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  • il y a 15 minutes
Travailler ne suffit plus à se nourrir : c'est le constat glaçant que dresse Andès, qui fédère aujourd'hui plus de 630 épiceries solidaires et accompagne plus de 260 000 personnes. Selon son baromètre, 43 % des bénéficiaires ont pourtant un emploi, et 85 % se sentent abandonnés par les pouvoirs publics. L'occasion de revenir sur les leviers d'action, des chantiers d'insertion aux mesures politiques urgentes à adopter.

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Transcription
00:06Le réseau des épiceries solidaires Andes au programme de ce débat, j'accueille Yann Ogé, bonjour.
00:11Bonjour.
00:11Vous êtes le directeur général chez Andes, les épiceries solidaires, et Thierry Barron, bonjour.
00:16Bonjour.
00:16Trésorier d'une épicerie solidaire qui s'appelle Solidaya et qui est à Paris.
00:20On va ensemble parler des résultats de ce deuxième baromètre des épiceries solidaires sur le quotidien, l'alimentation des travailleurs
00:28pauvres.
00:29Peut-être un constat général pour commencer Yann Ogé. Qu'est-ce qu'il en ressort ?
00:32Oui, écoutez, il en ressort que cette population que l'on étudie en particulier, les travailleurs pauvres, sont en situation
00:39de grande fragilité.
00:41Donc on peut rappeler qu'il s'agit de personnes qui ont un emploi, qui travaillent dans des conditions variables,
00:48ECDI, CDD, emploi précaire, etc.
00:50On en parlera peut-être, mais donc des personnes qui travaillent et qui se retrouvent en difficulté,
00:55et qui sont en général sous le seuil de pauvreté tel qu'il est défini par l'INSEE.
01:00En l'occurrence, plus de la moitié de ces travailleurs pauvres, c'est ça le constat principal,
01:05nous indique ne pas manger à sa faim.
01:08Donc constat assez catastrophique et qui se dégrade très légèrement par rapport au baromètre de l'année précédente.
01:14C'est ça, vous aviez publié déjà un baromètre, donc on n'est pas dans une situation d'amélioration.
01:20On va rentrer dans le détail, évidemment, ensemble.
01:22Peut-être un retour d'expérience, Thierry Barron, vous le ressentez, vous, ça, tout simplement, dans votre épicerie solidaire ?
01:27Tout à fait, on le ressent, puisque nous, on accueille à peu près 130 familles, je dirais, qui sont inscrites
01:33en permanence chez nous.
01:35Et cette population de travailleurs en situation de précarité, ça représente aujourd'hui à peu près 40% des fréquentations
01:44de l'épicerie solidaire.
01:46Fort heureusement, on est ouvert le samedi, ce qui permet aussi d'accueillir une forte proportion de travailleurs,
01:52parce que sinon, ce serait plus compliqué.
01:55Mais d'une année sur l'autre, bon là, moi, je ne suis pas dans le détail que donnait Yann,
01:59mais évidemment, on constate, nous, qu'il y a toujours une forte, forte, forte proportion,
02:06beaucoup plus forte qu'il y a 3 ou 4 ans.
02:08Avec aussi ce climat inflationniste en France, qui doit aussi impacter le quotidien des gens qui viennent chez vous ?
02:16Complètement. Les problématiques, on les voit, elles sont liées, évidemment, à l'alimentation, mais pas que.
02:24Nous, on est situé dans un quartier qu'on appelle quartier prioritaire de la ville,
02:28donc c'est des quartiers où le taux de pauvreté est supérieur, en fait, au taux de pauvreté que vous
02:34constatez ailleurs, dans Paris.
02:36Donc, beaucoup de logements sociaux, la hausse des loyers du logement social à Paris ces dernières années a particulièrement impacté
02:45ces populations,
02:46la hausse du coût de l'énergie aussi.
02:48Donc, on voit, en fait, s'installer tout un tas de précarités qui ne se limitent pas simplement à la
02:53précarité alimentaire,
02:54mais vous avez une précarité, moi, je dirais, hygiénique, par exemple, sur des gens qui vont acheter moins de produits
03:01de soins, d'entretien,
03:04parce que c'est compliqué.
03:06Et donc, oui, on voit vraiment, en fait, un phénomène qui se creuse.
03:11La hausse des prix des carburants, ça concerne les travailleurs pauvres ?
03:15Une partie d'entre eux ?
03:16Bien sûr, une grande partie, on n'a pas de chiffre dans ce baromètre.
