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  • il y a 2 jours
Tous les matins à 7h15, le parti pris argumenté d'un invité sur un sujet d'actualité, avec les témoignages et les réactions des auditeurs de RMC en direct au 3216.

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Transcription
00:10R.M.C. jusqu'à 9h, Apolline Matin, Sébastien Krebs.
00:17Il est 7h15, vous êtes bien sur R.M.C. et sur R.M.C. Story en direct.
00:21Nous sommes le lundi 20 juillet et la sécheresse que nous traversons est déjà historique,
00:27pire que celle de 1976, c'est la quasi-totalité du territoire qui est en vigilance,
00:3355 départements en état de crise.
00:35Bonjour Yves Tremblay.
00:37Bonjour.
00:38Merci d'être avec nous, vous êtes directeur de recherche en hydrologie
00:41à l'Institut de recherche pour le développement.
00:44Tout cela dans un contexte, et on va y revenir,
00:46où le Parlement doit se prononcer ce soir sur une loi agricole
00:49qui concerne justement, notamment, la question du stockage de l'eau.
00:52D'abord, en quoi cette sécheresse est historique et où est-elle la plus inquiétante ?
00:58Alors, elle est historique à plusieurs niveaux.
01:00Déjà, il faut se rappeler qu'on a vécu trois épisodes de canicules successifs
01:05avec des valeurs exceptionnelles pour la saison
01:08et on a battu le record de température sur la France.
01:12Tout cela combiné à un relatif déficit des précipitations au printemps.
01:17On estime qu'on a reçu un peu moins de 30% de pluie par rapport à ce qu'on
01:23a d'habitude.
01:24Ce qui veut dire que malgré les épisodes de fortes précipitations
01:27en début d'année sur la majeure partie du territoire,
01:30malgré ça, en 3-4 mois, on arrive à des seuils assez inquiétants
01:34en termes d'humidité du sol, en termes de niveau des cours d'eau,
01:37et ça à l'échelle quasiment de toute la France.
01:40Près d'un tiers des cours d'eau sont sous les minimas observés ces 20 dernières années.
01:45Il y a des images très impressionnantes de la Loire,
01:48notamment, qui est totalement à sec à certains endroits.
01:52Est-ce qu'on risque, à un moment, de manquer d'eau potable ?
01:56Alors, oui et non.
01:57On peut risquer localement, par exemple,
02:00il faut imaginer des villages qui sont alimentés par un capetage,
02:03par un puits, qui peuvent s'assécher dans un contexte de sécheresse.
02:08On a vu des scènes dans les médias de camions-citernes
02:11qui amenaient de l'eau,
02:12mais ça, c'est vraiment des choses assez locales.
02:15À grande échelle, en France, non.
02:16Il n'y a pas de risque sur l'approvisionnement en eau potable
02:19à l'échelle de tout le pays.
02:21Mais localement, ça pourra arriver ?
02:23Oui, localement.
02:24On l'a vu dans certaines communes, par exemple,
02:26pas loin de chez moi, dans les pérénées orientales, dans l'Aude.
02:29Mais je répète, c'est des effets assez locaux.
02:33On est prêt ?
02:34Est-ce qu'on a pris la mesure de ce qui est en train d'arriver ?
02:38Est-ce que la France est préparée ?
02:40Alors, on dirait que non, puisqu'il faut rappeler que ces sécheresses,
02:44malheureusement, s'inscrivent dans le temps long.
02:47C'est vraiment une des conséquences connues et documentées
02:50du changement climatique,
02:51l'augmentation des gaz à effet de serre,
02:52l'augmentation des températures,
02:54donc beaucoup plus d'assèchement des sols.
02:56Et malheureusement, ce type d'épisode n'est pas du tout un accident isolé.
03:00On voit clairement une plus grande récurrence des sécheresses
03:02ces dernières décennies.
03:04Et malheureusement, tous les scénarios pointent vers une augmentation future importante.
03:07Alors, on a souvent parlé des canalisations qui fuient.
03:11On perd beaucoup d'eau potable dans nos canalisations.
03:14Et puis, il y a une chose assez étonnante
03:17et qui est d'ailleurs très française,
03:18puisqu'à l'étranger, ça peut être parfois différent.
03:21On continue de mettre, en tout cas même d'imposer par la loi,
03:24le fait de mettre de l'eau potable dans nos chasses d'eau.
