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  • il y a 5 semaines
Clément Beaune, haut-commissaire à la Stratégie et au Plan, était l'invité de Sandra Gandoin dans Good Morning Business, ce mardi 21 juillet. Il propose diverses solutions pour améliorer notre vie quotidienne face aux vagues de chaleur qui touchent le pays, notamment dans le domaine de l'adaptation du travail et des services publics, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Le Grand Entretien ce matin, c'est avec Clément Beaune, au Commissaire à la Stratégie et au Plan.
00:04Bonjour, merci d'être dans la matinale de l'économie.
00:07Vous rendez finalement beaucoup de rapports ces derniers jours sur la situation de notre pays.
00:14On sort d'une période de canicule, je vais commencer par ça.
00:17Il faut que la France s'adapte.
00:19Vous voulez qu'on apprenne de ces trois épisodes de canicule cet été
00:22pour finalement adapter la vie au travail.
00:25Qu'est-ce que vous proposez concrètement pour que la situation s'améliore dans les mois qui viennent ?
00:30Oui, il y a effectivement trois piliers quand on regarde la question climatique.
00:34Il y a évidemment en priorité continuer à lutter contre le changement climatique.
00:37Il ne faut pas abandonner cette lutte parce que plus on limite le réchauffement sur l'eau,
00:43sur l'ensemble des ressources, sur les vagues de chaleur qu'on connaît,
00:45mieux c'est évidemment pour nos vies quotidiennes.
00:47Ensuite, il faut s'adapter, c'est l'autre pilier.
00:49Et dans l'adaptation, on parle souvent de sujets qui sont très importants,
00:52des investissements massifs pour rénover par exemple nos écoles.
00:55Et on parle un peu moins d'un sujet dont on a voulu saisir,
00:57qu'est l'adaptation, en quelque sorte, de la vie quotidienne,
01:00de nos organisations collectives, de nos modes de vie.
01:02Et on fait une proposition dans ce domaine, qui n'exclut pas les autres,
01:05qui est de dire sur nos services publics, sur la vie professionnelle,
01:09l'organisation des conditions de travail, sur des éléments très concrets,
01:12l'accès à la baignade, l'accès aux verts, aux espaces verts dans nos villes.
01:15On peut faire mieux et on peut s'inspirer notamment de pays
01:17qui affrontent la chaleur depuis plus longtemps.
01:19Je pense à l'Espagne par exemple.
01:20Et donc on fait des propositions là-dessus.
01:22J'en prends une par exemple.
01:23Se dire qu'après les vagues de chaleur qu'on connaît cet été,
01:27peut-être qu'il y en aura d'autres, on verra.
01:28En tout cas, on a déjà beaucoup souffert.
01:30Qu'on ne perde pas cette prise de conscience.
01:33Et que, par exemple, à l'automne,
01:34on lance branche professionnelle par branche professionnelle
01:37des négociations, sereinement,
01:40pour qu'avant le prochain été, avant les prochaines vagues de chaleur,
01:42on sache quoi faire.
01:43Quand vous avez des ouvriers sur un chantier,
01:45ou des travailleurs agricoles,
01:46ou des personnes dans un bureau climatisé,
01:48ce n'est évidemment pas les mêmes mesures,
01:50mais partout, il faut qu'on adapte l'organisation du travail,
01:53comme le font les Espagnols,
01:54comme le font des pays chauds.
01:55Et on est devenu un pays chaud, l'été notamment.
01:59Il y a l'organisation, donc ça, effectivement,
02:01il faut la repenser.
02:02Et puis il y a les investissements, évidemment, dans ce domaine.
02:04Monique Barbu a annoncé ce week-end à la Tribune du dimanche
02:06que le budget de l'écologie serait fortement renforcé.
02:09Le fonds vert sera porté à un milliard d'euros.
02:11C'est ce que vous vouliez, ce renforcement.
02:13Mais on est quand même aussi dans un moment
02:15où la dette explose, où ces investissements posent question à chaque fois,
02:19alors que c'est absolument nécessaire.
02:22Comment on règle cette équation qui se pose tout le temps, finalement ?
02:25Vous avez raison, il faut choisir des priorités.
02:28La priorité écologique, je suis heureux qu'elle soit tout en haut
02:31de l'agenda et du budget qui vient,
02:33parce qu'en réalité, c'est aussi un investissement qui nous évite des coûts.
02:36Parce qu'on voit bien que plus on arrive à limiter l'impact du changement climatique,
02:40même s'il est là,
02:40plus on arrive à s'adapter tôt,
02:42moins on aura des dépenses de réparation, en quelque sorte,
02:46sanitaire, d'organisation, d'investissement,
02:49un peu dans l'urgence.
02:50On voit bien qu'on doit acheter des climatiseurs ou d'autres.
02:53Donc, c'est aussi un investissement qui nous fait économiser de l'argent.
02:56Ça a été chiffré par un rapport, d'ailleurs, à l'époque de France Stratégie,
02:59l'institution que je dirige aujourd'hui.
