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  • il y a 14 heures
Marc Rochet, président d'Aérogestion, était l'invité d'Erwan Morice dans Good Morning Business, ce jeudi 13 août. Ils sont revenus sur la préparation de la rentrée du secteur aérien à un moment où le prix du kérosène inquiète toujours, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Good morning business, le grand entretien.
00:02Le secteur aérien prépare déjà sa rentrée.
00:05Eh bien oui, on a beau être au milieu de l'été,
00:06il faut anticiper l'industrie qui navigue dans un contexte particulièrement instable.
00:11La rentrée du secteur aérien, donc qui se prépare déjà,
00:15avec un ralentissement de la demande,
00:17alors que le prix du kérosène inquiète toujours.
00:19Bonjour Marc Rocher.
00:20Bonjour.
00:21Président d'AéroGessu, ancien patron d'Air Caraïbe.
00:24Alors pour limiter la facture, cet été,
00:26les compagnies aériennes ont acheté une partie de leur kérosène
00:28plusieurs mois à l'avance, à un prix fixé,
00:31mais ces couvertures vont progressivement arriver à échéance, forcément,
00:35et elles vont devoir renouveler les contrats à un prix beaucoup plus élevé.
00:40Ça va être un début d'année, une rentrée assez difficile pour le secteur ?
00:45Oui, c'est une année difficile depuis le conflit du golfe Persique,
00:51qui a créé à la fois les augmentations de prix du kérosène,
00:56et on va y revenir, mais aussi chez les passagers,
00:58chez les clients, des incertitudes, des attentes, des retards dans la prise de décision.
01:03Donc on a un été morose, et une rentrée qui ne présente pas beaucoup de signes d'amélioration.
01:11Si on entre dans le détail du transport aérien qui nous concerne,
01:16tout ce qui est domestique, c'est-à-dire réseau France métropolitaine,
01:20est plutôt très très molle, pour ne pas dire statique.
01:25Le bassin méditerranéen, forcément, se porte un peu mieux,
01:28parce que c'est les destinations traditionnelles,
01:30soleil, les vacances, l'été, il y a quand même des gens qui sont partis.
01:35Le long courrier est en régression, parce que les coûts ont augmenté,
01:39et que les gens ne veulent pas forcément aller loin, et partir loin de chez eux.
01:43Et puis, soyons clairs, les Français épargnent,
01:45parce qu'ils sont dans l'incertitude à la fois de la situation économique que l'on vient de présenter,
01:50et aussi, nous rentrons dans une année d'élections présidentielles.
01:54Donc, tout ça crée des conditions d'un comportement de marché assez morose.
02:01Le kérosène, c'est 25, autour de 25% des coûts d'une compagnie aérienne.
02:07Vous avez cité des chiffres tout à l'heure dans la présentation de l'émission.
02:10Il a fortement augmenté, à cause de la situation du Golfe Persique,
02:14mais aussi parce que le kérosène augmente plus vite que le baril de pétrole,
02:18pour tout un tas de raisons, notamment liées au raffinage.
02:21Et donc, comme ça pèse très lourd dans le compte des compagnies,
02:24ça va impacter l'avenir avec probablement une certaine contraction de l'offre.
02:29En sachant que pour les compagnies, on arrive un petit peu au bout de ce qui est possible de faire
02:33en termes de prix des billets, parce que vous le disiez,
02:36à un moment donné, les passagers ne montent plus à bord,
02:38donc il faut trouver d'autres leviers.
02:40On a vu qu'il y avait, par exemple, moins de rotation qui était faite par certaines d'entre elles.
02:44Quels sont les différents leviers que les compagnies peuvent activer
02:47pour faire face à cette situation dont on ne voit pas vraiment le bout pour l'instant ?
02:51Quand les compagnies aériennes, pour tout un tas de raisons,
02:55le kérosène, les difficultés de la supply chain,
02:58avoir des pièces détachées, avoir des moteurs,
03:00aujourd'hui c'est très compliqué.
03:02Quand les compagnies aériennes ont des problèmes
03:03qui se traduisent par une élévation de leurs coûts,
03:06il faut qu'elles le répercute d'une façon ou d'une autre sur le marché,
03:10donc sur les clients.
03:11Et quels sont leurs leviers pour agir ?
03:14Elles ont, d'abord, comme vous l'avez dit,
03:16quand l'offre est trop forte, réduire un peu l'offre,
03:19donc un peu moins de vols.
03:21On n'arrête pas des routes.
03:22Généralement, on freine le nombre de vols, par exemple, par semaine ou par mois.
