00:00Qu'est-ce que le secteur bancaire est-ce que le secteur bancaire ?
00:30Qu'est-ce que le secteur bancaire est-ce que le secteur bancaire ?
01:00Concrètement, c'est que si, ce qui ne va pas arriver, mais si demain matin nous étions sérieux et que
01:05nous disions à la fois le charbon, le pétrole et le gaz sont des actifs échoués, plus personne n'a
01:09le droit de les vendre ou de les acheter, et donc leur valeur marchande tombe à zéro, ces 11 banques,
01:14les 11 premières banques de la zone euro seraient toutes en faillite.
01:17Les banquiers sont intelligents, ils le savent, ils ont fait ces calculs, même s'ils les ont fait moins finement
01:24que nous l'avons fait nous, peu importe, ils ont compris qu'une transition écologique rapide signifiait la fin de
01:29leur business et la faillite de leur banque, et donc ils sont debout sur le frein.
01:34Même s'ils font semblant, ils font du greenwashing, mais vous avez sûrement regardé l'excellent livre de Julien Lefournier
01:39et Alain Grandjean sur la finance verte, la prétendue finance verte, qui pour l'instant reste une illusion.
01:45Donc les green bonds ne sont pas vertes, ni plus vertes, ni moins vertes que les obligations émises par tout
01:50le monde, n'en déplaise au Trésor français.
01:53Et donc ça pose une énorme question, c'est-à-dire que tant qu'on n'aura pas aidé le
01:57secteur bancaire à se débarrasser de sa propre addiction aux énergies fossiles,
02:00les banques, avec le pouvoir qu'on sait qui est le leur aujourd'hui, continueront de faire du lobbying pour
02:04empêcher tous les autres acteurs d'avancer à marge forcée du côté de la transition.
02:09Et tous ces autres acteurs sont connus. Le secteur industriel privé est tenu par la dette, par les banques.
02:15Donc toutes les banques sont capables de rappeler à n'importe quelle entreprise qui a beaucoup de dettes, écoutez, vous
02:20faites ce que vous voulez, mais vous avez des dettes à nous rembourser.
02:21Donc nous, on pense que vous devriez faire ça, et on est votre créancier, donc on a un petit peu
02:24notre mot à dire sur ce que vous allez faire dans les 15 prochaines années.
02:27Vis-à-vis de l'État, c'est encore plus simple, à la fois vous rappelez à l'État qu
02:31'il a beaucoup de dettes,
02:32et puis vous proposez à un certain nombre de hauts fonctionnaires de multiplier par 10 son salaire s'il accepte
02:37de pantoufler dans la banque.
02:39Donc vous avez les deux moyens, la carotte et le bâton, et c'est assez efficace malheureusement.
02:42Donc il y a quand même une opération, à mon avis, centrale à opérer pour le bien de notre démocratie
02:47et pour la transition écologique,
02:49qui est de débarrasser nos banques des métastases fossiles qu'elles ont dans leur bilan.
02:54Et par rapport à ça, il n'y a que trois options. Il y a celle que tu évoquais tout
02:58à l'heure, Pierre-Yves, avant qu'on arrive devant les caméras,
03:00qui est, on provoque au fond la faillite des banques, et une fois que leur valeur est nulle, on les
03:05nationalise,
03:05et là, on les débarrasse de leurs actifs fossiles, et on les oblige à financer la transition.
03:10Ce qui est peut-être ce qu'on va faire, mais disons que c'est la solution la plus brutale,
03:13la plus dangereuse aussi,
03:15parce que la faillite bancaire peut intervenir en 24 heures, donc ne contrôlez pas trop le processus quand même.
03:21Deuxième option, qui est probablement celle dans laquelle les autorités européennes vont se diriger dans les années qui viennent,
03:27qui est ce qu'on a fait en 2009, c'est-à-dire créer des banques de défaisance, des «
03:31bad banks » en anglais,
03:33qui vont acheter probablement au prix fort les actifs fossiles dans les bilans de nos banques, avec de l'argent
03:38public,
03:39et qui vont assumer elles-mêmes la perte de valeur de ces actifs,
03:42pendant que nos banques pourront continuer de folatrer dans les marchés financiers.
03:47Ça, c'est une solution qu'on a mise en œuvre en 2009, qui me semble une mauvaise solution,
03:51parce qu'in fine, la dette de ces « bad banks » va être reportée dans le bilan des États.
03:56Ça va devenir de la dette publique, puisque ce sont des banques publiques.
03:59Et si c'est de la dette publique, ça veut dire qu'in fine, c'est quand même le contribuable
04:02qui paye.
04:02Donc ça revient à faire payer l'absolution donnée à nos banques par le contribuable,
04:07ce qui n'est pas une bonne idée à mon avis.
04:08Il y a une troisième option, qui est d'utiliser le fait que nous avons une banque centrale en zone
04:13euro, qui s'appelle la BCE.
04:15La BCE pourrait racheter ses actifs fossiles à nos banques en créant de la monnaie, ce qui est son boulot
04:20de banque centrale,
04:22porter dans son bilan ses actifs fossiles, assumer la perte de valeur de ses actifs fossiles.
04:26Ça ne coûtera rien à personne et la BCE ne pourra pas faire faillite, quoi qu'il en soit.
04:31Est-ce que ça sera préjudiciable à la valeur de l'euro ?
04:34Une fois encore, si les investisseurs étrangers, californiens, BlackRock, tout ce que vous voulez, prennent conscience,
04:39comprennent que c'est le meilleur moyen de sauver la zone euro, ils seront très contents, contrairement à ce qu
04:44'on croit.
04:44Donc c'est le meilleur moyen de sauver l'euro, en vérité.
04:47Alors évidemment, ce n'est pas orthodoxe, mais c'est tout à fait compatible avec les traités, la BCE a
04:51le droit de le faire.
04:52Et à mon avis, il faudrait qu'elle le fasse, évidemment en moyennant une décote,
04:56qu'elle ne rachète pas les actifs à leur prix de marché actuel, mais par exemple à 80% de
05:00leur prix de marché,
05:01de sorte que nos banques comprennent quand même que c'est la fin de la récréation.
05:04Et évidemment, la BCE le fait conditionnellement au fait que nos banques ne financent plus du tout de projets bruns
05:09à l'avenir.
05:10Vous savez qu'aujourd'hui encore, ça a été encore montré dans le dernier rapport d'Oxfam,
05:14sur 10 euros de financement des banques françaises du côté de l'énergie, il y en a 7 qui vont
05:18du côté des énergies fossiles.
05:20Ce n'est pas comme ça qu'on avance du côté de la transition.
05:23Il y a ces grandes options sur la table dont il faut absolument, à mon avis, qu'on puisse discuter
05:26dans l'espace démocratique français et européen
05:29pour rendre possible la transition énergétique et écologique en Europe.
06:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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