00:00Il est 7h12 et vous êtes bien sur RMC et RMC Story. Bonjour Gilles Simeoni.
00:05Merci d'être avec nous dans ce studio en métropole, j'allais dire.
00:08Vous êtes le maire de Bastia, vous êtes aussi vraiment celui qu'on appelle l'homme fort de Corse.
00:12Vous avez dirigé pendant plus de dix ans le conseil exécutif de Corse.
00:16Ce projet qui sera donc débattu aujourd'hui par les députés.
00:20Projet pour une Corse autonome au sein de la République.
00:24Est-ce que ce n'est pas surtout pour une Corse de plus en plus autonome et de moins en
00:26moins au sein de la République ?
00:28Non, je pense que l'autonomie c'est une forme d'appartenance à la République.
00:31Pour l'instant nous ne sommes pas autonomes et nous aspirons à le devenir.
00:33Avouez que vous jouez un petit peu sur les mots quand même.
00:36L'autonomie c'est pour être au sein de la République, non ?
00:39L'autonomie c'est une capacité à produire des normes.
00:44C'est un statut ou un régime qui existe dans beaucoup de régions européennes,
00:49notamment dans toutes les îles de la Méditerranée et qui fonctionne plutôt bien.
00:53Les Baléares, les Açores, la Sardaigne sont autonomes depuis des décennies.
00:59Elles produisent de la norme adaptée à des problématiques qui notamment sont aggravées ou suscitées par l'insularité
01:06en matière de transport, en matière d'aménagement du territoire, en matière de langue et de culture.
01:11Ça se fait dans un cadre apaisé avec l'État et ça a également permis un développement économique et social
01:16soutenu.
01:17Ça se fait effectivement de manière apaisée avec l'État, clairement depuis désormais quelques années, on le sent bien.
01:24Aller vers l'autonomie semble quelque chose qui vous est promis désormais.
01:29Concrètement ça veut dire quoi ?
01:30C'est-à-dire vous dites on voudrait pouvoir produire nos propres normes, mais de quoi voulez-vous vous débarrasser
01:34?
01:35Il ne s'agit pas de se débarrasser, il s'agit d'essayer d'adapter la règle à des besoins
01:41spécifiques.
01:42J'ai bien compris en théorie, mais ça veut dire quoi concrètement ?
01:45C'est-à-dire que vous dites voilà moi je veux, nous voulons désormais pouvoir avoir nos propres lois, nos
01:49propres règles avec plus d'autonomie.
01:52Mais concrètement vous en ferez quoi ?
01:54Alors je vous prends un exemple concret qui empoisonne par exemple la vie des mers depuis des années.
01:59Aujourd'hui nous avons des lois nationales qui sont prises par rapport à des problématiques qui se posent à l
02:05'échelle du pays.
02:06Par exemple en matière d'urbanisme, la loi littérale et la loi montagne.
02:10La jurisprudence et la règle actuelle font que lorsque vous avez un cumul de lois, c'est la loi la
02:17plus sévère qui s'applique.
02:19En Corse nous avons plusieurs dizaines de communes qui sont à la fois des communes de l'intérieur mais qui
02:23ont une façade littérale.
02:24On applique donc la loi littorale qui est totalement inadaptée pour les communes de l'intérieur.
02:29Ce qui est un frein au développement lorsque notamment vous voulez faire un permis de construire pour permettre à des
02:33jeunes de s'installer.
02:34Donc ça fait des années qu'on demande aux législateurs de modifier la loi.
02:37Et là autre chose à faire, si nous avions la capacité d'aménager ce texte, nous le ferions.
02:42Et nous le ferions y compris sous le contrôle du juge, ce qui permet de garantir une cohérence d'ensemble
02:48à l'échelle nationale.
02:49Mais vous comprenez bien que la formule de la constitution française c'est tous égaux devant la loi.
02:54Mais ça n'est plus la même chose si la loi est différente.
02:57Alors, l'égalité, ce n'est pas un concept figé.
03:00L'égalité, elle commande notamment de traiter de façon différente des situations différentes.
03:07Et d'ores et déjà aujourd'hui, et d'ailleurs depuis des décennies, il y a des situations qui sont
03:11très différentes.
03:12De façon sectorielle, par exemple, si on prend le droit Moselland.
03:16Ou par exemple en Polynésie, où depuis plus de 20 ans, il y a un statut d'autonomie qui permet,
03:21par exemple,
03:21à l'Assemblée territoriale polynésienne, de prendre des règles spécifiques qui ont valeur législative
03:28et qui peuvent même organiser un accueil privilégié aux résidents du territoire,
03:34par exemple en matière foncière ou en matière à l'emploi.
03:36Et personne n'a trouvé à y redire.
03:38Certains constitutionnalistes, Benjamin Morel, qu'on connaît bien ici, dénoncent cette réforme.
03:43Il estime que ça va consacrer le communautarisme qui rompt l'égalité de tous face à la loi
03:48et l'idée qu'on ne soit qu'un seul peuple.
03:50Qu'est-ce que vous lui répondez ?
03:51Je réponds que tout ce qui s'est passé en Corse depuis des décennies
03:55montre bien, premièrement, que notre démarche est aux antipodes du communautarisme.
04:00C'est une démarche ouverte, rayonnante.
04:03En aucun cas, un basculement vers le droit du sang ou vers une conception.
