d'en vendre,
07:04vous mettez la clé sous les portes,
07:04vous fabriquez des nouveaux produits
07:06ou alors vous les dégradez
07:07pour qu'ils puissent
07:08tomber en panne
07:09et vous leur en vendez à nouveau.
07:12Mais la deuxième chose
07:12qui s'est passée,
07:13en fait,
07:14c'est que les clients
07:15étaient déjà tous équipés
07:16et deuxièmement,
07:16la concurrence étrangère,
07:18notamment de Chine
07:19à ce moment-là,
07:19a proposé exactement
07:21les mêmes chariots
07:22avec les mêmes modalités
07:23mais beaucoup moins chères.
07:24Donc là,
07:24l'entreprise,
07:25elle avait deux choix.
07:26Soit c'était...
07:27Elle dégradait en fait
07:28la qualité de ses chariots
07:29pour pouvoir les proposer moins chères
07:31au prix de son concurrent
07:32ou alors,
07:33elle essayait de délocaliser
07:35la fabrication de ses chariots.
07:37Et bien en fait,
07:38elle a pris un autre virage,
07:39le virage de l'économie
07:40de la fonctionnalité.
07:41La troisième voie.
07:42La troisième voie.
07:43Parce qu'au final,
07:43qu'est-ce que voulaient ces clients ?
07:45C'était peut-être pas tant un chariot
07:46que d'être en capacité
07:47d'apporter à leurs clients,
07:50enfin aux patients,
07:51des plateaux chauds
07:52qui puissent se déplacer
07:54dans tout l'établissement.
07:55Et donc,
07:56c'est là où elle a travaillé
07:57non pas sur la vente
07:58d'un équipement,
07:59mais plutôt sur la vente
08:01d'un usage.
08:02Quel était le résultat attendu,
08:04le besoin du client ?
08:05Et donc,
08:06le mot coopération
08:07prend aussi tout son sens
08:08à ce moment-là
08:08parce qu'ils ont dû travailler
08:09avec leurs clients
08:10pour se dire
08:11quels sont vos besoins,
08:12on va les utiliser
08:13et on va vous proposer
08:15une offre adaptée.
08:15Et donc,
08:16elle n'a plus vendu
08:16à la fin un chariot,
08:17mais elle a vendu
08:18un prix
08:20de plateau
08:20servi,
08:21chaud
08:22à ses patients.
08:23Et c'est là,
08:23en fait,
08:24l'économie de la fonctionnalité
08:25prend aussi tout son sens.
08:27Et donc,
08:27pour pouvoir se faire,
08:28elle avait intérêt
08:29à fabriquer
08:30des chariots
08:31qui puissent être robustes,
08:33démontables,
08:34réparables
08:34et qui puissent durer
08:35le plus longtemps possible
08:36puisqu'ils devaient durer
08:38dans le temps
08:38pour vendre
08:39le plus longtemps possible
08:40cet usage.
08:40Et en faisant ça,
08:42elle fait durer son bien,
08:44elle l'amortit
08:44et donc,
08:45il lui coûte
08:45beaucoup moins cher
08:46et donc,
08:47l'entreprise est rentable.
08:48Et là,
08:48du coup,
08:48sur cet exemple,
08:49ça fonctionne,
08:50mais est-ce que
08:50toute l'économie
08:51la fonctionnalité
08:52est circulaire ?
08:54Parce qu'en fait,
08:54il faut aussi se dire
08:56que l'entreprise
08:57doit penser
08:57à suite,
08:58après,
08:59si l'entreprise
08:59est seulement consommatrice
09:00des produits
09:02dont elle fait payer
09:02l'usage,
09:04ça fonctionne,
09:05c'est pas forcément
09:05circulaire.
09:07C'est-à-dire que,
09:07est-ce que...
09:08Elle l'est puisqu'elle
09:08les fait réparer,
09:10elle les répare,
09:11elle les reconditionne
09:12et ensuite,
09:12en fin de vie,
09:13elle les envoie
09:14au recyclage.
09:15L'économie de la fonctionnalité,
09:16vous pouvez l'avoir
09:17pour des biens matériels,
09:19des équipements,
09:20des produits qui vont
09:21s'appuyer sur le socle
09:22de la reuse-économie
09:23qu'on a vu
09:24en première partie
09:25d'émission,
09:25donc on va pouvoir
09:26les réparer,
09:27les faire durer,
09:27les reconditionner
09:28et elle peut aussi
09:29fonctionner sur des biens
09:31immatériels
09:31comme des logiciels.
