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  • il y a 12 heures
Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair et président de la FNAM, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce lundi 20 avril. Il parle des impacts de la crise au Moyen-Orient sur le secteur de l'aviation, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Je reçois Pascal Deizagir, PDG de Corsair, président de la Fédération Nationale de l'Aviation et de ses métiers.
00:06Bonjour Pascal Deizagir, ravi de vous recevoir dans la matinale de l'économie.
00:09Juste avant de commencer cette interview, vous m'avez dit être dans l'aviation, dans l'aérien,
00:14c'est gérer des crises en permanence. En voilà encore une.
00:17En grande partie, donc en voilà une de plus, exactement.
00:20Qu'est-ce qui est le plus inquiétant pour vous aujourd'hui, si vous êtes réellement dans l'inquiétude ?
00:23Est-ce que c'est le prix du kérosène ? Est-ce que ce sont les stocks ?
00:27Qu'est-ce que c'est ? Comment on va répercuter tout ça sur le prix des billets ?
00:32Comment ne pas perdre de l'argent ?
00:33Franchement, c'est le prix du kérosène.
00:34Alors il y a l'impact trafic, mais toutes les compagnies ne sont pas affectées,
00:38puisque c'est principalement les destinations vers les pays du Golfe, un peu vers l'Asie.
00:44Mais c'est vraiment l'impact économique de l'augmentation du prix.
00:47C'est très simple. Par rapport au niveau, auquel était le kérosène avant le conflit,
00:52les prix évoluent entre deux fois et deux fois et demi ce niveau.
00:56Donc c'est considérable.
00:58Avant la crise, le kérosène représentait environ 25% du total des coûts d'une compagnie aérienne.
01:05Et là, il évolue entre 40 et 45%.
01:08Donc bien évidemment, les comptes financiers des compagnies vont être impactés.
01:11C'est une ponction sur la trésorerie supplémentaire.
01:15Et le sujet, c'est voir comment on va absorber ce surcoût.
01:18Justement, c'est quoi vos options ?
01:20C'est augmenter le prix des billets ?
01:22Quelles sont les options ?
01:23La première option, effectivement, c'est l'augmentation du prix des billets.
01:27C'est absolument inévitable.
01:29On ne peut pas ne pas essayer de répercuter cette augmentation.
01:33Mais nous l'avons fait et nous le faisons de façon très modérée.
01:36C'est-à-dire, on est bien en deçà de ce qu'il faudrait.
01:39Pour une raison très simple, c'est qu'on ne doit pas tuer,
01:41on ne doit pas casser la dynamique de la demande.
01:44Parce qu'on a quand même des incertitudes sur les intentions de voyage des Français,
01:50sur la déformation des flux de trafic entre les différentes zones.
01:53Et puis n'oublions pas que nous sommes actuellement dans la période clé
01:57pour les réservations de l'été.
01:58Voilà.
01:59Donc, on a décidé de répercuter, mais de façon assez modérée.
02:03Ça veut dire quoi de façon modérée, concrètement ?
02:05Écoutez, s'agissant de Corsair, c'est 100 euros en allé-retour en classe économique.
02:10Ce qui n'est pas négligeable.
02:12100 euros supplémentaires sur le billet, c'est ça que vous dites ?
02:15Supplémentaires, absolument.
02:16Bon, pour d'autres destinations ou d'autres compagnies, ça peut être supérieur.
02:20Mais je vous dis, c'est très en deçà de l'augmentation du prix.
02:22La deuxième solution, mais qui est quand même assez marginale,
02:25c'est pratiquer des ajustements de capacité.
02:29Mais pour le marché français, en fait, ces ajustements de capacité sont très réduits.
02:33C'est-à-dire que les compagnies le font de façon très ciblée,
02:35très ponctuelle, sur quelques vols.
02:37Donc, vous n'avez pas d'ajustement massif de capacité,
02:39comme l'ont décidé d'autres compagnies internationales à l'étranger, par exemple.
02:44Oui, on a vu KLM qui supprimait 1% de ses vols en Europe.
02:47On a vu Lufthansa qui réduit ses capacités, en effet.
02:50Est-ce que c'est le moment d'être pragmatiquement dans les calculs mathématiques
02:54et effectivement de prendre ce genre de décision
02:57qui peut-être attendait depuis plusieurs mois pour les compagnies ?
02:59Ça, c'est évident. C'est-à-dire que la priorité, si vous voulez,
03:02c'est de sauvegarder l'économie, d'optimiser le coefficient de remplissage.
