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  • il y a 13 minutes
Ce jeudi 10 septembre, François Sorel a reçu Nicolas Gaume, président et cofondateur de Space Cargo Unlimited, ainsi que Jean-Baptiste Huet, journaliste BFM Business. Ils se sont penchés sur l'appel à la préférence européenne au Sommet de l'espace, dans l'émission Tech & Co, la quotidienne, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:01Tech & Co, la quotidienne, le débrief de la tech.
00:30On se retrouve le vendredi à 12h30, donc demain tu seras là, j'imagine une mission spéciale depuis ce sommet
00:35de l'espace.
00:37Et puis à tes côtés c'est Nicolas Gaume qui est là, bonjour Nicolas.
00:39Bonjour François.
00:40Heureux aussi de vous accueillir Nicolas.
00:42Alors Nicolas pour le présenter c'est quelqu'un qui a eu plusieurs vies dans le monde de la tech.
00:46Vous avez commencé très tôt dans le monde du jeu vidéo, on se souvient de Callisto, vous aviez même pas
00:5120 ans je crois à l'époque.
00:53Vous êtes passé par Ubisoft, par Lagardère, vous avez travaillé aussi pas mal d'années chez Microsoft,
00:58que vous avez quitté il n'y a pas si longtemps que ça.
01:00Tout à fait.
01:00Et maintenant, virage depuis quelques temps vers l'espace.
01:04Et ce qu'il y a d'amusant c'est que, bon alors vous allez nous expliquer ce que vous
01:07faites,
01:07mais il y a un truc de dingue, vous avez même envoyé du vin parce que vous êtes du sud
01:11-ouest d'après ce que j'ai compris,
01:12et vous avez même envoyé du Petrus sur l'ISS.
01:16Millésime de mille absolument, 12 bouteilles qu'on a vendu très cher et qui a financé notre projet.
01:21Non parce qu'avec Jean-Baptiste qu'on s'était dit peut-être qu'on pouvait avoir une bouteille.
01:24Si c'est possible, on en parle tout à l'heure mais j'ai effectivement aussi.
01:26J'ai pas l'impression que ce soit jouable.
01:28On va s'arranger.
01:28Bon enfin c'est pas grave, c'est pas grave.
01:30En tous les cas, merci d'être avec nous.
01:32Grand plaisir.
01:33Donc ce rendez-vous, 2000 participants je crois pour ce sommet de l'espace.
01:38Il y a 120 délégations, enfin voilà, il y a toute l'Europe qui est représentée,
01:41il y a même quelques acteurs américains.
01:43Je vous le disais tout à l'heure, en fin d'émission je recevais le porte-parole de Léo, Amazon
01:48Léo.
01:49Chris Weber sera avec nous sur le plateau de Tech&Co.
01:51C'est une pointure, c'est lui qui, enfin c'est l'un des pilotes en fait de cette constellation
01:57que Amazon s'apprête à lancer, a déjà lancé mais qui va évidemment accélérer en collaboration
02:03avec Ariane Espace, ça c'est plutôt une bonne nouvelle.
02:05Nicolas, ce sommet de l'espace, c'est le premier, voulu par Emmanuel Macron,
02:10je le disais tout à l'heure, bonne idée de se lancer dans ce rendez-vous, ce checkpoint
02:17j'ai envie de dire.
02:19Depuis 30 ans, l'espace est construit sur un multilitarisme avec énormément de collaboration
02:24internationale.
02:25La Station Spatiale Internationale c'est un partenariat entre la Russie, l'Europe,
02:29les Etats-Unis, le Japon et le Canada et beaucoup d'autres pays, très clairement
02:34dans une période de contraction géopolitique.
02:36Donc on peut dire que c'est un moment important d'arriver à garder cette dynamique internationale
02:40parce que les investissements, les opportunités sont extrêmement importantes et qu'au fond
02:45on n'arrivera vraiment pas bien à les gérer qu'à plusieurs.
02:48Donc rappeler cette nécessité de collaboration internationale je pense est une bonne chose
02:52dans cette période.
02:53Il y a également évidemment des enjeux de souveraineté dans des moments de tension
02:57et de guerre et clairement le spatial a aussi une fonction très importante dans
03:01ce domaine et l'Europe, par le fait des dernières évolutions, prend son envol et
03:05je dirais s'affranchit de tutelle internationale.
03:09Donc je crois qu'aussi c'est important de se regrouper.
03:12Jean-Baptiste, tout ça arrive aussi dans un contexte un peu particulier.
