00:02R.M.C. jusqu'à 9h. Apolline Matin, Sébastien Krebs.
00:09Il est 7h16, merci de nous rejoindre sur R.M.C. et sur R.M.C. Story.
00:13Nos mutuelles vont-elles nous coûter plus cher ?
00:16Bonjour Eric Chenu.
00:17Bonjour.
00:17Merci de nous rejoindre ce matin en plateau.
00:20Vous êtes le président de la mutualité française.
00:21La ministre de la Santé était à votre place la semaine dernière
00:25pour nous annoncer le doublement du plafond des franchises médicales
00:29mais aussi des déremboursements.
00:31Le gouvernement qui cherche des économies sur nos dépenses de santé
00:34mais cela va se faire sur le dos des mutuelles.
00:38C'est ça que vous nous dites ce matin ?
00:40Le gouvernement a rendu ses arbitrages la semaine dernière
00:44décidant d'augmenter les tickets modérateurs
00:46c'est-à-dire ce qu'il reste à la charge des assurés sociaux
00:50une fois que l'assurance maladie a payé.
00:52Sur les soins dentaires, ça sera 50% de la dépense
00:56pour les soins, pour les prothèses,
00:58pour les dispositifs médicaux également,
01:01pour les transports, ça sera 55%.
01:05Pour les médicaments, jusqu'à 95%
01:09sur un certain nombre de médicaments.
01:12Donc la totalité de ces transferts de dépenses
01:16de l'assurance maladie vers les complémentaires santé
01:17c'est 1,5 milliard.
01:191,5 milliard d'économies pour l'assurance maladie
01:23mais ce ne sont pas des économies pour le système de santé.
01:28Ces transferts se répercutent sur les complémentaires santé,
01:32sur les mutuelles et donc comme nous avons l'obligation
01:35d'être à l'équilibre, évidemment il y aura un impact
01:38pour les adhérents.
01:40In fine, ce sont donc les patients qui forcément vont payer
01:44dans leur cotisation de mutuelles ?
01:46Transférer des dépenses, ce n'est pas réformer le système de santé.
01:49C'est ce que nous on regrette, on conteste,
01:52on pense qu'il faut engager des réformes importantes,
01:56investir massivement sur la prévention
01:58pour éviter qu'on ait autant de personnes
02:01qui soient en affection de longue durée,
02:02pour qu'on leur permette d'être en meilleure santé
02:04le plus longtemps possible,
02:06lutter contre la fraude bien évidemment
02:08et aussi contre les impacts
02:09de la financiarisation du système de santé
02:13où quelques acteurs captent de la valeur
02:15au détriment de l'intérêt général,
02:17au détriment des professionnels de santé,
02:19au détriment des assurés sociaux
02:20et puis que l'on travaille aussi
02:22sur la pertinence des prescriptions.
02:24Par exemple, pourquoi est-ce qu'un médicament
02:27serait remboursé par l'assurance maladie à 5% ?
02:29Soit ce médicament il est utile
02:31et il faut qu'il soit prescrit et remboursé,
02:33soit il n'est pas utile et il ne faut pas le prescrire.
02:37Mais le remboursé à 5% n'a pas de sens
02:40pour nos concitoyens.
02:42Surtout qu'il y a un euro de franchise médicale
02:45sur chaque boîte et que parfois le montant est inférieur
02:47donc il n'est en réalité plus remboursé du tout.
02:49En réalité le gouvernement dit
02:51on veut privilégier le remboursement
02:53de traitements innovants qui coûtent très cher,
02:55on veut aussi pouvoir financer l'hôpital
02:57et on sait que l'hôpital a besoin d'argent.
02:59Vous comprenez quand même cette part de logique
03:01à un moment où nos finances publiques
03:03sont dans l'état qu'on connaît,
03:05il faut faire des choix ?
03:06On est conscient de l'état des comptes sociaux,
03:09près de 20 milliards de déficit
03:11de l'assurance maladie cette année
03:12donc c'est aussi pour ça que je vous disais
03:15on est prêt à des réformes
03:17et à des réformes structurelles
03:18qui permettent de faire des économies
03:21pour l'assurance maladie,
03:22pour les complémentaires santé
03:23et surtout pour nos concitoyens
03:24pour redéployer de l'argent
03:27sur les investissements qu'il faut faire
03:29sur l'innovation, sur l'hôpital,
03:31sur l'accès aux soins.
03:32Mais en quoi aujourd'hui
03:34moins rembourser les soins dentaires ?
