00:00Vous êtes bien sur RMC, sur RMC Story, il est 7h17, les moins de 15 ans vont donc devoir supprimer
00:06TikTok, Instagram et les autres réseaux sociaux.
00:09La France est devenue, hier soir, le premier pays d'Europe à voter l'interdiction totale des réseaux.
00:14Au moins de 15 ans, cette mesure doit s'appliquer au 1er septembre, on va voir si c'est faisable
00:17et surtout si ça va être efficace.
00:20Bonjour Marie-Caroline Missir, vous êtes donc la déléguée générale du Think Tank vers le haut
00:25et vous aviez participé à la fameuse commission écran qui avait été mandatée par Emmanuel Macron, c'était il y
00:29a deux ans,
00:30et qui avait rendu des conclusions très claires, pas d'écran avant 3 ans, pas de smartphone avant 13 ans
00:36et justement pas de réseaux sociaux avant 15 ans.
00:38Donc cette loi, elle va dans ce sens-là, pourtant votre parti pris ce matin c'est de dire tout
00:42ça est d'une grande hypocrisie, ça ne marchera pas. Pourquoi ?
00:44Alors j'ai suivi avec beaucoup d'intérêt ce qui s'est passé en Australie, souvenez-vous, à partir du
00:48mois de décembre dernier, ce pays a pris une mesure similaire.
00:53Et il y a une étude qui a été publiée il y a quelques jours, dans une revue très sérieuse,
00:59sur 400 adolescents suivis et qui ont fait l'objet d'une interdiction.
01:05Eh bien le avant-après montre qu'après cette interdiction, en réalité les usages de ces jeunes adolescents australiens ont
01:14même augmenté pour les plus de 16 ans.
01:15Donc ça pose la question effectivement de toute une stratégie de contournement, d'accès dont on connaît tout à fait
01:22les possibilités.
01:23Donc ça c'est un premier point d'interrogation.
01:25Et puis je le rappelle dans le cadre de nos travaux de la commission écran,
01:29nous avions parlé de limiter l'accès aux réseaux sociaux qui ne sont pas éthiques,
01:35en se donnant l'ambition qu'on pouvait quand même imaginer, notamment en Europe,
01:40des réseaux sociaux qui protègent les données des enfants, qui les épanouissent, etc.
01:46Et ça, je me souviens, ça avait fait beaucoup sourire.
01:49Mais je pense qu'aujourd'hui c'est un sujet très sérieux et on peut quand même avoir cette ambition.
01:52Différencier les réseaux sociaux autorisés des autres.
01:55Et c'était précisément ce que le Sénat s'était employé à faire.
01:59Vous vous souvenez, il y avait une liste de plateformes qui a disparu dans la version finale de la loi.
02:04Parce que le gouvernement estime que ce serait contraire aux droits européens.
02:08Je reviens sur ce que vous disiez, les stratégies de contournement.
02:10Ça veut dire que même avant 15 ans, aujourd'hui, nos ados sont suffisamment malins et agiles
02:15sur ces outils numériques pour contourner même ces vérifications d'âge ?
02:21Alors, soyons clairs, personne, et moi la première, ne remet en cause l'intérêt supérieur de l'enfant
02:26et la nécessité de les protéger.
02:28Mais ce qu'on dit précisément, au-delà des possibilités de contournement
02:33et des aspects techniques que pose cette loi et qui sont encore largement devant nous,
02:39c'est qu'on ne peut pas avoir des mesures d'interdiction pour une catégorie de la population
02:44et en l'occurrence les jeunes, sans des mesures d'éducation.
02:48Et je pense que l'exemple australien le montre très bien.
02:50Le volet accompagnement, sensibilisation, la responsabilisation des parents
02:55est absolument essentiel pour faire en sorte qu'on ait finalement un accès éclairé,
03:02un discernement des jeunes dans l'utilisation de leurs réseaux sociaux.
03:07C'est ça qui fonctionne.
03:07Qu'est-ce que vous aviez proposé par exemple ?
03:09C'est une éducation au numérique à l'école par exemple ?
03:12L'éducation numérique à l'école, elle existe.
03:15Ça s'appelle l'éducation aux médias notamment.
03:17Ça doit être absolument largement renforcé.
03:20Ça doit être connecté avec le monde réel dans lequel les adolescents vivent.
03:23Est-ce qu'on parle assez des dangers des réseaux sociaux ?
03:26Est-ce qu'on parle assez aussi du fonctionnement du cerveau,
03:29de la manière dont ces algorithmes viennent capter l'attention ?
03:32Enfin, je crois que c'est un sujet qui ne concerne pas que les jeunes.
03:35Encore une fois, imaginons qu'on stigmatise une partie de la population,
03:40qu'on se dise tiens, à partir de 62 ans,
03:42vous n'avez plus le droit d'utiliser les réseaux sociaux.
03:45Mais comment réagirait-on ?
03:46Est-ce qu'on peut se figurer que là, on a un accès brutal avec cette loi
03:51qui est coupé à une catégorie de la population ?
03:55Pour le coup, je trouve que la position de la Commission européenne
03:58qui nous dit « nous allons vers des mesures graduées »
04:01qui correspondent tout à fait aux recommandations de la Commission,
04:03et merci de les avoir citées,
04:05sont beaucoup plus en accord avec ce que l'on peut espérer
04:08pour un pays comme le nôtre d'ambition pour sa jeunesse.