03:15On a entendu les déclarations de Donald Trump il y a quelques jours qui a carrément interdit
03:20certains acteurs américains de venir ici au sommet de l'espace alors qu'ils étaient invités.
03:26Donc ça prouve quand même on va dire le malaise global et puis tout ça aussi dans un contexte
03:31où il y a encore quelques années l'Europe brillait par son expertise dans le monde de l'espace.
03:38C'est toujours le cas mais moins le cas quand même il faut pas se voler la face.
03:42C'est clairement toujours le cas. Ne nous jetons pas des cendres à la figure.
03:46Non. On a quand même toutes les entreprises de toute taille nécessaires dans le spatial,
03:51des petites, des grandes, des très belles, vraiment avec des technologies très très bonnes,
03:57avec des ingénieurs exceptionnels, avec des ouvriers qualifiés absolument exceptionnels.
04:01Ne remettons pas ça en cause. Nous avons cet actif là.
04:04Après c'est vrai, mais on l'a répété 20 fois, 30 fois, 40 fois, on s'est laissé complètement
04:10submergé
04:10et spécifiquement par un homme, par Elon Musk, tout le monde lui riait au visage.
04:16À la figure il y a quelques années, il y a 10 ans, quand il disait
04:19mais moi je vais construire des fusées à l'appel, je vais pouvoir avoir accès à l'espace.
04:22Mais oui, c'est bien, c'est bien, c'est bien.
04:24Sauf qu'il a été, vous le savez, financé très massivement par les États-Unis, par la NASA,
04:28par les entités parapubliques. Donc il s'est développé très très vite.
04:31Et nous, c'est vrai qu'on s'est un petit peu endormi sous nos lauriers.
04:34C'est vrai qu'on a un petit peu cette culture de dire, quand on envoie une fusée,
04:38Ariane 6 ou Ariane 5, c'est quelque chose d'exceptionnel.
04:40On a fait quelque chose d'incroyable.
04:42Alors que Elon Musk est en train de rendre, et c'est sa stratégie, sa philosophie,
04:46l'espace banal. Pour Elon Musk...
04:48Il industrialise en fait l'espace.
04:49Il industrialise l'espace. L'espace devient finalement une banalité.
04:53Et c'est peut-être ça qu'on n'a peut-être pas encore intégré dans nos logiciels.
04:56Pour nous, ça reste encore quelque chose d'incroyable, d'exceptionnel.
04:58C'est un spectacle alors que pour lui, un lancement de fusée...
05:00Et c'est devenu une véritable industrie avec des cadences très fortes.
05:04Donc en tout cas, voilà, on a toutes les armes nécessaires,
05:06sauf qu'il faut déjà industriellement qu'on s'active un petit peu aussi,
05:10qu'on lance beaucoup plus de fusées, que les industriels comme Ariane Group,
05:13et ils l'ont annoncé d'ailleurs cette semaine, augmentent sensiblement leur cadence.
05:16Mais ça, ça veut dire évidemment plonger dans toute la chaîne de sous-traitance industrielle
05:21pour que tous les acteurs d'une chaîne industrielle puissent se synchroniser,
05:24pour qu'on puisse ensemble tous accélérer.
05:25Je vais rajouter une chose, c'est que SpaceX est une entreprise véritablement incroyable,
05:30qui porte des innovations de rupture.
05:32Elle est aussi le fruit d'une politique active de la NASA de partenariat public-privé.
05:36Un changement de paradigme dans lequel on a amené des entrepreneurs,
05:40et on a donné des moyens aux entrepreneurs comme Elon Musk, Jeff Bezos et beaucoup d'autres derrière,
05:46de créer des infrastructures qui jusqu'à présent étaient réservées à des acteurs publics.
05:50Et ça a libéré une énergie, ça a libéré des opportunités, des initiatives.
05:53Et au fond, il y a aussi cette chose-là qu'il faut souligner.
05:57Je crois que l'ESA, le CNES en particulier, ont complètement pris cette mesure
06:02et qu'on a des évolutions extrêmement intéressantes.
06:05Clairement, il faut garder un rôle souverain.
06:07Et je crois qu'il va être rappelé, il a été rappelé, il continuerait à être rappelé au-delà du
06:10sommet.
06:11Mais cette dynamique public-privé, elle a été aussi un des terreaux de l'essor américain.
06:16Nicolas, vous avez travaillé aux États-Unis.
06:18Est-ce que vous avez rencontré Elon Musk ?