03:20Qui n'ont pas le choix et qui doivent prendre leur voiture ?
03:22Absolument, comme beaucoup de Français, je pense que la proportion doit peut-être être plus élevée même.
03:27Là, je n'ai pas de chiffre à vous donner, mais bien sûr, là, on est très inquiet avec ce
03:30qui se passe sur les carburants.
03:32L'impact va être terrible.
03:34Et plus globalement, le contexte actuel va conduire, je pense, à ce que la situation se dégrade encore un peu.
03:44Les sécheresses que l'on a connues pendant l'été, par exemple, vont avoir un impact très fort, notamment sur
03:48le prix des fruits et légumes.
03:50Or, on voit dans le baromètre que les produits frais, c'est ce qui est sacrifié en premier par ces
03:54familles.
03:55Donc là, on est très inquiet de voir ce qui va se passer dans les semaines et mois qui viennent.
03:58Si on regarde un peu les détails, 40% des personnes que vous avez interrogées doivent sauter plusieurs repas par
04:05semaine pour permettre à d'autres membres du foyer de manger.
04:08En fait, on est dans un, quoi, dans une sorte de, je ne sais pas quel terme employer, mais d
04:13'arbitrage ou de sacrifice permanent.
04:15Comment vous l'analysez ?
04:16C'est exactement ça.
04:17Quand on a des difficultés, quand on n'a pas les moyens, on est dans l'arbitrage.
04:23L'alimentation, c'est toujours, malheureusement, la première variable d'ajustement pour les personnes en difficulté.
04:30En commençant par la qualité de l'alimentation, puis après, quand vraiment ça va mal, on en vient aux quantités.
04:36Donc, ce que vous citez, c'est exactement ce cas de figure.
04:39On en vient à restreindre les quantités.
04:42Et pour être plus précis, là, vous avez donné le chiffre global.
04:45Un chiffre qui m'a beaucoup frappé, c'est que dans les familles monoparentales qui sont dans cette situation de
04:51travailleurs pauvres,
04:52on a 54% des personnes qui nous disent qu'elles sautent des repas pour permettre à leurs enfants de
04:58s'alimenter.
04:59Donc là, on visualise très concrètement le repas de famille.
05:02Famille monoparentale, dans 90%, c'est une femme.
05:05C'est 90%, c'est exactement ça.
05:07Donc, c'est une maman qui saute les repas pour que ses enfants mangent.
05:10C'est exactement ça.
05:10Et on imagine bien la scène à table le soir où la mère dit non, mais moi, c'est bon,
05:14je n'ai pas faim.
05:15Et puis, les enfants mangent.
05:16Enfin, voilà, c'est extrêmement concret et c'est assez terrible.
05:20Et oui, les familles monoparentales sont parmi les plus touchées.
05:23Ça, ça ressort très fort dans le baromètre.
05:25Malgré l'existence d'un certain nombre d'associations, notamment les épiceries solidaires,
05:30est-ce qu'il y a encore une question d'information ?
05:32Alors, la question d'information sur les travailleurs, bien évidemment.
05:35Non. Donc, on essaie de faire un travail de proximité, de terrain, pour informer.
05:41Mais on voit bien que l'accès aux droits, enfin le problème de l'accès aux droits en général,
05:46que ce soit pour... n'est pas naturel pour les travailleurs.
05:50Les entreprises ne sont pas non plus, on va dire, extrêmement prescriptrices,
05:54ce qui est un petit peu dommage.
05:55Parce que, moi, je vais parler du cas de notre épicerie,
05:59où on a beaucoup, effectivement, de familles monoparentales,
06:02puisqu'on a deux foyers, en fait, de maternelles,
06:06donc de femmes avec des enfants qui viennent chez nous.
06:10Elles sont venues chez nous parce qu'il y en a une première qui est venue,
06:13qui a été orientée par un travailleur social.
06:15Et c'est comme ça, c'est un phénomène, je dirais, de bouche à oreille qui se produit.
06:20Mais ce n'est pas forcément complètement structuré au niveau de la démarche d'orientation.
06:24En tout cas, pas par leurs employeurs.
06:26Je travaille, donc je n'y ai pas forcément droit ?
06:28Exact.
06:28Est-ce qu'il y a un peu de ce réflexe-là ?
06:30Exact.
06:30Il y a un peu de ça, je peux compléter peut-être un petit peu.
