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  • il y a 24 minutes
Le réemploi et le vrac ont changé d’échelle en dix ans. Désormais structuré en filière et porté par un cadre réglementaire, le secteur cherche à consolider son modèle économique et à convaincre toujours davantage les entreprises et les distributeurs. Célia Rennesson, directrice générale de Réseau Vrac et Réemploi, revient sur les transformations du secteur et ses perspectives, au micro de Sibylle Aoudjhane dans SMART ÉCO.

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Transcription
00:00...
00:04Longtemps considérées comme des pratiques alternatives,
00:06le vrac et le réemploi ont aujourd'hui beaucoup évolué.
00:10Ce secteur doit désormais changer l'échelle,
00:13tout en faisant face à un contexte économique
00:15qui pousse les entreprises et les consommateurs à arbitrer leurs dépenses.
00:19Alors, où en est aujourd'hui la reuse economy en France ?
00:23Pour en parler, Célia Renson, bonjour, vous êtes mon invitée aujourd'hui.
00:26Vous êtes cofondatrice et directrice générale de réseau vrac et réemploi
00:31et donc vous fêtez cette année vos 10 ans.
00:34Justement, alors que vous rétropez d'aller un petit peu,
00:36cette première année de création, il y a 10 ans,
00:39où est-ce qu'on en était dans cette politique,
00:42dans cette manière de réemployer, d'utiliser le vrac ?
00:45Alors, le vrac et le réemploi des emballages étaient un marché émergent.
00:50Donc, vous pouvez effectivement trouver quelques bacs à pelles
00:53et silos de vente en vrac dans des magasins bio,
00:57mais ce n'était pas forcément très répandu.
00:59Et on était dans un contexte de septième continent plastique,
01:04de désir et aussi de volonté nécessaire de réduire ces déchets d'emballage jetables,
01:11notamment dans les courses du quotidien.
01:12Et la vente en vrac, en ce qu'elle permet d'acheter à la juste quantité
01:16dans ses propres emballages, un sac en tissu ou un bocal en verre,
01:20permettait en fait de pouvoir à la fois réduire le gaspillage de produits et les déchets.
01:26Et donc, partant de ce constat-là, on s'est dit qu'il fallait absolument capitaliser
01:29sur ce marché en émergence.
01:32Et du coup, le marché ne pouvait pas se développer par lui-même.
01:36Le seul consommateur ne pouvait pas décider que le vrac allait se développer.
01:39Donc, il fallait pouvoir construire à la fois les règles du jeu,
01:43mais aussi les outils qui allaient permettre aux entreprises,
01:47aux magasins, aux producteurs, aux collectivités, aux villes,
01:51un écosystème avec des règles du jeu et des outils pour que le vrac se développe.
01:56Et donc, c'est ce qu'on a fait pendant dix ans.
01:59Oui, parce que votre réseau, c'est un réseau de professionnels.
02:02C'est un réseau d'entreprises.
02:03On a plus de 400 entreprises adhérentes.
02:05Donc, on a des producteurs, des distributeurs et au milieu des opérateurs de vrac et de réemploi.
02:10Donc, ceux qui fabriquent des bacs à pelle, des emballages réemployables,
02:14qui viennent les collecter, les laver, les remettre en circulation.
02:18Qu'est-ce qu'on met derrière le mot réemploi ?
02:19Est-ce que c'est forcément de l'emballage ?
02:21Pas forcément.
02:22Donc, le mot réemploi a une définition juridique dans le Code de l'environnement
02:28qui permet de prolonger l'usage d'un bien, d'un produit ou d'un équipement dans le temps.
02:34Et donc, en fait, de lui donner plusieurs vies.
02:37Donc, c'est l'opposition du réemploi.
02:39C'est ce qu'on va appeler l'usage unique.
02:41Donc, on va avoir plusieurs utilisations versus une seule utilisation.
02:46Et qui est le plus difficile ou en tout cas le plus nécessaire à convaincre dans toute cette économie-là
02:53?
02:53Est-ce que c'était l'industriel, l'entreprise, pour qu'il puisse créer la réutilisation à grande échelle ?
03:00Alors, je dirais qu'il fallait surtout déjà définir de quoi on parlait.
03:05Ça peut paraître effectivement surprenant parce que le mot vrac, tout le monde connaît.
03:08Mais pour autant, il n'avait pas de définition légale dans le Code de la consommation.
03:13Et ça, c'est entré en vigueur ?
03:15Et donc, nous, on a écrit une définition qu'on a fait entrer dans ce Code de la consommation en
03:192020
03:20en nous appuyant sur le véhicule législatif qui est la loi AJEC.
03:23Donc, on lui a donné une existence juridique.
03:26Et à partir du moment où on donne une existence juridique,
03:29eh bien, on peut légiférer, on peut codifier, on peut venir donner des objectifs à un marché
03:33de dire on veut tant de vrac dans les magasins, tant de vrac chez les producteurs.
03:39Et on peut aussi accompagner avec des outils financiers,
03:42aider le marché à être financé, à être subventionné.
03:45Et on a permis, en fait, de continuer avec un autre véhicule législatif
03:51qui est la loi Climat et Résilience,
03:53dans laquelle on est venu mettre un objectif de 20% de vrac, par exemple,
03:58dans les magasins de grande distribution.
