00:00...
00:04Longtemps considérées comme des pratiques alternatives,
00:06le vrac et le réemploi ont aujourd'hui beaucoup évolué.
00:10Ce secteur doit désormais changer l'échelle,
00:13tout en faisant face à un contexte économique
00:15qui pousse les entreprises et les consommateurs à arbitrer leurs dépenses.
00:19Alors, où en est aujourd'hui la reuse economy en France ?
00:23Pour en parler, Célia Renson, bonjour, vous êtes mon invitée aujourd'hui.
00:26Vous êtes cofondatrice et directrice générale de réseau vrac et réemploi
00:31et donc vous fêtez cette année vos 10 ans.
00:34Justement, alors que vous rétropez d'aller un petit peu,
00:36cette première année de création, il y a 10 ans,
00:39où est-ce qu'on en était dans cette politique,
00:42dans cette manière de réemployer, d'utiliser le vrac ?
00:45Alors, le vrac et le réemploi des emballages étaient un marché émergent.
00:50Donc, vous pouvez effectivement trouver quelques bacs à pelles
00:53et silos de vente en vrac dans des magasins bio,
00:57mais ce n'était pas forcément très répandu.
00:59Et on était dans un contexte de septième continent plastique,
01:04de désir et aussi de volonté nécessaire de réduire ces déchets d'emballage jetables,
01:11notamment dans les courses du quotidien.
01:12Et la vente en vrac, en ce qu'elle permet d'acheter à la juste quantité
01:16dans ses propres emballages, un sac en tissu ou un bocal en verre,
01:20permettait en fait de pouvoir à la fois réduire le gaspillage de produits et les déchets.
01:26Et donc, partant de ce constat-là, on s'est dit qu'il fallait absolument capitaliser
01:29sur ce marché en émergence.
01:32Et du coup, le marché ne pouvait pas se développer par lui-même.
01:36Le seul consommateur ne pouvait pas décider que le vrac allait se développer.
01:39Donc, il fallait pouvoir construire à la fois les règles du jeu,
01:43mais aussi les outils qui allaient permettre aux entreprises,
01:47aux magasins, aux producteurs, aux collectivités, aux villes,
01:51un écosystème avec des règles du jeu et des outils pour que le vrac se développe.
01:56Et donc, c'est ce qu'on a fait pendant dix ans.
01:59Oui, parce que votre réseau, c'est un réseau de professionnels.
02:02C'est un réseau d'entreprises.
02:03On a plus de 400 entreprises adhérentes.
02:05Donc, on a des producteurs, des distributeurs et au milieu des opérateurs de vrac et de réemploi.
02:10Donc, ceux qui fabriquent des bacs à pelle, des emballages réemployables,
02:14qui viennent les collecter, les laver, les remettre en circulation.
02:18Qu'est-ce qu'on met derrière le mot réemploi ?
02:19Est-ce que c'est forcément de l'emballage ?
02:21Pas forcément.
02:22Donc, le mot réemploi a une définition juridique dans le Code de l'environnement
02:28qui permet de prolonger l'usage d'un bien, d'un produit ou d'un équipement dans le temps.
02:34Et donc, en fait, de lui donner plusieurs vies.
02:37Donc, c'est l'opposition du réemploi.
02:39C'est ce qu'on va appeler l'usage unique.
02:41Donc, on va avoir plusieurs utilisations versus une seule utilisation.
02:46Et qui est le plus difficile ou en tout cas le plus nécessaire à convaincre dans toute cette économie-là
02:53?
02:53Est-ce que c'était l'industriel, l'entreprise, pour qu'il puisse créer la réutilisation à grande échelle ?
03:00Alors, je dirais qu'il fallait surtout déjà définir de quoi on parlait.
03:05Ça peut paraître effectivement surprenant parce que le mot vrac, tout le monde connaît.
03:08Mais pour autant, il n'avait pas de définition légale dans le Code de la consommation.
03:13Et ça, c'est entré en vigueur ?
03:15Et donc, nous, on a écrit une définition qu'on a fait entrer dans ce Code de la consommation en
03:192020
03:20en nous appuyant sur le véhicule législatif qui est la loi AJEC.
03:23Donc, on lui a donné une existence juridique.
03:26Et à partir du moment où on donne une existence juridique,
03:29eh bien, on peut légiférer, on peut codifier, on peut venir donner des objectifs à un marché
03:33de dire on veut tant de vrac dans les magasins, tant de vrac chez les producteurs.
03:39Et on peut aussi accompagner avec des outils financiers,
03:42aider le marché à être financé, à être subventionné.
03:45Et on a permis, en fait, de continuer avec un autre véhicule législatif
03:51qui est la loi Climat et Résilience,
03:53dans laquelle on est venu mettre un objectif de 20% de vrac, par exemple,
03:58dans les magasins de grande distribution.
04:00Et de venir dire qu'il faut que les éco-organismes, par les éco-contributions,
04:06puissent venir contribuer au financement et au développement de ce marché.
