00:00250 heures de débat dans l'hémicycle, 100 heures en commission, et finalement ce dernier vote favorable à la loi
00:06sur la fin de vie.
00:07Bonjour professeur Emmanuel Hirsch.
00:09Bonjour, vous êtes membre de l'académie de médecine et vous avez combattu ce projet depuis des années.
00:15C'est devenu aussi l'un de vos combats.
00:18Votre parti pris ce matin, c'est que vous redoutez que désormais l'euthanasie devienne la nouvelle pratique de la
00:23mort.
00:24Et dans cette phrase même que vous prononcez, il y a le mot euthanasie, il y a le mot mort,
00:28et je remarque qu'aucun de ces deux mots n'apparaissent dans la loi qui a été votée hier.
00:34Pourquoi ? Est-ce que vous, ça veut dire que c'est une forme de provoque ou est-ce que
00:37eux, c'est une forme d'hypocrisie ?
00:40D'abord, je précise que je n'ai pas été contre la loi.
00:43J'étais pour une loi qui reconnaît les droits à la personne malade dans les situations exceptionnelles.
00:49Et la loi qu'on a votée hier, et je suis respectueux de la loi de la République, elle va
00:54se mettre en œuvre,
00:54c'est une loi très générale, qui n'a pas vraiment de guide de contrôle en quelque sorte,
01:00puisque les critères d'encadrement sont tout à fait relatifs.
01:04Donc moi, ce qui me semble tout à fait important, c'est effectivement d'abord de dire
01:08que ce dont il s'agit, c'est le droit d'accéder à l'euthanasie et au suicide assisté.
01:12C'est une évolution importante, notamment d'un point de vue déontologie médicale.
01:17Mais rappelons que le Parlement a voté aussi le 26 mai une loi sur l'égal accès de tous
01:23aux soins palliatifs et à l'accompagnement.
01:26Donc ce qui est important d'abord, dans un premier temps, c'est de se mobiliser
01:29pour que chacun puisse décider en conscience, c'est-à-dire puisse délibérer
01:34en sachant qu'il peut d'abord accéder aux soins palliatifs
01:37qui proposent la lutte contre la souffrance.
01:39Et ce qui va être important pour nous, et c'est pour ça qu'on met avec le collectif
01:43« Démocratie, Éthique et Solidarité » en place, un observatoire national sur l'aide à mourir.
01:47Ce qui va être important maintenant, c'est de suivre si les critères
01:51qui ont été prescrits par le législateur vont être ou non respectés.
01:55Quelle est votre crainte ?
01:58Ma crainte d'abord majeure, je la partage avec le Premier ministre
02:01qui a saisi le Conseil constitutionnel, c'est d'abord pour les majeurs protégés,
02:07c'est-à-dire les personnes qui ne sont pas véritablement en faculté de discernement
02:11et qui seraient pourtant éligibles à cette loi et pourraient s'exprimer.
02:16Donc mon premier point le concerne, le délai de rétraction également,
02:20comme le Premier ministre l'indique, deux jours pour se rétracter
02:23une fois qu'on a l'avis favorable d'un médecin.
02:27Et là aussi, un deuxième point, on parle de décision collégiale,
02:30plusieurs professionnels pourraient être amenés à se prononcer,
02:34c'est quand même un médecin qui va prendre la décision avec toute la subjectivité
02:38que cela peut représenter dans une relation avec une personne
02:43en situation de fin de vie ou de souffrance.
02:44Parce que cette loi parle de fin de vie, parle plutôt d'euthanasie et de suicide assisté,
02:48mais la personne peut ne pas être en fin de vie,
02:50puisque si elle interrompt un traitement,
02:53et on voit les critères d'éligibilité sur une personne qui est atteinte de maladies incurables,
02:57mais un certain nombre de maladies sont incurables,
03:00et pourtant le pronostic vital n'est pas engagé.
03:02Donc encore une fois, je ne veux pas remettre de la critique.
03:05Je pense qu'il faut être constructif, il va y avoir une loi,
03:08on nous a dit qu'elle est pour des situations exceptionnelles,
03:11on voit que dans la plupart des pays qui nous ont précédés,
03:13les situations exceptionnelles se sont banalisées,
03:16et qu'un certain nombre de nos concitoyens, plus qu'on le croit,
03:19sont concernés par cette loi, puisque l'estimation actuelle,
03:22c'est 6 à 8% d'une population.
03:25Donc on peut dire, et on verra à travers notre observatoire,
03:28parmi les 50 000 personnes qui risquent d'être éligibles
03:32à l'euthanasie 8-6 d'assister dans les deux prochaines années,
03:36si véritablement les critères de minutie,
03:38les critères d'encadrement, ont été respectés.
03:41Vous annoncez donc en effet cet observatoire de la fin de vie,
03:45avec l'idée d'avoir une forme de vigilance,
03:48en quelque sorte de vigie,
03:49pour s'assurer en effet que les garde-fous sont respectés,
03:52que les questions de conscience sont respectées.
03:54Je voudrais aussi accueillir, professeur Emmanuel Hirsch,
03:57Yves, qui nous appelle au 32-16 depuis les Deux-Sèvres.
04:00Bonjour Yves.
04:01Oui, bonjour.
04:02Vous êtes en état d'invalidité,
04:04vous avez des soucis de santé,
04:05et vous, vous estimez que cette loi est un espoir ?
04:09Oui, pour moi c'est vraiment un espoir.
04:12Le monsieur, tout à l'heure, parlait de suicide et d'euthanasie,
04:16moi je pense que c'est des mots qui sont beaucoup trop lourds,
04:21parce qu'en fait, à un moment donné, la maladie,
04:24elle va tellement loin,
04:25que quand on sait qu'il y a plus...