06:21Est-ce que c'est quelqu'un que vous connaissez ?
06:23Ou est-ce que vous avez entendu parler de sa manière de faire et de sa, on va dire,
06:27de cette marche forcée vers l'espace ?
06:29Je n'ai pas personnellement rencontré Elon Musk.
06:31J'ai travaillé énormément avec ses équipes. Je les connais très bien.
06:33J'ai passé beaucoup, beaucoup de temps chez SpaceX.
06:37J'ai fait plein de choses et je vais faire plein de choses avec SpaceX.
06:40Et c'est une entreprise assez remarquable avec une concentration de talent, d'énergie exceptionnelle
06:45et un sens de la mission.
06:46Ce qui me frappe chez SpaceX, c'est que la rupture et les ruptures que l'on voit,
06:51elles sont nourries par une excellence d'ingénierie.
06:54Mais comme vous l'avez dit, Jean-Baptiste, on a cette excellence-là.
06:56Mais après, la culture manageriale, la culture qui vient de la Silicon Valley,
06:59de production, d'itération, le rapport à l'échec.
07:03Très honnêtement, c'est peut-être le trait qui nous différencie encore trop, je crois, des États-Unis,
07:08dans lequel on a besoin d'un système parfaitement robuste pour le mettre en service.
07:13Alors au fond, SpaceX nous a montré qu'en testant, en apprenant, en échouant,
07:18on était beaucoup plus rapide, en fait.
07:19Il y a un exemple qui est parlant et qui est actuel.
07:22L'un des projets d'Elon Musk, c'est d'envoyer des data centers, en fait, dans l'espace,
07:28justement pour avoir de la puissance de calcul à quelques centaines de kilomètres d'altitude.
07:32Il y a plein d'ingénieurs qui disent que c'est impossible parce que dans l'espace,
07:36c'est le vide et on ne pourra pas refroidir du matériel.
07:41Il n'y a pas d'air qui passe, etc.
07:43Et bien les ingénieurs, c'est ce que vous disiez Nicolas, les ingénieurs de SpaceX disent oui, on va y
07:47arriver.
07:48Alors qu'ils sont presque moqués, en fait, par toute l'intelligentsia et tous les ingénieurs, en fait, qui disent
07:55que c'est impossible.
07:56Il va sans doute réussir son pari.
07:57Alors pour être un peu plus granulaire, on n'a pas de convection.
08:00Donc effectivement, on ne peut pas évacuer la chaleur.
08:01Donc, même si on a une énergie qui est abondante parce que les panneaux salaires sont jusqu'à trois, quatre
08:06fois plus productifs.
08:06Et là, il n'y a pas de nuages.
08:07Donc, effectivement, trois, quatre fois plus productifs, mais on ne peut pas évacuer la chaleur facilement.
08:11Donc, en fait, ça amène une architecture assez innovante qui est assez adaptée à leur constellation de satellites Starlink.
08:16C'est à dire qu'au lieu de faire des gros data centers qui, effectivement, peuvent avoir la limite très
08:21juste titre
08:22et les difficultés qui peuvent même rendre impossible le processus, il a une puissance de calcul très distribuée.
08:27Et comme il envoie des millions de satellites, chaque satellite fait un calcul finalement, un stockage relativement léger.
08:34Mais c'est la masse de ces satellites là.
08:36Et au fond, le sujet…
08:37Ils sont interconnectés en fait.
08:38C'est du grid compliqué.
08:39Exactement.
08:40Donc, il a une sorte de démultiplication.
08:42Et au fond, il y arrive parce qu'il a derrière avec notamment Starship qui est cette grande fusée
08:47qui est en train de production et qui est un bijou de technologie,
08:50la capacité d'envoyer des dizaines de milliers de satellites par trimestre et in fine des millions.
08:56Et c'est là où il fera la différence.
08:58Et nous, pendant ce temps-là, quelle est notre stratégie, Jean-Baptiste ?
09:04Est-ce qu'on doit copier les Américains alors qu'on n'a pas l'argent ?
09:07On n'a pas les moyens, ça c'est clair.
09:08On a moins d'argent qu'eux.
09:09On a moins d'argent, mais on en a moins qu'eux, effectivement.
09:11Mais qu'est-ce qu'il faut faire ?
09:13Est-ce qu'il faut essayer d'avoir un chemin un peu en biais,
09:17ne pas aller directement en frontal avec les États-Unis ?
09:20Est-ce qu'il y a des domaines sur lesquels on pourrait justement tirer notre épingle du jeu à ton
09:25avis ?