03:06Donc, si on constate qu'un vol n'est pas suffisamment rempli
03:09et va se révéler extrêmement déficitaire, on préfère l'annuler,
03:12tout en protégeant les passagers, parce qu'on a le vol la même jour,
03:17le vol du jour d'après, le vol du jour d'avant.
03:19Mais je vous dis, c'est très marginal.
03:22Par exemple, pour Corsair, ça ne concerne que quelques vols
03:26parce que les coefficients de remplissage sont déjà très élevés
03:28et donc on n'a pas cette capacité.
03:30Je reviens sur le kérosène.
03:32Il y a Maud Bréjon, qu'on entendait tout à l'heure dans le journal,
03:34qui disait que potentiellement, on pourrait taper à un moment
03:37dans les stocks stratégiques de kérosène.
03:40On peut tenir jusqu'à quand dans cette situation, finalement ?
03:44On a quel délai ? Le nombre de mois ? 3-4 mois l'été ?
03:47Alors, écoutez, ça c'est une situation que nous suivons
03:50de très très peu en liaison avec les pouvoirs publics.
03:52En général, nous avons six semaines de visibilité devant nous
03:56et c'est sur une base roulante.
03:58Effectivement, l'État a des stocks stratégiques pour trois mois.
04:03Ce qui nous permet quand même de tenir, de voir venir
04:06et de passer l'été tranquillement.
04:08Bon, donc ça, il faut quand même saluer le fait
04:11que la France a des stocks stratégiques
04:12parce que vous avez vu que dans d'autres pays européens,
04:14il y a déjà eu des ruptures.
04:16Et jusqu'à maintenant, nous n'avons été confrontés
04:19à aucune difficulté d'approvisionnement.
04:22Donc, bien sûr, il faut suivre l'évolution de la situation.
04:26Bien sûr, on espère tous que le conflit ne va pas perdurer
04:29parce que le problème, c'est que ça reflète la très grande dépendance
04:32de la France et de l'Europe en matière d'importation.
04:35C'est-à-dire que plus de la moitié du kérosène français et européen
04:40est importé des pays du Golfe,
04:42dont les exportations ont chuté de 60%.
04:45Donc, bien évidemment, ça, c'est un vrai sujet
04:47d'indépendance énergétique et de souveraineté nationale.
04:50Est-ce qu'il y aurait possibilité à un moment
04:52d'envisager des rationnements de kérosène ?
04:55Écoutez, on espère ne pas en arriver là.
04:57Je vous dis, avec les stocks stratégiques,
04:59trois mois et les six semaines de visibilité dont je vous parlais,
05:02on passe la saison été.
05:03On peut quand même espérer que le conflit aura été réglé d'ici là.
05:06Ce genre de crise pour les entreprises, c'est aussi un moment où on parle d'innovation,
05:12où on met en place des choses pour justement ne plus dépendre de certains fournisseurs,
05:16de certaines importations.
05:18Comment avancent les recherches sur le lit carburant,
05:24les carburants du futur finalement ?
05:27Est-ce que ce n'est pas maintenant qu'il faut mettre énormément d'investissements
05:30dans ces recherches-là ?
05:31Vous avez tout à fait raison et je peux vous dire que dès que nous serons sortis de la crise,
05:35c'est le combat que je vais reprendre auprès des pouvoirs publics.
05:38Vous savez que j'appelle à la constitution d'une filière française de carburant durable
05:44et européenne parce qu'aujourd'hui, nous avons des quantités ridicules.
05:48Vous savez, c'est 2% de notre consommation,
05:51à des tarifs d'ailleurs qui sont très élevés puisque c'est 3-5 fois le kérosène,
05:55alors que c'est un moyen de s'affranchir justement des importations de kérosène,
06:00de nos capacités de raffinage qui sont insuffisantes
06:02puisque ce carburant durable, il vient de la biomasse d'huile usagée,
06:07de déchets végétaux et ensuite effectivement, il y a une deuxième étape
06:11qui est le ISAF, c'est-à-dire un carburant de synthèse
06:15pour lequel aujourd'hui vous n'avez quasiment aucune capacité de production.
06:19Donc quand nous disions le carburant durable,
06:21c'est un levier pour la décarbonation du secteur aérien,
06:24ce n'est pas seulement ça, c'est un levier indispensable
06:27pour l'indépendance énergétique et la souveraineté nationale.
06:30Mais mettre en place une filière comme ça, ça prend combien de temps ?
06:32Je me rappelle qu'il y a 3 ans au Bourget, on en parlait énormément,
06:34c'était le sujet il y a 3 ans.