04:27Excusez-moi, je suis un peu unique.
04:29Mais je comprends.
04:30Quand je sais qu'à un moment donné, il n'y a plus autant d'espoir,
04:35ça ne sert à rien de continuer à se battre
04:38contre quelque chose, on sait qu'on a perdu en fait.
04:41De quoi souffrez-vous Yves ?
04:43J'ai une maladie cardiaque.
04:46Vous avez... Pardon, j'ai mal entendu.
04:47J'ai une maladie cardiaque, pardon.
04:49Vous avez une maladie cardiaque et qui vous met en grande souffrance ?
04:55Pas encore, mais qui va le devenir, oui.
04:58Je fais des infarctus sur infarctus, en fait, si vous voulez.
05:01Tous les six mois, je suis rendu à l'hôpital.
05:05Donc pour le moment, c'est encore traitable.
05:08Et je sais que pertinemment, à un moment donné, ça ne va plus l'être.
05:12Vous attendiez cette loi ?
05:13Vous attendiez de savoir qu'un jour, si vous aviez besoin, cette loi existerait ?
05:17Mais ça fait, même avant d'être malade, je pensais que ça devait...
05:22Ça doit être normal de pouvoir, à un moment donné, se dire...
05:27On n'a plus...
05:28On a le droit de jeter l'éponge, mais ce n'est même pas...
05:32Je ne suis pas métus, mais ce n'est même pas juste...
05:36C'est juste jeter l'éponge, quoi.
05:39Jeter l'éponge.
05:40Restez avec nous, Yves.
05:43Comment on réagit à ça, Emmanuel Hirsch ?
05:45D'abord, avec beaucoup d'émotion et de sollicitude à l'égard de Yves.
05:48Et je comprends totalement ce qu'il dit.
05:50Et n'ayez pas le sentiment, le moindre du monde, que je mets en cause sa position.
05:54Ce que je souhaite, c'est d'abord qu'il aille le plus loin possible dans l'évolution de sa
05:59qualité de vie,
06:00dans l'évolution de sa vie, malgré ceux qui le menacent,
06:03puisqu'il parle d'infarctus récidus, de récidus infarctus.
06:07C'est le premier point.
06:09Il y a beaucoup de personnes comme Yves qui ont une position différente,
06:12qui veulent vivre leur vie jusqu'au terme de l'existence,
06:15bénéficier de soins jusqu'au bout,
06:16et éventuellement bénéficier aussi de soins palliatifs,
06:19lorsque cela sera nécessaire.
06:21Ce qui est délicat aujourd'hui, c'est qu'une législation, c'est un peu un repère, c'est une
06:26norme.
06:26Et beaucoup de personnes qui, comme Yves, luttaient,
06:30et luttaient avec courage, avec dignité, pour eux, pour leur famille,
06:33pour une certaine idée qu'ils se font de la condition humaine,
06:36risquent de recourir, en tous les cas, de penser recourir à l'euthanasie et au suicide assisté,
06:41puisque la loi le proposera, certes, avec des critères d'éligibilité qui sont encadrés.
06:47Mais dans ce que dit Yves aujourd'hui, il est éligible, effectivement, à la loi.
06:51C'est-à-dire qu'il n'est pas en fin de vie,
06:52et s'il le souhaite, à un moment donné, par exemple, il renonce à ses traitements.
06:56Il n'a plus le courage et qu'il décide, effectivement, je téléponge, comme il dit.
06:57Et ce n'est même pas une question de courage,
06:59puisque moi, je pense que c'est une question de dignité.
07:01Je ne vois pas uniquement dans le courage,
07:02mais il peut considérer, maintenant que c'est dans la loi de la République,
07:05qu'il peut le demander.
07:06Et c'est une évolution fondamentale.
07:08Encore une fois, je ne mets en cause, en rien, les personnes qui le souhaitent.
07:12C'est des situations exceptionnelles, très pressionnelles, très intimes.
07:16Là, maintenant, le législateur, qu'on le veuille ou qu'on le veut,
07:18ou qu'on ne le veut pas, ouvre la voie à cette expression d'une possibilité.
07:24Yves, il est atteint d'une maladie cardiaque,
07:26d'autres personnes sont atteintes de maladies psychiatriques,
07:29les personnes font des tentatives de suicide.
07:30Et ce que nous dit, aujourd'hui, et que je reconnais avec beaucoup d'attention,
07:34ça va être dit par de nombreux personnes à leur médecin, à leur famille.
07:38Vous voyez, dans quelle zone on se trouve.
07:42Voilà, jeter l'éponge, en quelque sorte,
07:44et encore une fois, ça ne met pas en cause son courage et sa dignité.
07:47C'est uniquement la loi.
07:47Qui sont des deux côtés.
07:48Il va permettre de le dire, et va permettre, au sein d'une famille, peut-être,
07:53de vivre des moments de contradiction.
07:55Je ne sais pas si Yves a une épouse, s'il a des enfants,
07:58mais imaginez que, peut-être, les êtres chers qu'il a autour de lui
08:03verront difficilement l'acceptation de l'euthanasie du suicide assisté pour Yves.
08:07Merci beaucoup, professeur Emmanuel Hirsch,
08:09d'avoir répondu à nos questions ce matin.
08:11Un membre de l'Académie de médecine,
08:13et vous annoncez donc ce matin la création de cet observatoire de la fin de vie.
08:16Et un grand merci, évidemment, à Yves pour son témoignage.
08:19Merci beaucoup.
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