03:27Deuxièmement, pratiquer des politiques tarifaires
03:30attractives pour les clientèles qui sont le plus sensibles au prix.
03:32C'est celles qui sont dans la classe économique,
03:34mais c'est la grande majorité du trafic quand même.
03:37Et puis, troisièmement,
03:39essayer d'attirer les clients vers les périodes les plus creuses.
03:42Pourquoi ? Parce que dans le transport aérien,
03:44comme dans beaucoup d'autres activités de service,
03:46il y a des pointes et il y a des périodes de l'année
03:49où les vols ont du mal à se remplir.
03:51Il vaut mieux attirer les clients,
03:53quitte à faire de la promotion tarifaire sur ces périodes-là,
03:56parce que, pour être clair, le 20 décembre,
03:58on remplira quand même les avions.
03:59Mais le 20 novembre, ça, c'est plus délicat.
04:02Avec des marges qui seront quand même
04:04beaucoup moins importantes cette année
04:06que les années précédentes,
04:08certains experts parlent d'une marge nette
04:09pour le secteur aérien à 2% cette année.
04:12On verra, on fera les comptes à la fin de l'année,
04:15mais ça serait deux fois moins que l'an dernier.
04:17Oui, et encore, je pense que c'est assez...
04:20Optimiste ?
04:21Pas optimiste,
04:22mais si on fait 2% dans le secteur aérien,
04:25ça sera quand même un beau résultat,
04:28compte tenu de ce contexte,
04:30à la fois de prix, mais d'incertitude.
04:32L'incertitude, le retard à la prise des décisions des clients,
04:35c'est un élément très perturbant pour la gestion des compagnies aériennes,
04:39puisque vos clients vont se décider presque à la dernière minute.
04:42Pas toujours, évidemment, mais en grande majorité.
04:45Le coût du carburant, Marc Rocher,
04:46qui fragilise certaines compagnies, on disait,
04:48et c'est le cas concrètement d'EasyJet,
04:51qui a vu son bénéfice plombé au troisième trimestre.
04:53Mais la compagnie qui a enfin un repreneur,
04:56avec le fonds Apollo,
04:57qui est parvenu à mettre la main dessus pour 6,7 milliards d'euros.
05:01C'est une histoire qu'on a suivie sur BFM Business,
05:03qui a été assez longue.
05:04Compagnie, peut-être qu'il y a plusieurs atouts dans sa manche.
05:07D'abord, une flotte bien développée,
05:09des créneaux aéroporteurs intéressants.
05:11Tout ça va faire qu'il y a peut-être un avenir intéressant
05:15pour EasyJet, là, avec ses actualités.
05:19EasyJet est une belle compagnie.
05:21Elle fait partie du top 5
05:23des cinq plus grandes compagnies européennes.
05:26Alors, évidemment, elle transporte,
05:27donnons des chiffres,
05:29et elle transporte environ 98 millions de passagers chaque année.
05:34C'est autant que le groupe Air France.
05:36Alors, évidemment, c'est du moyen courrier, du court courrier.
05:38Ce n'est pas du long courrier,
05:39en grande majorité, comme dans le groupe Air France-KLM.
05:42C'est une compagnie qui a une flotte puissante,
05:46plus de 300 avions,
05:48tous des Airbus.
05:49Donc, ceux qui vont investir dans EasyJet
05:51ont à la fois une compagnie qui fonctionne,
05:54un réseau très large en Europe,
05:55multi-bases, multi-pays.
05:58Pas beaucoup d'opérateurs savent monter ce genre d'opération.
06:03Et elle est attractive.
06:04Alors, ensuite, se pose la question, évidemment, de son avenir,
06:08parce que les investisseurs qui vont mettre de l'argent dans EasyJet,
06:11ils veulent aussi un retour sur le futur.
06:14Donc, c'est ou de la croissance encore plus,
06:16ça, ça veut dire qu'ils ont une vision optimiste de l'avenir,
06:19soit, c'est aussi une possibilité,
06:23se préparer à des concentrations.
06:24Parce qu'il y a beaucoup de compagnies en Europe,
06:26peut-être trop, disent certains spécialistes.
06:29Je vais prendre deux exemples.
06:31Dans les low-cost, dans le secteur d'EasyJet,
06:33alors, évidemment, il y a la toute puissante Ryanair,
06:36numéro un de toutes les compagnies européennes,
06:38y compris devant les très gros groupes.
06:40Mais vous avez des compagnies,
06:43Volotea, Air Baltic,
06:45Wiser,
06:46c'est une compagnie peu connue du public français,
06:48mais importante en Europe.