03:37C'est garantir l'accès aux soins de tous.
03:39Les soins dentaires ce sont des soins essentiels
03:41comme le reste.
03:42Les soins dentaires qui étaient remboursés
03:44à 70% encore jusqu'en 2023,
03:47qui étaient passés à 60%
03:48qui ont passé à 5 ans.
03:49A 5 ans et pour être très transparent avec vous,
03:54les décrets qui ont été transférés
03:56aux caisses de sécurité sociale hier
04:00et qui ont été rejetés à l'unanimité
04:03du conseil de l'assurance maladie
04:05prévoient que le taux de remboursement
04:08pourra varier pour l'assurance maladie
04:10de 50 à 40%.
04:11Donc ça donne aussi l'idée
04:13de la trajectoire vers laquelle on va.
04:15Le gouvernement dit négocier avec vous
04:17pour éviter aux patients
04:19de devoir payer leurs cotisations plus chères.
04:21Est-ce qu'on peut encore éviter
04:22des hausses de cotisations ?
04:24Oui, des possibilités existent.
04:26Si le gouvernement utilise
04:28le levier de la fiscalité,
04:29notamment pour baisser la fiscalité
04:31qui frappe les contrats
04:32de complémentaire santé,
04:34la taxe de solidarité additionnelle,
04:36la TSA, qui n'est rien d'autre
04:38qu'une TVA sur la santé.
04:39Oui, il y a eu cette taxe sur les mutuelles
04:40qui avait été introduite dans le budget
04:42et qui était censée être temporaire.
04:43Pour l'instant, elle reste.
04:44Exactement.
04:45Donc tout dépendra des décisions
04:47qui seront prises.
04:49Mais il serait non seulement,
04:50il faut évidemment que cette taxe
04:53supplémentaire ne soit pas reconduite,
04:55mais la taxe en temps normal
04:56qui est de 14%,
04:58c'est une anomalie européenne,
04:59il faut le rappeler à nos auditeurs.
05:02Le pays qui taxe le plus
05:04les contrats de complémentaire santé,
05:06c'est l'Italie,
05:06c'est 2,5%.
05:07Nous, c'est 14,2%
05:09et cette année, c'était même 16,2%.
05:11Donc si on baissait un petit peu
05:13cette fiscalité,
05:14eh bien, ça permettrait d'absorber
05:16les transferts qui ont été décidés
05:19par le gouvernement.
05:20Vous disiez,
05:20les caisses d'assurance maladie
05:21ont rejeté les décrets préparés
05:23par le gouvernement.
05:24Ça va changer quelque chose ?
05:25Non.
05:26Malheureusement, non.
05:27Mais ça dit quand même quelque chose.
05:30Quand l'ensemble des organisations
05:31syndicales, patronales,
05:33les associations de représentants
05:35des patients disent toutes
05:36à l'unanimité
05:37qu'agir sur le ticket modérateur,
05:40ce n'est pas réformer,
05:42ce n'est pas, comment dire,
05:44la bonne manière pour garantir
05:45l'accès aux soins de nos concitoyens,
05:47je pense que c'est quelque chose
05:49qui devrait être entendu
05:50et qui devrait nous amener
05:52collectivement à réfléchir,
05:54à engager les réformes
05:55qui sont nécessaires,
05:56parce que le statu quo n'est pas possible.
05:58On a la démographie de notre pays,
06:00le pays vieillit,
06:02les dépenses de santé augmentent.
06:04Au premier semestre de cette année,
06:05les dépenses de santé ont augmenté
06:06de 6,3% pour les complémentaires santé.
06:09Donc c'est considérable.
06:10Et on comprend que vous ne pouvez
06:11pas prendre ce matin devant nous
06:13le moindre engagement
06:14sur un gel des tarifs des mutuelles.
06:15Ça n'est pas possible.
06:16Avec une augmentation des dépenses
06:18cette année à 6,3%
06:20sur le premier semestre
06:21et avec des transferts de ce type-là,
06:23non, le gel des tarifs
06:26est évidemment impossible à envisager,
06:29sauf si des mesures,
06:31notamment fiscales
06:32ou de compensation,
06:34viennent permettre
06:35d'absorber une partie
06:36de ces transferts.
06:37Merci beaucoup.
06:38Merci Eric Chenu
06:39d'être venu ce matin
06:39sur RMC et RMC Story.
06:41Je rappelle que vous êtes
06:42le président
06:42de la mutualité française.
06:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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