00:00Face à le chiffre, le débat ce matin, face à le chiffre, il y a Étienne Braque et nous allons
00:04parler des banques
00:06et du financement des candidats à l'élection présidentielle.
00:09Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale a annoncé qu'il ne le ferait pas,
00:12financer les candidats de l'élection présidentielle.
00:15Le groupe bancaire estime que le risque est trop important.
00:18Étienne, est-ce que c'est le rôle des banques de faire ça ?
00:20Pas vraiment. Alors pour rappel, une banque, elle ne prend pas vraiment de risque en finançant des grands partis
00:25puisque l'État rembourse les dépenses de campagne si le candidat arrive au-delà des 5%.
00:31Donc pour une banque, financer un grand parti politique, ce n'est pas vraiment un risque.
00:34Non, si vous écoutez Daniel Ball du Crédit Mutuel, le plus grand des risques,
00:37c'est le fait qu'à la fin, le candidat ne se fasse pas valider les comptes de campagne.
00:42Et puis alors le deuxième argument qui n'est pas mis en avant, mais qu'il faut comprendre entre les
00:46lignes,
00:46c'est le risque de réputation.
00:48Une banque, même si elle ne fait pas de politique, elle pourrait être accusée de soutenir tel ou tel parti
00:52et de financer sa campagne pour un parti d'extrême.
00:55Aujourd'hui, le risque de réputation, il est quand même très grand pour une banque française.
01:00Et c'est l'un des pires pour les banques.
01:01Regardez le nombre de fois où les banques françaises ont été accusées de greenwashing
01:05ou d'appel au boycott car elles ont financé souvent, en plus pour des montants totalement négligeables,
01:09des projets gaziers ou pétroliers.
01:11Vous vous retrouvez avec des assemblées générales qui sont perturbées,
01:13des clients qui vous disent « Ah bah, puisque c'est comme ça, moi je m'en vais, je clôture
01:16mon compte ».
01:17Donc en fait, à la fin, quand vous faites la balance bénéfice-risque,
01:21ça ne vaut pas le coup d'y aller.
01:22C'est-à-dire qu'en fait, vous allez financer quelques millions d'euros,
01:24donc les revenus potentiels sont totalement négligeables.
01:27Et derrière ça, vous vous retrouvez avec du bad buzz,
01:29beaucoup d'articles dans la presse, du débat public.
01:32Et ça, après, vous allez le traîner pendant des mois, voire même des années.
01:35Emmanuel Lechypre.
01:36Ah, je suis totalement en désaccord avec tout ce que vient de dire Étienne.
01:40Pauvres banquiers qui prennent en fait très peu de risques,
01:43parce que la réalité, c'est que dès qu'une banque risque de faire faillite,
01:46tout le monde la sauve avec les impôts.
01:47Donc ce serait bien normal, quand même, que les banques contribuent un minimum à la vie démocratique.
01:53Parce que, un, sans financement, vous n'avez pas de pluralisme démocratique.
01:58C'est ça la réalité.
01:59Effectivement, une campagne, aujourd'hui, c'est plusieurs millions d'euros.
02:02Très peu de partis disposent d'une trésorerie suffisante.
02:06Donc, si vous n'avez pas d'accès au crédit, ça veut dire quoi ?
02:08Il n'y a que les grands partis déjà installés qui pourront faire campagne.
02:11Il n'y a que les plus riches qui pourront être candidats,
02:13ceux qui ont des fortunes personnelles, genre Donald Trump.
02:16Ah bah oui, on veut des candidats riches à la Donald Trump, bien sûr.
02:19Ou bien seront candidats ceux qui sont financés par des donateurs plus ou moins obscurs,
02:23dont on ne sait pas très bien d'où ils tirent leur argent.
02:25Ça veut dire que vous ne laissez aucune chance d'émergence à des nouveaux mouvements politiques.
02:29Ça veut dire que vous n'avez aucune chance d'avoir des candidats de la société civile qui puissent apparaître.
02:35Donc, en gros, on ne demande pas aux banques de financer une idéologie.
02:38On demande juste aux banques de financer la vie démocratique.
02:42Et puis, les banques n'hésitent pas quand même à financer des activités beaucoup plus risquées
02:47que celles qui sont liées à une élection.