04:09En fait, un marché, si on veut qu'il se développe,
04:11il a besoin d'infrastructures, il a besoin d'un cadre, d'un cap,
04:15d'outils fiscaux, d'outils financiers pour pouvoir se développer.
04:20Et une fois qu'on a mis ça en place, on peut développer l'offre.
04:23L'offre, c'est ce qu'on va trouver en magasin.
04:25Et si cette offre, elle est bien exécutée en magasin,
04:28qu'elle est massive, qu'elle fonctionne, qu'elle n'est pas plus chère,
04:32alors la demande, c'est-à-dire le consommateur, pourra effectivement changer.
04:36Donc c'est comme ça qu'on a raisonné pendant 10 ans.
04:39C'est travailler à faire en sorte que l'offre structure se massifie
04:42pour ensuite accompagner le changement de la demande.
04:46Est-ce qu'on est déjà arrivé au point où ça peut devenir une opportunité économique
04:50pour les entreprises, ou il faut encore justement une plus grande mise à l'échelle ?
04:55Alors on est exactement, pour moi, au point de rupture
04:58où les outils législatifs qui ont quelque part obligé les entreprises
05:03à aller vers ces modèles vont en fait être relayés
05:07tout simplement par notre géopolitique actuelle
05:10qui est que la pression sur les ressources,
05:14la raréfaction de nos matières premières,
05:16que ce soit parce qu'elles ne se trouvent pas dans notre sol,
05:19elles se trouvent dans les autres pays.
05:21Aujourd'hui, un emballage en plastique, il est fait à base de pétrole.
05:24Le pétrole n'est pas dans nos sous-sols.
05:25Votre smartphone, votre ordinateur, vos équipements,
05:28une pièce automobile qui est faite à partir de magnésium, par exemple,
05:32qui est un métal léger, ne sont pas dans nos sous-sols.
05:34Ils sont extraits dans d'autres pays.
05:37Ces matières premières-là, elles ne sont pas inépuisables.
05:40Donc déjà, elles ont une limite.
05:42Et ensuite, elles sont acheminées.
05:44Elles sont extraites, raffinées, assemblées, acheminées chez nous
05:49en passant par différents pays.
05:50Et on le voit avec, que ce soit depuis la crise Covid,
05:54où on a eu certaines barrières qui ont été fermées,
05:56que ce soit par une prise de conscience des guerres,
06:00le détroit d'Hormuz qui a été bloqué,
06:02ou tout simplement la Chine qui décide à un moment donné
06:05de fermer des robinets sur certains métaux critiques pour notre économie,
06:10font qu'on est face à une vulnérabilité de nos approvisionnements.
06:15Cette vulnérabilité de nos approvisionnements
06:18va nous contraindre à repenser, en fait,
06:22notre stock existant d'emballages, de produits et d'équipements.
06:26Et de se dire, une fois que c'est sur notre sol,
06:28on a tout intérêt à les garder le plus longtemps possible,
06:31parce que plus on les garde sur notre sol,
06:34plus on les fait circuler, on leur donne un maximum d'usages,
06:38et bien moins on est dépendant, et donc moins on est vulnérable.
06:42Et cette longévité, ça se fait...
06:44C'est un poids économique.
06:45Non, ça se fait surtout justement par le réemploi,
06:48par le reconditionnement, le remanufacturing, etc.
06:52C'est ce qu'on a appelé la reuse économie.
06:55C'est ce que j'allais dire, justement.
06:56Tout ça, c'est la reuse économie.
06:58Quels sont les chiffres clés, on va dire,
07:00de ce poids économique que c'est devenu en ces dizaines d'années ?
07:05Alors, ça va dépendre des secteurs.
07:07C'est une bonne question, parce que justement,
07:09aujourd'hui, elle n'est pas forcément mesurée.
07:11Donc là aussi, elle mériterait quelque part d'être définie.
07:14C'est ce qu'on essaye de faire en conceptualisant
07:17cette économie qui organise la réparation,
07:20le reconditionnement, le remanufacturing,
07:23qui permet d'avoir de multiples usages
07:25à partir d'un stock existant,
07:28donc de créer à la fois l'infrastructure industrielle,
07:31les flux logistiques, mais aussi les flux de données
07:34pour pouvoir tracer tous ces équipements.
07:36Et une fois qu'on peut dire qu'on la reconnaît,
07:39on va être en capacité de la mesurer.
07:40Donc, je peux vous donner un exemple.
07:42Dans l'emballage, ça n'est que 1%.
07:45Mais dans les smartphones, on peut monter jusqu'à 20%.
07:48Dans les machines à laver, ça n'est que 4%.
07:50Donc, on a aujourd'hui un poids qui est différent
07:54d'une filière à un autre,
07:55qui mériterait d'être davantage mesurée
07:58pour ensuite aussi être largement développée.
08:01Célia Renneson, merci beaucoup.
08:02Vous restez avec nous.
08:04Tout de suite, on passe au débat éco
08:06et on va approfondir cette circularité,
08:09ce secteur et l'économie de la fonctionnalité.
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