09:26Déjà, il y a une philosophie qui est différente.
09:28Et ce sommet spatial nous l'a montré.
09:30C'est que, j'allais dire, malheureusement ou heureusement,
09:32ça c'est chacun se met dans le camp dans lequel il veut.
09:35On a une Europe qui veut réguler.
09:38Regardez les exemples qu'on a eus ces dernières heures, effectivement.
09:40On a eu beaucoup de choses qui ont été dites au sujet de la régulation,
09:44de l'attribution des fréquences.
09:45On sait que Starlink a de très nombreux satellites en orbite,
09:49des dizaines de milliers, bientôt peut-être plus,
09:51peut-être des data centers en orbite demain.
09:53Ils utilisent des fréquences.
09:55Donc c'est premier arrivé, premier servi.
09:57Donc il y a un problème de souveraineté en termes de fréquences.
09:59Et que dit l'Europe ?
10:00Ce serait bien de réguler.
10:01C'est d'ailleurs une raison pour laquelle les Américains ne sont pas venus en France.
10:04Parce qu'ils ne veulent pas s'accorder sur la régulation que l'Europe voudrait mettre en place
10:08pour attribuer les fréquences.
10:10Réguler aussi le nombre de satellites qu'il y a dans l'espace.
10:12On commence bientôt, ou on commencera dans quelques années,
10:15à avoir des orbites qui vont devenir inutilisables.
10:17Parce qu'on a des débris qui flottent, etc.
10:19Et donc on a cette vision européenne de régulation
10:22que n'ont pas les Etats-Unis, en tout cas moins les Etats-Unis et moins la Chine.
10:26Ça peut être une faiblesse, mais ça peut être aussi une force.
10:28Après, Nicolas ?
10:30Je voudrais dire que je m'artiste.
10:31Parce que je pense que les Etats-Unis et la Chine régulent.
10:33Peut-être qu'on régule un peu a priori, et peut-être que plus a posteriori.
10:38Donc ils laissent effectivement un espace d'expérimentation.
10:42Et peut-être, je crois que sans repartir sur des postures,
10:45on a le moyen d'ajuster ça assez facilement.
10:47On en entend beaucoup parler ici, on a beaucoup entendu parler ici,
10:49et d'ailleurs depuis plusieurs années, d'espace Far West.
10:51C'est Florence Parly, la ministre de la Défense, il y a maintenant quelques années,
10:53qui avait un petit peu popularisé cette thématique.
10:56Et qu'on en a entendu beaucoup, beaucoup ici.
10:58Notamment Philippe Baptiste, le ministre qui s'occupe du spatial.
11:01Mais est-ce que c'est pas aussi une posture un peu défensive, le fait de réguler ?
11:05Je crois qu'on a un souci du bien commun, qu'on a un souci du vivre ensemble en Europe,
11:11dont on devrait se féliciter.
11:14Après, j'ai le sentiment personnel que ça n'empêche pas des innovations, voire des innovations de rupture.
11:19Comme je le disais après, c'est une question de dosage.
11:21Je crois que quand on a lancé des grands programmes spatiaux, on a pris des risques, on a lancé des
11:27choses.
11:27Il y a des centres d'annonces qui sont faites au sommet.
11:30Mes compatriotes bordelais d'Hyperspace annoncent qu'ils vont lancer du sol français une fusée.
11:35Très objectivement, ça paraissait incongru d'avoir la régulation qui autorise un lancement depuis le sol de l'Hexagone.
11:43Ça se fait.
11:44Donc, je suis en train de dire que je crois que les choses peuvent évoluer assez facilement.
11:46On a des gens, on a des sachants, on a une agence spatiale en France qui est absolument exceptionnelle.
11:51On a une agence européenne qui est puissante.
11:53On a une culture de collaboration, je crois, en Europe qui est assez inspirante.
11:58Je suis vraiment beaucoup moins pessimiste que beaucoup.
12:01On a des différences industrielles et politiques.
12:05On a des agences françaises comme le GIFAS qui regroupent toutes les industries aéronautiques spatiales.
12:11On a les Italiens, on a les industries allemandes qui nous disent, mettons-nous ensemble avec plaisir.
12:17Mais quand vous regardez du côté politique, le chancelier Mertz n'est pas venu.
12:22On sait que l'Allemagne, maintenant, depuis quelques mois, fait cavalier seul, commence à faire cavalier seul en spatial.
12:28Elle veut développer sa propre constellation militaire.