09:32Une entreprise,
09:33demain,
09:34n'est plus forcément
09:34obligée de vendre
09:35un logiciel
09:35mais de comprendre
09:36les besoins de ses clients
09:37et en gardant le logiciel
09:39chez elle,
09:40de donner accès
09:41à certaines fonctionnalités
09:42de ceux ou de ces logiciels.
09:44Donc on a en fait
09:45cette notion-là
09:46de circularité
09:48qui fonctionne
09:48à partir du moment
09:49où vous ne fabriquez pas
09:51pour vendre toujours plus
09:52mais vous fabriquez
09:54pour répondre
09:54à un usage précis.
09:55C'est la même chose
09:56dans les photocopies.
09:58Si demain,
09:59vous passez en économie
10:00de la fonctionnalité,
10:01vous n'avez pas intérêt,
10:02vous pouvez fixer
10:03un prix stable,
10:04par exemple,
10:05du prix de votre copie
10:06pour inciter le client
10:08à ne vous acheter
10:09que le nombre
10:11de papiers
10:11dont il a besoin
10:12et pas de se dire
10:13« Ah bah oui,
10:14c'est vrai que c'est dégressif
10:15à partir de 100
10:15donc je vais en imprimer 100 ».
10:17Et en fait,
10:17si vous fixez un prix stable
10:18parce que vous vous dites
10:19« Moi, ce qu'il veut,
10:19c'est des feuilles imprimées,
10:21je lui fixe un prix stable,
10:23il va acheter
10:24à la juste quantité
10:25et donc l'entreprise
10:26qui fournit ce service
10:27va consommer moins d'encre,
10:29moins de papier
10:29et on répond
10:31tout en répondant
10:32aux besoins du client. »
10:33Après ce changement
10:34de système économique
10:36interne à l'entreprise,
10:37comment ça se fait ?
10:39Est-ce que ça se fait bien
10:39aujourd'hui ?
10:40Comment on travaille ?
10:41Ça se fait déjà
10:42mais tout l'enjeu
10:44de ce qu'on essaye
10:46de pousser
10:47nous auprès de nos membres,
10:49que ce soit C3D
10:50ou dans d'autres instances,
10:51c'est un déploiement
10:53plus massif
10:53de ce modèle
10:54parce qu'il est
10:55extrêmement vertueux
10:56parce que les seuls
10:56qui perdent
10:57dans cette histoire
10:58c'est les vendeurs
10:59de matériaux
11:00et les vendeurs d'énergie
11:02qui transforment
11:03ces matériaux
11:03et c'est précisément
11:04les deux flux
11:06qu'il faut qu'on arrive
11:07à faire baisser
11:08si on veut répondre
11:10aux enjeux écologiques
11:11par ailleurs
11:11qui s'imposent à nous
11:14donc tout le monde
11:15ne sera pas gagnant
11:16parce que ceux
11:16qui vendent des flux physiques
11:17et qui vendent des matériaux
11:18vont y perdre
11:19avec l'économie
11:19et la fonctionnalité
11:20c'est une évidence
11:21mais c'est pas grave
11:23ce qui est important
11:23c'est ce qu'on va y gagner
11:24de façon générale
11:25est-ce que oui ou non
11:26notre société va y gagner ?
11:27La réponse est oui
11:28alors qu'est-ce qui manque ?
11:29Qu'est-ce qui manque
11:30pour accélérer ?
