00:01Bonjour commandant Jérémy Lavergne, merci d'être avec nous en direct ce matin sur RMC, vous êtes le porte-parole
00:09de la sécurité civile.
00:11Je le disais, 42 000 hectares déjà ravagés par les flammes et l'incendie qui se trouve maintenant à une
00:16quinzaine, une vingtaine de kilomètres de l'agglomération bordelaise.
00:20De nombreuses maisons détruites et 220 000 personnes qui restent évacuées sans savoir quand elles pourront rentrer chez elles.
00:28Quelle est la situation ce matin sur le terrain ? Commandant, qu'est-ce qui vous remonte ? Est-ce
00:33que vous nous confirmez les quelques bonnes nouvelles qu'on a eues ce matin ?
00:37De la pluie, une situation plutôt stable cette nuit ?
00:40Oui c'est tout à fait confirmé, alors avec le fait que bien évidemment, et vous l'avez bien décrite,
00:44cette situation est absolument historique de par son ampleur.
00:48Sur le front de la lutte et sur le front de la météo, les nouvelles sont un peu plus rassurantes.
00:52C'est vraiment à prendre avec beaucoup de prudence et beaucoup de pincettes.
00:56Mais en effet, la météo devrait nous aider dans la lutte, au moins aujourd'hui.
01:00De la pluie cette nuit et la météo qui devrait vous aider.
01:03Mais pour combien de temps ? Parce qu'on sait que la canicule doit arriver, les températures vont remonter dans
01:09les quelques jours qui viennent.
01:11Oui tout à fait. La préfète de la Gironde nous l'a d'ailleurs très bien dit hier soir.
01:14On s'attend à un nouvel épisode de forte chaleur, de chaleur extrême à la fin de la semaine.
01:19Et c'est bien évidemment une très mauvaise nouvelle sur le front des incendies.
01:22Puisqu'on le sait, ce cocktail est absolument explosif avec cette vague de chaleur qui pourrait complexifier la lutte sur
01:29le terrain.
01:30C'est la raison pour laquelle ces prochains jours sont extrêmement importants pour pouvoir avancer sur le front de cette
01:37lutte et de cette maîtrise de cet incendie.
01:38Ça veut dire qu'aujourd'hui, là ce matin, il y a une forme de course contre la montre avant
01:42que la chaleur arrive.
01:43Il faut absolument agir très très vite.
01:46Je n'utiliserai pas ce terme de course contre la montre qui traduirait de la précipitation.
01:50Mais en tout cas, une chose est certaine, les moyens qui sont déployés sont très importants.
01:53Ils l'étaient déjà hier et ils le seront encore plus aujourd'hui.
01:56Et de toute façon, il y a vraiment une mobilisation exceptionnelle sur ce feu, que ce soit les forces terrestres
02:06et les forces aériennes, pour la partie lutte.
02:08Et puis il ne faut pas oublier non plus la partie support, la partie soutien, la partie logistique.
02:13qui permet de pouvoir évacuer ces dizaines de milliers de personnes et assurer aussi que tous ces engins et tous
02:17ces pompiers soient opérationnels sur le terrain.
02:19On voit bien que ce feu est parfois imprévisible, se développe parfois très très vite, malgré, vous le disiez, de
02:26très gros moyens déployés.
02:27Est-ce qu'on est dépassé aujourd'hui par ce type de feu, par l'ampleur de ce feu ?
02:32Ce feu est très clairement un feu qui est un feu hors normes.
02:35Il répond à des logiques géographiques et météorologiques qui sont extrêmement complexes.
02:40Et malgré le très important moyen qui ont été déployés sur les yeux, on l'a vu, il peut connaître
02:46parfois des propagations de plusieurs milliers d'hectares,
02:50alors même qu'on pensait quelques minutes avant pouvoir le maintenir.
02:53C'est extrêmement compliqué, c'est lié notamment aux conditions météorologiques exceptionnelles.
02:57Conditions météo, et puis alors ce type de feu, on a beaucoup entendu parler ce week-end d'orage de
03:03feu.
03:03Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce phénomène qu'on n'avait jamais connu en France ?
03:11Non, alors c'est un phénomène qui est quand même documenté, qu'on a déjà connu en France,
03:15que ce soit dans le sud-est de la France ou même dans le sud-ouest, sur le massif des
03:19Landes de Gascogne.
03:19Quand un feu devient extrêmement important, et avec une conjonction de conditions météo particulières,
03:25souvent ce qu'on appelle le feu crée son propre vent, c'est-à-dire qu'on va avoir l
03:28'apparition d'une colonne de fumée
03:29qui est très très importante et qui crée un gros nuage de feu pour simplifier.
03:33Et en effet, c'est très problématique parce que ce pyrocumulus, ce gros nuage de feu,
03:38va pouvoir créer sur place et au sol des vents qui sont parfois des vents contraires.
03:42Et donc pour les pompiers et pour les avions engagés sur le terrain, le sens de propagation peut changer,
03:48la vitesse du vent peut changer, et donc c'est ce qui se complexifie,
03:51c'est ce qui complexifie vraiment les prises de décisions sur le terrain.
03:54Mais ce n'est pas quelque chose qui est inédit, c'est quelque chose qui est extrêmement dangereux,
03:57mais qu'on trouve et qu'on retrouve sur chacun des grands feux en France.
04:02Et qu'on connaît dans une ampleur, vous le disiez, exceptionnelle.