12:31Et ça, on est obligé de le souligner parce que ça a été quand même...
12:33Alors, on dit que les Américains ne sont pas là. Il y en a, certes.
12:35Mais les Allemands, j'allais dire, c'était presque plus important qu'ils soient là.
12:38Il y a le ministre de la Défense qui est là.
12:40Mais voilà, on a des industriels qui veulent y aller et des politiques qui, parfois, en tout cas au niveau
12:45européen...
12:45C'est ça, c'est juste. On doit aujourd'hui souligner que...
12:48Il ne faut pas confondre compétitivité et concurrence parce que, finalement, c'est un peu ça ce qui se passe.
12:52C'est-à-dire que chacun veut apporter sa pierre à l'édifice, mais on ne discute pas...
12:59Enfin, on discute entre nous, mais on ne crée pas de projet commun au niveau spatial.
13:03Alors, bien sûr, il y a un espace qui est un projet européen commun.
13:06Mais est-ce qu'il ne faudrait pas... Si on veut se battre à armes égales face aux États-Unis
13:11ou à la Chine, est-ce qu'il ne faut pas justement essayer de se mettre d'accord ?
13:14Je crois que le spatial est un secteur dans lequel la compétition est dans l'ADN de la plupart des
13:19entreprises.
13:20Donc, on a l'habitude d'être concurrent et, sur certaines choses, partenaires.
13:23Et globalement, je pense que les industriels font plutôt un travail, que ce soit les grandes entreprises ou les startups.
13:29Le GIFAS représente une filière extrêmement dynamique avec des grands industriels, des startups réunies dans le club Starter.
13:35Il y a une alliance New Space qui réunit des startups du spatial.
13:38Et ces acteurs-là, qui existent également en Allemagne et dans d'autres pays, savent travailler les uns avec les
13:43autres.
13:44Effectivement, et vous l'avez dit, François, il y a quand même, in fine, des différences de souveraineté qui sont
13:50moins sur les usages civils et commerciaux.
13:53Observations de la terre pour des problématiques de calcul de primes d'assurance, des problématiques de communication, de météorologie ou
13:59des choses comme ça.
14:00Que sur des sujets militaires où, effectivement, dans le moment de tension géopolitique, on a besoin d'intelligence sur le
14:07sol.
14:07On a besoin de communication exclusive et c'est ce qui peut créer la ligne de fracture.
14:10Mais vous avez entendu hier et aujourd'hui les industriels faire un appel très solennel à ce qu'effectivement l
14:16'Europe, dans sa globalité, dans ses prochains budgets,
14:18fassent confiance aux industriels, passent des commandes publiques et créent une dynamique qui sera européenne.
14:24On peut juste se réjouir peut-être de quelque chose.
14:27Ces dix dernières années, dix, quinze dernières années, on a vu sortir industriellement des entreprises du New Space.
14:34Énormément de startups, de petites entreprises que vous avez reçues d'ailleurs, François, mais on a Sky Nopi.
14:39Il y en a plein d'autres qui sont venus, qui étaient toutes petites à l'origine et qui se
14:43sont développées,
14:43qui sont restées en même temps très agiles, très efficaces.
14:45Et ça, il y a quelques années, on avait les gros groupes classiques, bien installés, confortablement,
14:50avec un rythme, un train de sénateurs.
14:52Et on a quand même vu fleurir comme ça toutes ces entreprises.
14:56Donc je pense que ça, c'est le signe positif.
14:57Maintenant, il va falloir réussir à articuler ces entreprises incroyablement agiles et efficaces,
15:02qui ont plein d'idées.
15:03Et puis en même temps, des grands groupes qui sont un petit peu plus lents
15:06parce qu'il va y avoir dans les années qui viennent des capacités spatiales,
15:10une demande de capacités spatiales énorme.
15:12Donc il faut arriver peut-être à mieux coordonner les deux aujourd'hui.
15:14Deux choses, si vous me permettez. D'abord, c'est une volonté politique.
15:17Un certain nombre de pays en Europe ont vraiment investi dans cette nouvelle entreprise.
15:22Je connais très bien le Luxembourg où je suis et objectivement l'Agence spatiale luxembourgeois,
15:28le gouvernement luxembourgeois ont poussé à développer de très belles entreprises.
15:31Et le président Macron, dans toutes les initiatives French Tech, au-delà de l'IA, de la Deep Tech, du
15:37Quantique,
15:37a vraiment privilégié le secteur spatial. Je crois que c'est aussi pour ça qu'il souhaitait ce sommet.