06:33Il y a une question d'information, puisqu'on voit qu'il y a beaucoup de personnes dans le baromètre
06:36qui nous disent qu'elles pensent n'y avoir pas droit,
06:39pensant être juste au-dessus des seuils qui donnent droit à une aide,
06:43ce qui n'est pas tout à fait vrai.
06:45Et il y a aussi des sujets assez classiques,
06:48que malheureusement dans le secteur associatif et dans l'aide sociale,
06:51il y a un sujet de honte lorsqu'on fait appel à une aide extérieure.
06:55Et ce sentiment de honte, il est d'autant plus fort chez ces travailleurs pauvres
07:00qui travaillent donc par définition, qui aimeraient pouvoir s'en sortir seuls
07:03et qui sont peu enclins, un peu plus que la population globale,
07:07peu enclins à faire appel aux aides.
07:11C'est quoi le parcours d'une personne ou d'une famille
07:14qui pousse la porte de votre épicerie pour la première fois,
07:17peut-être justement pour connecter avec ce sentiment de honte qui peut les accompagner ?
07:24Généralement, si on parle de la population des travailleurs,
07:28généralement c'est par du bouche à oreille.
07:30C'est par du bouche à oreille où il y a des personnes qui vont dire
07:32« mais tu sais que tu as le droit ».
07:34Et donc ce droit pour l'exercer, il va falloir aller rencontrer un travailleur social.
07:38Donc il y a ce parcours en fait qui est ensuite de dire
07:41« bon ben on va contacter le travailleur social
07:43pour ensuite avoir cette possibilité d'orientation vers une épicerie solidaire ».
07:48Mais c'est vrai que le premier acte en fait,
07:53le premier acte, il n'est pas naturel.
07:56Voilà, il n'est pas naturel.
07:57Je suis dans une situation compliquée,
08:00comme le disait très bien Yann et nous on le voit,
08:03« j'ai pas le droit ».
08:04On voit dans les cités qui sont autour de notre épicerie solidaire
08:08un certain nombre de personnes qu'on rencontre,
08:11avec qui on discute,
08:12et qu'on sait qu'ils sont en situation de difficulté
08:15parce que par des réseaux associatifs on le sait,
08:20mais les personnes disent « mais non, moi je travaille ».
08:24Est-ce que le recours aux aides alimentaires,
08:28il est forcément en augmentation ?
08:30Ou alors, paradoxalement, il pourrait être en train de diminuer ?
08:33Alors, le recours global en valeur absolue,
08:37c'est-à-dire le nombre de personnes qui fréquentent l'aide alimentaire,
08:40est en augmentation constante depuis plus de 20 ans.
08:43Ça c'est très clair et c'est bien malheureux.
08:45En revanche, le pourcentage de personnes
08:48qui pourraient avoir droit à cette aide et qui y font appel,
08:51n'augmente pas forcément.
08:52D'ailleurs, dans ce baromètre,
08:54on identifie même une petite baisse chez les travailleurs pot.
08:58On a quelques points de pourcentage qui diminuent,
09:00donc je ne sais pas si c'est significatif,
09:02mais en tout cas, ça n'augmente pas.
09:04Ça c'est très clair sur cette population particulière
09:07des travailleurs pauvres qu'on a étudiée.
09:08Si on regarde un peu le sentiment d'abandon par les pouvoirs publics,
09:13c'est une des questions que vous avez posées dans le baromètre.
09:1485% des travailleurs pauvres disent avoir ce sentiment
09:18d'être abandonnés par les pouvoirs publics.
09:21Et pourtant, il y a des programmes d'aide.
09:24On peut toujours considérer que c'est insuffisant.
09:26On peut évidemment dire que c'est anormal
09:28dans une société comme la nôtre
09:30qu'il y a encore des gens qui travaillent
09:31et qui sautent des repas, évidemment.
09:34Mais on ne peut pas dire qu'il n'y a rien
09:35qui est fait par les pouvoirs publics.
09:37Quel message vous envoyez aux pouvoirs publics ?
09:39Ce chiffre-là est quand même terrible.
09:41C'est un des principaux enseignements de ce baromètre.
09:4485% c'est absolument incroyable.
09:47Notre interprétation, c'est qu'il est notamment lié,
09:49ce chiffre, à ce qu'on évoquait il y a quelques minutes,
09:53à la méconnaissance et à ce sentiment
09:57de ne pas avoir droit aux aides.
09:58Parce qu'évidemment, on est dans un pays
10:00qui déploie toute une politique sociale.
10:03Mais là, on s'est concentré sur l'analyse
10:06des travailleurs pauvres.