11:31Alors c'est contre-intuitif
11:32mais il manque
11:34plusieurs choses
11:35premièrement
11:36il y a un déficit culturel
11:39énorme
11:41pédagogie envers tout un chacun
11:42voilà
11:43on leur apprend
11:43depuis tout petit
11:44que ce qui est important
11:45c'est d'accumuler
11:46qu'il faut posséder
11:49un réflexe de consommation
11:51il faut des armoires
11:52plein de armoires
11:53rappelez-vous la chanson
11:54d'Alain Souchon
11:54vous êtes trop jeunes peut-être
11:56mais c'est quand même
11:57profondément ancré
11:57dans la tête des gens
11:58ensuite il y a
11:59un deuxième sujet
12:00c'est
12:02les industriels
12:03ont désappris
12:04à fabriquer
12:05de la robustesse
12:05et de la qualité
12:06ils fabriquent
12:07de la performance
12:08donc ça marche
12:09quand on l'achète
12:10mais c'est fragile
12:11parce que si c'était
12:12trop robuste
12:13ils en vendraient moins
12:14c'est l'obsolescence
12:15programmée
12:15qu'on a connu
12:16depuis les années 90
12:17mais ça existe toujours
12:18il y a mille façons
12:19de programmer
12:20l'obsolescence d'un produit
12:21par la mode
12:22le marketing
12:23la technique
12:25la fragilité
12:26les gens savent faire
12:26les industriels savent faire
12:27ils n'ont d'ailleurs
12:28pas intérêt
12:29à faire des choses
12:29qui durent
12:30on le voit bien
12:30pour les vêtements
12:31aujourd'hui
12:31alors ça c'est déjà
12:33si on passe
12:34à l'équipe de fonctionnalité
12:35fabriquer
12:36ça va nécessiter
12:38de réapprendre
12:39à fabriquer
12:39pour durer
12:41mais il y a encore
12:42un troisième levier
12:43ce qu'on appelle
12:44un véro sociotechnique
12:45à faire lever
12:45c'est pas le moindre
12:46c'est qu'il faut changer
12:47la comptabilité
12:48la façon de compter
12:49la valeur
12:50aujourd'hui
12:51en B2B
12:52on parlait des chariots
12:53tout à l'heure
12:54mais vous vendez
12:54une machine outil
12:55à un industriel
12:56ou n'importe quoi
12:58l'industrie
12:59qui va l'acheter
12:59va l'amortir
13:00sur 5 ans
13:01c'est complètement dingue
13:02puis au bout de 5 ans
13:03dans les comptes
13:04cette machine
13:05elle vaudra 0
13:06il peut continuer
13:06de l'utiliser
13:07bien sûr
13:07mais elle vaudra 0
13:09et alors que
13:10les éléments
13:11constitutifs
13:12de cette machine
13:12les composants
13:13ils valent pas 0
13:14les matières premières
13:16même
13:16il y a des fortes chances
13:17qu'au bout de 5 ans
13:18c'est vraiment réutilisables
13:19ça soit non seulement
13:20réutilisable
13:21mais que c'est pris
13:21de la valeur
13:22et aujourd'hui
13:23ça dans le système comptable
13:24dans le système financier
13:24c'est pas du tout
13:25pris en compte
13:25il n'y a pas de classe
13:26d'actifs matériaux
13:27qui est reconnue
13:27par le système financier
13:29c'est un comble
13:29quand même
13:30et dans la comptabilité
13:31on pourrait très bien
13:32imaginer d'avoir
13:33ce qu'on appelle
13:33un amortissement
13:34par composant
13:35que les pièces d'usure
13:36s'amortissent
13:37sur des durées courtes
13:39ça paraît normal
13:39mais les éléments
13:41qui peuvent être
13:41récupérés sur la machine
13:42et remanufacturés
13:43pour être réimplantés
13:44dans d'autres machines
13:45pourquoi ne pas
13:46les amortir
13:46sur des durées
13:47beaucoup plus longues
13:48donc la charge
13:48d'amortissement
13:49d'entreprise
13:50sera baissée
13:50et donc comme disait
13:51Célia tout à l'heure
13:52ça fait plus de cash
13:53pour l'organisation
13:55et pour l'entreprise
13:56c'est quand même
13:56très vertueux
13:57d'un point de vue financier
13:58à condition
13:59que ce soit reconnu
14:00à condition que les règles
14:01comptables évoluent
14:03et prennent en compte
14:05cet aspect là
14:05et oui
14:06la valeur de l'entreprise
14:07du coup serait
14:07beaucoup plus élevée
14:08tout à fait
14:09tout ça
14:09et des investisseurs
14:11qui seraient attirés
14:11alors après il faut regarder
14:12les effets sur les impôts