06:36Ça prend des années, donc soyons clairs,
06:38ce n'est pas la solution à court terme
06:40parce que les quantités nécessaires n'existent pas,
06:44mais en revanche, vous savez, il faut toujours préparer l'avenir
06:46et ce serait bien que l'on tire les enseignements quand même des crises actuelles.
06:51Et qu'on soit moins dépendants, effectivement.
06:52Je vais vous poser le temps qu'il reste des questions sur Corsair.
06:56Comment réagit le trafic, justement ?
06:59Quelles sont les perspectives par rapport à l'été ?
07:01Est-ce que les passagers, pour le moment, sont encore présents ?
07:04Alors, les passagers sont présents
07:06et la dynamique de la demande reste très bonne.
07:10Donc ça, c'est la grande satisfaction pour deux raisons.
07:12D'abord, nous avons un réseau de destination
07:15qui est resté à l'écart des zones de conflit
07:18et qui n'a pas été affecté, vous voyez, par des modifications de route
07:21qui se traduisent par des allongements,
07:23donc des consommations supplémentaires.
07:25Bon, deuxièmement, en fait, nous sommes plutôt sur des destinations report.
07:29C'est-à-dire, on constate que les voyageurs ont tendance
07:33à se reporter sur d'autres destinations.
07:35Donc, soit vers l'ouest de la planète,
07:36bien sûr, les destinations de proximité,
07:39ça sera le cas de l'Hexagone,
07:41et puis toujours des mêmes, vous savez,
07:42destinations du bassin méditerranéen, Espagne, Portugal, Italie, Grèce,
07:46qui sont toujours les grands vainqueurs des vacances.
07:48Et s'agissant du long courrier,
07:49il y a des destinations de report qui apparaissent très, très nettement.
07:52Pour ce qui nous concerne, les Antilles, extrêmement dynamique,
07:55même la Réunion, l'île Maurice,
07:57parce qu'évidemment, nous n'avons plus la concurrence
07:59des compagnies de golf et d'Emirates,
08:01et puis l'Afrique n'est pas affectée
08:04par la situation actuelle.
08:06Donc, nous, on continue à avoir une dynamique extrêmement forte,
08:10ce qui fait que nous n'envisageons aucun ajustement
08:12de notre programme de vol.
08:14Air France a quitté Orly fin mars.
08:16Est-ce que vous avez senti déjà qu'il y avait des conséquences
08:19sur vos vols à vous ?
08:20On a des conséquences qui sont favorables, évidemment,
08:22puisque comme nous n'avons plus la concurrence des vols d'Air France,
08:26et que l'aéroport est quand même
08:28l'aéroport plébiscité par les clients,
08:31parce qu'il est plus simple,
08:32il est plus simple d'utilisation,
08:34il est plus simple d'accès.
08:35Il y a la ligne 14 maintenant,
08:37qui fait que vous êtes relié au centre de Paris
08:38en un temps record.
08:40Donc, effectivement, on a déjà cet impact positif.
08:43Je reviens sur les prix dont on a parlé tout à l'heure,
08:46avec un exemple.
08:47Il y a Volotea qui facture des surtaxes
08:51juste avant le départ des vols,
08:53c'est-à-dire une fois les billets déjà achetés.
08:55Qu'est-ce que vous pensez de ces pratiques-là ?
08:57On a un contexte, évidemment,
08:59mais est-ce que c'est finalement une bonne stratégie
09:03à mettre en place pour les compagnies,
09:05vu la confiance que ça va impliquer sur les passagers ?
09:08C'est une pratique que la FNAM ne soutient pas
09:10et qu'en tant que président de Corsair,
09:13je ne ferai pas,
09:13parce qu'il faut donner aussi de la visibilité aux clients
09:16et donc on ne peut pas faire n'importe quoi.
09:19Donc, effectivement,
09:19on augmente la surcharge de carburant,
09:21elle est là.
09:22On le fait que pour les billets vendus dans le futur,
09:25donc évidemment, il n'y a aucune rétroacte.
09:27Pas de surprise.
09:27Il n'y a pas de surprise
09:29et donc il faut avoir un cadre stable
09:31et lisible pour le passager.
09:33Merci beaucoup, Pascal Léisaguerre,
09:34d'être venu, PDG de Corsair
09:36et président de la FNAM,
09:37la Fédération Nationale de l'Aviation
09:39et de ses métiers.
09:40Merci beaucoup d'être venu
09:41dans la matinale de l'économie.
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