04:00Et de venir dire qu'il faut que les éco-organismes, par les éco-contributions,
04:06puissent venir contribuer au financement et au développement de ce marché.
04:09En fait, un marché, si on veut qu'il se développe,
04:11il a besoin d'infrastructures, il a besoin d'un cadre, d'un cap,
04:15d'outils fiscaux, d'outils financiers pour pouvoir se développer.
04:20Et une fois qu'on a mis ça en place, on peut développer l'offre.
04:23L'offre, c'est ce qu'on va trouver en magasin.
04:25Et si cette offre, elle est bien exécutée en magasin,
04:28qu'elle est massive, qu'elle fonctionne, qu'elle n'est pas plus chère,
04:32alors la demande, c'est-à-dire le consommateur, pourra effectivement changer.
04:36Donc c'est comme ça qu'on a raisonné pendant 10 ans.
04:39C'est travailler à faire en sorte que l'offre structure se massifie
04:42pour ensuite accompagner le changement de la demande.
04:46Est-ce qu'on est déjà arrivé au point où ça peut devenir une opportunité économique
04:50pour les entreprises, ou il faut encore justement une plus grande mise à l'échelle ?
04:55Alors on est exactement, pour moi, au point de rupture
04:58où les outils législatifs qui ont quelque part obligé les entreprises
05:03à aller vers ces modèles vont en fait être relayés
05:07tout simplement par notre géopolitique actuelle
05:10qui est que la pression sur les ressources,
05:14la raréfaction de nos matières premières,
05:16que ce soit parce qu'elles ne se trouvent pas dans notre sol,
05:19elles se trouvent dans les autres pays.
05:21Aujourd'hui, un emballage en plastique, il est fait à base de pétrole.
05:24Le pétrole n'est pas dans nos sous-sols.
05:25Votre smartphone, votre ordinateur, vos équipements,
05:28une pièce automobile qui est faite à partir de magnésium, par exemple,
05:32qui est un métal léger, ne sont pas dans nos sous-sols.
05:34Ils sont extraits dans d'autres pays.
05:37Ces matières premières-là, elles ne sont pas inépuisables.
05:40Donc déjà, elles ont une limite.
05:42Et ensuite, elles sont acheminées.
05:44Elles sont extraites, raffinées, assemblées, acheminées chez nous
05:49en passant par différents pays.
05:50Et on le voit avec, que ce soit depuis la crise Covid,
05:54où on a eu certaines barrières qui ont été fermées,
05:56que ce soit par une prise de conscience des guerres,
06:00le détroit d'Hormuz qui a été bloqué,
06:02ou tout simplement la Chine qui décide à un moment donné
06:05de fermer des robinets sur certains métaux critiques pour notre économie,
06:10font qu'on est face à une vulnérabilité de nos approvisionnements.
06:15Cette vulnérabilité de nos approvisionnements
06:18va nous contraindre à repenser, en fait,
06:22notre stock existant d'emballages, de produits et d'équipements.
06:26Et de se dire, une fois que c'est sur notre sol,
06:28on a tout intérêt à les garder le plus longtemps possible,
06:31parce que plus on les garde sur notre sol,
06:34plus on les fait circuler, on leur donne un maximum d'usages,
06:38et bien moins on est dépendant, et donc moins on est vulnérable.
06:42Et cette longévité, ça se fait...
06:44C'est un poids économique.
06:45Non, ça se fait surtout justement par le réemploi,
06:48par le reconditionnement, le remanufacturing, etc.
06:52C'est ce qu'on a appelé la reuse économie.
06:55C'est ce que j'allais dire, justement.
06:56Tout ça, c'est la reuse économie.
06:58Quels sont les chiffres clés, on va dire,
07:00de ce poids économique que c'est devenu en ces dizaines d'années ?
07:05Alors, ça va dépendre des secteurs.
07:07C'est une bonne question, parce que justement,
07:09aujourd'hui, elle n'est pas forcément mesurée.
07:11Donc là aussi, elle mériterait quelque part d'être définie.
07:14C'est ce qu'on essaye de faire en conceptualisant
07:17cette économie qui organise la réparation,
07:20le reconditionnement, le remanufacturing,
07:23qui permet d'avoir de multiples usages
07:25à partir d'un stock existant,
07:28donc de créer à la fois l'infrastructure industrielle,
07:31les flux logistiques, mais aussi les flux de données
07:34pour pouvoir tracer tous ces équipements.
07:36Et une fois qu'on peut dire qu'on la reconnaît,
07:39on va être en capacité de la mesurer.
07:40Donc, je peux vous donner un exemple.
07:42Dans l'emballage, ça n'est que 1%.
07:45Mais dans les smartphones, on peut monter jusqu'à 20%.
07:48Dans les machines à laver, ça n'est que 4%.
07:50Donc, on a aujourd'hui un poids qui est différent
07:54d'une filière à un autre,
07:55qui mériterait d'être davantage mesurée
07:58pour ensuite aussi être largement développée.
08:01Célia Renneson, merci beaucoup.
08:02Vous restez avec nous.
08:04Tout de suite, on passe au débat éco
08:06et on va approfondir cette circularité,
08:09ce secteur et l'économie de la fonctionnalité.
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