06:50Il peut y avoir pour des opérateurs à la fois techniques et financiers,
06:55la volonté de participer à un mouvement de concentration.
06:57Et à ce moment-là, être chez EasyJet, c'est un atout.
07:00Mais donc, ça va bouger encore dans les années à venir ?
07:02Bien sûr, mais heureusement, parce que ce secteur doit bouger.
07:05S'il est immobile, il est condamné à se rétracter.
07:09Et on le voit évidemment avec le cas, je pense que vous allez évoquer, de TAP.
07:15Oui, c'est un secteur qui bouge, heureusement.
07:17Il y a beaucoup de compagnies européennes.
07:18Mais il y aura des gagnants et des perdants,
07:20donc il va y avoir des acteurs qui vont disparaître.
07:22Forcément, mais des petits disparaîtront.
07:25Les plus solides, dont nous venons de citer les noms,
07:28sont là pour longtemps.
07:29Donc, c'est un secteur dynamique,
07:32c'est un secteur qui est encore en croissance,
07:34très légère croissance.
07:35Mais il y a encore beaucoup de gens qui veulent prendre l'avion,
07:38et toujours prendre l'avion,
07:39pour tout un tas de raisons,
07:41y compris des motivations personnelles, familiales, touristiques,
07:45affaires, le marché affaires, ce n'est pas trop mal.
07:47Donc, oui, c'est un secteur qui attire les investisseurs.
07:50Et puis en face, vous avez plus de 300 Airbus.
07:53Donc, les gens qui mettent de l'argent en 6GJet,
07:55ils investissent aussi dans une flotte.
07:57Alors, ce n'est pas tous les mêmes Airbus,
07:59il y a des plus anciens, des plus récents, plus performants.
08:02Il y a des avions en achat, il y a des avions en leasing.
08:04Tout ça, c'est très compliqué, mais on ne va pas entrer dans les détails.
08:06Mais vous investissez dans une compagnie qui a un vrai actif, ça flotte.
08:11Mais avec une difficulté quand même, Marc Rocher,
08:13pour les low cost, de maintenir une politique de prix attractive.
08:16Parce que quand on veut aller chercher davantage de clients,
08:19comme vous le dites,
08:20il faut aussi réussir à les faire monter dans les avions,
08:22et donc à proposer des billets pas trop chers,
08:24ce qui paraît compliqué, en tout cas à court et moyen terme.
08:27Oui, mais c'est compliqué pour tout le monde.
08:29J'entends souvent cette théorie de dire que les low cost sont plus sensibles
08:33que les autres compagnies aériennes, par exemple pour le prix du pétrole.
08:36Non, le prix du pétrole est le même pour tout le monde, à quelque chose près.
08:39Bien sûr que les très gros négocient des contrats pétroliers,
08:42les fameux hedging, les couvertures 6 mois, 9 mois, 12 mois d'avance, voire plus.
08:47Mais il y a une question de pouvoir d'achat du public contre transport quand même.
08:51Leur marché étant essentiellement celui des voyages d'agrément,
08:56celui des voyages familiaux,
08:57il est plus sensible au prix que les hommes d'affaires.
09:00C'est clair aussi.
09:01Mais ça reste quand même un très fort potentiel.
09:03Encore une fois, EasyJet aujourd'hui, c'est l'année dernière,
09:0698 millions de passagers, quand même très important.
09:09À noter juste, pour terminer sur EasyJet,
09:11on va parler du reste des compagnies en Europe,
09:14mais la situation sociale quand même est un petit peu tendue,
09:16puisqu'il y a un appel à la grève ce week-end,
09:18en plein week-end du 15 août,
09:20à l'issue des chèques, des discussions sur les conditions de travail hier.
09:24Un commentaire là-dessus ?
09:26Notre secteur, et je le regrette,
09:30fait partie de ceux qui sont régulièrement touchés,
09:32malheureusement, par des mouvements sociaux,
09:35qui sont contraires à la volonté des clients de se déplacer.
09:41Mais ces mouvements sociaux font aussi partie de notre existence.
09:47Transports Rien, on a connu de nombreux,
09:49malheureusement un peu moins aujourd'hui,
09:51mais on connaîtra certainement encore d'autres.
09:53La grève des EasyJet, quand même, face à ces mouvements sociaux,
09:56je voudrais dire un mot,
09:57c'est que c'est une organisation, encore une fois,
09:59avec plusieurs bases et plusieurs pays.