14:13parce que tout est complexe
14:15parce que si la valeur
14:17d'entreprise
14:17est plus importante
14:18sur ses classes d'actifs
14:19elle va payer plus d'impôts
14:20donc il ne faut pas
14:20que ce qu'elle va gagner
14:21d'un côté
14:21elle le perde de l'autre
14:22donc on voit bien
14:23que tout est dans tout
14:24et c'est pour ça d'ailleurs
14:25que ça n'a pas bougé
14:26c'est parce qu'en fait
14:27on dit qu'on innove beaucoup
14:28mais on innove beaucoup
14:29d'un point de vue technologique
14:30aujourd'hui
14:31mais l'innovation organisationnelle
14:32l'innovation comptable
14:34l'innovation financière
14:34zéro
14:35zéro
14:36on n'innove pas
14:36et donc le levier
14:39et le salut même
14:40de l'Occident
14:40sur la partie européenne
14:42je parle
14:42parce que les américains
14:44ont les GAFAM etc
14:45en fait nous
14:46notre salut
14:47c'est l'innovation
14:49organisationnelle
14:49et on doit utiliser
14:51ces leviers
14:51pour produire la valeur
14:53différemment
14:54refabriquer de la qualité
14:55de la robustesse
14:56de la durabilité
14:57et je pense
14:59qu'on a tout intérêt
15:00d'un point de vue
15:01géostratégique
15:01à le faire tout de suite
15:03Célia vous étiez
15:04hier soir au Sénat
15:05ce matin à Bercy
15:06est-ce que justement
15:07ça va dans le bon sens
15:08qu'est-ce qui a été proposé
15:10plusieurs choses
15:11donc effectivement
15:12tout le monde s'est reconnu
15:13à dire que le levier
15:14numéro 1
15:14c'est de changer
15:15de logiciel
15:16c'est ce qu'on disait
15:16le changement culturel
15:18pour pouvoir à tous les niveaux
15:19que ce soit
15:20dans l'entreprise
15:21au niveau des services
15:22de l'Etat
15:23des consommateurs
15:23qu'on puisse effectivement
15:25passer d'une économie
15:26de la possession
15:27de la vente directe
15:28à une économie
15:29de l'usage
15:30et de la durée
15:31ça c'est le numéro 1
15:31on le retrouve
15:32effectivement dans notre
15:33publication
15:34Rio's Economy
15:3510 leviers pour changer
15:36d'échelle
15:372
15:37on a eu ce matin
15:38effectivement
15:39des entreprises
15:40qui ont de la TPE-PME
15:42au grand groupe
15:43qui expérimentent déjà
15:45l'économie
15:46de la fonctionnalité
15:46et ça marche
15:47ça a pris entre 3 et 5 ans
15:49de changer
15:50mais les relations
15:51avec les clients fournisseurs
15:53qui deviennent plutôt
15:54même des partenaires fournisseurs
15:55s'améliorent
15:56l'ADEME a fait récemment
15:57une étude
15:58sur 6 entreprises
15:59qui disent que
16:0092%
16:01des répondants
16:03ont amélioré
16:04effectivement
16:04la qualité des relations
16:06et que les impacts
16:07environnementaux
16:08sont vraiment réduits
16:09en termes de CO2
16:10d'impact sur les ressources
16:11donc on a des résultats
16:12concrets
16:13sociaux environnementaux
16:152
16:15en termes de profitabilité
16:17avec les cas
16:18qu'on avait
16:18et enfin 3
16:21sur les leviers
16:22donc Fabrice a effectivement
16:23commencé à en énumérer
16:24un des leviers
16:25qui m'a frappé
16:27c'est la commande publique
16:28la commande publique
16:30aujourd'hui
16:30c'est les achats
16:32c'est les achats de l'Etat
16:34les achats de l'Etat
16:34au niveau européen
16:35c'est 15% du PIB
16:37c'est énorme
16:38c'est colossal
16:39donc quand vous voulez
16:40enclencher
16:41un changement d'échelle
16:42il faut du volume
16:44et aujourd'hui
16:44l'effet volume
16:45qu'on peut avoir rapidement
16:46c'est par la commande publique
16:48pour le réemploi
16:49la réparation
16:50pour l'économie
16:50de la fonctionnalité
16:51et ça tombe bien
16:52c'est là où moi
16:53je garde espoir
16:53c'est que l'Europe
16:55travaille en ce moment
16:56vient de faire
16:57une proposition
16:57de règlement
16:58pour regrouper
16:59trois anciennes directives
17:01qui est le
17:01Public Procurement Act
17:03pour enfin dire
17:04l'Etat
17:05ne va plus seulement
17:06baser ses critères
17:07de sélection