15:41Et on peut dire qu'avec France 2030, avec les actions de la BPI, on a pu voir émerger aussi
15:46des entreprises
15:47et des financements pour stimuler cette éco-là.
15:49Sur les partenariats grand groupe, petit groupe, moi je peux en parler.
15:52Je travaille énormément avec Thalesania Space.
15:55Je développe un véhicule spatial que j'ai conçu et qui est fabriqué par Thalesania Space.
16:00Et donc c'est typiquement un exemple qu'on peut travailler de manière intelligente
16:03entre grand groupe et entreprises plus agiles, plus nouvelles.
16:07C'est vrai que ce que disait tout à l'heure Jean-Baptiste est à mon avis juste,
16:10c'est qu'il y a un temps long européen qu'il va falloir quand même raccourcir.
16:15C'est-à-dire que quand on voit la vitesse, le pas de charge de SpaceX, il va falloir qu
16:19'on accélère en fait.
16:21On a quand même le poids d'une institution qui est très lente à réagir.
16:28Quand même, il faut avoir en tête que SpaceX est une entreprise absolument incroyable et unique.
16:32Très clairement, vous allez aux Etats-Unis, l'essentiel du spatial sont des entreprises qui ont les mêmes travers que
16:38ceux que vous venez de décrire.
16:39Mais peut-être faudrait-il s'en inspirer à ce moment-là.
16:41Je crois qu'on s'en inspire. Il y a un certain nombre de belles entreprises qui émergent avec cette
16:45ambition.
16:46Et clairement, on peut imaginer que demain, on aura des géants européens qui pourront rivaliser vraiment.
16:53On ne se rend peut-être pas compte parce que finalement, les satellites, on ne les voit pas.
16:57Quoi qu'on les voit de plus en plus.
16:58C'est vrai qu'on regarde peu souvent finalement le ciel et pourtant.
17:06Aujourd'hui, s'il n'y avait plus de satellites, Nicolas, le monde s'arrêterait.
17:09Parce que Internet, la communication, le GPS, la défense, le renseignement, l'accès à l'autonome à l'espace.
17:18Enfin, il y a plein de sujets qui découlent en fait de ces satellites.
17:23Totalement. La révolution spatiale a finalement le même impact que la révolution numérique que nous avons connue dans les années
17:2990-2000.
17:30Et un certain nombre d'infrastructures qui en se libérant, donc on parlait par exemple d'observation de la Terre.
17:35Au début, on regardait des théâtres de guerre et de l'image pour des renseignements militaires.
17:40Aujourd'hui, clairement, j'en le mentionnais tout à l'heure, pour faire des calculs de primes d'assurance au
17:44moment du changement climatique,
17:45on ne peut vraiment pas bien le faire sans images satellites.
17:49Certaines chaînes de magasins mesurent la fréquentation de leurs magasins avec des images satellites de leur fréquentation de parking et
17:55autres.
17:56Donc, à tout un tas de niveaux du consommateur, de l'utilisateur des services publics, des entreprises, des grands groupes,
18:02on a une véritable dynamique spatiale et elle ne va que s'accélérer.
18:06Alors, présentez-nous un peu Space Cargo Unlimited, ce que vous faites maintenant.
18:10Et votre vision est assez intéressante et quand même un peu insolite quand on n'est pas dans ce milieu
18:18-là.
18:18Vous vous dites que finalement l'espace, au-delà de tout ce qu'on a dit, peut servir aussi à
18:24produire et à fabriquer les choses.
18:26Tout à fait. Donc l'espace en orbite basse, c'est-à-dire grosso modo de quelques centaines de kilomètres
18:31au-dessus de nos têtes, en dessous...
18:33Où il y a les satellites Starlink.
18:34Voilà, là où sont les satellites, là où les stations spatiales internationales, là où voyagent beaucoup de vaisseaux spatiaux.
18:40Eh bien, c'est un espace dans lequel on n'est pas loin de la Terre.
18:44On a dans ces vaisseaux spatiaux pressurisés, on retrouve les conditions terrestres et il y a quelque chose d'extrêmement
18:48précieux qui est l'absence de gravité.
18:50La gravité, c'est le seul paramètre de la vie qui n'a jamais bougé sur Terre. Il est là
18:54depuis des milliards d'années.