03:01C'est le rapport qui fait référence de Jean-Pizani Ferry et Selma Mafousse,
03:04qui disaient il y a deux ans, trois ans,
03:05qu'il fallait à peu près un point de PIB par an d'investissement public supplémentaire
03:10pour lutter contre le changement climatique et porter les coûts d'adaptation.
03:14Mais ce qu'on dit aussi, c'est que ça n'empêche pas les coûts,
03:16mais il y a des mesures qui sont assez peu coûteuses.
03:18Quand on adapte les horaires de nos services publics,
03:20c'est améliorer le confort d'été,
03:22le confort face aux vagues de chaleur dans nos vies quotidiennes.
03:25Et ça, c'est des mesures qui sont de l'organisation,
03:27mais qui ne sont pas des investissements extrêmement coûteux.
03:29Quand vous faites, par exemple, des plans pour la baignade,
03:32ce n'est pas forcément des adaptations des aménagements
03:34dans nos cours d'eau partout en France,
03:35qui sont extrêmement coûteux et qui peuvent donner une respiration
03:38à de nombreux Français, de nombreux jeunes en particulier,
03:41qui ont énormément souffert dans les grandes villes,
03:42pas seulement à Paris,
03:43on a beaucoup parlé du canal Saint-Martin,
03:45mais il n'y a pas de Paris,
03:46pour affronter ces vagues de chaleur aussi.
03:48Donc, il faut qu'on combine tout ça.
03:49Mais bien sûr, c'est des investissements,
03:51on le dit dans une note récente sur les finances publiques,
03:53qui vont nécessiter des choix budgétaires très importants par ailleurs,
03:56parce qu'il y a la dette écologique,
03:58il ne faut pas oublier, mais il ne faut pas oublier la dette tout court,
04:00qui est galopante aujourd'hui,
04:01et qu'on doit maîtriser par les choix budgétaires difficiles.
04:04Vous rendez aussi, vous avez plein de sujets dans les rapports que vous rendez,
04:07vous avez préconisé dans un rapport de la semaine dernière,
04:10une nouvelle méthode pour évaluer le coût pour l'état des aides aux entreprises.
04:14Alors évidemment, c'est un sujet explosif,
04:16on va certainement y revenir énormément en cette année présidentielle.
04:20Vous avez classé les aides finalement en deux chapitres,
04:22c'était pour rendre un peu le processus un peu plus transparent.
04:25Exactement.
04:25Vous le savez, ici, les aides aux entreprises, c'est une passion française.
04:29Donc, il y a eu une douzaine de rapports en 20 ans, quasiment tous les 18 mois.
04:34Bon, on pourrait continuer comme ça.
04:35Donc, on s'est dit, on va faire une autre méthode.
04:37On ne va pas chercher le chiffre magique,
04:39parce qu'il y a plein de façons de compter et toutes sont assez légitimes.
04:42Et donc, on ne va pas ajouter un chiffre au chiffre, ça ne sert à rien.
04:45On va dire, ce qui sert en revanche, c'est d'avoir la transparence, en effet,
04:48et un suivi régulier sur un même périmètre.
04:51Donc, ce qu'on dit, c'est prenons une fourchette basse, une fourchette haute,
04:53comme ça, tout le monde trouvera son compte d'une certaine façon.
04:57Stabilisons ces périmètres.
04:58Donc, il y en a un qui est assez petit, par exemple, autour de 80 milliards d'euros,
05:01un qui est plus grand, autour de 180 milliards d'euros,
05:03qui inclut les allégements généraux de cotisation,
05:06qui est en général le grand point de débat entre les différentes estimations.
05:09Et ces deux périmètres, chaque année dans le budget, ça c'est inédit,
05:12et dès cette année, ça va commencer par les documents du gouvernement.
05:15On les suivra, et on pourra voir comment ça évolue.
05:17En gros, passer d'un débat un peu vain sur combien ça coûte,
05:21à un débat plus utile sur comment ça évolue dans le temps,
05:24et comment on évalue ces aides d'entreprise.
05:26Parce que le problème, ce n'est pas d'avoir 200, 300 ou 100 milliards d'aides d'entreprise,
05:30c'est de savoir si c'est efficace, dispositif par dispositif.
05:33Et donc, nous, on propose que toute la concentration, l'énergie qu'on met dans ce débat,
05:38on la mette sur ce qui est plus utile, l'évaluation.
05:40Et nous, on est prêts à le faire avec d'autres organismes publics.
05:43Il y a plein de gens qui sont très compétents, comme la Cour des comptes, pour le faire.
05:46Faisons-le, évaluons les dispositifs.
05:48Et puis, s'ils sont efficaces, on les garde.
05:50S'ils ne sont pas efficaces, on les change.
05:52Autre rapport qui a lien avec l'entreprise et avec la nécessité de travailler dans notre pays.
05:58Travailler plus, travailler aussi plus longtemps.
06:00Vous allez présenter un rapport sur les seniors au travail demain.
06:03Comment favoriser l'emploi jusqu'à la retraite ?
06:05Quelles mesures on peut mettre en place pour contraindre les entreprises à garder ces profils plus longtemps ?