17:08des fournisseurs
17:09uniquement sur le prix
17:10parce qu'on sait
17:11que si c'est le prix
17:12on tire à la baisse
17:13la qualité
17:14et donc on n'a pas forcément
17:15des produits robustes
17:16réparables qui durent
17:17mais va le faire
17:18sur un critère
17:19qualité-prix
17:20et que ce critère
17:21qualité-prix
17:22va prendre au moins
17:2330%
17:24de la valeur
17:26de la notation
17:26ça peut même monter
17:27jusqu'à 50%
17:28quand il s'agira
17:29de biens
17:30avec beaucoup
17:31d'intensité
17:31de main-d'oeuvre
17:32donc ça pour moi
17:33c'est effectivement
17:34une opportunité
17:35à regarder de près
17:36pour la reuse économie
17:38et l'économie
17:38de la fonctionnalité
17:39Pour terminer Fabrice
17:40derrière j'imagine
17:41tout ça
17:41il y a le consommateur
17:42aussi
17:43est-ce que lui
17:44il a des éléments
17:46qui le poussent
17:47à acheter
17:48ou à acheter
17:49l'usage
17:49comment est-ce qu'il peut
17:51être plus au courant
17:52est-ce qu'il est protégé
17:53voilà ce côté
17:54consommateur
17:56il y a un marketing
17:57d'usage
17:57à empérer
18:00je pense que c'est
18:01tout à fait possible
18:01si demain dans le cahier
18:02des charges
18:02des agences de marketing
18:03on leur dit
18:04ce qu'il faut vendre
18:05c'est pas le produit
18:06mais l'usage de produit
18:06ils vont trouver des astuces
18:08pour vous donner envie
18:08d'acheter l'usage
18:09vous serez beaucoup plus libre
18:11quand vous n'en aurez pas
18:12besoin de votre produit
18:13vous ne paierez pas
18:14pour quelque chose
18:14que vous n'utilisez pas
18:15parce qu'en fait
18:16le grosso modo
18:16aujourd'hui
18:16on a un tout un tas
18:18de trucs chez soi
18:19avec des durées d'utilisation
18:20qui sont anecdotiques
18:22et puis
18:23c'est assez facile
18:24de faire le parallèle
18:25avec je ne sais pas
18:26vous buvez un verre de lait
18:27le matin
18:27de temps en temps
18:28même pas
18:29dites oui
18:29de l'eau
18:31de lait ça marche
18:32parce que vous n'achetez pas
18:32une vache
18:33quand vous buvez un verre de lait
18:33vous n'achetez pas un train
18:35qu'on prenait le train
18:36il y a déjà
18:36pour les grosses infrastructures
18:37on ne se pose pas la question
18:38de posséder
18:40l'objet
18:41qui va nous rendre service
18:43dans la vie
18:45quotidienne
18:45que ce soit pour des véhicules
18:46que ce soit pour des machines
18:47des shampooineuses
18:48des appareils à raclette
18:49des haines
18:50il y a tout un tas de trucs
18:51qu'on pourrait
18:52si c'était pratique
18:52encore faut-il
18:53que ce soit pratique
18:54et c'est bien sûr
18:55il doit y avoir
18:57un réseau
18:57qui se mette en place
18:58de proximité
18:59pour que ce soit rapide
19:00que ce soit
19:01que les conditions de sécurité
19:03soient respectées
19:04encore une fois
19:04il y a toute une économie
19:06et donc ça serait super
19:07parce que ça va faire
19:08de la place dans nos placards
19:09ça permettra aux gens
19:10d'avoir des appareils
19:11qui sont toujours aux normes
19:13ça permettra aussi
19:14bien sûr
19:14d'intensifier l'usage
19:16de ces appareils
19:16et donc d'en fabriquer
19:17moins
19:18et c'est exactement
19:19ce qu'il faut
19:20qu'on arrive à faire
19:20parce que ce qui pollue
19:22aujourd'hui
19:23c'est la production
19:23donc on n'est pas du tout
19:26dans l'économie
19:26ou dans l'écologie punitive
19:27le but c'est pas
19:28de se priver
19:29de l'usage
19:30d'un objet
19:30c'est de l'utiliser
19:32plus et mieux
19:33à plusieurs
19:34Fabrice Bonifay
19:35merci beaucoup
19:36vous êtes président
19:37du C3D
19:38et Célia Renneson
19:39vous êtes cofondatrice
19:40directrice générale
19:41réseau VRAC et Réemploi
19:43merci beaucoup à tous les deux
19:44d'avoir participé
19:45à notre échange
19:45et merci à vous toutes et tous
19:47de nous avoir suivis
19:47c'était SmartEco
19:48merci à vous
19:51merci à vous
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