02:51Quand vous prenez des risques avec des start-up, avec des PME fragiles,
02:55avec des projets immobiliers, avec des entreprises en restructuration,
02:58on pourrait quand même prendre ces risques-là.
03:00Alors, le remboursement, il est quand même largement garanti par l'État.
03:03Étienne a évoqué effectivement les 5%.
03:05La problématique aujourd'hui, c'est plutôt cette problématique d'invalidation des comptes de campagne
03:11où là, il n'y a plus de remboursement qui tienne.
03:13Mais il n'y a pas grand-chose à inventer.
03:16En fait, il y a déjà eu une réunion au mois de juillet entre les banques et Matignon
03:19pour essayer de régler ce problème-là.
03:21Alors, ça ne satisfait pas le crédit mutuel.
03:24Mais bon...
03:24D'ailleurs, est-ce que toutes les banques sont égales face aux problèmes, justement ?
03:27Oui, alors il y en a quelques-unes qui déjà ne financent plus.
03:31Beaucoup sont restées assez silencieuses jusqu'à maintenant sur le sujet.
03:34On sait que la Société Générale, par exemple, ne finance plus de partis.
03:37Bon, c'est un choix.
03:38Mais du coup, vous vous retrouvez, encore une fois,
03:40avec des risques de financement qui sont beaucoup plus problématiques.
03:44Et puis, on demande quand même aux banques d'avoir, oui, un comportement civique.
03:48Donc moi, je pense qu'il devrait y avoir une obligation,
03:49un peu comme vous avez l'obligation de vous assurer.
03:51Il devrait y avoir une obligation pour les banques
03:54de faire des propositions aux partis.
03:56Et après, les partis...
03:57Et puis, on invente une petite garantie.
03:59Ce n'est quand même pas la mer à avoir.
04:00Mais c'est trop facile aujourd'hui.
04:02On comprend qu'elles ont peur de tout.
04:03De toute façon, les banques, elles ont peur de tout.
04:05Dès qu'on les accuse de financer...
04:06Etienne a raison.
04:07Dès qu'on les accuse de financer des projets un peu trop gris
04:10et pas sévères, on leur tombe dessus, etc.
04:12Bon, c'est un métier qui est devenu un métier excessivement frileux.
04:16Donc, ils ne sont pas courageux, nos banquiers.
04:17Et ça, il faut les obliger à participer à la vie démocratique.
04:20Etienne, pour finir ?
04:21On arrive quand même au bout de quelque chose.
04:23Quand vous voyez le RN qui est obligé de se tourner vers une banque hongroise.
04:26C'était le cas notamment en 2022 pour trouver 10 millions d'euros
04:29parce qu'il n'y a aucune banque qui voulait les financer.
04:31Qu'on soit d'accord ou pas avec le RN,
04:32ça pose quand même des questions de se tourner vers une banque étrangère.
04:35En plus, à l'époque, c'était une banque qui était proche
04:37de l'ex-premier ministre hongrois, Victor Orban.
04:40Des questions de dépendance, d'ingérence politique.
04:42Quand vous regardez la France insoumise,
04:44alors eux, ils tournent le problème différemment.
04:45Ils vous disent, de toute façon, on ne veut pas se tourner vers le système bancaire.
04:49On fait appel à des dons, mais aussi à des prêts à taux zéro.
04:54C'est-à-dire que vous avez des militants et des filles
04:55qui prêtent de l'argent à taux zéro pour financer la campagne présidentielle.
05:00Vous voyez bien quand même que tous les partis ont aujourd'hui des problèmes.
05:03Donc, il faut trouver un système qui passe par l'État.
05:06Sachant qu'une finie, dans la plupart des cas, à la fin,
05:08c'est quand même l'État qui paye.
05:09C'est-à-dire qu'en plus de prêter, derrière, elle financerait tout cela.
05:12Et ça permettrait aujourd'hui l'émergence de petits partis politiques
05:15qui n'arrivent pas à financer leur campagne.
05:17Oui, mais la vie démocratique a un coût
05:19et les banques doivent aussi l'assumer.
05:22Une démocratie sans crédit, c'est une démocratie réservée aux riches.
05:25Et ça, c'est insupportable.
05:26Merci beaucoup, messieurs.
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