06:12Parce qu'on sait que ce sont des profils expérimentés, mais des profils aussi plus chers.
06:16Oui, alors on rend ce travail demain, effectivement, sur l'emploi des seniors.
06:19Parce qu'il y a une question qui est très importante, on parle beaucoup de l'âge de la retraite.
06:21C'est très important.
06:22Si vous voulez qu'on travaille collectivement plus longtemps, il faut effectivement qu'on augmente.
06:26C'est en cours.
06:27L'âge légal et effectif de départ, il y aura sans doute d'autres réformes.
06:31Ce n'est pas en vogue, cet esprit-là.
06:33Je laisse ce sujet pour l'instant de côté.
06:35Ce sera un sujet de la prise d'ancienne notamment, parce que c'est un choix de société et un
06:37choix de financement de notre modèle social.
06:39Mais justement, si l'âge augmente, et de toute façon, il est en train d'augmenter avec les réformes précédentes,
06:43la question qui est juste derrière, qu'on traite un peu moins, c'est comment on s'assure qu'en
06:48vrai,
06:49les seniors, c'est-à-dire en fait les travailleurs de plus de 55 ans, restent dans l'emploi.
06:53Et il y a des pays qui ont un meilleur taux d'emploi que le nôtre, même si on a
06:55fait des progrès.
06:55Je pense aux pays scandinaves notamment, et ce qu'on regarde, c'est que par exemple, des questions comme la
06:59formation sont essentielles.
07:01Il ne s'agit pas seulement de fixer un âge, il faut aussi qu'il y ait toute une série
07:04de conditions derrière
07:05pour que les entreprises et les travailleurs salariés soient dans l'emploi pour de vrai.
07:10Parce que si vous avez un âge de retraite à 64 ou plus, et que les gens sont au chômage
07:14à partir de 55 ans,
07:16on n'a pas ni amélioré le financement du modèle social, ni amélioré la situation individuelle de chacun.
07:23Donc, la question de formation, les questions de cumul d'emploi-retraite, les questions de cumul d'activité,
07:28de retraite progressive, toutes ces questions-là qui sont un peu moins traitées,
07:31on les aborde là en disant qu'il faut qu'on s'en saisisse et que les partenaires sociaux s
07:34'en saisissent notamment.
07:34Je fais un pas de côté, mais c'est vrai que travailler plus en ce moment,
07:39ce n'est pas forcément ce qu'on entend dans la volonté de la population en réalité,
07:44ne serait-ce que supprimer deux jours fériés, on en a parlé il y a quelques mois,
07:48ça n'a pas du tout fait l'unanimité, les gens étaient plutôt contre majoritairement.
07:52Comment on fait pour convaincre que finalement, c'est la survie du système qui est derrière ça ?
07:57Bien sûr, il y aura des propositions politiques, je n'en doute pas sur la question de l'entraide,
08:00il y a deux réalités, je vous donne juste ces chiffres-là.
08:02Aujourd'hui, même avec la réforme de 2023, si on compte qu'elle n'est que suspendue et qu'elle
08:07s'appliquera,
08:08on sera en France deux à trois ans, plutôt trois ans, en dessous de la moyenne européenne pour l'âge
08:13du départ,
08:15décalée par rapport à tous les grands pays européens.
08:17Et puis on a un choc démographique.
08:19En France, on pensait longtemps qu'on était un peu à l'abri, qu'on avait une bonne natalité, comme
08:22on disait,
08:22c'est plus vrai.
08:23On a eu pour la première fois en 2025 plus de décès que de naissances en France.
08:27Je dis simplement que si on veut financer le modèle social, je crois qu'on y est tous attachés,
08:30avec moins d'actifs, parce qu'avec la baisse de la population,
08:34c'est ça qui va se passer assez rapidement dans les dix ans qui viennent.
08:36Et un système de retraite qui n'est déjà pas totalement financé,
08:39il va falloir travailler plus d'une façon ou d'une autre,
08:41et ouvrir aussi d'autres débats qui sont complémentaires et pas alternatifs.
08:44La question de la productivité, l'IA, la robotique,
08:47ces questions qui sont très importantes,
08:49et puis la question d'immigration économique,
08:50qui sera aussi un des débats difficiles, parfois un peu tabous,
08:54mais on ne peut pas être le seul pays d'Europe,
08:55par rapport à l'Italie, à l'Espagne, à l'Allemagne,
08:57qui ferme tous ces débats à la fois,
08:59qui dit je ne veux plus parler de la retraite,
09:00je ne veux pas parler d'immigration économique,
09:02et la productivité c'est trop compliqué, c'est un truc libéral, je ne discute pas.
09:05Il faut qu'on ouvre ces débats sereinement,
09:07et j'espère, on va y contribuer,
09:09avec des chiffres, des comparaisons,
09:10que ce sera un débat de société pour l'élection présidentielle.
09:14Merci beaucoup Clément Bohn d'être venu au commissaire à la stratégie
09:17et au plan dans la matinale de l'économie.
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