18:55Mais quand on l'enlève tout en gardant tous les autres paramètres, oxygène, CO2, luminosité, etc., on peut faire des
19:01tas de choses dans des domaines aussi variés que l'industrie pharmaceutique, l'électronique, l'agriculture, les nouveaux matériaux, des
19:08produits qui pourraient être soit très difficilement, soit tout simplement pas fabriqués sur Terre.
19:12On peut les fabriquer sans gravité. Des alliages. Vous mélangez deux alliages. Le plus lourd va vers le bas du
19:18fait de la gravité sur Terre. Le plus haut, dessus. Vous n'avez pas un alliage parfait. Vous faites la
19:22même chose dans l'espace. Vous avez un alliage bien meilleur.
19:24On ne peut pas reproduire un espace sans gravité sur Terre ?
19:28On peut. Et je suis très heureux d'avoir annoncé la semaine dernière que nous avons pris une participation aux
19:34côtés du CNES dans la société Novespace, qui est dirigée par Thomas Pesquet et Thierry Garib.
19:39Et c'est un opérateur d'avions paraboliques. Ce sont des avions qui vont faire des paraboles. Et dans la
19:44phase descendante, pendant quelques dizaines de secondes, vous aurez une absence de gravité.
19:48Mais si vous voulez aller au-delà de fonctions de recherche que ces avions permettent et pour une vraie fabrication
19:53comme nous l'ambitions de le faire, on a besoin de semaines, de mois de microgravité.
19:57C'est-à-dire qu'on n'arrive pas aujourd'hui à créer un espace sur Terre où la gravité
20:01est annulée ?
20:02On ne peut pas franchir la gravité sur Terre. Point.
20:04Et donc, je vous parlais de nouveaux matériaux, mais on a des tas de choses intéressantes. Dans la pharmacie en
20:08particulier, l'industrie pharmaceutique, on a une évolution des cellules qui peut être beaucoup plus rapide,
20:13ce qui peut accélérer le développement de médicaments. On peut avoir des phénomènes dans l'agriculture qui nous permettent de
20:20créer des résiliences supérieures à certaines plantes.
20:22C'est ce que nous avons fait pour créer des serments de vignes qui sont plus résistants au stress hydrique,
20:29thermique et aux pathogènes comme le mildiou qui se développe malheureusement avec le changement climatique.
20:33Et en faisant ces premiers travaux sur la Station Spatiale Internationale, on s'est aperçu qu'il y avait un
20:39vrai déficit d'infrastructures.
20:41Parce que tout ce travail de la microgravité, il a été découvert par les astronautes, il a été développé sur
20:46la Station Spatiale Internationale.
20:48Mais on n'a vraiment pas jamais su passer à l'échelle, passer à la dimension industrielle, parce que l
20:53'être humain devient un obstacle.
20:54C'est très fragile un être humain dans l'espace. Et donc, on a des contraintes de coûts d'exploitation
20:58qui multiplient les coûts de manière drastique.
21:00Et donc, nous, on crée une usine spatiale automatisée qui vole sur différents vaisseaux spatiaux qui vont aller dans l
21:07'espace et revenir et qui permettent de fabriquer toute une variété de produits.
21:11On a plus d'une centaine de clients. On a deux vols. On va valer 100 kg de charge utile
21:15l'année prochaine.
21:16Et l'objectif d'ici trois ans, et je vous encourage à écouter ce qu'on va raconter dans les
21:21semaines qui viennent.
21:22On fera quelques belles annonces, mais on va passer à plus de trois tonnes par an dans les prochaines années
21:26pour développer une véritable capacité industrielle qui sera réalisée.
21:30Finalement, l'Europe européenne est ouverte sur le monde. Et je pense qu'à ce titre-là, on est assez
21:35novateur dans le monde entier.
21:36Il y a des partenaires... Enfin, est-ce qu'il y a des concurrents américains qui font ce que vous
21:39faites ?
21:39Alors, il y a quelques concurrents américains, absolument. Notamment, il y a une très belle entreprise californienne, mais qui s
21:43'est intégrée verticalement pour développer ses propres médicaments.
21:46Nous, on a pris le parti pris. On en revient à ce que vous disiez sur l'Europe, qu'il
21:50y avait beaucoup de groupes pharmaceutiques, de biotech en Europe.
21:54Et plutôt que de dire on va faire notre propre intégration verticale, on va donner ces moyens à ces entreprises
22:00d'accéder à l'espace, de pouvoir fabriquer des produits discriminants
22:03avec des prix plus bas, une innovation plus discriminante, les ramener et les aider à produire.