04:11« Accompagnons-les, protégeons-les et mettons l'éducation au cœur de notre projet ».
04:16Les parents sont les premiers utilisateurs de leur smartphone,
04:20c'est ce que nous disent les jeunes.
04:21C'est ce que j'allais vous demander, est-ce qu'il faut aussi éduquer les parents ?
04:23Mais absolument !
04:24Quand on écoute les jeunes,
04:25et là, ce qui m'a beaucoup interpellé,
04:28c'est que dans ce processus d'élaboration de la loi,
04:30à aucun moment, on n'a associé les jeunes.
04:33Pourtant, c'est faire dans notre pays.
04:34Il y a un conseil économique et social,
04:36il y a des assemblées, on aurait pu le faire,
04:38ça aurait même été un excellent coup de com' par ailleurs.
04:40Aucun moment n'a entendu la parole d'un jeune.
04:42Mais quand vous prenez la peine de les interroger,
04:44comme c'est le cas dans notre think-tank vers le haut,
04:47qu'est-ce qu'ils vous disent ?
04:48Ils vous disent « moi, on m'interdit mes réseaux sociaux »,
04:49mais qu'est-ce qui se passe à la maison ?
04:51Quand j'essaye d'avoir une interaction avec mes parents,
04:53quand je suis à table, tout le monde regarde son téléphone.
04:55Et là, il y a un phénomène qui est très mal connu,
04:59et il faut en parler, qui s'appelle la technoférence.
05:02Il y a une étude qui a été publiée par Bayard il y a quelques semaines,
05:06qui dit qu'effectivement,
05:08utiliser son portable quand on est un parent,
05:10regarder son portable,
05:11au lieu d'avoir une interaction avec son enfant,
05:13ça a des conséquences délétères sur son développement.
05:15Donc les parents doivent être les premiers à montrer l'exemple en quelques sens.
05:19Je pense qu'il faut avoir un projet éducatif collectif,
05:22et on ne peut pas se satisfaire d'une interdiction
05:24qui ne va pas régler.
05:26L'État ne peut pas être délégataire d'une responsabilité parentale.
05:30Victor, il y a des messages sur le WhatsApp,
05:32RMC, ça fait pas mal réagir quand même cette interdiction.
05:34Et réagir dans les deux camps.
05:36On a Christian qui, lui, voudrait aller encore plus loin.
05:38Ces réseaux sociaux doivent être gérés, interdits ou autorisés par l'État.
05:42Et il aimerait que maintenant,
05:43ce soit les établissements scolaires
05:45qui prennent en charge cette éducation notamment
05:47et cette interdiction.
05:49Et puis on a Chamey qui nous dit
05:51une loi ne sera jamais aussi malin qu'un enfant.
05:54Il suffit que les parents,
05:55et c'est son idée à lui,
05:56c'est ce qu'il propose,
05:57donnent et priorisent un téléphone sans connexion Internet,
06:00que ça rentre dans nos usages
06:01pour limiter cet effet des réseaux sociaux.
06:03C'est vrai que ces outils existent aussi.
06:05Est-ce que cette interdiction,
06:06elle ne va pas malgré tout aider certains parents
06:08à poser des règles en famille ?
06:10C'est la loi désormais.
06:11C'est peut-être plus facile d'expliquer à un enfant
06:13que c'est la loi
06:14et qu'en dessous de 15 ans,
06:15il ne veut pas s'inscrire à un réseau social.
06:17Je pense que les adolescents grandissent aujourd'hui
06:20dans un monde numérique.
06:21Les enfants grandissent dans un monde numérique.
06:23Donc l'ensemble de la société a besoin de repères.
06:26A besoin de repères éducatifs.
06:28Un exemple très simple,
06:30dans le carnet de santé,
06:31dès la naissance d'un enfant,
06:33il faut effectivement parler aux parents
06:36de ce que je disais tout à l'heure,
06:37les phénomènes de technoférence,
06:38parce qu'on est dans un monde numérique.
06:40Donc en ce sens-là,
06:41effectivement,
06:42la prise en charge par l'État
06:43de cette réalité,
06:44qui ne date pas d'hier,
06:46on a eu la majorité numérique,
06:47on a eu plusieurs dispositifs,
06:48extrêmement importante.
06:50Sur le volet éducation nationale,
06:52il y a un certain nombre de dispositifs
06:54qui existent déjà.
06:55J'ai cité l'éducation média,
06:56la formation numérique,
06:57mais il y a encore beaucoup à faire.
06:59Ce qui me dérange ici,
07:01c'est qu'on n'a pas une ambition éducative globale.
07:05Il faut vraiment se dire,
07:06on est tous concernés.
07:08On est tous concernés.
07:09Adultes, parents et enfants.
07:11Merci beaucoup,
07:11merci d'être venu ce matin
07:12sur le plateau des RMC.
07:13Marie-Caroline Missyre,
07:14déléguée générale du Think Tank,
07:15Vers le Haut,
07:16ancienne membre de cette commission Écran.
07:19Ça vous fait réagir,
07:20on vous attend bien sûr,
07:21vous avez tous la parole,
07:22on en débat ensemble au 32-16.
07:25Il est 7h25.
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