03:26Est-ce qu'on marche sur la tête sur ce point-là, par exemple ?
03:29Est-ce que ça fait partie des choses qui, selon vous, il faudrait changer ?
03:33Effectivement, ça, c'est des leviers qu'on connaît, qu'on connaît depuis longtemps.
03:36On peut se poser la question pourquoi on n'avance pas plus vite là-dessus.
03:39Les pertes en eau, effectivement, on estime à 20%.
03:42Donc, un litre sur cinq qui est pompé, traité et distribué en France
03:45est perdu dans des tuyaux percés.
03:47Donc, ça, c'est une marge de manœuvre très importante.
03:49Récupérer 10 à 15% d'eau supplémentaire.
03:52Et la réutilisation, effectivement, on peut citer des pays pas loin de chez nous.
03:55L'Espagne ou l'Italie, autour de 7, je crois, 10%, voire plus d'eau réutilisée.
03:59Alors qu'en France, on est à 1%.
04:01Donc, effectivement, ça, c'est des marges de manœuvre extrêmement intéressantes,
04:05déjà, pour envisager des solutions pour faire face à ces épisodes de sécheresse de plus en plus répétés.
04:11Alors, tout cela intervient, je le disais, au moment où le Parlement débat de cette loi d'urgence agricole,
04:16où l'un des points de tension est très exactement cette question de l'eau
04:20et cette question du stockage de l'eau avec des agriculteurs qui réclament plus de liberté pour stocker l'eau,
04:28en disant, finalement, c'est du bon sens de stocker l'eau quand elle est abondante l'hiver,
04:33et elle a été, vous le disiez, abondante cet hiver,
04:35pour la conserver pour des périodes comme aujourd'hui, où on est en période de sécheresse.
04:41Qu'est-ce que vous répondez à cet argument qui est de dire, c'est du bon sens,
04:45il y a de l'eau en hiver, on la garde pour l'été ?
04:47Alors, vous avez dit, plus de liberté par les agriculteurs, en fait,
04:50il y a aussi surtout une volonté de diminuer les instances de concertation,
04:54de se mettre autour de la table pour décider comment on gère l'eau,
04:57ça, c'est une régression très importante.
05:00Effectivement, la question du stockage, on peut regretter qu'elle soit mise en tête de liste
05:03comme seule et unique solution d'adaptation.
05:06Or, le stockage, il n'est pas du tout possible partout,
05:09dans tous les contextes géologiques, par exemple, entre le nord, le sud de la France,
05:13et bien même là, dans les zones où il y a des nappes phréatiques rapides ou des nappes lentes,
05:18donc il y a des contextes pour lesquels, par exemple,
05:20l'installation de bassines n'est pas du tout pertinente,
05:23ou même de barrages, ou même de retenues collinaires,
05:25qui sont des ouvrages beaucoup plus petits,
05:27mais là aussi, il y a des contextes locaux qui peuvent ou pas permettre leur installation.
05:32Et effectivement, il faut insister sur un point,
05:34dans la communauté scientifique, toutes les recommandations qui ont été faites,
05:38c'est d'insister sur un mix de solutions à l'échelle des territoires.
05:41Alors, le stockage en fait partie, il ne s'agit pas du tout d'être pour ou contre le stockage,
05:46le stockage, dans certains cas, est tout à fait adapté,
05:49ça fait des milliers d'années que les hommes stockent l'eau de différentes manières,
05:52mais d'ériger ça comme première, seule et unique solution, c'est absurde,
05:56et c'est ce qu'on appelle une solution de maladaptation, en fait.
05:59Ça ne tiendra pas en contexte de changement climatique,
06:02notamment parce qu'on s'attend à une variabilité du climat beaucoup plus forte,
06:05et là, on en a un exemple catastrophique,
06:07des pluies exceptionnelles au printemps et une têche exceptionnelle en début d'été.
06:13Merci à vous, Yves Tremblay, directeur de recherche en hydrologie
06:16à l'Institut de recherche pour le développement.
06:18On sera tout à l'heure avec un agriculteur, vous nous écoutez,
06:21vous êtes vous-même agriculteur, viticulteur, bien sûr,
06:24venez répondre à Yves Tremblay.
06:28Le débat continue sur RMC au 32 16.
06:31On vous attend aussi sur le WhatsApp RMC.
06:33Merci à vous.
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