04:05J'entendais un pompier dire ce week-end, on n'est pas assez nombreux,
04:09mais on fait ce qu'on peut parce que c'est la guerre.
04:12On a vraiment les moyens de lutter ?
04:15En fait, raisonner face à un feu de 42 000 hectares en termes de moyens,
04:21on trouve tout de suite la limite de ce raisonnement,
04:23parce qu'on ne peut pas malheureusement multiplier les moyens de manière indéfinie,
04:27avoir 100 appareils, avoir des dizaines de milliers de pompiers supplémentaires.
04:31Malheureusement, on arrive à un moment à une limite qui est difficile de dépasser.
04:36Ce feu est un véritable monstre de 42 000 hectares,
04:39et donc les moyens sont répartis au mieux en fonction de ceux qui sont disponibles
04:43pour pouvoir lutter et protéger la population.
04:46On a un auditeur qui nous appelait il y a 5 minutes,
04:48David qui est lui-même ancien pompier, qui habite dans la région,
04:51il n'est pas très loin en Dordogne, et qui disait,
04:52mais pourquoi on ne m'appelle pas ? Moi je suis prêt à venir aider.
04:55On ne peut pas rappeler comme ça des anciens pompiers
04:58pour les faire venir dans ce type de situation d'urgence ?
05:03Alors on remercie vraiment David pour son appel et pour sa proposition d'aide.
05:07David peut le faire, il y a des dizaines de milliers de bénévoles
05:10qui viennent aider, qui viennent soutenir les actions des bénévoles sur les lieux.
05:14Par contre, une chose est certaine,
05:15David est un ancien pompier volontaire pour répondre à sa question,
05:18on ne peut pas habiller, former, reformer l'ensemble de ces anciens agents
05:23pour qu'ils puissent aller lutter contre cet incendie.
05:25Imaginez le risque qu'encourt, et on salue le courage
05:28de tous nos camarades pompiers sur le terrain,
05:30les risques qu'ils prennent sont extrêmes.
05:32Donc pour tous les bénévoles qui veulent venir aider sur le terrain,
05:35bien sûr, le SDIS 33 a d'ailleurs fait un appel spécifique sur son site internet.
05:40Il y a tout un tas d'actions, de soutien qui peuvent être faites
05:43en base aérienne ou au bénéfice de la population,
05:46mais pour la lutte, le danger est tel que ce sont vraiment
05:49les sapeurs-pompiers qui se concentrent sur ça.
05:51Rappelons qu'on a perdu trois de nos camarades,
05:54dont deux de l'Islande dans des actions d'une entre les feux de forêt.
05:57Donc vraiment, les risques qui sont pris sont incroyables.
05:59Oui, trois sapeurs-pompiers qui sont morts effectivement depuis le début
06:03de cette saison des incendies.
06:06Quel est l'état des forces ce matin ?
06:07Quel est l'état des troupes ?
06:09Il y a forcément de l'épuisement.
06:10Ça fait cinq jours et cinq nuits qu'ils sont tous au front.
06:14Bien sûr que l'épuisement et parfois l'abattement,
06:17peut-être au rendez-vous face à un tel incendie.
06:19Alors les relèves sont organisées au fur et à mesure sur le terrain
06:22pour pouvoir minimiser les temps d'engagement
06:24et pouvoir organiser des temps de repos.
06:28Il n'en demeure pas moins que face à une telle situation,
06:32bien évidemment que la fatigue commence à se faire ressentir.
06:35Encore une fois, je souligne et je salue à nouveau
06:37l'engagement incroyable de l'ensemble des forces de la sécurité civile.
06:40Rendez-vous bien compte, il faut regarder les cartes,
06:4242 000 hectares.
06:43On a cette tâche rouge sur le département de la Gironde
06:46qui est absolument énorme.
06:47Donc l'engagement et la fatigue sont là, bien évidemment.
06:50Une dernière question, commandant.
06:52Est-ce qu'il y a toujours une inquiétude ce matin
06:54pour la métropole de Bordeaux ?
06:58Non, les conditions météo...
06:59Enfin, il y a toujours une inquiétude
07:01parce que ce type de crise s'anticipe.
07:03C'est la raison pour laquelle on peut le voir.
07:04On peut le voir dans les médias, on l'a vu dans notre antenne.
07:06Il y a un certain nombre de décisions qui se préparent
07:08en cas de nouvelles évacuations.
07:10Pour autant, la situation est plutôt rassurante.
07:13C'est à prendre avec beaucoup de précaution.
07:15C'est plutôt rassurante sur le front de la propagation d'incendies
07:17ce matin, en règle générale,
07:19et notamment pour la métropole de Bordeaux.
07:20Et je rajouterai aussi que
07:22nous avons certes cet incendie en Gironde,
07:24mais d'autres incendies sont encore actifs
07:26partout ailleurs en France.
07:27Donc je rappelle cet appel à la prudence
07:30vraiment auprès de la population
07:31concernant l'observation de règles de prudence.
07:34Merci beaucoup, merci commandant Jérémy Lavergne
07:36pour ce point complet en direct ce matin.
07:39On comprend que les prochaines heures vont être cruciales
07:42puisqu'il y a cette accalmie, moins de vent.
07:44Il y a eu un peu d'eau cette nuit,
07:46mais on sait que la chaleur arrive dans les jours qui viennent.
07:48c'est parti !
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