04:08Ça, c'est important quand vous dites qu'en aucun moment il n'y aura cette histoire du droit du
04:13sang
04:13parce que la question, c'est aussi le rapport à la terre, le rapport à la communauté.
04:17Est-ce que de ce point de vue-là, vous estimez qu'il faut faire évoluer aussi les choses ?
04:21Oui, nous estimons qu'il faut faire évoluer les choses.
04:23Il y a un enjeu à la fois historique et symbolique.
04:25Nous considérons, et nous ne sommes pas les seuls à considérer,
04:28les Corses à l'unanimité, mais également les constitutionnalistes,
04:33les grands philosophes de l'Europe du XVIIIe siècle,
04:36des grands hommes politiques de De Gaulle jusqu'à Mitterrand,
04:38ont tous considéré que le peuple corse existe.
04:41La difficulté, c'est comment on le reconnaît ?
04:43Comment le définit, à vos yeux, le peuple corse ?
04:45Il faut combien d'ascendants ?
04:48Non, mais justement, nous n'avons pas une conception
04:50qui repose uniquement sur l'ascendant, sur ce lieu de naissance.
04:53Pour nous, c'est essentiellement une communauté dynamique,
04:57ce que nous avons appelé la communauté de destin,
04:59c'est-à-dire qu'au-delà de la naissance,
05:02de la langue, du rapport à la terre et à l'histoire,
05:05c'est une volonté de se sentir partie prenante du présent et de l'avenir.
05:10Mais c'est-à-dire que si je viens chez vous demain
05:12et que je dis que je me sens corse,
05:13est-ce que vous me l'octroirez ?
05:16Ce n'est pas moi qui m'ai décidé...
05:18Ou est-ce que vous me demandrez mes quartiers de naissance ?
05:20Non, pas du tout, non.
05:21Ce sont des choses difficiles.
05:23Par exemple, comment et pourquoi est-on...
05:25Mais c'est une question qui traverse la société française globalement.
05:28De façon globale.
05:30C'est pour ça que je dis que la question qui est posée aujourd'hui au Parlement
05:33et les enjeux dont il aura à débattre concernent la Corse,
05:37mais renvoient aussi la société française,
05:40d'abord à ses inquiétudes, mais aussi sans doute à sa volonté
05:45d'intégrer les enjeux du XXIe siècle.
05:47Je veux dire, il y a cette aspiration en Corse.
05:49La question fondamentale, elle est partagée par une très large majorité de Corse.
05:53Le texte qui va être débattu a été voté quasiment à l'unanimité,
05:57notamment à l'unanimité sur la question de l'existence d'un peuple,
06:00d'une langue et d'un rapport singulier à la terre.
06:04Est-ce que la République est capable de prendre en compte cette aspiration
06:07et comment on fait pour le faire ? Et je crois que si elle le fait,
06:11non seulement elle ne s'affaiblira pas, mais elle se renforcera.
06:13Avec une question aussi, c'est le mot menace que vous avez utilisé
06:16en disant que ce sera lourd de conséquences perturbantes.
06:18Comment est-ce que vous... Qu'est-ce que ça veut dire ?
06:21Je pense que personne ne peut considérer,
06:23ni dans ma trajectoire politique depuis des décennies,
06:26ni dans ce que je dis, qu'il y a un quelconque recours
06:29à la menace ou au chantage, à la violence.
06:31J'ai dressé un constat objectif.
06:33D'abord, c'est que ce résultat, pardon, ce rendez-vous, il est attendu.
06:37Ce rendez-vous, mais vous êtes plutôt serein sur le résultat, si je comprends bien.
06:40Je pense qu'on a effectivement une obligation de résultat,
06:43parce que, d'abord, il y a la prise en compte du fait démocratique qui est essentiel,
06:47et puis il faut aussi...
06:48Les aspirations du peuple corse.
06:50Les aspirations du peuple corse.
06:51Et il faut comprendre aussi que, si on ne répond pas,
06:54au moins en ouvrant la possibilité du débat,
06:58à mon avis, en votant cette révision constitutionnelle,
07:00en discutant derrière de ce qui pourra être fait,
07:03mais également des contrôles et des limites
07:05qui sont d'ores et déjà prévus par le test,
07:08eh bien, effectivement, il va y avoir une forme de désillusion.
07:10Et puis, surtout, je vous le redis,
07:12nous, depuis dix ans, nous avons été en situation de responsabilité.
07:15Nous avons voté une délibération qui organisait,
07:17ou qui proposait un statut d'autonomie beaucoup plus ambitieux
07:20que celui qui est envisagé aujourd'hui.
07:22Nous avons accepté, eh bien, de revoir à la baisse
07:25nos revendications pour construire un compromis très large.
07:29Ce compromis, il est soumis aujourd'hui au Parlement.
07:32Il faut aussi que la démocratie fonctionne
07:34pour que d'autres, notamment les jeunes,
07:36eh bien, ne soient pas désespérés
07:38face à une situation économique, sociale, sociétale,
07:40encore ce qui est très important.
07:42C'est comme ça qu'il fallait entendre le lourd de conséquences perturbantes.
07:43Merci beaucoup d'être venu défendre ce matin,
07:46donc, votre volonté d'autonomie.
07:48Gilles Simeoni, vous êtes donc le maire de Bastia
07:51et l'ancien directeur du conseil exécutif de Corse.
07:56Merci.
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