10:07Et ils sont 60%, si ma mémoire est bonne,
10:09à nous dire qu'ils considèrent être trop au-dessus
10:12des seuils, juste au-dessus des seuils
10:14qui leur donnent droit à une aide.
10:16Donc au pouvoir public, vous dites informer ?
10:19Informer mieux ?
10:20Absolument, informer, faire connaître.
10:23Bien sûr, ça soulève quand même une question plus large
10:25sur les politiques salariales, sur un tas de sujets
10:29évidemment beaucoup plus structurants.
10:31Mais à très court terme, oui, il y a un sujet
10:33d'information, des pouvoirs publics,
10:35de notre part, pour faire connaître nos dispositifs
10:39et la possibilité d'en bénéficier.
10:41Et après, s'il y a plus de personnes qui sont amenées
10:45à fréquenter nos épiceries, il va de soi qu'un des messages
10:49au pouvoir public, c'est qu'on a besoin de moyens
10:51pour faire fonctionner ces dispositifs sociaux
10:54qui fonctionnent par définition à perte
10:56et qui ont besoin d'être soutenus par les pouvoirs publics,
10:58par les personnes et par les entreprises aussi.
11:01Voilà, on est en collecte de fonds permanentes, bien sûr.
11:04Thierry Baron, comment ça se passe ?
11:07Les familles, les gens qui poussent la porte
11:09de votre épicerie sudère, ils payent ?
11:11Ils payent une partie ? Comment ça fonctionne ?
11:13Tout à fait. Le principe, en fait, c'est que les personnes participent.
11:17On parle de participation.
11:19Elles participent à hauteur.
11:21Alors, chez nous, c'est 20%.
11:23C'est-à-dire que quand vous achetez un produit
11:24dans un commerce lambda, vous allez payer un euro, par exemple,
11:27eh bien, les personnes paieront 20 centimes.
11:30Donc, c'est un réel, je dirais, plus pour pouvoir
11:34travailler, en fait, sur sa problématique économique.
11:37Moi, je voulais rajouter quelque chose à ce que disait Yann
11:39sur la problématique d'accès de ces personnes-là.
11:45Et nonobstant, je dirais, la volonté des pouvoirs publics,
11:48et on le voit à travers les dispositifs,
11:50de faire évoluer les choses,
11:51on a quand même aussi un phénomène de submersion
11:55sur les travailleurs sociaux.
11:56Et notamment, les travailleurs sociaux, nous, on le vit,
11:59les travailleurs sociaux de la ville, aujourd'hui,
12:01ils sont submergés.
12:03Ils ont trop de dossiers, donc ils n'arrivent pas
12:05à informer suffisamment, d'accord ?
12:06Et donc, je pense que c'est aussi
12:09un autre problème,
12:11c'est est-ce qu'on a bien une adéquation
12:13entre la volonté et les moyens ?
12:15C'est une incitation pour nous
12:17à développer des dispositifs
12:19plus souples, plus faciles d'accès
12:21pour entrer dans une épicerie.
12:23C'est dans un parcours social, comme ça a été
12:25très bien dit.
12:26Mais on développe aussi d'autres dispositifs,
12:28par exemple, des distributions
12:29de paniers de fruits et légumes,
12:31qu'on appelle mon panier primeur et solidaire,
12:33où il n'y a pas forcément
12:35tout un parcours social en amont.
12:38Les critères d'accès sont simplifiés,
12:40les personnes se présentent
12:42et peuvent bénéficier de ces ventes de paniers.
12:43C'est-à-dire que vous cherchez à aller vers
12:45les gens qui en ont besoin, c'est ça ?
12:47Absolument, absolument.
12:48Ça, c'est un mot à la mode
12:50et pour cause dans notre secteur.
12:52Il faut réussir à aller vers
12:54toutes ces personnes qui ne font pas appel
12:55à l'aide alimentaire ou aux aides en général,
12:58qui n'envisagent pas d'aller voir
12:59un travailleur social,
13:00parce que ce n'est pas un acte anodin quand même.
13:03Il faut qu'on trouve des solutions
13:05pour leur apporter directement
13:07notre aide et nos dispositifs.
13:09Merci beaucoup à tous les deux
13:11d'être venus expliquer, détailler,
13:13découvrir les résultats
13:14de ce deuxième baromètre des épiceries.
13:17Solidaires à bientôt sur Bsmart4Chain.
13:19J'en passe à notre rubrique start-up tout de suite.
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