22:07Alors, quand on dit usine spatiale, c'est ce que nous faisons. On appelle ça la bentobox. C'est le
22:11nom de notre plateforme.
22:13On n'est pas vraiment à faire une chaîne complète. Par exemple, on va permettre à des biotech de fabriquer
22:17un litre d'un liquide qui, revenu sur Terre dans une usine terrestre,
22:20va fabriquer des millions de pilules. Mais ce litre de substance ne pourrait être véritablement bien fabriqué que dans l
22:25'espace.
22:25Donc, notre métier, c'est amener l'unité de fabrication dans l'espace, l'opérer à distance depuis Bordeaux avec
22:33des technologies de pointe,
22:34le ramener avec nos partenaires opérateurs de véhicules et le livrer à nos clients. Donc, c'est une vraie innovation.
22:39Je me demandais, Nicolas Gomes, est-ce que le sens de l'histoire dans quelques décennies n'est pas justement
22:44d'avoir en orbite des vraies usines spatiales
22:47avec des vraies chaînes de production en orbite ? On parlait des data centers en orbite qui sont déjà des
22:51choses plus conséquentes.
22:52On peut imaginer vraiment une usine de A à Z dans l'espace, en tout cas, des data centers d
22:58'un conteneur.
22:58Je pense qu'on le peut. Je crois qu'il faut éviter le techno-solutionnisme. Si vous dites qu'on
23:02va enlever une pollution terrestre,
23:03on va la mettre dans l'espace, parce qu'il y a quand même le coût d'accès à l
23:06'espace qui pollue.
23:07Bien sûr. Et puis, tout ça sera au-dessus de nos têtes, accessoirement.
23:09Mais il faut regarder les choses avec Pragmatis. Ça peut avoir des vrais éléments. Là, ce qui nous intéresse à
23:12court terme,
23:13c'est vraiment faire des produits qu'on ne pourrait tout simplement pas faire sur Terre et faire avancer la
23:17pharmacie, l'agriculture,
23:18les nouveaux matériaux électroniques. Mais c'est vrai que ça peut être le cas.
23:22Et voilà. Le sens de l'histoire, c'est qu'on va réhabiter la Lune, qu'on va aller sur
23:26Mars un jour ou l'autre
23:27et que pouvoir fabriquer ce qui est nécessaire, c'est des technologies qu'on va apprendre à faire dans l
23:32'espace.
23:33Passionnant tout ça.
23:33Ce qui pose la question de l'accès à l'espace. Comment vous gérez justement ce qui est fait ?
23:36Merci de vous pointer. Et ça, je suis sûr que François, puisqu'on en parlait avant cette émission, c'est
23:41un vrai sujet.
23:41C'est un vrai sujet, Jean-Baptiste. Aujourd'hui, l'économie spatiale s'est développée parce que SpaceX permettait un
23:47accès pas cher à l'espace.
23:48Ils ont décidé d'arrêter leur programme de ride-share, de partage sur les fusées Falcon 9 pour se concentrer
23:54pleinement sur Starship,
23:56déployer les satellites dont on parlait. Et c'est vrai que ça prive beaucoup d'acteurs dans le monde entier
24:00d'un accès à l'espace peu cher.
24:02On a des acteurs remarquables qui sont en train d'être développés en Europe.
24:04On a eu le week-end dernier une entreprise allemande, Isar, qui est une start-up qui a fait un
24:09premier vol réussi.
24:10On a Maya en France. On a PLD en Espagne. On a RFA qui est une très belle entreprise en
24:17Allemagne.
24:19On a Avio en Italie.
24:21Maintenant, clairement, ça sera aussi une question non pas seulement de est-ce qu'on sait voler depuis l'Europe,
24:25mais aussi est-ce qu'on sait le faire au bon coup ?
24:26Je pense qu'un des enjeux qu'il faut entendre, c'est que si on n'est pas aussi à
24:30réfléchir beaucoup plus en termes de coûts d'exploitation,
24:33de pertinence et de modèle économique et donc de commercialisation, on n'aura pas un afflux de capitaux
24:38et on n'aura pas la discrimination qui fera que ce secteur prospérera en Europe.
24:41Il faut que ce soit un vrai business rentable et qui rapporte de l'argent.
24:44Merci beaucoup à tous les deux. Merci Nicolas.
24:47Nicolas Gaume, président et cofondateur de Space Cargo Limited.
24:49Jean-Baptiste Thuette, on te retrouve demain donc dès 12h30 pour Air et Défense.
24:54Rendez-vous à le Paman.
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