10:01Et donc, ils ne sont pas complètement à l'arrêt
10:04quand ils ont un mouvement social quelque part.
10:05Ça serait mieux qu'ils ne l'aient pas,
10:07et ça serait mieux qu'ils négocient un bon accord pour tout le monde.
10:09Gagnant, gagnant.
10:10Chacun doit faire un effort.
10:11J'espère qu'ils y arriveront.
10:13Mais leur organisation permet de ne pas être totalement à l'arrêt
10:16quand ils ont un mouvement social.
10:18Et je précise que ce sont donc les stewards et les hôtesses
10:21qui appellent à la grève ce week-end.
10:24On surveille aussi, et avec vous, on commente,
10:27TAP Air Portugal,
10:29car France-KLM et Lufthansa sont en train de se disputer.
10:32Là, ça fait encore une actualité sur le secteur européen ?
10:36TAP est une belle compagnie.
10:38C'est une petite compagnie.
10:40Elle fait à peu près, hors de grandeur,
10:4317 millions de passagers.
10:44Donc, on n'est pas chez les très très grands.
10:46On n'est pas chez ceux que nous avons cités précédemment.
10:48Mais avec deux gros acteurs européens qui se disent.
10:51Mais elle a des atouts.
10:53Elle a des atouts.
10:54Et en particulier,
10:56elle a une desserte très forte de l'Amérique latine
10:59et du Brésil,
11:01un pays en fort développement.
11:02Elle a, avec Lisbonne,
11:05l'occasion de posséder assez de créneaux horaires à Lisbonne
11:08pour avoir une position de hub,
11:10ce qu'on appelle le hub,
11:11c'est-à-dire un point de rendez-vous.
11:13Et elle est située géographiquement en Europe
11:15de telle façon, au sud-ouest,
11:18qu'elle peut attirer des grands groupes.
11:21Deux grands groupes semblent s'y intéresser beaucoup.
11:25Lufthansa.
11:26Alors, pourquoi Lufthansa ?
11:27Parce que Lufthansa a besoin de se développer
11:29sur l'Amérique latine.
11:30Et Lufthansa est membre de la très puissante alliance commerciale Star Alliance
11:34dans laquelle on retrouve TAP.
11:37United aux Etats-Unis, par exemple.
11:39Mais donc, je dirais que TAP est déjà
11:42en relation commerciale très forte
11:44avec Lufthansa.
11:46Et puis, le groupe Air France-KLM,
11:49qui lui aussi cherche de la croissance.
11:51Et Air France-KLM, c'est simple,
11:54mais pour donner une image,
11:55c'est Paris-CDG, très puissant hub,
11:58Amsterdam, donc hub à Lisbonne, ça a du sens.
12:02Alors, je rappelle quand même que
12:05le gouvernement portugais est aux manettes,
12:07c'est lui qui dirige l'opération,
12:09qu'on parle d'une session au démarrage
12:12d'une part minoritaire, 49%,
12:14mais c'est pas le pouvoir.
12:15Et donc, la discussion avec le gouvernement portugais
12:18va être, je pense,
12:20assez sportive.
12:21Rapidement, il nous reste 30 secondes.
12:23Vous voulez aussi commenter le COMAC,
12:24premier vol international du C-919
12:27vers Ulan Bator,
12:28donc l'avionneur chinois,
12:31qui peut-être va intéresser les Européens.
12:33Est-ce que vous, vous pensez
12:34qu'il peut s'imposer vraiment
12:35comme un troisième acteur crédible
12:39sur la scène internationale
12:40aux côtés de Boeing et d'Airbus ?
12:43La Chine essaye de conquérir
12:46des parts de marché
12:47dans le secteur très pointu
12:50de la construction des avions de ligne.
12:52C'est quand même un avion de ligne,
12:53aujourd'hui, c'est un énorme ordinateur,
12:54c'est des moteurs très, très économes,
12:57c'est des cabines très performantes,
12:59c'est des performances compliquées.
13:01Je pense aujourd'hui
13:02qu'elles arrivent dans ce secteur.
13:05Personnellement, vous me demandez mon avis,
13:07c'est pas maintenant qu'elle y arrivera,
13:08c'est sans doute au coup suivant,
13:10mais ils vont venir, ils vont venir.
13:11Merci beaucoup d'avoir commenté
13:13toutes ces actualités pour ce matin.
13:15Et bon vol !
13:16Oui, absolument, et bon été
13:18pour ceux qui sont encore en vacances.
13:19Je rappelle que vous êtes président d'Aérogestion,
13:21ancien patron d'Air Carib et de French Bee.
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